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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Comment ? On réhabilite ! Hein ? Quoi ? | 10 mars 2008


Vive la politique sociale de réhabilitation de ma tour. C'est au doux son du marteau-piqueur que ma cafetière glousse en tressautant sur la table. Le brise-béton vous tonifie le cerveau aux aurores, un, deux, trois, et un, deux, trois, et les enfants hurlent parce qu'ils sont incapables d'apprécier la symphonie subtile des pilonneuses et des perforateurs. Les chiens ne sont guère plus mélomanes, ils n'entendent rien aux accents de la découpeuse que rythment les coups de masses et les vibratos des foreuses.

Ça va durer six mois au moins, logement après logement. Une nouvelle intimité entre voisins.
- Alors, ça casse ? - Super !
Et dedans ce sera rigolo : on va jouer tour à tour à "mets tout dans une pièce et respire la poussière". On sera reconnaissables avec nos masques à oxygène, c'est chouette, ça vous solidarise même les plus timorés.

C'est merveilleux parce qu'ensuite la tour sera comme neuve, les loyers augmenteront enfin, on se sentira riches. Il faudra bien en profiter : dans quatre ans elle sera rasée ainsi que les bâtiments autour, et la parcelle revendue à des promoteurs immobiliers. Le quartier a pris du galon. Heureusement que la direction du logement social a pris cette sage décision après 37 ans d'inertie, dis donc. Mais dans quatre ans, c'est la présidentielle. Et ça ne votait pas beaucoup par ici lors des municipales, d'habitude.

- Si tu veux me téléphoner, préviens en envoyant un mail, je décrocherai plutôt dehors dans la tempête parce que là, les rafales de vent s'acharnent sur les volets que j'ai dû laisser fermés pour ne pas exploser les vitres.
- Et puis arrête de te plaindre. Pour se faire pardonner, ils vous réservent des offres de logements saisis revendus à un prix symbolique.

Publié par Cosmic Dancer à 08:46:51 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (1) |

Lui, lui, lui, elle et Vous | 29 février 2008


- Je dis qu'il est élitiste de considérer que les candidats de la Starac et de la Nouvelle Star ne sont pas des artistes. Ils savent chanter, ils ont du talent, ils ont travaillé dur pour se faire connaître.
- Travaillé dur pour quoi ?
- Se faire connaître. Réussir.
- Réussir quoi ?
- A se faire connaître.
- Ah.
- Tu es jaloux parce que tu ne passes pas à la télé.
- Tu commences à parler comme ma mère et mes tantes.
- Je suis du peuple, je ne suis pas élitiste. Je ne prends pas les autres pour des cons. Il y a des gens très bien.
- Oui sans doute. Mais à partir du moment où ils rentrent dans ce circuit qui fait d'eux des produits de consommation...
- Discours d'intellectuel. Je te demande de respecter les gens individuellement, ils le méritent. Ils ont réussi.
- Mais réussi quoi ?
- A se faire connaître ! Où est le problème ?
- Le problème c'est que c'est de la merde. On leur demande de faire de la merde et ils le font parce que comme le nom l'indique, ils veulent devenir des "stars".
- Et alors ? Les Stones sont des stars ! Je m'en fous, du système, c'est une idée abstraite. Je te parle des gens, des artistes individuellement.
- Ce ne sont pas des artistes.
- De quel droit ? Ils savent chanter. Amel Bent, par exemple, ne me dis pas qu'elle ne sait pas chanter !
- Qu'est-ce qu'elle a à dire avec son r'n'b de base de merde ?
- Je te parle de devenir populaire, pas élitiste.
- Mais Hendricks était populaire !
- Je te parle de respecter les gens. Je ne me laisse pas embrigader, je suis lucide. J'exige simplement que tu les respectes en tant qu'artistes parce que eux aussi ont fait des concerts.
- Mais ce sont des produits fabriqués de toutes pièces.
- C'est ton avis, je ne le partage pas.
- ...
- C'est toujours pareil avec vous, les intellectuels. Vous ne faites jamais aucun effort. Vous ne savez que critiquer parce que vous êtes frustrés de ne pas être connus.

Andy Wharol est demandé à l'accueil de l'asile. Un quart d'heure ne sera pas tout à fait suffisant.
On demande Mr. Wharol à l'accueil. Mr. Wharol est demandé à l'accueil. Y a-t-il un Mr. Wharol dans la salle ?

Publié par Cosmic Dancer à 23:56:47 dans Inaimables humeurs | Commentaires (18) |

Ces scories qui nous peuplent | 26 février 2008

Je n'avais jamais vu tes larmes et je ne pense pas que quinconque te connaissant un peu les soupçonnerait jamais. Pendant que tu parlais vive comme à ton habitude, elles ont forcé tes yeux. T'étais encore plus belle.

Arrachons ces scories qui nous peuplent comme autant de métastases.

Publié par Cosmic Dancer à 08:29:50 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (2) |

L'année est bisextile | 25 février 2008


Alors au lieu de penser aux J.O. de Pékin, à la déclaration d'indépendance du Kosovo, aux corps déchiquetés en Irak et au Pakistan, aux simagrées de la majorité et de l'opposition, à ce brouhaha des vanités, à ces mots que tu voudrais écrire, à tous ceux que tu voudrais dire, et au coup de fil désobligeant au défenseur des droits de personne, tu prends ta veste, tu descends les premières grosses poubelles, celles qui préparent la suite, évacuations légères, les premiers renoncements indignes d'être transportés, la vieillerie administrative, les projets moribonds, les bouts de souvenirs de rien, les collections de journaux à porter à une association qui en a l'utilité, tu enfiles ton bonnet, qu'il couvre tes oreilles parce qu'il fait bien frisquet dehors malgré le soleil splendide et tu te cales ça dans les oreilles, ma fille. Ouste !

L'année est bisextile, so what.

Publié par Cosmic Dancer à 16:27:11 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (4) |

Cherche humour désespérément | 23 février 2008

J'ai donc expérimenté l'aquarium à fumeurs, ce mouroir honteux mais libéré des regards, infect, vraiment insupportable en odeurs, planquant ma culpabilité sous mon manteau parce que cette loi m'aura de fait enjointe à finalement choisir de ne pas arrêter. Ne pas arrêter, non de fumer je m'en tape et je me tue si je veux, mais ne pas arrêter de me demander quelles formes absurdes prend aujourd'hui cette accélération vers le vide, la disparition. Donc j'en suis encore à fumer, à avoir repris à fumer, plus exactement, bien consciente, balablabla, de la crapulerie des industries du tabac, blablabla, et de celle de l'Etat, blablabla. Je fume et lorsque je ne fume pas c'est indicible, intime.

J'étais là dans ce bar pour la simple raison qu'après avoir marché dans la nuit comme j'aime faire, aucune importance, je souhaitais manger un kebab et me poser pour ce faire. J'étais là, c'est un samedi soir, un de ces soirs noyés de circonstances où les morts sur la route oublient semaine après semaine que c'est bien là que ça se passe, pour ce qui les concerne. Sur une route de campagne que je connais trop bien, aveuglée par la brume, tué par le verglas. Sur une route dont l'aspect ineffable, improbable et hors-temps, avec ses silhouettes d'arbres déchus découpés sous la lune, t'apprend dès l'aube à quel point tout s'efface comme la bouse des vaches qui n'y sont plus disparaît sous la terre sans que tu le voies à moins de te pencher dessus. Sur une route de campagne un samedi soir retour de boîte, le terme de boîte fut bien choisi, bien que je n'y allais pas, autorisée seulement à rouler à vélo et me contentant en conséquence de faire quinze bornes pour me désennnuyer sous le regard de garçons aux fêtes de bleds autour à jouer d'auto-tamponneuses comme on se forge un avenir, à se coller contre un arbre au bal disco où l'orchestre est trop naze qui ne joue que Sheila et consorts, à se faire chier absolument et totalement concentrée sur l'ailleurs - maladif ailleurs et autre - avec pour seul désir de reprendre la route effrénée en vélo, rentrer et sous les écouteurs punkiser pour survivre.

Hiver interminable, la maison encore en travaux depuis si longtemps, on se lavait à l'eau froide et papa a toqué à la fenêtre qui était pourtant ouverte parce que j'aimais sentir l'air froid, l'air chaud, l'air des saisons qui me rappelait le bock du Sud-Ouest où l'on faisait une toilette de chat dans le village en oubliant que les chasseurs allaient ramener leur proie puante qui faisanderait des jours entiers sous nos yeux d'enfants nés en ville, il a toqué à la fenêtre pour m'annoncer que tu étais mort. Comme ça. Comme il a pu. Sans rien révéler de son doute. Dix-huit ans. Quelques mois de plus que moi. Ce soir le sol glisse comme un rêve noir et froid où le temps s'arrête pour me rappeler un paysage comme tant d'autres ravagé par la friche où plus un chemin ne permet la marche. Je me souviens de ta dépouille et de mon insupportation à lui faire face parce qu'on s'était roulé des pelles maladroitement et consciencieusement, toujours sous le même arbre près de l'école mais à l'abri des regards, parce que l'on s'aimait bien depuis les années d'école. Et à propos, on m'a raconté hier soir que Mao avait commandé l'extermination des passereaux tandis que j'avais pris une chaise dehors et que je ne comprenais pas comment aux cîmes des magnolias sous nos contrées, d'étranges et stridents chants exotiques semblaient prendre la place de nos zoziaux du coin, sales faiseurs de chiures acides comme nous chions des horreurs conceptuelles dont le résultat, hélas, tend au même désespoir. J'me demandais béatement à qui étaient ces cris sans comprendre qu'il s'agit d'enregistrements de la mairie destinés à les fatiguer à leur tour, écologie blabla, développement durable sponsorisé par macdonald, blablabla. Tu étais aussi beau mort que vivant avant que l'on t'enterre où je ne suis pas allée. Dans ce village désert où l'on essaie de vivre en rêvant au futur, loin des champs où l'on bosse en se flinguant les doigts et la colonne vertébrale, cette campagne atroce qui n'a plus aucun goût.

Je ne souhaitais pas parler. Mais déjà il était trop tard, les odeurs de la poussière âcre me malmenaient en souvenir, ces poussières d'Amérique centrale, ces poussières de la Tunisie, de la Turquie, me semblaient déjà comme un cauchemar suinter de nos nez, tais-toi, tais-toi, cesse tes généralités insupportables qui désignent ton dieu et ton diable, toujours cette profanation de ma paix.
- Les responsables, c'est ces salauds d'Américano-sionistes capitalistes.
- Pitié.
- Avant eux, jamais sunnites et chiites n'auraient eu l'idée de se battre.
- Pitié.
- Ces salopards de juifs qui mènent le monde.
- Crucifiez-moi, je n'en peux plus.

Parle, tente, essaie de soulever en toi ce rien qui y est apte.
- Avec la déclaration d'indépendance du Kosovo, la fragmentation délétère du monde en entités ethniques-et-religieusement-pures s'impose sous le couvert de droits. Comment peux-tu supporter ça, toi de la bonne gauche révolutionnaire, hein ? Comment peux-tu ?
- Vive l'indépendance ! Vive la liberté ! Chacun chez soi !
- Dis-moi, toi, l'anti-américain, l'anti-impérialiste, l'anti-nationaliste, l'alter-suprême. T'éprouves aucun malaise, en l'occurrence ?
- C'est le peuple kosovar qui décide ! Vive la liberté ! Vive l'indépendance !
- Mais...
- Les Serbes sont des salauds, comme les Israëliens. C'est un grand pas pour l'humanité !
- Comment peux-tu... Ainsi... T'intéresses-tu au monde ?
- A fond. La merde, c'est la faute aux Américano-sionistes !
- J'ai peur. Je vais en refumer une.
- Et moi je te dis comme mon copain. Allah lui, il est pur. Il n'aime pas les méchants.
- Vite, servez-moi un verre.
- Les Américains sont des cons. Les Chinois sont intelligents.
- Oh... D'accord. Et vous, vous êtes la relève de la lucidité. J'ai vraiment rien compris, n'est-ce pas.
- Hey connasse, t'as vu comment tu parles ? Tu me contredis et tu t'étonnes qu'il y ait des guerres !
- Et priez Dieu que tous nous veuille absoudre...

J'ai peur et je me souviens avoir lu aujourd'hui tout en cherchant un logement qui m'agrée - merci de bien vouloir retenir ma candidature - quelques écrits se targuant d'être drôles sur l'excellent site Causeur.fr où d'aucuns protégés de leur propre misère font le fun. Ah qu'il est spirituel de défendre Sarkozy contre ces meutes infâmes qui l'abattent sauvagement à propos de monarchie élective - il est en effet pertinent de s'y attarder longuement en se faisant les ongles, c'est éminemment essentiel -, qu'il est doux à l'oreille, qu'il est suave à la langue de rire de JFK et de son appel, rire, ce moyen de se tordre, me paraît en ce début de siècle la pire des barbaries parce que l'humour est mort en même temps que la pensée, que l'humilité à le faire, à tenter dire enfin. Dites-moi, ô loupiotes du consommateur qui pense, entre l'hystérie d'allégeance et celle des conchieurs en goguette, devrais-je choisir la posture supérieure, si supérieurement détachée d'entomologiste déjanté qui se gondole en écrasant les mouches ? Je salue Andy Vérol. C'est bien le rare, tiens.

Il est tellement de bon ton de se montrer au-dessus de tout et surtout de sa ceinture en ricanant de l'horreur de la tolérance sectaire, ah oui, oh yeah, oh oui encore, trop bon trop fun, disons ainsi alors, oh yeah, tous ces cons que nous sommes, inatteignables par le fait même de ne jamais signifier depuis quel étage on parle. L'étage de merde dont il ne faut jamais parler. L'étage où ça pue la mauvaise cuisine et l'alcool bas de gamme. L'étage même pas connecté. L'étage tout juste portabilisé. L'étage sans nom que tu qualifieras, ô spirituel intellectuel, de Caliméro et de Zola sans même y référer, d'ailleurs, tu te sens tellement loin de ça. Toi. Qui blesses une fois de plus mon amour des penseurs qui pensent avec amour. Toi qui trahis à la face et au nom de tous ceux qui n'en veulent rien savoir ce terme même d'intellectuel. Celui-là qu'employait celui fauché par le verglas à l'heure où tout reste possible et certainement le désir absolu de vivre et de jouir du droit de comprendre. Toi qui te targues de ton esprit. Toi qui fais de la pensée une branlette grammaticale syntaxiquement parfaite. Tu trahis mes espoirs, ce soir. Tu trahis mon sens de la loi. Mon sens du sens.

Ah, ce que ce bon ton m'atterre. Ce que c't'humour m'désespère où je me sens morale planquée sous le manteau noir crispée comme une statue d'onyx. Je vous emmerde, mes chers cyniques, mes chers ethniques, mes chers ludiques.

Publié par Cosmic Dancer à 21:46:57 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (5) |

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