Deux ans en janvier que j'aurai découvert les blogs, je n'utilisais que les boîtes aux lettres et les sites de recherche d'emploi. Deux ans presque que je suis rivée à la Toile, explorant au rythme des influx électriques qui transforment un cerveau humain en dédale d'alertes, fonction "on" en rut jusque dans les cauchemars nocturnes, ces lieux étranges où fleurit l'expression porno chic de la moindre velléité à dire, déchetterie de mots à l'échelle de l'humanité, extension du domaine du soi la gueule ouverte dans ce grand fleuve contaminé où les panses bouffies des poissons se confrontent enfin à la péroraison factice d'un ciel serein. Prières de damnés. Floraison d'images niaises, de dégueulis verbeux, de rondes fières d'être analphabètes, ballets de revendications, thérapies pédagogisées de l'injure, vomissures, petits pets puants d'actualité, j'ai cru au média citoyen, à la création collective, résistance de noyé étouffé par ses glaires, je m'agitais fatalement dans le vide.
Depuis quelque temps ce chaos m'affecte.
Depuis peu, il me répugne. Le "cas Truchelut", dernière requête sur Google, m'accable. Pendant que tournent les béatitudes comme des joints, les infamies aiguisent leurs armes. Ce bruit, merci Aounit et bravo, infect incendiaire, on vous en sera à jamais reconnaissants, ce bruit me terrorise.
Oui ?