Jempassa, la Fourmi Dansante de mes jeunes années, ayant pris son envol depuis le douloureux tarmac de la fin de ses courtes études, est devenue Cosmic Dancer, femelle au cerveau asexué prisant de se déhancher dans l'espace. L'air du rien lui a toujours, de fait, semblé plus attrayant que les commodités du plein-la-gueule auxquelles toute âme est confrontée, une fois quittées les douceurs de l'amère matrice - nostalgie pour tous et paix aux mourants de bonne volonté. Maman, je t'aime.
Son problème majeur ne fut - privilège affreux de ceux qui se lèvent tôt ? - jamais d'apprendre à dire non, mais plutôt de se résoudre à opiner, ce qui reste un pari fou furieux, sauf quand elle perd les eaux dans un vin qu'elle a horreur de couper.
Etant donné la nature profondément négativiste (papa, pardon, je sais à quel point ce fut pénible) de Jempassa, sa tentation cosmique seule la pouvait racheter, d'où les anges de lumière, dit-on, furent exclus, guettant, depuis, dans l'ombre de l'Obscur, la cohorte de cervelets mono-hémisphériques pour qui le méchant, c'est toujours l'autre.
Las ! La sainteté réservant à d'autres ses contours parfaitement universels, Jempassa, malgré sa volonté tenace et extrêmement pénible, se vautrait depuis la naissance dans la tentation de l'index, sale môme décidant seule qui trouverait grâce à ses antennes véloces et qui se confondrait dans un charnier informe où les damnés du doigt consacrent leur courte existence à se ruer les uns sur les autres, mais plutôt pas comme ce serait mieux.
Chatouillée par les herbes sauvages où elle se délectait à sniffer le puceron et par le vent cosmique soufflant dans le grand cor expansionniste, elle apprit sur le tard à exprimer par des mots simples ce que d'aucuns savent encore faire en soulevant légèrement le bord de leur chapeau.
C'est ainsi que Jempassa s'acquit la réputation de nymphomane polymorphe bisexuelle. Ses "je t'aime" articulés le plus clairement les soirs de fiesta familiale (demandez à sa belle-sœur, elle la fait boire rien que pour l'entendre, sinon, elle n'est pas rassurée), voire clamés ou écrits sans vergogne sur tous les supports possibles, destinés à quelques (finalement plutôt nombreux - quelle surprise -, ça doit être dû au temps qui passe, lorsqu'il a la bonté de nous présenter des anges sarcastiques) élus de l'appendice susnommé l'agacent profondément, mais que voulez-vous, elle n'a pas trouvé mieux.
Pour Jempassa, c'est assez simple. Elle dit "je t'aime", "je t'aime pas", ou alors "rien à foutre". "Je t'aime bien", c'est l'humeur impossible. Oui, je sais, ça fait très très très peur.
Oui ?