Toutes les bougies étaient allumées. terence en prit une, la plaça au centre de la table, servit de nouveau champagne et caviar. Maria buvait vite tout en songeant aux 1000 francs dans son sac, à l'inconnu qui la fascinait et l'intimidait tout à la fois, à la meilleure manière de contrôler sa peur. Elle savait qu'avec cet homme une soirée n'était jamais semblable à la précédente, et elle ne pouvait pas le menacer.
"assieds-toi."
La voix était alternativement douce et autoritaire. Maria obéit, et une vague de chaleur parcourut son corps; cet ordre lui était familier, elle se sentit plus assurée. "Théatre. Je dois entrer dans la pièce de théatre."
Il était bon d'être commandée. Elle ne devait pas penser, seulement obéir. Elle réclama encore du champagne, il lui apporta de la vodka; cela montait plus vite à la tête: libérait plus facilement des inhibitions, s'accordait mieux avec le caviar.
Il ouvrit la bouteille, Maria but pratiquement seule. Le tonnerre grondait toujours. Tout concourait à la perfection du moment, comme si l'énergie des cieux et de la terre révélait elle aussi sa violence.
Terence prit alors dans l'armoire une petite mallette, qu'ilposa sur le lit.
"Ne bouge pas"
Maria obéit. Il l'ouvrit et en sortit deux paires de menottes en métal chromé.
"Assieds- toi jambes écartées."
Elle obtempéra, volontairement impuissante, soumise parce qu'elle le désirait. Elle vit qu'il regardait entre ses jambes, pouvait voir sa culotte noire, ses bas, ses cuisses, imaginer ses poils, son sexe.
"Debout !"
Elle bondit de la chaise. Son corps eut du mal à se tenir en équilibre, et elle constata qu'elle était plus ivre qu'elle ne le pensait.
"Ne me regarde pas. Baisse la tête, respecte ton Maître !"
Avant de s'excécuter, elle entraperçut un fouet trés fin sortir de la mallette et claquer dans l'air, comme doté d'une vie propre.
"Bois; Garde la tête baissée, mais bois."
Elle avala encore un, deux, trois verres de vodka.
Maintenant ce n'était plus un théatre, mais la réalité : c'était plus fort qu'elle. Elle se sentait un objet, un simple instrument, et incroyable que ce fût, cette soumission lui donnait la sensation d'une totale liberté. Elle n'était plus la maîtresse, celle qui enseigne, console, écoute les confessions, excite : elle n'était que la petite fille de l'intérieur du Brésil devant le gigantesque pouvoir de l'homme.
"Retire tes vêtements"
Ce fut un ordre sec, sans désir - et cependant extrêmement érotique. Toujours tête baissée en signe de déférence, Maria dégrafa sa robe et la laissa glisser jusqu'au sol.
"Sais tu que tu ne te comportes pas bien ?"
De nouveau le fouet claqua.
"Tu dois être châtiée. Une fille de ton âge, comment oses-tu me contrarier ? Tu devrais être à genoux devant moi ! "
Elle s'apprêta à s'agenouiller, mais le fouet l'interrompit; pour la première fois, il frappait sa chair - sur les fesses. Cela brûlait, mais semblait ne pas laisser de marques.
"Je ne t'ai pas dit de t'agenouiller. L'ai-je dit ?"
- Non"
Le fouet frappa encore ses fesses.
"Dis, "Non, Mon Maître."
De nouveau des coups. De nouveau la brûlure. Une fraction de seconde, elle pensa qu'elle pouvait tout arrêter sur le champ ; elle pouvait aussi choisir d'aller jusqu'au bout, non pour l'argent, mais à cause de ce que Terence avait affirmé la première fois : un être humain ne se connaît que losqu'il atteint ses limites.
Et ça, c'était nouveau, c'était l'Aventure. Elle pourrait toujours décider plus tard de continuer si elle le voulait, mais cet à cet instant elle cessa d'être la jeune fillequi poursuivait des objectifs dans la vie, qui gagnait de l'argent au moyen de son corps et qui avait fait la connaissance d'un homme ayant des histoires intéressantes à raconter devant un feu de cheminée. Là, elle n'était personne et, n'étant personne, elle était tout ce dont elle avait rêvé.
"Retire tous tes vêtements. Et marche pour que je puisse te voir."
Elle obéit, tête baissée, sans mot dire. L'homme qui l'observait était habillé, impassible, ce n'était plus l'être qu'elle avait rencontré dans la boîte de nuit.- C'était un Ulysse qui venait de Londres, un Thésée descendu du ciel, un kidnappeur qui envahissait la violle la plus sûre du monde, et le coeur le plus fermé de la terre. Elle retira sa culotte, son soutien-gorge, et se sentit en même temps sans défense et protégée. Le fouet claqua dans l'air sans atteindre son corps.
"Garde la tête baissée ! Tu es ici pour être humiliée, soumise à tout ce que je désire, compris ?"
- "Oui, Maître"
Il lui saisit le poignets et lui passa les menottes. "Tu vas voir ce que tu vas prendre ! Jusqu'à ce que tu saches te conduire convenablement."
De sa main ouverte, il lui donna une claque sur les fesses. Maria cria, cette fois elle avait eu mal.
"ah ! tu protestes, n'est ce pas? Et bien, tu vas voir ce qui est bon ."
Avant qu'elle ait pu réagir, un baillon de cuir vint fermer sa bouche. Il ne l'empêchait pas de parler, elle pouvait dire "Jaune" ou "Rouge", mais il permettait à cet homme de faire d'elle ce qu'il voulait, et elle n'avait aucun moyen de s'échapper. Elle était nue, baîllonnée, menottée, la vodka à la place du sang.
Nouvelle claque sur les fesses.
"Marche d'un côté à l'autre !"
Maria se mit à marcher, obéissante aux ordres "arrête toi", "tourne à droite", "assieds toi", "écarte les jambes". De temps à autre, sans raison, elle recevait une claque, et elle sentait la douleur, l'humiliation - plus puissante et plus forte que la douleur - , et elle avait l'impression d'être dans un autre monde, où plus rien n'existait. C'était une sensation quasi religieuse : s'annihiler totalement, servir, perdre la conscience de son égo, de ses désirs, de sa volonté propre. Elle était complètement mouillée, excitée, et ne comprenait pas ce qui se passait.
"remets toi à genoux !"
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