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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Savoir vivre | 06 août 2006

"Choisir une nouvelle attitude, c'est toujours une fête ! Mais dans l'euphorie du moment, mieux vaut garder la tête froide : votre future attitude doit bien sûr vous plaire, mais également correspondre aux suites de notre entretien en date du 14 février 1998.

(...)

Notre objectif : non seulement éviter l'encastrement des personnalités dans une structure économique où la convivialité est débitée en fin de mois, mais aussi veiller à ce que les 1 730,50 F à régler avant le 12/10/98 ne se traduisent pas par une baisse significative du nombre de fois où Tatiana n'a pas trop envie ce soir."

Jean-Charles Masséra - France guide de l'utilisateur - POL Editeur - 1998

Publié par Cosmic Dancer à 17:50:17 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |

Le métier de Pénélope (ou qui trompe qui) | 06 août 2006

Il y a fort longtemps vivait en Grèce un certain Ulysse (qui, tout en étant remarquablement sage, n'en était pas moins rusé), marié avec Pénélope, belle femme aux multiples qualités, dont le seul défaut consistait en un goût démesuré pour le tissage - manie qui lui permit de passer seule quelques lustres.

Aussi chaque fois qu'Ulysse, affirme la légende, observait avec sagacité que, faisant fi de ses interdictions, Pénélope se disposait une fois de plus à entreprendre un de ses interminables tissages, on pouvait le voir la nuit préparer à tâtons ses bottes et une bonne barque; puis, sans rien lui dire, se lancer dans de lointains périples, à la poursuite de lui-même.

Grâce à ce subterfuge, elle parvenait à le tenir éloigné : elle faisait la coquette avec ses prétendants, insinuant qu'elle tissait tandis qu'Ulysse voyageait, - et non qu'Ulysse voyageait pendant qu'elle tissait -, comme a pu l'imaginer Homère, qui, on le sait bien, s'assoupissait souvent et ne se rendait compte de rien.



Augusto Monterroso - Fables à l'usage des brebis galeuses - André Dimanche Editeur, 1995.

Publié par Cosmic Dancer à 17:46:30 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |

Mon aimable marquise | 06 août 2006

Emilie Le Tonnelier de Breteuil est née à Paris en 1906. Elle est devenue l'épouse du marquis Du Châtelet, homme adorable et libéral qui lui a foutu une paix royale tout en la gratifiant de sa précieuse amitié, mais surtout l'amour de Voltaire. Femme de lettres et de sciences, elle fut notamment la première en France à comprendre les idées d'Isaac Newton.Moi, les histoires d'amour, j'aime ça. Surtout quand elles sont vraies. Et celle-ci m'enchante particulièrement. Qu'est-ce qu'elle s'est fait chier, Emilie, avant de rencontrer François Marie ! Elle en a bavé, faut bien le dire. Et puis, sans entrer dans les détails de leur relation amoureuse où l'une était l'égale de l'autre, voilà ce qui me séduit, moi : pour elle, il a transformé un vieux château tout pourri en maison de princesse. Avec en plus un théâtre, eh oui, avec des rideaux rouges et tout, où elle joue ses pièces pour lui, et un laboratoire pour expérimenter. Ben dis donc. Ils s'amusent, les amis de la science et de la philosophie ! Dedans, chacun a ses appartements, et chacun son bureau, bien sûr. Ils bossent, les amis des Lumières ! On raconte qu'ils s'envoient des lettres d'une pièce à l'autre du château comme d'autres se balancent des vannes à table.Bon, évidemment, ça finit par se terminer. Et puis elle meurt. Evidemment, il ne s'en est jamais remis : et puis quoi, encore ? Les amours contingentes s'oublient, l'essentiel non.

Publié par Cosmic Dancer à 17:42:59 dans Ce goût des autres | Commentaires (6) |

"La musique, le clair de lune et les rêves sont mes armes magiques" | 06 août 2006

- Il y a, madame, en ce qui concerne ce monde, trois théories différentes : que tout est l'œuvre du Hasard, que tout est l'œuvre de Dieu et que tout est l'œuvre de plusieurs choses, combinées ou entrecroisées. Nous pensons, en général, en accord avec notre sensibilité, et ainsi tout devient pour nous un problème de bien et de mal ; il y a longtemps que je subis, moi-même, de grandes calomnies à cause de cette interprétation. Il semble qu'il n'est jamais venu à l'esprit de personne que les relations entre les choses - à supposer qu'il y ait des choses et des relations - sont trop compliquées pour qu'un dieu ou un diable les explique, ou qu'ils les expliquent tous les deux.
Je suis le maître lunaire de tous les rêves, le musicien solennel de tous les silences. Vous vous souvenez de ce que vous pensez, quand, toute seule, vous êtes devant un grand paysage d'arbres et de clair de lune ? Vous ne vous en souvenez pas, parce que vous avez pensé à moi, mais, je dois vous le dire, je n'existe pas réellement. Si quelque chose existe, je n'en sais rien.
Les aspirations vagues, les désirs futiles, les dégoûts des choses ordinaires, même lorsque nous les aimons, l'ennui de ce qui n'ennuie pas - tout cela est mon œuvre, née lorsque, allongé sur la berge des grands fleuves de l'abîme, je pense que je ne sais rien moi non plus. Alors ma pensée descend, effluve vague, dans les âmes des hommes et ils se sentent différents d'eux-mêmes.
Je suis l'éternel Différent, l'éternel Ajourné, le Superflu de l'Abîme.

Fernando Pessoa - L'Heure du Diable - Ed. José Corti, 1989.

Publié par Cosmic Dancer à 17:39:06 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |

Quitte à déplaire | 28 juillet 2006

"J'ai vu, entendu, senti bien d'autres choses encore, que j'ai presque toutes notées. Bien des choses étranges et apparemment banales et quotidiennes. Les choses étranges qui crèvent les yeux ne sont pas vraiment étranges. Les choses étranges, remarquables, sont toujours secrètes et dissimulées sous une épaisse couche d'apparence bonnasse et familière. J'ai gratté la couche ; j'ai soulevé le drap. Et j'ai découvert le fond, la véritable source des apparences : c'est cela, l'aventure, piètre Monsieur On, et non pas des découvertes spectaculaires et périlleuses. Ce n'est pas aller loin qui est aventureux. C'est seulement aventurier. Il ne faut pas confondre. Etre aventureux, c'est aller profond. Ce n'est pas s'étendre, c'est s'enfoncer."

Jean-René Huguenin - Journal.

Publié par Cosmic Dancer à 20:34:38 dans Ce goût des autres | Commentaires (6) |

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