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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Coup de sang sur un linceul | 22 novembre 2006

Qu'ils la laissent fouler le sol où elle l'accompagne dans son dernier voyage. Qu'ils la laissent fouler le sol qui était pour lui celui de son père, de sa mère, de sa famille, et non celui des bigots de l'islam. Qu'ils la laissent fouler le sol où leurs fils viendront se recueillir un jour. Les morts n'appartiennent à personne.

Publié par Cosmic Dancer à 08:16:29 dans Inaimables humeurs | Commentaires (28) |

Fumier Prod. | 17 octobre 2006


J'aime manger. Parfois, j'adore cuisiner. Souvent, j'achète des bons petits condiments dans un magasin bio. Je m'offre aussi de temps en temps des gourmandises estampillées très bonnes pour la santé d'une grande fumeuse. Pour ce faire, il m'arrive même de renoncer à quelques repas. C'est dire jusqu'à quel point je suis cohérente avec moi-même. J'aime manger bio : c'est bon. Les fruits et les légumes sont pleins, savoureux, le pain est délicieux, la viande goûteuse et tendre.

Mais je n'aime pas les magasins bio. En général, je déteste faire les courses et je suis devenue une reine du choisissage express. Liste en main, déterminée à n'éprouver aucun besoin subit et involontaire - hormis celui de gargouiller - , je glisse entre les rayons qu'ils déplacent tout le temps, eux aussi, comme dans ces grandes surfaces où l'éclatement soudain d'une ampoule me contraint à aller m'aveugler, lobotomisée illico. Quelle souffrance. Mais là, au moins, on m'épargne les fonds sonores sirupeux, ces rengaines d'ascenseurs que je crains.

Et je n'aime pas les clients des magasins bio. A côté d'eux, j'ai l'air d'un hippopotame dopé aux caramels mous. Peut-être qu'ils loupent plus de repas que moi ? Je ne pense pas : leurs chariots débordent et ils se montrent affairés et sérieux. A côté d'eux, j'ai l'air imbécile quand je souris. Et si je parle au caissier, j'ai tout d'un mégaphone vexé par le doux chant des éoliennes, tandis qu'eux, ils murmurent d'une voix égale, monastique. Je suis énervée comme une guitare électrocutée par un choc affectif majeur quand ils affichent un zen parfait. Et quand je farfouille dans mon sac, ils me regardent d'un air pincé, réprouvant publiquement mon organisation personnelle.

Or je suis prête à subir toutes les remontrances tacites au nom des bons petits condiments de chez les gentils petits producteurs qu'il faut encourager dans leur noble tâche. Les produits ont de jolis noms, en plus. Et toujours marqué "Bio" dessus.

Pourtant, à dire vrai, j'aime mieux ceux du jardin d'Eden. Chez mes parents. Aux fins fonds du jardin enchanteur, sur un bon tas de compost soigneusement sélectif-trié poussent des courgettes géantes, de l'ail entêtant et des melons gros comme des pastèques. Je leur ai dit qu'ils devraient se lancer dans la vente, pour rigoler.

Mais "Fumier Prod.", c'est pas très classe.

Publié par Cosmic Dancer à 16:23:04 dans Inaimables humeurs | Commentaires (9) |

Je suis une vilaine fille | 13 octobre 2006

Flic flac floc, après qu'on m'ait dûment présentée à ce que la terre compte de grincheux bedonnants dont l'activité principale quand ils ne se baffrent pas bruyamment consiste à vous dévorer vous. Tandis que je lappe verre sur verre, étranglée par le désespoir, élaborant l'imminence de ma fuite et regrettant d'avoir fait le déplacement, leurs femmes me tournent ostensiblement le dos. Je m'exile le mien au mur. Quelques charmants, de loin, affichent de près la chaussure molle et le costume chic en pérorant façon culture, modèles parfaits de l'homme du jour, irréprochables et monocordes. La prunelle sans éclat, ils considèrent la femme, et non le corps, élevant au sommet du sublime la libido désabusée de leurs aînés. Aux doigts bouffis de ceux-là, ils préfèrent leurs mains blanches aux doigts de fille, à la paume étriquée. Aux rires gras, un arpège complice.
Pas plus que dans ce bar où les trentenaires vieillissent dans leurs mécaniques ritournelles, abandonnant au temps qui passe le goût de rire, une main crispée sur l'épaule de leur demoiselle, l'autre accrochant l'énième demi, jusqu'à la prochaine demoiselle, jusqu'à la quarantaine flapie - alcooliques devenus solitaires, maris épuisés par les jours, hébétés, cherchant confidente -, ma mauvaise foi ne se contredit.

Publié par Cosmic Dancer à 09:47:20 dans Inaimables humeurs | Commentaires (5) |

Dupe en daube | 27 septembre 2006

Prenez un inconnu, que vous pourrez vous procurer soit dans la rue, soit dans le métro, soit chez des amis à vous. C'est mieux si c'est chez des amis à vous. Ça prend plus facilement.
Les puristes auront beau vous dire le contraire, le dupe de rue n'est pas pour les débutants. Le dupe de rue se gagne une fois que la daube est en place, tout travail méritant salaire. Pour le dupe du métro, c'est encore plus délicat, il faut convaincre vite. L'avantage, en revanche, c'est le nombre de bans. Dans le tas, on peut toujours espérer y arriver.
L'espoir, c'est ça qui vous manquait.
À moi aussi, au tout début. Voyez, on commence tous de la même manière. Vous êtes sur la bonne voie.
Une fois que vous avez l'inconnu, il faut le délimiter. Vos amis vous y aideront. Ils le connaissent, faites-les parler.
L'inconnu, c'est n'importe qui. On est tous du n'importe qui. On a tous des chagrins à rendre et des comptes à régler. Pas vrai ?
Je vous le disais, on est faits du même bois.
Une fois que vous avez les statistiques de l'inconnu, récitez-lui le chapitre I. N'oubliez jamais les variantes, elles sont prévues pour assouplir et le résultat final n'en sera que meilleur.
La daube commence à prendre ?
Lancez la totale, allez-y, débitez. Plus vous débiterez dans les temps, plus l'inconnu sera bon dupe.
Comme vous. Comme moi.
Un petit effort et vous y êtes. Et nous y sommes, mes frères, libres et égaux en dupes, dupes en daubes et daubés à la dupe. Dupes pour toujours et fiers de l'être.

Publié par Cosmic Dancer à 06:20:19 dans Inaimables humeurs | Commentaires (1) |

Bienveillance anonyme | 15 septembre 2006

C'est dingue, la vie. En ouvrant ma boîte aux lettres, je découvre un opuscule déposé là par la main même de la grâce, à n'en pas douter. Laquelle a eu l'attention délicate de ne pas se présenter. De format 15 x 8 cm, le Chemin du bonheur est bleu comme le jour, vert comme l'espoir et jaune comme le saint pipi. Un sentier se projette vers l'infini de la perspective, sous un soleil hypnotique. Les mentions « Pour » et « De la part de » ont été soigneusement laissées vierges. Comme pour me dire « tu n'es pas encore nommée, mais je m'en occupe ». Du moins ai-je l'heur d'opter pour cette interprétation car je dois souffrir de problèmes identitaires, comme tout le monde en cette époque bénie.

Tremblant de béatricetude, je vise l'introduction - ah, non, ce mot-là est proscrit, il est sexuel -, je décrypte ce qui s'étale en première page. Et là, je découvre la véritable intention de l'humble générosité : - Pourquoi je vous ai offert ce livre ? - Votre survie (1) est importante à mes yeux. Sachant que j'ai perdu l'usage de la parole, la bienveillance masquée précise : « Survie : l'action de rester en vie, de continuer d'exister, d'être vivant ». C'est bon, d'être aimé à ce point-là. Assurer la rééducation de mon ramage, c'est sûrement nécessaire. S'ensuivent 21 consignes, dont :
- Prenez soin de vous (et lavez-vous les dents) : sans blague !
- Aimez et aidez les enfants : quoi ? ces sales gosses ?
- Donnez le bon exemple : je suis exemplaire à tous points de vue...
- Cherchez à vivre avec la vérité : elle doit être sous les fringues d'hiver, au fond du placard à droite.
- Ne commettez pas de meurtre : et si je veux tuer le temps ?
- Etc.

Parmi les inepties qui se suivent et se ressemblent, je relève qu'il faut regarder avec les yeux (c'est vrai, d'habitude c'est avec mon cul que je regarde), et qu'« au lieu de (me) lancer dans de vaines discussions avec les gens », mieux vaut « tout bonnement leur demander de regarder ». La vérité est immanence, comme chacun sait.

Plus loin, tout en fustigeant Hitler, on m'affirme que « le malade mental est incapable d'apprendre », que « mû par des intentions malveillantes et incapable de la moindre pensée rationnelle, il ne conçoit pas les faits, la vérité et la réalité ». Donc, si je ne veux pas appartenir à cette sous-catégorie de l'humanité, j'ai intérêt à me grouiller les fesses et à apprendre l'opuscule en long, en large et en travers.

Sapience suprême, les problèmes majeurs de notre temps, c'est la faute à Voltaire et à ceux qui l'ont précédé, car ces salauds de philosophes ont toujours emmerdé ces merveilles de religions qu'il faut apprendre à tolérer. Et sans jamais offrir de solution ! Quelques préceptes christiques (« Ne faites pas aux autres, etc. ») et bibliques (« Epanouissez-vous et prospérez ») clôturent ce Livre de Sagesse. Mais que je sois rassurée si on me contredit, « certaines personnes » qui veulent m'« inciter à mener une vie immorale » agissent de la sorte « pour parvenir à des fins personnelles » et si je les écoute, je connaîtrai « bien des tragédies et des chagrins ». Je sens que je vais reconsidérer mon carnet d'adresses, car je doute que mes fréquentations ne se rebiffent. Et sur le chemin du bonheur, je ne veux voir personne !

Profondément troublée par tant d'intelligence et de bonté, je referme le Livret Sacré. Si je souhaite m'en procurer d'autres exemplaires, je peux m'adresser à l'Association spirituelle de l'Eglise de Scientologie, tout près de chez moi. Elle est pas belle, la lutte contre les organisations sectaires ?

Publié par Cosmic Dancer à 15:11:05 dans Inaimables humeurs | Commentaires (19) |

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