« Après un instant de silence, elle reprit :
« Vous ne vous demandez pas comment j'ai eu votre téléphone ?
- Je suis dans l'annuaire. Vous savez dit-il pensif, c'est une très grande qualité que de reconnaître ses erreurs. C'est surtout rare.
- -Pourtant, c'est au travers des ses erreurs que l'on progresse. Ce n'est qu'en tombant qu'il est possible de se relever plus haut. C'est en se trompant qu'on découvre de nouveaux paysages, de nouvelles personnes, de nouvelles sensations. Combien de découvertes ont-elles été faite grâce à des erreurs ?
- La découverte de l'Amérique par exemple.
Connaissez-vous la théorie du chaos, lui demanda-t-il ?
- Pourquoi me demandez-vous cela ? Je connais la théorie du bordel ambiant, mais pas celle du chaos.
- C'est toute une science nouvelle qui s'est développée à partir des années 70, à la suite d'une erreur de saisie d'un météorologiste américain. Lorentz il s'appelait. C'est une science fantastique car elle explique les choses dans leur globalité et dans leur comportement, et non en décomposant chaque morceau et en l'auscultant au microscope électronique.
- Son nom est évocateur de destruction, et de fin du monde. Pas très rassurant pour une science...
- En fait c'est l'inverse. Lorsque nous regardons dans la nature quelque chose qui nous semble aléatoire, chaotique, cette science montre qu'en fait il y a là un ordre caché, mais qu'on ne sait pas voir. On a été formé à la géométrie d'Euclide, avec des courbes simples : un rond, un carré, un triangle. Mais ces formes n'existent pas en réalité dans la nature, uniquement dans notre imagination. C'est pourquoi il nous faut réapprendre à voir la nature, uniquement dans notre imagination. C'est pourquoi il nous faut réapprendre à voir la nature comme elle est, et percevoir les mouvements qui nous sont aujourd'hui invisibles. Prenez une feuille de platane, si vous regardez sa forme, elle vous semble bizarre et compliquée. Et puis chaque feuille semble différente. Pourtant elles ont un air de famille, et en étant toutes différentes, vous êtes toujours capable de reconnaître de quel arbre elle vient.
- Comment savez-vous tout cela ? » Elle ne s'attendait pas à une discussion scientifique en appelant un décorateur.
- « J'ai toujours ressenti que l'homme avait un œil faussé sur le monde qui l'entourait dit-il. Cette théorie va trop dans le sens de ce que je pense pour ne pas que j'approfondisse. Mais dès que cela devient trop compliqué, j'avoue que je décroche. J'ai arrêté les Maths en troisième.
- Je suis frappée par l'idée qu'effectivement les formes que nous apprenons n'existent pas dans la nature. Je crois de plus que tout est relatif. Et subjectif. Même une forme. Prenez la terre par exemple, vu de nous ce n'est qu'une suite de montagnes, vallées , plaines, précipices, etc... Une forme très compliquée. Vue de la lune, ce n'est plus qu'un point. Où est la vérité ? »
Elle s'arrêta un instant pour reprendre :
- J'aime le son de votre voix, j'aime discuter avec vous. J'aime que nous nous voyions. »
Ce fut à Louis d'être silencieux quelques secondes. Isabelle se rendit compte plus tard que ces secondes avaient été les plus longues de sa vie et que son cœur s'était mis à battre plus rapidement.
- Vous vouliez m'appeler pour simplement entendre le son de ma voix qui vous a enchantée lorsque je vous ai mise dehors du plateau, ou bien désirez-vous savoir quelque chose de précis ? »
La voix de Louis s'était faite douce et chaude, et Isabelle compris que sa réponse était positive, mais qu'il ne voulait et ne pouvait accepter simplement son invitation. »
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