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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Droit devant | 22 avril 2008


© Yves Grosdidier (Université de Montréal et Observatoire de Strasbourg), Anthony Moffat (Université de Montréal), Gilles Joncas (Université Laval), Agnes Acker (Observatoire de Strasbourg), et NASA.


What else.

Laisse-moi t'oublier pour un temps ou plus exactement oublier nos prières et marcher comme une teigne agrippée à des pores inconnues ou comme un pou égaré sur un crâne chauve et lisse, de ceux que je n'ai jamais voulu caresser étant née telle, le dard frais et pénétrant dans l'âme, la sucrette printanière, jouant le candide aux yeux vastes tout en sachant très bien qu'il faudra pardonner cet élan de cynisme qui relègue mon romantisme culturel au rang de précieuses chinoiseries. L'instinct de survie aura eu raison de nous ou des naufrages, verbe, musique, et ce n'est peut-être pas un tort. Laisse-moi trafiquer ce qui tremble, l'orner d'infâmes délicatesses telles que celle qui consiste à chausser des lunettes imaginaires pour par exemple sagement s'instruire en se disant que bah, c'est l'essentiel et que le reste est superfétatoire - n'ayant pas même le moindre espoir d'absolution de celui qui, par exemple, humant la netteté de l'iode les pieds crochés sur la falaise, déciderait qu'à mourir pour mourir il écrirait ce roman d'Huguenin, ni non plus avec la nuque excusable de celui qui, fort d'observer le monde, choisirait de lui dire adieu avant l'embrasement qui s'annonce puisque jusqu'à présent les millénaristes ont eu tort -, ou alors en patinant la cheville moulue sur un parquet censé faire chavirer les filles de cheville, de pompes, de cire, de lattes et tresser pour des sexes inconnus ces toiles arachnéennes où luit faible lueur un reliquat d'enfance au sourire scélérat.
Laisse-moi t'oublier pour un temps chaque fois qu'on étreint nos silences en braille. Et t'endors pas sur le canapé ce soir.


- Aimons les généreux, les vaillants, les boiteux, les bouseux, les taiseux, les pas-dedans ! Crachons malpoliment sur l'injonction à jouir et l'idée du bonheur.
- Rions et pleurottons en chœur.
- Je n'ai pourtant pas le goût du malheur.

- Tant que rien ne bouge vraiment, il n'est pas en danger de mort. Mais si un jour sa petite voix insistante prenait de l'ampleur, cette voix qui ne réclame que justice, dignité, ces idées laminées dans l'époque et que l'on croit retrouver, par le jeu d'une contemplation active, juste réveillé, encore engourdi par la nuit et surpris par la clarté hésitante du ciel malgré la pluie, sur les marchés aux puces au milieu d'achats généraux. Ces histoires qu'on s'invente à n'en plus finir, l'œil fétichiste, goûtant des vies secrètes imaginaires qui officient en douceur, sacrements solitaires, caresses fictives sur une peau tendue sur terre, lèvres ouvertes sur le vide. Tu sais, quand les brocanteurs rachètent toute une vie tandis que ses enfants harassés ont décidé de laisser mourir la vieille dans la maison de retraite sans la prévenir. Sous les amas de verre, de porcelaine, de ferraille et de bois dort cet amour d'antan dont le souvenir s'éteint, usure de l'encre et ces graphes devenus illisibles, fébriles comme la main qui les écrivit, soigneusement exilé dans un double-tiroir, adjugé et payé en liquide avec le guéridon, la commode, les assiettes de l'arrière-tante, les albums familiaux et la bague de fiancée. Il sait ce qu'il risque. Je l'aime parce qu'il n'éprouve aucune colère, pourtant.
- Les fesses au chaud, nous sommes ainsi les indignes descendants de Toumaï et de Lucie.
- J'ai mal aux alvéoles. Mal à la peau.

Publié par Cosmic Dancer à 21:57:09 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (2) |

Un voilier, ça navigue | 06 avril 2008

- Alors tu es allée au bout du monde pour me rapporter ce bateau ?
- Oui.
- Et où est le bout du monde ?
- Pas loin. Ce bateau a traversé les océans et il a connu des tempêtes, mais regarde, en dehors des cordages qu'il faudra réparer un peu, en principe il navigue.
- Un bateau, ça coule toujours.
- Regarde, il a une quille. C'est ce qui lui permet de tenir en équilibre. Il a des voiles. Avec le vent, c'est ce qui lui permet d'avancer.
- Un bateau, ça coule.
- Un bateau, ça navigue.
- Alors je pourrai le faire aller au parc ?
- Oui. Essaie demain dans ton bain et s'il y a le moindre problème, dis-le moi.
- D'accord.
- Oui. Parce qu'un problème, ça se règle.
- Je ne veux pas aller te voir avec les grands.
- Alors ce sera entre quatre yeux.
- Lis-moi une histoire.
- Il est tard pour lire une histoire à un enfant de cinq ans.
- Non, j'ai six ans.
- Tu es né en 2002.
- Oui.
- Alors je viendrai demain soir à une heure où il est possible de lire une histoire à un petit garçon de six ans. Ta maman me dira quelle heure c'est.
- Tu m'as dit comment rêver comme je veux mais aussi il y a des mauvaises choses.
- Quelles mauvaises choses.
- Les grands.
- ...
- Mon bateau, son nom c'est Maxime Bateau.
- Tope-là, Maxime.

Publié par Cosmic Dancer à 00:43:11 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (1) |

Jeux de Pékin, jeux de vilains | 02 avril 2008

D'abord je n'ai jamais compris - ou alors il faut accepter définitivement ce cynisme économique qui dirige les décisions politiques - pourquoi le Comité olympique international a fait semblant de penser que le gouvernement chinois ferait amende honorable, alors même que, peut-être me trompé-je dans les dates, je n'ai pas le temps de vérifier, les intérêts de la Chine au Darfour et plus généralement sur le continent africain ne s'embarrassent pas d'histoires d'écologie, de génocides, de massacres et de droits de l'homme et que vraiment la candeur occidentale est risible à cet égard, si tant est qu'elle croit un tantinet en ses pseudo-causes, car personnellement plus je regarde ce chaos moins je conserve un semblant d'espoir - par quelle invraisemblable gageure Pékin avait été élue pour les Jeux olympiques que j'adorais à l'époque où j'étais gymnaste à cause de Nadia Comaneci que j'avais vue à la télé. Alors boycotter me paraît une pure tartufferie. Ou alors ne vendons ni tégévés ni centrales nucléaires, et surtout cessons d'acheter ces produits "made in China" pour lesquels la population de l'Empire communisto-libéral - fallait le faire - sue et saigne au cœur d'une machinerie définitivement inhumaine, car si les Tibétains en voie d'éradication, horreur encore, versent des larmes de sang et sont exécutés en masse depuis un demi-siècle, toute dissidence dans cette Chine tellement populaire fantasmée par d'anciens intellectuels reconvertis se termine une balle dans la nuque et un trafic d'organes en prime. Et ces caméras et leurs vingt secondes de décalage. Et le peuple de Chine qui souffrirait d'une déconsidération de l'honneur. Nationalismes, je vous hais.

- Mais tu es sûre que même s'ils font appel, c'est gagné ?
- Ils étaient des centaines à attendre, peut-être des milliers. On ferme notre gueule pendant un mois. Puis on l'explose.
- Tu penses vraiment que c'est verrouillé ?
- Ce ne sont pas des amateurs. Quoi qu'il arrive ensuite, ce jugement a été prononcé.
- Bon. Je vais me servir un verre.

Papa avec ses beaux cheveux blancs indomptables et son caractère renfrogné et maman avec son air gamin et ses blagues de petite fille reviennent vendredi m'aider à finaliser le départ. Tout est en vrac, en ordre. Et une musique me fait swinguer.

Publié par Cosmic Dancer à 20:39:55 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (8) |

Cette solitude où ça lancine | 28 mars 2008

Arrivée là le silence ressemble à une prière comme petite où je faisais semblant pour jouir des sourires de ma tante surtout en la cathédrale où je me souviens le jour du baptême à l'âge de deux ans alpaguer le curé à propos de mes chaussures vernies sous le regard compatissant de l'assemblée tellement humaine emplie d'amour pour cette blondinette que je fus, et surtout en la cathédrale car en sortant elle prenait sa guitare pour qu'on chante en anglais.

Tout déplacement géographique en un temps donné est initiatique, le patron me racontant que depuis l'explosion d'AZF la configuration, la figure de la vie en ville a changé là où j'ai dégusté des tapas avec des crevettes roses cuites au citron et saupoudrées d'ail et de persil frais. Quelle importance.

Le dénommé déjà oublié me raconte que nous pourrions dormir en frère et sœur et je le déçois en persiflant que sa proposition est inepte et qu'à son désir de jouissance le mien ne correspond pas, pas plus qu'à une fraternité sensuelle immédiate ni non plus qu'à une amitié dont les contours sont impossibles et pourtant je pose ma tête sur son épaule comme si j'allais y cesser mes complications, y reposer dans une paix effleurée un jour qui me rendrait une intelligence à vivre.

Elle. Insiste pour mon numéro de téléphone et que je reste demain soir. Je me dis alors que le fantasme a bien des visages et ce n'est pas une nouveauté. Le chat sur le toit en pente douce avec son pelage blanc et poussiéreux s'en fiche, patte de velours et coquet avec ça en vision anthropomorphique pianote. Comme je rêve d'être un chat et de copuler en silence avec Aldo mon amour à quatre pattes mort écrasé d'avoir voulu nous rejoindre sur la route de Sens. Depuis, je ne peux plus jamais adopter un félin.

Quand tu regardes les visages qui s'émeuvent sous la douce tentation de l'alcool la question qui se pose est de savoir rien, de conflit de génération à mouvement de société, je ne suis qu'éponge en phase autiste. Tant de souvenirs s'opposent au présent.

Publié par Cosmic Dancer à 00:48:08 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (2) |

Memento Mori | 13 mars 2008

Rappelons à toutes fins utiles que not'président a été élu à 53 % non des voix des Français inscrits ni de celles qui ont voté mais des bulletins de vote considérés viables, ce qui selon certains calculs correspond à un peu moins de 51 % des votants, que l'on me corrige si ma mémoire défaille.

- Ce que je veux te dire, c'est que not'président n'est qu'un symptôme.
- Un symptôme agissant !
- Non. Un symptôme d'agitation. La quintessence géographiquement circonscrite d'un symptôme de confusion absolue.
- Les Français sont quand même des veaux, De Gaulle y voyait clair.
- Les mots d'esprits me fatiguent inutilement. Et cette forme de racisme nationalisant m'arrache un son qui grince.
- Un symptôme de quoi ?
- Un pur produit de l'époque, l'éloge du vide dépassé par l'absurde, une tragédie en action.
- Explique-toi.
- Plus tard, je n'ai pas le temps, peut-être.

René s'est engouffré dans le métro sans se retourner tandis que le vent nous fouettait les mèches. Je rêvais d'une main qui s'étend comme un baume et une promesse d'ascension de pic enneigé sur celui qui mourra dans deux ou trois ans au plus sans possibilité de négocier un rab, sous le soleil de tes yeux de 85 voilés du dégoût de l'injustice. Tu étais pâle et belle sous ta frange rousse avec ton nez à la retroussette, on t'aurait bien peinte si on s'était appelées Manet avec une jolie petite nappe délicatement posée sur un brin de pelouse hypothétique avec l'odeur de l'herbe fraîchement coupée comme une violence vitale dans les narines. Le temps. Il faisait froid ce soir encore pendant qu'on fumait improbables en contemplant ces solitudes sur le trottoir. Tu as toujours ce regard de gosse émerveillé, ceci réconfortant cela. J'ignorais que tu vivais du côté du Gardon, j'aime Générargues en particulier. Strasbourg est une ville accueillante. Tu sais, avec les filles je n'ai le temps de rien, je ne fais rien, je ne vis rien, je tiens, je m'accroche. Pour le serrurier, je te rappelle. Ton visage est celui de celui que j'aime, je ne le répéterai plus ou bien. Ton professeur a entièrement raison pour ce qui concerne l'emploi du point-virgule. Il pratique l'art de vivre d'Aristote. Ce temps. Elle a l'air d'aller bien, elle écrit. Ce bracelet rouge est le premier qu'on m'offre depuis jamais, tu ne le sais pas. Tu es si bouleversante, je n'arrive pas à t'écrire. Vcheprochem, demain. Appelle dès que tu as une minute. Le mail fonctionne. J'arrête, je n'ai plus la possibilité d'y écrire comme je veux, je monte mon propre magazine ou tant pis. Je t'ai rapporté le ticket de la vendeuse qui appelle tout le monde chérie. Attends que je récupère une connexion et tu vas voir. Mes propos sont plus pragmatiques en trois points que les tiens. Le 21 ce serait parfait. Je t'aime, quoi, toi. Je t'ai parlé en allemand ? Après ce sera impossible, je monte le stand. Vous devriez vous abonner. Hop hop hop. On a des airs de provinciales, sans doute. Je t'appelle parce que je suis sur la lunette des chiottes avec la petite sur les bras, tout va trop vite sinon. J'ai perdu cette femme qui m'aimait, c'est dur de retrouver la perle, je ne sais pas si c'est possible. Quel temps. Si tu veux je passe t'aider entre midi et deux. C'est une politique nazi ! Mesure tes termes. Il doit être parti pour une de ces retraites dont il a le secret. Certains comptent leurs amis sur le doigt d'une main, moi c'est sur mes phalanges. Il est de ceux qui s'engagent et s'épuisent. Ça ne se produira pas. Pas le temps. Nous avions tous les deux cinq ans, j'ai réparé la chaîne de son vélo. Evidemment je préfère la moutarde au ketchup sucré. Tu ne m'aimes plus, habibi ? C'est si sérieux, détendu, intelligent, cultivé, équilibré, élégant, chiant. Je comprends bien l'histoire que tu me racontes. Si ça continue, je vais passer par le bon vieux courrier, je ne veux pas la déranger. J'ai oublié de te dire que que c'est beau, ce que tu fais sur tes petits carrés de tissu. René, notre temps est toujours trop court. L'avocat de mes glaouïes veut un chèque supplémentaire, eh oui. Je raconte toujours n'importe quoi et je ris sans raison, le vent me giffle je me sens idiote. Tes tableaux, tu sais de quelle solitude intime ils me parlent. Les vacances au Maroc, va et rêve tant que tu t'aveugles. A demain, alors. Je vais regarder, maintenant, je vis par procuration sauf le dimanche à partir de quinze heures. Embrasse-moi au lieu de dire des bêtises. Hors de question que tu rentres seule à pied dans la nuit froide. On signe samedi. Je les appelle de ta part, d'accord. Le futon tiendra le temps qu'il faut, je m'en balance. Ça y est j'ai rencontré un mec. Déjà ? Je ne suis pas bavard, tu sais. Je sais, AA. Plutôt dimanche ? Le 21 ce serait parfait. Si c'est possible. Demain, sans doute.

Publié par Cosmic Dancer à 02:06:56 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (4) |

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