Moi :
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Moi je viens seulement de couper le contact après avoir brillamment opéré un créneau à gauche dans l'espace très limité qui se tient là comme un miracle entre deux véhicules, jouant du compas dans l'œil des meilleurs jours, j'ai des témoins. De bonne humeur, je m'énerve même pas après la ceinture qui coince. Je l'aime, la ceinture, aujourd'hui. Aujourd'hui, j'aime jusqu'aux petits défauts de tous les objets qui m'horripilent, c'est dire si je suis en phase d'ascension vers ce qu'il ne faudrait pas non plus prendre pour une sainte et universelle empathie, faut pas exagérer.
Mais j'ai l'air tellement sympa quand je souris. Lorsque le mec toque à ma vitre, je constate immédiatement quand même que c'est pas pour me faire la cour. Ca m'étonne. Un jour de zénitude comme celui-ci. J'ouvre tranquillement la portière et je dis rien, j'ai le temps de rien dire, même pas bonjour ! ou oui ? Le type a un vocabulaire obsessionnel répétitif qui se limite apparemment à ça : Ma voiture !
Telle saint Glinglin éternellement ravie sur son nuage hydrophile, j'en suis encore à sourire gentiment, ce qui me vaut d'être prise pour une parfaite idiote, je le déduis abruptement au fait qu'il renouvelle sa litanie avec une expression toujours plus courroucée.
Bon. J'arrive. Je redescends sur terre. - Oui, votre voiture ? - Vous avez failli toucher ma voiture !
Ouh la. Il tend un bras accusateur vers la Ford rutilante qui me coince à l'arrière. - Je me suis garée, oui.
C'est un fait objectif, je ne vais pas contester. L'aveu lui donne des ailes aptes à soulever sans mal sa surcharge pondérale. Et à m'agonir d'insultes plus pitoyables les unes que les autres. Ca y est, je m'énerve. Pour le surprendre, je bondis littéralement hors de mon habitacle, dont je claque la portière avec assurance tout en me dirigeant sur lui pendant qu'il recule vers le sien, d'habitacle. J'y suis. J'observe le pare-choc avant. - Où est le problème ? J'ai failli ?
Nullement impressionné par mon gabarit, il s'approche de moi à son tour, presque à me toucher, je sens que je risque d'en prendre une si je continue. Le mec est mal luné, et il a décidé que j'étais son déversoir. Un type arrive, indifférent. Je l'alpague : - Monsieur a un problème avec sa voiture : j'ai failli la toucher. Voulez-vous bien constater avec moi que j'ai failli ?
L'autre se bidonne, se penche, constate, rien à signaler, se retourne vers l'énervé dont la disgracieuse logorrhée commence à me poisser les tympans. Ce qui finit par agacer mon allié, dont le hasard a bien voulu que la masse corporelle intimide l'inélégant personnage et lui fasse remballer sa mauvaise gouaille. - Merci, Monsieur, dis-je à ce chevalier improvisé. Puis, me tournant vers l'autre, quand même, et choisissant pour l'occasion le tutoiement, après tout ce qu'il m'a balancé, on est intimes, non ? - Si j'avais pas été seule au volant, tu m'aurais pas fait chier comme ça, hein ? T'es un courageux, toi !
J'ai un peu une petite gueule de frappe qui se moque du monde entier, dans ces cas-là, et c'est horripilant, je le sais. Le sombre individu se ramasse tel un élastique distendu sous le regard impérieux de mon sauveur, mort de rire, qui acquiesce et s'éloigne. Et je m'éloigne aussi. L'autre fait des trucs sexuels dans le langage des signes, à l'abri dans sa caisse, et à moi destinés. Pas téméraire non plus, je tourne les talons, en marmonnant distinctement, l'espace d'une seule seconde, le temps qu'il comprenne bien avant que la foule me happe, cette vérité toute bête qui consiste à énoncer en deux mots que le taux d'agressivité infondée du conducteur est inversement proportionnel à la taille intime de son véhicule.
Publié par Cosmic Dancer à 17:14:34 dans Inaimables humeurs | Commentaires (2) | Permaliens
Ne croyez pas ce que vous racontent les magazines au sujet de la libération des femmes, il n'en est rien. J'en tiens pour preuve une anecdote supplémentaire digne d'illustrer clairement mon court et inintéressant propos. Je le dis et je le répète : il est impossible de rouler une pelle au premier venu, quelle que soit votre dose d'alcool dans le sang, nonobstant la sienne, et peu importe le niveau de votre température interne en fin de soirée, et même avant d'y aller.
Ainsi, accompagnée d'un homme de goût légendaire qui fut témoin de la scène et se tient prêt, en cachette, à lever la main droite et jurer qu'elle advint, je me rends à une surprise partie total ambiance dans une maison dont les us hospitaliers sont célèbres au-delà des frontières du quartier qui la ceint. Je tiens à relater ici brièvement que, la semaine précédente, accompagnée d'un aventurier sagace, je dus constater avec effroi que le danseur préfère rentrer avec ses potes plutôt que finir la soirée avec nous, tranquille Mimile à la maison, avec une excellente bouteille.
La fête bat son plein, donc, et après avoir distillé d'affreux conseils existentiels à un cénacle de jeunes et adorables futures bachelières aux yeux tout aussi illuminés que les miens, à défaut d'être lumineux, je retrouve sur la piste aux étoiles mon accompagnateur qui m'a fait la promesse suivante avant que les festivités ne commencent : choisis ta cible, j'assure. Un bref debriefing, et nous tombons d'accord sur l'affligeante réalité : les représentants du genre masculin, pourtant en abondance ce soir-là et ici même, n'ont pas vraiment l'air accortes.
Mon sens du renoncement en poche, je décide quand même que c'est trop triste et qu'il est temps de passer aux choses sérieuses. Lesquelles se déroulent en trois minutes, environ, et à peu près de la manière suivante. Débordant de mansuétude, je vise le solitaire assis sur un rebord de fenêtre et me contemplant depuis quelque temps. Il est tout à fait repoussant, mais il présente la qualité de ne sembler ni plus ni moins idiot que les autres, d'avoir l'air hétérosexuel, et, surtout, morose. Quand je m'approche pour me présenter succinctement en le saluant érotiquement, cet affreux imbroglio poilu comme un yéti, dépourvu de toute grâce et manifestement sans vie intérieure hormis quelques légitimes remugles, ce chef-d'œuvre de vacuité qui n'avait pas la moindre chance de se faire embrasser, ce haut-lieu du désespoir amoureux, ce cagibi d'aisance dont on se demande ce que fait la nature qui a horreur du vide manque me coller une baffe. Voilà où mène la générosité. Si ça continue, je reprends ma cornette.
Publié par Cosmic Dancer à 17:12:34 dans Inaimables humeurs | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 17:05:30 dans Inaimables humeurs | Commentaires (0) | Permaliens
Publié par Cosmic Dancer à 11:58:18 dans Inaimables humeurs | Commentaires (11) | Permaliens
Des envies tenaces de tarmacs lointains...
J'avais récupéré mon sac et je marchais à grands pas vers la bouche de métro la plus proche. Là-bas, le mec qui voulait me lécher les pieds pleurait toujours. J'avançais ivre de colère et mollie de chagrin, priant la pluie et le vent de laver l'épisode encore palpitant sur mes nerfs. Jamais on ne m'avait autant malmenée avec mes pieds. Moi, je les avais toujours aimés, mes pieds. Réglos, m'avaient jamais causé d'ennuis particuliers. Toujours prêts à me conduire n'importe où. Fidèles au poste, hyperactifs, avec une propension à s'envoler ou danser dans les rues, la nuit, la musique à fond sur les oreilles, à l'abri des voisins nerveux qui préfèrent Michèle Thor aux White Stripes et jouent à défoncer ma porte pour m'en informer. Toujours prêts à arpenter le monde, ivres de rencontrer les gens, les lieux. Même après deux fractures qu'ils avaient encaissées courageusement, reformant patiemment leurs cartilages explosés en poussière calcaire. Le seul éclat dont ils avaient été l'attrait central, c'était quelques années plus tôt dans le Sud. Un photographe allumé avait insisté pour les immortaliser, en échange de quoi j'avais eu droit à un restaurant en tout bien tout honneur, et vivent les sandalettes à brides. Donc j'avais encore pris le train, un plaisir, une manie. A l'arrivée, j'avais besoin de marcher, besoin de l'air libre, pas m'engouffrer direct dans les sous-sols grondants.
- Mademoiselle ! qu'il avait crié. - Oui ? - Je veux lécher vos pieds. - Alors là, mon garçon tu me cloues le bec. - Je vous en prie, écoutez-moi ! - Bon. Ecouter, ça, je peux. - Qu'est-ce qui passe, avec mes pieds, là, j'ai du mal à comprendre. - Il se passe, et il s'était rassis, ses cheveux longs en dégringolade sur son front, comme fatigués du reste, ça devait faire un moment qu'il en cherchait, des pieds, il se passe que je suis fou de vos pieds, ne me demandez pas pourquoi, je veux les lécher. Il avait l'air d'un chien trempé, en me disant ça. Ses yeux brillaient d'une lueur dinguotte, presque attirante, mais moi, les abîmes déjantés, c'est pas mon truc. Et rien à faire, son histoire de mes pieds, ça me faisait pas vibrer du tout. Je me sens coupable, je jette un œil autour de nous, le quotidien a l'air normal, toutes choses égales, rien ne paraît le désorienter. Je regarde mes pieds. Putain, qu'est-ce qu'ils ont, mes pieds, peux pas être tranquille ? Autour, les voyageurs peinards s'évaporent chacun dans leur direction, chacun son lot de bagages, sa destination, son histoire. J'aime bien regarder les voyageurs. Je me perds dans la sensation de ces silhouettes, de ces visages, le sac bloqué au-dessus de l'épaule, pesant. Je l'entends dans mon malaise, priant, suppliant - J'en peux plus, il faut que je lèche une paire de pieds ! S'il-vous-plaît !
Il commence à pleuvoir, je me sens de plus en plus mal. Il est plutôt beau gosse, le type, presque touchant, mais cette lueur en bord de prunelle m'indispose. Et ce n'est pas tout. Je suis venue le voir, en prenant le train, celui que je dois voir, et l'idée de sa présence prochaine à mes côtés, la chaleur de ses bras longs, la splendeur de son sourire, la beauté de son énergie, l'émotion de ses doutes, ses vibrations sensibles, tout ce qui me plaît au plus haut point en lui, m'émeut, m'attire, me révolutionne et me rend gaie, tout m'accapare en intégral. Je m'impatiente, mais je ne sais jamais brusquer quand je dois faire face à une demande désopilante. Sur mon front, c'est pas possible, doit être inscrit « Vas-y, déballe ». Même aux arrêts de bus, quelqu'un vient me raconter sa vie, partout dans le monde, tout le temps, même aux terrasses et même dans les trains. Depuis toujours. J'ai la vocation de l'oreille creuse. Ma bienveillance a des limites, pourtant.
- Ecoutez, je suis désolée, j'ai pas envie qu'on me lèche les pieds, je suis pressée. - Si, assure-t-il en braquant sa pupille jusqu'aux tréfonds de la mienne, tu en as envie parce que je te plais. Il dégage sa mèche blonde, me toise avec ses iris bleus, mouvants. Je plonge encore du côté de mes pompes. Les yeux bleus, ça me perturbe à coup sûr, un atavisme. - Non, je t'assure, j'ai vraiment pas envie. Je tourne rapidement les talons, le privant de ses fétiches. Il dégringole de son muret, se vautre en vrac sur les pavés, m'enserre les chevilles. Je pivote, manque tomber. Je contemple, héberluée, son dos puissant penché, écroulé, son tee-shirt se ponctuant de gouttelettes, sa chevelure qui roule, somptueuse, découvrant une nuque parfaite, et je n'entends plus rien de l'activité du monde. La pluie me cogne les tympans au rythme des battements de mon cœur, avec violence. Mon ventre se met à brûler, mon désir s'exacerbe, hypertendu vers mon rendez-vous tendre dont je voudrais qu'il soit déjà là. Mon sac par terre, maintenant, moi qui me plie en deux sur ce corps en position folle dont je perçois les râles d'adoration. Le type est barré dans sa transe. J'attrape sa tête, j'essaie de relever son visage, l'empêcher de couler sa salive sur mes sandales. Il devient dingue. Me tire vers lui, je tombe sur les fesses, mal au coccyx, la pluie, le vent.
- Lâche-moi ! Je hurle. Je la vois sa langue, longue, large, démente, on dirait un caméléon retour de séjour à Tchernobyl, je sais, c'est affreux. Il va m'avaler d'un seul coup, ce type ! - Lâche-moi ou je te fracasse la tête. J'ai dit ça d'une voix bizarrement assurée qui ne lasse de me surprendre. Il me regarde enfin et me sourit, d'un sourire de miel rance qui défigure sa jolie gueule. Toi, Coco, tu vas mal vieillir. - Tu aimes, hein ? Dis-le que tu aimes ! J'empoigne ses cheveux, les tords, tire violemment ses adorables maxillaires en direction de mon menton, plante un regard noir de haine dans le sien. Rien de simple, vraiment. Il pousse un gémissement de jouissance et ferme les yeux à demi. - Tu me vois là, dis, tu me vois bien, clairement, nettement ? Tu m'entends quand je m'exprime ? Maintenant si tu me lâches pas dans la seconde qui suit, je réduis ta face d'ange en bouillie premier âge. Ah, merci Freud ! Il y a là comme une résurgence traumatique. Il se recroqueville subitement, me repousse comme un môme déçu, sanglote à grandes goulées reniflantes. Un instant, j'envisage de lui donner un Kleenex, comme l'autre jour au guichet quand la fille derrière moi a éructé un gloubiboulga vert sur le sol public et propret. Me ravisant, je ne fais preuve d'aucune grandeur d'âme. Je m'éloigne en chancelant, un goût de sel sur les joues.
Publié par Cosmic Dancer à 14:20:17 dans Inaimables humeurs | Commentaires (81) | Permaliens
Oui ?