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Cosmic Dancer

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La République au pied du voile ou droit dans le mur ? | 02 février 2007

Le 8 mars prochain, en Iran, les femmes et les jeunes filles qui désirent se libérer de l'oppression du voile islamique vont manifester au péril de leur intégrité physique - malgré le silence de Shirin Ebadi, "féministe musulmane" Prix Nobel de la Paix en 2003, dont je n'ai pas fini de dénoncer le discours pervers -, car, oui, elles risquent d'être arrêtées et torturées (viols dans les cachots des mollahs pour les rendre définitivement "impures"), flagellées en public, défigurées par l'acide.

Shirin Ebadi, en sa qualité de Nobel de la Paix, Iranienne et femme, a eu - et qui s'en est soucié ? - le front, lors de son discours d'investiture à Oslo le 3 décembre 2003, de déclarer qu'il n'existe "nulle contrainte en religion" dans le Coran, dont la majeure partie des textes sont pourtant destinés à réguler la vie du croyant, les prescriptions énoncées ayant pour nom charia. Ebadi, dans un délire historique complet, se réclame de l'empereur Cyrus le Grand, fondateur de l'empire Achéménide qui rétablit le mazdéisme (religion de Zoroastre) préconisant l'égalité des sexes depuis le premier millénaire avant notre ère !

Trop souvent considérée comme l'un des porte-étendards de la libération des femmes en islam, je rappelle qu'elle s'est opposée à la loi contre le voile, arguant du fait que les femmes doivent rester libres de choisir. Un discours que Tarik Ramadan ne renie évidemment pas.

Pendant ce temps, la République française, via deux délibérations de la HALDE - Haute Autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité - entérinées par une note ministérielle "rappelle que le principe de neutralité s'impose aux seuls agents du service public et non à ses usagers". Un représentant de l'Etat ayant en effet enjoint à une femme musulmane de retirer son voile pour la cérémonie de sa naturalisation.

Est-ce à dire que la République entend se conformer à la loi des mollahs, qui s'est substituée à celle de l'empire perse lorsqu'il fut envahi par les armées du Prophète ?

En autorisant la différenciation par le voile et en jugeant discriminatoire le refus d'un fonctionnaire d'Etat, la République semble abandonner, encore une fois, le principe de laïcité. En enjoignant les femmes voilées à respecter ce code vestimentaire de toutes les barbaries au sein d'une préfecture, ne s'apprête-t-elle pas à accepter les mesures discriminatoires que les barbus tentent de multiplier, notamment dans les Hôpitaux de France ? (Annick Cojean, Le Monde du 28 janvier 2007 - en archives - article lisible ici.)

Et que dire de son soutien aux forces progressistes iraniennes, quand les enjeux du nucléaire semblent rejoindre les intérêts lucratifs d'investisseurs français au pays du hijab ? Est-ce pour cette raison que le président Chirac a adoubé Mme Ebadi commandeur de la Légion d'Honneur ?

Publié par Cosmic Dancer à 09:46:02 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (140) |

Des plumes des filles dans le cyberespace | 29 janvier 2007

Interpellée par la question que posait Alain Lafon récemment - "Pourquoi si peu de femmes parmi les rédacteurs d'Agoravox ?" -, et suite à la lecture des commentaires qui ont suivi, plus ou moins éclairants, j'ai décidé de proposer à la rédaction du site ce court billet dont je sais les manques en termes d'arguments.

Je suis très amusée par les remarques sexistes essentialistes ("Les femmes ne sont pas violentes", "Elles ont d'autres centres d'intérêt que la politique"), et par celles concernant le sexe supposé d'Agoravox (masculin, machiste) - qui ne serait donc pas un ange, les bras m'en tombent.

Moins amusée par la déferlante de références à Ségolène Royal. Allons donc, depuis l'investiture de la dame, il serait devenu impossible de parler des femmes sans désigner celle qui, par les fonctions qu'elle exerce aujourd'hui, en serait le miroir lumineux ou déformant, selon qu'on lui apporte ou non son soutien ? Et il faudrait considérer comme une conquête du féminisme d'être systématiquement, au prétexte d'une formule génétique XY, renvoyée aux fourneaux du "ségolénisme" ? Et pourquoi pas à ceux de la "ségolénisation" ? (néologisme avatar de ma lecture du Premier Sexe d'Eric Zemmour).

Lequel serait d'ailleurs fort ennuyé de constater que la féminisation absolue de la société - son fer de lance évidemment fantasmé-, à laquelle il reproche tous les maux, ne se reflète malheureusement pas sur l'espace d'expression démocratique et laïc qu'est Agoravox. Qu'en déduire ?

Mais le pourfendeur de tous les féminismes, et l'ensemble des néo-grincheux à sa suite, se réjouirait peut-être en lisant parmi les réflexions les plus grotesques celles qui invitent les femmes à prouver leur existence en exprimant, depuis des profondeurs certainement insondables, leur passion secrète pour la teuf du sexe. Somme toute, l'exhibition sanitaire de fantasmes que nous partagerions toutes nécessairement et qui nous conduiraient sans coup férir (ou presque) dans le lit désordonné d'une réconciliation entre les genres. A défaut de quoi, nous serions condamnées à être considérées comme de vilaines castratrices toujours embourbées dans une morale puritaine des temps jadis. Entre le point G et le point de croix, que choisir ?

De sages intervenant(e)s ont eu la pertinence, et qu'ils(elles) en soient remercié(e)s d'évoquer cette réalité si banale que les femmes se retrouvent entre elles, pour pouvoir en parler, sur des forums où, effectivement, "elles ne font, ou ne pensent pas refaire, le monde" : l'organisation du quotidien. Qu'elles vivent en couple ou en famille monoparentale, leur emploi du temps indigeste, dévorateur de toute énergie, leur laisse rarement, hélas, l'occasion de s'exprimer. Nul besoin de référer aux pays musulmans où les hommes rêvent en fumant la chicha pendant que leurs soeurs s'usent à la tâche. Si nous, Occidentales, avons acquis des droits et conquis des territoires de liberté, nos compagnons de fortune - ou d'infortune - sont encore un peu à la traîne, semble-t-il.

Incriminée à son tour : la presse féminine. Vaste sujet qui mériterait un article à lui seul. Et dont une intervenante fait judicieusement remarquer qu'elle n'est pas lue par toutes les femmes, que ses pendants - si je puis dire - masculins existent, et qu'elle peut de surcroît développer d'autres sujets que les chiffons, les horoscopes ou les bijoux de famille.

Mais au fond, sur Agoravox comme partout, il reste ce chemin difficile à parcourir autant qu'à désigner : entre les "pro-féminisants" capables de défendre les positions les pires (voile islamique, charia) - la femme hijab - et les pénibles ordinaires incapables de penser autrement que par l'infortune de leur méconnaissance des femmes - la femme string.

Publié par Cosmic Dancer à 11:19:32 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (35) |

Ouvrir les yeux sur la situation au Liban | 23 janvier 2007

Je copie ci-dessous l'écrit qu'a publié le remarquable Wil - Window In Lebanon - ce matin. Qu'il en soit ici encore remercié.

"Pourquoi je ne suis pas allé travailler"
ou "pendez les gauchos qui vous racontent en France
que les insurgés libanais sont des forces de progrès"

Ce matin, j'ai quand même pris ma voiture pour aller au travail, malgré un SMS vers 7h30 prévenant que les routes étaient bloquées et que chacun était invité par la Grosse Boîte à rester à la maison. J'ai voulu me rendre compte de ce que c'est, un Liban en grève, pour voir si c'est aussi festif qu'en France où finalement les gens s'amusent beaucoup dans les manifs.

Hé bien non. Mon expérience reste toutefois moins directe que Bee, mais j'ai aussi eu droit aux pneus qui brûlent sur l'autoroute, ainsi qu'à des jets de pierre qui ne m'étaient peut-être pas destinés, mais qui m'ont vite fait comprendre qu'il y avait des choses très intéressantes à la télé aujourd'hui. Me voici donc rentré à la maison, toute velléité de me rendre au travail aujourd'hui s'évanouissant devant la détermination des insurgés.

Si vous venez sur ce blog, c'est aussi pour avoir une image plus personnelle de ce qui se passe au Liban. Je peux donc vous le dire : ces insurgés sont des voyous, des fachos, des criminels. On ne peut pas leur pardonner car ils savent ce qu'ils font. Ils détruisent le Liban en donnant un vernis de forces de progrès, comme en 75, appuyé en cela par un parti communiste et une CGT imbéciles qui voient là une occasion de se pousser du col en fournissant un pseudo-programme économique. Mais derrière la naïveté politique d'Aoun, soutenu par ses SA, se protège le fascisme politique du hezbollah, dont l'objectif reste toujours d'instaurer une république islamique au Liban en détruisant Israël s'il en a l'occasion.

N'écoutez pas les bonnes âmes qui vous diront, en voyant les images des émeutes, que la police réprime sauvagement l'expression de la liberté. La police protège les faibles, comme c'est son rôle, et maintient un semblant de civilisation dans un pays au bord du gouffre. Moi aussi sur ce blog j'ai vilipendé la corruption et le féodalisme de ce pays, et je me suis moqué des dadames d'Achrafieh, ce quartier riche et chrétien, qui préfèrent parler français pour qu'on ne les prenne pas pour des Arabes. Mais jeter le bébé avec l'eau du bain ? Tout détruire sous prétexte que ce n'est pas parfait ? Donner les clés aux fascistes associés, comme au temps du pacte germano-soviétique, aux derniers communistes en activité, qui s'ébrouent après avoir hiberné depuis la chute du mur de Berlin ? Abandonner l'idée que le Liban puisse rester la seule démocratie du monde arabe pour en faire un Iran bis ou pire une fédération religieuse ? Très peu pour le Liban. La force ne doit pas passer. La majorité, l'immense majorité des Libanais en est convaincue. Les casseurs doivent être traités comme tels. Paris III redonnera une légimité au gouvernement Siniora, et le confortera dans ses projets salvateurs.

Occidentaux qui lisez ce blog, ne cédez pas à la tentation de voir dans les insurgés les courageux réformistes qui luttent contre un pouvoir inique. Les fachos sont dans la rue, et après la Marche sur Rome, ils montrent leur vrai visage de violence pour s'approprier le pouvoir. Il faut soutenir le gouvernement, qui reste ce qui nous sépare de la barbarie.

Rappelez-vous du Liban, s'il vous plaît.

Publié par Cosmic Dancer à 12:16:47 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (6) |

Ça ne rigole plus - Confession avant massacre | 20 janvier 2007

Une jeune femme me faisait remarquer hier que j'étais manifestement, ces temps-ci, obsédée par la question du voile islamique. Etre interpellée sur ses obsessions a toujours ceci de passionnant que cela oblige - un peu comme les professeurs sont amenés à reconsidérer leurs savoirs lorsque des élèves curieux et motivés exigent un approfondissement qui nécessite des révisions et des relectures pour désenfouir des souvenirs - à réfléchir doublement.

Retrouver, dans l'histoire personnelle - car toute passion d'ordre intellectuel trouve ses sources, parfois sinueuses, dans un passé factuel ou songeur -, l'image du chemin broussailleux qui conduit à s'intéresser de plus en plus profondément à une question. Pour ce qui me concerne, une abhorration viscérale des injustices, dont j'ignore en revanche les racines enfantines en dehors des lectures qui me forgeaient. A moins qu'elle ne se soit ancrée à savoir mon père sur des chantiers lointains, week-end compris, sous la cagna, la tempête, la neige, jour et nuit. A le voir s'épuiser pour gagner des misères en édifiant des longueurs de béton à longueur de vie. Les ouvriers maçons subissaient en ce temps-là, lorsqu'ils étaient honnêtes - et ce fut sa malédiction -, outre un mépris souverain pour n'avoir pas pris l'ascenseur des Trente Glorieuses, des salaires parmi les plus bas. A sentir sur ses mains ravagées par la chaux l'odeur de la chair cuite. Les mains de mon père, immenses et meurtries, en sont peut-être pour moi le symbole.

Du père à la mère, de la condition des hommes à celle des femmes. De ma propre extraction hors d'un futur incontournable - au mieux, devenir fonctionnaire, au pire, mariée - dans une France ouvrière qui existe toujours pareillement, où l'étude demeure un miracle et les livres, une étrangeté.

La liberté, pour moi, n'a jamais eu lieu que par la littérature, les livres et la musique. Un monde hors monde capable de déverouiller le mien. L'arme absolue qui façonnerait une vie rêvée : une vie de femme. M'offrant le poison du désir, ils désignaient une voie de résistance. Se soumettre, jamais.

Réfléchir doublement. Tâchant de discerner, au-delà des formules de bonnes intentions, au-delà des discours rassurants, au-delà de la bien-pensance qui, chez la plupart de mes professeurs gauchistes, créait en moi un malaise profond comme l'intuition d'une ombre. Le plomb dans la tête de la Toute-Tolérance. Une génuflexion comme une autre.

De la condition des femmes à l'actualité, de l'islamisme à l'extrême-droite, les préoccupations ont fini par trouver leur lien. L'oppression a de nombreux visages, et ses bras sont tentaculaires.

Publié par Cosmic Dancer à 12:33:45 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (21) |

Foulard sanglant | 13 janvier 2007



La question du port du hijab en Tunisie a porté ses fruits amers, et il paraîtra toujours plus abstrait le temps où les femmes apprenaient à vivre face au ciel. Rivées, rigides, entre l'effigie du tyran et celle du salafiste.

Ce pays est volontiers considéré comme exemplaire d'une libéralité musulmane, où le principe de l'égalité entre hommes et femmes est expressément garanti par les textes constitutionnels et législatifs - 1956 : abolition de la polygamie, suppression de la répudiation et instauration du divorce judiciaire ; 1959 : droit de vote et éligibilité ; contraception dans les années soixante. Il brandit avec fierté l'expression de son progressisme, arguant de sa supériorité en la matière sur les autres pays du Maghreb.

Pourtant, l'essence même de la loi - inféodée à "l'identité arabo-musulmane" du pays - et le conservatisme patriarcal de la société tunisienne engagent à relativiser sérieusement les progrès (réels) et les discours (doucereux) du pouvoir en place. Juste un exemple parmi tant d'autres, l'interdiction faite aux musulmanes tunisiennes d'épouser un non-musulman. Voir à ce sujet le lumineux article de l'historienne Sophie Bessis.

La société tunisienne reste profondément conservatrice. Dans les faits, le quotidien des femmes est un enfer que je ne peux personnellement créditer d'aucune douceur. La virginité est une exigence réelle avant mariage, aussi les jeunes femmes pratiquent-elles la sodomie quand elles ont une relation amoureuse. Les jeunes hommes, tout aussi concernés, explorent leur vie sexuelle entre cousins et amis avant de négocier l'acte secret avec l'une de leurs premières belles. Célibataires et divorcées y sont absolument sous surveillance du voisinage, tout comme les couples mixtes et les croyants qui manquent de zèle. Impossible de s'y promener seule sans courir le risque d'être poursuivie par un essaim d'excités clamant que la femme européenne vient pour baiser. Ce qui, hélas, est une vérité et une violence : pauvres et sans possibilité de faire l'amour, de nombreux jeunes gens qui travaillent dans les grands hôtels et les magasins d'artisanat font commerce de leur virilité, au moins autant que les jeunes filles de leur beauté.

J'écrirai bientôt sur le corps de la femme tunisienne, que j'ai vu meurtri et mourant. Et sur la perpétuation sans nom de l'insoutenable violence que la lecture la plus archaïque du Coran leur réserve en réalité.


- Lorsque je prends ton visage entre mes mains pour embrasser ta joue brûlante, l'étoffe étouffe tes larmes.



Ajout tardif, à lire. Extrait : "Les Tunisiens ont été étonnés à la lecture des chiffres récents publiés par le ministère de la Condition féminine et de la Famille, montrant que 20 pour cent des femmes tunisiennes sont soumises à des violences physiques, tandis que 50 pour cent d'entre elles font l'expérience de violences verbales. Cette surprise est d'autant plus grande que la Tunisie est généralement considérée comme un pays pionnier en matière de droits des femmes parmi les pays arabes et que le taux d'éducation de sa population est très élevé.
Cette étude révèle que la violence envers les femmes au sein de la famille n'épargne aucune couche sociale, mais est particulièrement sensible dans les milieux défavorisés.
Elle note aussi que les violences sur le lieu de travail concernent essentiellement des violences verbales, l'exploitation des enfants et le harcèlement sexuel."

Publié par Cosmic Dancer à 10:54:05 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (49) |

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