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Le poète | 05 décembre 2006

Le poète




Avant je circulais dans la vie, un amour
douloureux m'entourait: avant je retenais
une petite page de quartz
en clouant les yeux sur la vie.
J'achetais un peu de bonté, je fréquentais
le marché de la jalousie, je respirais
les eaux les plus sourdes de l'envie,l'inhumaine
hostilité des masques et des êtres.
Le monde où je vivais était marécage marin:
le fleur brusquement, le lis tout à coup
me dévorait dans son frisson d'écume,
et là où je posais le pied mon coeur glissait
vers les dents de l'abîme.
Ainsi naquit ma poésie, à peine
arrachée aux orties, empoignée sur
la solitude comme un châtiment,
ou qui dans le jardin de l'impudeur en éloignait
sa fleur la plus secrète au point de l'enterrer.
Isolé donc comme l'eau noire
qui vit dans ses couloirs profonds,
de main en main, je coulais vers l'esseulement
de chacun, vers la haine quotidienne.
je sus qu'ils vivaient ainsi, en cachant
la moitié des être, comme des poissons
de l'océan le plus étrange, et j'aperçus 
la mort dans les boueuses immensités.
La Mort qui ouvrait portes et chemins.
La Mort qui se faufilait dans les murs.


Pablo Neruda

(extraits: Chant général, Les fleurs du Pinataqui, p.381
Gallimard, Collection Poésie.)

Publié par lumieredesombres à 15:57:40 dans Mots à mots | Commentaires (3) |

Pablo Neruda : I | 05 décembre 2006

I



Corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,
l'attitude du don te rend pareil au monde.
Mon corps de laboureur sauvage, de son soc
a fait jaillir le fils du profond de la terre.



je fus comme un tunnel. Déserté des oiseaux,
la nuit m'envahissait de toute sa puissance.
pour survivre j'ai dû te forger comme une arme
et tu es la flèche à mon arc, tu es la pierre dans ma fronde.



Mais passe l'heure de la vengeance, et je t'aime.
Corps de peau et de mousse, de lait avide et ferme.
Ah! le vase des seins! Ah! les yeux de l'absence!
ah! roses du pubis! ah! ta voix lente et triste!



Corps de femme, je persisterai dans ta grâce.
Ô soif, désir illimité, chemin sans but!
Courants obscurs où coule une soif éternelle
et la fatigue y coule, et l'infinie douleur.



 



 



photo : Christian Coigny

Publié par lumieredesombres à 08:23:38 dans Mots à mots | Commentaires (3) |

Merci | 04 décembre 2006

 


La vie qu'il donne est belle


Si demain il m'appelle


Sitôt j'irai vers lui


Qui la rend eternelle


En lui disant merci.


Si enfin il me dit


Tu dois rester aussi


Un autre grand merci


Surtout pour me laisser


Quand même achever


Ce qui n'est pas fini


Oter le gris de votre vie!


Chasser la poussière


Vous montrer la lumière!


Je vous ai donné toute ma vie


Un jour vous devrez me la rendre


Quand il sera las de m'attendre.


Alors, je dirai, je suis prête,


Plus rien vers Toi ne m'arrête.


Pardon pour mes défaillances


Je crois en ta Bienveillance


Etends là sur ma descendance


Et au père de celle-ci,        


Pour tout cela merci

Publié par lumieredesombres à 21:40:35 dans Mots à mots | Commentaires (2) |

De la suite dans les idées | 03 décembre 2006

Publié par lumieredesombres à 09:53:01 dans Mots d'humour | Commentaires (3) |

Corps à corps... | 02 décembre 2006

 


Ainsi jetés l'un devers l'autre
Le lit de l'amour grand ouvert
Des doigts des lèvres délivrant
Des incendies de céréales
Des oasis des trouées d'or
Des nids dans la nuit de nos corps


Ainsi roulés de vague en vague
Parmi les planètes du sang
Dérivant à l'envers du temps
Nageurs remontant vers les sources
Nous allons naître corps à corps
De l'eau des neiges du néant


Ainsi l'un de l'autre affolés
À nous respirer nous résoudre
À nous découdre fil à fil
La nudité jusqu'à la trame.
Tu m'engloutis dans ton soleil
Je crève en toi l'oeil de la mort


Ainsi basculés sans mémoire
Dans cette lumière animale
Le lait du monde cogne en moi
Des rosées de toi s'évaporent
Nous abordons des aubes d'îles
Où brûle un grain d'éternité


Jean Vasca

Publié par lumieredesombres à 18:51:23 dans Mots à mots | Commentaires (4) |

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