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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Bureau de tabac, maison brûlée | 03 janvier 2008

Dans le chaos de la bibliothèque, meuble modeste mais beau parce qu'il sent le bois et la découpe industrielle, négocié âprement - cette découpe industrieuse qui me rappelle d'où je viens et de quels efforts sans plaisir proviennent les objets qui m'entourent, dont je me fiche et m'émeus tout autant -, les doigts tout à coup animés d'une fureur indomptable caressent les tranches, s'agacent, tâtent, cherchent, bousculent, s'attardent, tremblent, trouvent, retrouvent, plus exactement, abîmé par de simples voyages intra-muros, peut-être quelques échappées, un chiffre au crayon à papier en francs toujours visible sur le dos, l'édition datant de 1988 - si jeune ? -, ce Bureau de tabac dont la suavité de la peau de papier suspend leur mouvement anarchique. En aveugle, c'est souvent au toucher que je relis mes livres.

Une carte postale beaucoup moins ancienne mais déjà jaunissante, représentant un jardin d'Orient, s'en échappe avec toute la discrétion dont les souvenirs les plus doux sont capables.

Autour, des hurlements. Un mec a mis à fond un morceau de rap et ça cogne dans les murs. C'est D. La femme du voisin fou a battu ma voisine préférée, sa femme à lui. D. monte, je l'entends, il sonne, entre direct, me demande des feuilles à rouler, me raconte, tremblant, que l'énervée a jeté C. contre les boîtes aux lettres pour se venger d'une réplique dure mais méritée, puis repart, et je l'entends hurler sa douleur et son désir de frapper l'autre. Le voisin cinglé, je le pensais calmé celui-là. J'apprends à l'occasion qu'il est connu des services de police, qu'il a déjà fait deux ans de taule, et qu'il a également, non content d'avoir défoncé ma porte, dessiné des verges érectiles sur les vitres gelées de ma voiture, jeté de l'huile sur mon palier, menacé à peu près tout l'immeuble. Je le pensais calmé et en paix depuis nos aventures extrêmes. Je dois renier tous mes fantasmes.
- Il bat ses gosses.
- Quoi ? Toi aussi, tu entends les enfants pleurer, hurler, les cris, les coups ? Je pensais être la seule. J'ai appelé les flics plusieurs fois, ils m'ont dit que j'exagérais. [Après leur enquête de voisinage avant votre arrivée, je m'y étais résolue, considérant être victime d'hallucinations sonores.]

Je sors les feuilles à rouler. D. me lance un de ses sourires de mec élevé chez les Gitans, hé !, le regard brumeux, la pomme d'Adam consciencieusement coincée, le sourire en descente brutale, vite, lui donner vite, il ne peut pas se montrer comme ça, pourtant il reste, il parle, sa voix se tend et déraille. Seule la croix baptismale cinglant de brillance entre les marques de sa virilité blonde s'affirme fiérote sous sa chemise. - T'es vraiment adorable. - De rien. [Ne te fie pas aux apparences.] - Tiens-moi au courant pour C. - Elle est aux urgences.

Je marche sur la carte postale et trébuche comme sur l'huile, la retourne. Le verso est noirci d'une écriture équilibrée, organisée en forme de spirale et sans date.

C'est elle. Isabel. Elle qui a découvert les autres, raconte, rapide, alors des scènes surgissent, ces traductions de langue sienne à la mienne, portugais-français, frénétiquement relues certains soirs d'antiques insomnies, les rythmes originaux soumis à ceux de la voix dans le silence de la chambre pour sentir dans une scansion concentrée, un dictionnaire bilingue sur l'oreiller, ce qui approche, ce qui éloigne, ces vagues toujours étranges qui s'apparentent à un ballet crucial, sorte de célébration aussi inutile qu'essentielle sous la couette en hiver quand la pluie martelle les fenêtres, métronome maternel où glissent les bruits d'autour, enfin morts, étouffés.

Elle dont les yeux crevés de bleu rendent bleue la chevelure noire. Comme C. qui les a sombres et tout aussi candides.

- Dis-moi, Henri, je pensais à Pessoa et j'avais envie de relire certains textes, récemment, le visage d'Isabel m'est revenu en mémoire, son accent, sa tristesse. Où est-elle ? On ne la voit plus.
- Son ex a brûlé sa maison, il a voulu la tuer, elle vit cachée, elle m'a parlé des livres que tu lui avais prêtés...
- Si tu la croises, dis-lui que Le Banquier anarchiste ne pense qu'à elle. Dis-lui... [Plus tard, aujourd'hui j'ai le mot faible.]
- Oui.

"Aujourd'hui je suis vaincu comme si je savais la vérité." - Fernando Pessoa.

Publié par Cosmic Dancer à 22:13:45 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (8) |

Rions sur l'herbe car un jour peu importe | 29 décembre 2007


Parfois, comme une lame déchirant l'espace, l'envie de silence sera la plus forte
D'un coup, il n'y aura plus rien.



Longtemps j'ai cru que le silence était létal et si je l'ai cru, tâchant de saisir dans l'alarme du cri des corneilles sur les champs laborieux et pâles un genre de charme grave et vital magnifié par les brumes sans âme que le paysan observe pour sa météorologie, le mémoriser tel une aventure à transmettre à défaut de paroles humaines pesant leur poids considérable en terme d'avenir, c'est que c'était incontournable. Comme si au-delà du périmètre de cette campagne - à quel point la géographie modèle le poids de la mémoire - comment nomme-t-on une mémoire sans image et sans mots, mémoire sensitive, jouissive et atroce absence, fracas de silence étripé sur l'autel d'un devoir, tout interlocuteur à venir exigeant le récit d'un conte, entêtement des mythologies, je souhaite l'ignorer pour toujours à l'heure qu'il est. Si je l'ai cru c'est que Dalida la veille de son suicide, peut-être, nous avait offert son ficcus qui traînait devant la bâtisse dans une de ces rues de Montmartre où l'on frimait en promenades digestives pour faire passer les spaghettis. Ou bien non. Parce que je m'étais perdue dans les dédales des caves de la cité, serrant ma poupée Pif-Gadget contre mon cou, émergeant de ces moisissures en larmes dans les bras d'une maman marocaine qui m'avait ramenée chez la mienne. Ou bien non. Parce que j'errais dans les rues de la capitale en quête de sens comme si le bitume et l'architecture parisienne allaient m'expliquer ce chaos. Ou bien non.

Ce silence qui puait la mort inconnue mais soupçonnée si fort depuis le début des temps, comme si en moi, comme si en chacun si pensable, pour peu qu'on l'écoute si possible, le cri sans verbe de nos ancêtres à la main nue implorait encore la mémoire sans savoir de qui elle parlait, en ces temps où la gravité innommée, inconçue, discernait le geste de vivre et celui de se taire. Mais étaient-ils incompatibles. J'ai chaud en hiver, je grelotte en été, qu'est-ce à dire.

Je l'ai combattu, dans la quatre-ailes, dans la Manta, dans une chambre encombrée de signes, dans une vie de signes encombrée. Rions, neveux, quand on trimballe les courses à pied parce que la Fiat nous fait la gueule, heureux 15 heures à 15 degrés.

Souvent pourtant je devenais autistique, aujourd'hui je ne sais plus. Incompétence à vivre, sans doute. Dans le cyber, ça c'est sûr. En dehors, ça le devient parfois chaque jour un peu plus, semble-t-il, de toute éternité conclu. Le temps des cris, le temps des chants à la nuit sans lampions des villes, le temps des douceurs de la vie me semble appartenir à quelqu'un d'autre, or si jamais il appartînt, c'est au désir.

Ce grand vide que nous fustigeons ne sera jamais que celui que je crée sans connaissance de cause. Il en est certains plus doués que d'autres. Nous avions été résignés, disions-nous, et nous rêvions de renaissance. Je me suis égratignée lentement, toute seule comme une grande, puis j'ai creusé c'est misérable. J'ignore où sont passés les mots qui étaient mon salut car les alphabets de la terre en galaxies furieuses ont fait acte de collision. La plupart se déchirent encore, infiniment soumis et suicidaires, sales stridences, je ne vois plus rien. Indigne, certainement. Beauté fragile, inespérée, je l'ai tuée de mes mains, semble-t-il.

Quand ton sourire, Allal, quand ton flip sur le porc, Smaïl, grosse plaisanterie enfin entre nous arqués sur la table équivalant à mon dégoût des escargots, me ramènent doucement au quotidien, cette paix que je n'ai jamais souhaitée en tant que telle, martelant le monde en acharnée au grand dam de mes chers aimés, nerveuse, tant d'autres, crevant de misères assassines, crevant de cynisme ou de larmes. Famille de ouf, je ne te hais point.

Mais si je t'aimais comme une aspiration au calme, toutes choses équivalentes entre elles, je mourrais de ne savoir vivre.

Publié par Cosmic Dancer à 03:59:50 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (3) |

Ne me demande pas pourquoi | 27 décembre 2007


Parfois, comme une lame déchirant l'espace, l'envie de silence sera la plus forte
D'un coup, il n'y aura plus rien.

Publié par Cosmic Dancer à 22:27:02 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (1) |

Corps nu | 14 décembre 2007

Ceci de la nudité, là-bas, où le corps des femmes s'enracine dans l'image de la matrice et dans celle de la cible. Notre maman et notre putain, cette tentative d'existence toujours fracturée sur deux pôles, cri permanent, "je suis entière, entièrement corps, âme entièrement".

La fascination de mes compagnons de causerie pour "l'élégance" dont ils louent les attraits en désignant des femmes, certaines subtilement cachées, jouant de battements de cils pour dire "modeste", pour dire "timide", pour dire "obéissante et respectable", d'autres chaussées de talons fétichistes sur lesquels elles butent, lèvres rouges et humides, bravant de leurs épaules nues l'excommunication, se trouve démunie face au corps dévoilé, ne serait-ce qu'à son évocation, les regards frémissent de crainte et d'envie, les lèvres aspirent plus violemment la fumée insupportable du chicha que l'on goûte entre hommes, entre experts, se fourrant le poumon de carbones, dissertant sur le "sexe opposé", la prose toujours plus poétique à mesure que meurt le jour. La nuit tombe, lourde et suave, chaude, flattant l'instinct d'ancienne terreur, de confidence.

Certes, dans ce Sud traditionnaliste, il y a les questions d'esthétique - le vêtement comme arrangement général censé répondre aux normes de jouissance visuelle en cours, rien de très original. Mais le plus important, il semble, c'est ça : une femme vêtue et parée indique d'où elle vient, où elle vit, si elle est mariée ou non, si elle est riche ou pauvre. Le châle, la coiffe, les fibules et bracelets, la finesse et le choix des tatouages au henné, là où la peau est autorisée à vibrer sous le regard : sur la main, seulement sur la main.

Qu'elle se déshabille, qu'elle soit nue, et tout sens disparaît dans l'angoisse de la désocialisation, cette angoisse de l'intime à laquelle répondent toutes les ruses de la monstration, ce gouffre dont on sait encore aujourd'hui à quel point L'Origine du monde de Courbet dérange nos représentations. Parce qu'il est désir, donc profane, tout autant que sacré, incompréhensible.

Nue, c'est l'inconnu, c'est la terreur et le vertige.

Ce qui peut être renseigné lorsqu'elle est habillée étant de l'ordre social, sa nudité heurte l'imaginaire des hommes qui me parlent, sous la voûte étoilée du ciel brouillée par les volutes grasses et sombres du tabac brûlant au cœur du narguilé et dont l'odeur se mêle à celle du jasmin frais que tissent en colliers les vendeurs à la sauvette, pesant leurs mots, je ne suis qu'une femme, et "Occidentale", qui plus est. Elle est terrorisante, nue, un abîme à appréhender, où l'absurde fait loi, l'obscur d'une perte à consentir, sans nom.

Lorsqu'elle quitte ses effets, imagine-t-il, il éprouve un choc symbolique. Le sens et la beauté pourront être reconstitués dans l'amour, dans la relation, et la route est plus longue.

Eh bien en Europe c'est la même chose, moins ostensiblement.

Le nu comme surface silencieuse.

La source du plaisir dans ce rien qui n'est dit.

Corps comme vague : nul ne sait où elle commence et se termine. Nul ne sait si elle est la même.

Publié par Cosmic Dancer à 20:11:59 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (2) |

Spiderman, c'est plus ça | 03 décembre 2007


Il était fort, il était beau, il sentait bon le filin chaud...

Et pendant que le Petit Père des Peuples vénézuélien se fait ramasser par ses ouailles - ah ! ce bon peuple, jamais content... v'là où ça mène, d'être démocrate -, le drame de ma journée à moi, c'est Spiderman chez les Araignées Anonymes. Merci à Domaine d'extension de la bibine.

Publié par Cosmic Dancer à 11:11:34 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (5) |

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