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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice

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Comment devenir une vraie bonne femme | 09 mai 2008

C'est le printemps, les ponts, les congés payés, les numéros spéciaux des magazines féminins consacrés aux femmes et des magazines masculins consacrés aux hommes. Le petit carillon rassurant de la porte des maisons de la presse tressaute de plus en plus souvent, à la mesure du sang qui fouette les artères, la sève est vaillante, elle remonte des organes sexuels à la tête et ce bon vieux beau temps dont chacun a compris qu'il n'est qu'une rémission ne dissuade personne de procréer, bien au contraire, se reproduire, conjurer l'angoisse. Aussi, avec le nouveau maillot de bain, l'épilateur de poche, les lunettes de star, le sac de plage assorti aux tongs tendance, les crèmes anti-vieillissement et les romans de l'été, chacune devrait-elle prendre soin de la suite. En effet, c'est pas pour rien qu'il faut être présentable et le rester. C'est un investissement.

Comment le rentabiliser ? C'est Jennifer qui nous l'explique. Et Nadine de Rotschild doit flipper.

Américaine, Jennifer Worick vit à Philadelphie. Elle a notamment publié Sexe et rendez-vous : comment survivre au pire et Manuel d'une battante. C'est dire son expertise. On raconte sur la quatrième de couverture que c'est "un livre indispensable, à offrir avec la bague de mariage et le livret de famille" (donc c'était bien une bague de fiançailles sur la première, puisqu'il y manquait le livret - signe que tout est encore à faire tant que l'union n'est pas légalisée). On ajoute qu'"un peu de stratégie n'a jamais fait de mal dans les affaires de cœur".

À voir le nombre de listes censées réglementer la vie communautaire, il est certain que la stratégie doit entrer pour une part essentielle dans les amours licites. C'est chouette, la vie à deux, selon ce guide. On commence par s'asseoir sur un canapé et faire des listes ensemble, cochant chacun consciencieusement ses cases pour déterminer qui fera la vaisselle et à qui incombera la responsabilité de la tondeuse. Parce que ça demande de l'organisation, la vie. Autant que les choses soient claires tout de suite, surtout qu'on a pris soin, auparavant, de dresser le contrat budgétaire, après avoir listé les raisons pour lesquelles on s'installerait plutôt chez lui ou plutôt chez soi, et décidé en conséquence quelle cote-part reviendra à l'un et à l'autre. L'amour, c'est ça aussi. C'est surtout ça.

Et c'est une lutte de tous les instants. Nommons "Coco" le trophée d'une primo-chasse rondement menée à l'issue de laquelle le gibier se résigne à partager nos jours - et réciproquement. En femme d'expérience, Jennifer n'ignore pas que pour garder Coco, il faut se couper en quatre. Les pages qui suivent distillent donc généreusement les meilleures idées pour ce faire. Coco, lui, bien sûr, ne lit pas le guide du couple. C'est un savoir de femmes. Coco y comprend rien. Y regarde les matchs de foot en buvant de la 16. Et nous, les femmes, on fomente des tests pour éprouver Coco et lui apprendre les bonnes manières. Pour ça, on va par exemple "inventer nos rituels amoureux". Heureusement qu'on est là pour l'ambiance, parce que Coco, le pauvre, y passe ses journées au boulot et il manque tellement d'imagination. Qu'à cela ne tienne, on prend en main le nécessaire (et il aime ça).

On va tout lui apprendre. Et on va être des vraies mamans : "Caressez son ego dans le sens du poil, vous pouvez même lui donner une petite gâterie (NDLR : coquine) lorsqu'il réussit un bon parcours ou taille (NDLR : qu'est-ce que je disais) les buis en forme de cœurs." Mais sous notre apparente douceur et notre feinte fragilité, nous ne cesserons de fourbir la férule : Jennifer dévoile une liste des crimes potentiels que Coco, en bon représentant de cette gent masculine barbaresque et infantile, ne manquera pas de commettre, et des châtiments à lui infliger s'il dévie de la trajectoire : "Il n'a pas à entrer comme dans un moulin dans votre salon de couture [...] Il doit vous demander la permission." A nous ensuite d'imaginer - et nous sommes tellement créatives - quel type de badge, par exemple, nous pourrions inventer pour lui rappeler la règle. "Touche pas à ma couture, je ne toucherai pas à ta voiture" serait tout à fait approprié (NDLR: ce slogan ô combien saisissant vous est offert par la rédaction) pour lui rappeler que ça reste quand même donnant-donnant : les bons comptes font les bons amis.

Pour s'attacher Coco, on ne se contentera pas de consacrer un temps fou à la cuisine : on ira jusqu'à "aimer les mêmes plats que lui". C'est si beau, la fusion gustative. J'en ai les larmes aux yeux. Jenny pousse même la mansuétude jusqu'à proposer des recettes in-fa-illibles : ces lasagnes qui riveront Coco à nos tables. Sauf quand il descendra les poubelles : "Offrez-lui un Carambar chaque fois qu'il descend les ordures..." Bon, d'accord, mais il faudra avoir songé à lister les bonbecs pour s'assurer d'abord qu'il aime les Carambars, sinon bonjour la Bérézina.

Mais Coco n'est pas un vrai enfant. C'est un grand nenfant et il a ses hormones, alors "surtout faites en sorte qu'il croie que c'est lui qui porte la culotte". Ainsi, "habillez-vous de manière à le mettre en valeur, lui". Mais encore, compulsez la liste "100 % manipulation" de la page 58 (et soyez cool, photocopiez-la pour les copines en difficulté), qui propose "quelques trucs de base pour les petites malignes qui veulent obtenir ce qu'elles veulent de leur homme en lui faisant croire que c'est lui qui choisit". Hey, il est con, Coco, y croit quoi, lui ? Que c'est lui qui décide ? Connaît pas les fines mouches.

Mais quel labeur. J'en arrive essouflée à la page 62, espérant avoir enfin tout compris, mais non : l'amour est un travail sans fin auprès duquel Atlas a l'air d'un Playmobil : "Vous avez réussi à embobiner l'homme de votre vie, bravo ! Mais la tâche est loin d'être achevée." C'est qu'il en faut, du courage et de l'abnégation. Peut être reconnaissant, Coco.

Jour après jour, on harmonisera nos tenues en fonction des activités de Coco, et on prendra bien soin de "mettre les dessous dessous", mais d'en mettre, et de ne pas oublier "les bijoux de famille" (là, je soupçonne qu'elle parle au second degré mais sans certitude, comme quand elle dit, page 72, "Vous avez le sexe bien en main, bravo", quel humour, cette Jenny, j'en tombe à la renverse).

Jour après jour, on jouera savamment des relations sociales dont le nombre et la qualité flatteront le sentiment de puissance de Coco sur le monde, on évitera de parler avec des vraies paroles et on rongera son frein quand ses copains, décidemment trop bêtes, débarqueront à l'improviste. On saura "recevoir avec grâce", quoi qu'on pense en son for intérieur de cette saleté de Ginette qu'a encore mis un décolleté inadmissible. À propos des copains, rien de tel pour s'en débarrasser que de simuler un viol : "Votre moitié n'aura pas très envie d'apprendre que ses copains vous lutinent, et la prochaine fois il sera vigilant." Et au cas où Ginette commencerait vraiment à nous poser question, la liste d'espionnage de la page 120 remédiera pour sûr à nos problèmes. C'est qu'après tout le mal qu'on s'est donné, s'agit de "marquer son territoire", page 122, chapitre 7.

On terminera en faisant glisser subrepticement dans l'une de ses poches qu'on fouille régulièrement le "billet du parfait gentleman" qui fera décidément de Coco enfin dégrossi la perle qu'elles s'arrachent toutes, ces peaux de vache.

Publié par Cosmic Dancer à 10:01:18 dans Inaimables humeurs | Commentaires (2) |

Un oeil à ma place | 08 mai 2008

Il fallait absolument que je fixe sur un support quelconque ces éclairs de lucidité qui me foudroyaient mollement pendant que je me faufilais entre les invités et leurs verres de sangria. Comme c'était déjà arrivé à une époque qui me paraissait lointaine, il me semblait qu'une lévitation affectée me protègerait de toute tentative d'intrusion d'un corps étranger dans mon espace nerveux. Peine perdue. Maître Poupinot en personne me gratifia d'un premier regard furtif quand je tournai sur moi-même en quête d'un terrier relatif, puis d'un second, plus languide, quand je souris à M.
Tiens, tiens, je pensais, Maître Poupinot, inénarrable Maître Poupinot, je vous imaginais bien ainsi, repus, le renflement de vos succès en voie d'exploser dans vos joues bombées comme des fesses. Face de fesse, c'est tout à fait vous.
Pourquoi des pensées si méchantes, je pensais aussi, Maître Poupinot n'est qu'un homme et il mérite en tant que tel toute l'empathie convalescente des rescapés de l'amour universel. Mais l'amour universel, Maître Poupinot s'en soucie comme d'une guigne, je me répondais, t'as qu'à voir ses manières de poussah, encore un révolutionnaire amoureux de sa seule cause, et d'ailleurs, je me continuais, pourquoi émettre des ondes cérébrales négatives en direction de Maître Poupinot si tu le méprises à ce point. Et si Maître Poupinot était l'Emouvant ? Et l'amour universel, qu'en as-tu fait, toi, entre tes mains qui ne caressent plus, ta bouche qui n'embrasse plus, tes pas effacés, tes bras immobiles ? Tu n'es plus qu'un œil paresseux. Au moins, Maître Poupinot paraît bénéficier de toute sa joie de vivre. Il affiche la saine corpulence des bons vivants. Il rit haut et fort. Il bouge ses petits yeux dans tous les sens quand il parle. N'a-t-il pas un droit légitime à porter sur lui la satisfaction de l'honnête homme qui accomplit son petit travail d'homme ? Tu as été élevée chez les franciscains ou bien, toi ?
Accablée, je choisis de m'asseoir comme on se noie sur un tabouret au bar. (C'est la vie ?)

Je ne sais pas si c'est la vie. J'ai honte d'en oublier parfois le goût, repliée comme un origami raté dont la forme impossible s'enivrait de varier entre la douceur des hauts cèdres, le silence des sables et la beauté violente de l'horizon, éternel horizon coûte que coûte, épaules droites et rondes en avant dans le vacarme, joie dans les hanches, un feu dans l'âme. Oui, la solitude abîme l'amour dont on se sait plein et capable - comme s'il avait été, de toute éternité, la mission autant que le salut.

Que pouvais-je objecter ensuite à la gentillesse de cet homme qui s'inquiétait de mon sort, sinon un air maussade et des réponses laconiques entrecoupées de silences suffisamment longs pour qu'une ombre oscillante assombrisse son visage. C'est alors seulement que je trouvais le courage de répondre que oui, le courage de répondre à cette sympathie ostensible - je l'avais déjà croisé, je ne souhaitais pas qu'il s'intéresse à moi, je ne souhaite pas qu'un homme à qui je n'ai rien à dire s'intéresse à moi, je ne souhaite pas qu'un homme me contraigne en manifestant un intérêt relatif à ma robe parce que ces temps-ci je ne supporte pas ma robe et que selon toute probabilité, elle non plus. Oui je me sentais bien merci, tout en pleurant de savoir qu'il me serait définitivement impossible de lui dire vraiment à quel point il me serait à jamais impossible de lui dire vraiment à quel point.

Les yeux dans les siens, je ne pouvais que me désoler, le feu me ravageant le corps ne lui étant pas destiné.
- Cède. Profite. Tu es vivante, tu es belle, profite.
- Non, je ne peux pas.
- C'est maladif.
- Possiblement.

Au bar je me serais sinon penchée et ce chambardement vital qu'on appelle le désir m'aurait certainement animée sans que la volonté de mon gré n'y puisse mais, j'aurais comme dans des souvenirs trop lointains certainement dégainé ce sourire mi-tendre mi-carnassier annonciateur de fête, humé immédiatement l'odeur de peau dont le pH colle à la mienne, transformée tout à coup en pluie animale torrentielle prise de visions avant le vertige.

Publié par Cosmic Dancer à 19:02:06 dans Petites histoires | Commentaires (1) |

Le Crépuscule des pensées | 05 mai 2008

C'est étrange et bénéfique, je n'ai jamais lu ce livre de Cioran, me nourrissant au hasard de relectures aussi avides qu'amnésiques de Précis de décomposition et surtout De l'Inconvénient d'être né.
Etrange et volubile de partager des verres entre silencieux dans la vie, éruptifs dans la vie mais ailleurs - "Voler, rêver, oui." Pourquoi décider de lui céder deux cigarettes et non trois, à cet homme à l'accent québécois qui a de suite occulté nos visages et dont la présence en triangle avec le serveur charmant en outre et orné d'un fil de téléphone dans l'oreille sur le pan de trottoir déclenchait en moi au départ l'alarme du claustrophobe. Nous avons changé de table comme on danse en habit noir, invisibles, sans un mot, ou peut-être Richard Strauss et System of a Down. Je ne saurais être plus précise.
Etrange et émouvant ton visage exactement deux fois moins âgé que le mien sous le cri des mouettes qui nous enchante. Vois comme il est improbable et pourtant possible de faire silence en toute quiétude.
Douce vie qu'une rencontre entre voyageurs incertains.
Ces méandres de la pensée, frêles galères, une claque de vain sonore comme une Vesta rugissante rouge carmin verni, des visages insensés juchés sur des corps torves qui se déplacent comme on rumine, inconsciemment, des corps heurtés que le médecin diagnostique sans faillir quelques heures auparavant, heurtés d'absurde.

"L'ennui : être prisonnier du temps inexpressif, émancipé de la vie, qu'il évacue même, pour créer une rencontre autonome. Que reste-t-il alors ? Le vide de l'homme et celui du temps ; on souhaiterait plonger dans l'immédiat et l'on ne peut que se dessécher dans l'air épuré d'un devenir abstrait. Que faire contre l'ennui ? Quel est l'ennemi à abattre, ou du moins à oublier ? Certainement le temps - et lui seulement."

C'est un extrait de l'extrait que tu avais choisi dans le tram.

"La vie : prétexte suprême pour qui est plus près de l'éloignement de Dieu que de sa proximité."

C'est celui que j'avais extrait de ton livre.

Emil, Pierre, William, Sarah, Milan, à la rescousse, vite ! Un courant d'air dans les moustaches m'alerte que j'me gavaldanise.

Publié par Cosmic Dancer à 22:18:55 dans Pirouettes et trémolos | Commentaires (1) |

A demain si vous le voulez bien | 05 mai 2008

Lucien Jeunesse est mort et avec lui disparaît un pan de réalité déjà embrumée dans les limbes des souvenirs. C'était joli, le Jeu des mille francs, c'était joli de ne gagner que 150 euros si le candidat répondait juste, les auditeurs attentifs au mémorable tic-tac du sablier radiophonique. C'était joli de suspendre son souffle avec Madame Michu et Monsieur Michel quelque part au creux d'une vallée et sur une place de ville. C'était joli, cette voix venue d'un autre âge aux accents d'un autre monde.
J'aimais qu'il n'eût pas de visage pour moi pendant ces déjeuners d'enfance où notre arrière-grand-père cheminot racontait dans un français aux R roulants, parfois en occitan s'il parlait trop vite, la mutinerie de 1917. Un silence sacré régnait à midi pile, nos esgourdes enfantines tendues nous nous pâmions d'admiration quand il connaissait les réponses. Qu'il était doux de se dire alors que grandir serait connaître. Le poste grésillait sur le haut du frigo, son antenne déformée par les chutes ou les ans.
J'aimais bien ces défis bon enfant tout emprunts d'élégance.
Banco.

Publié par Cosmic Dancer à 08:28:03 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (1) |

Préfère donc un bon cuisinier aménagé | 04 mai 2008

J'ai besoin, à côté de moi, d'un homme simple et équilibré, et dont l'âme inquiète et trouble ne fournirait pas sans cesse un aliment à mon désespoir. Ces derniers temps, je ne te voyais plus sans un sentiment de peur et de malaise. Je sais très bien que c'est ton amour qui te fabrique tes inquiétudes sur mon compte, mais c'est ton âme malade et anormale comme la mienne qui exaspère ces inquiétudes et te ruine le sang. Je ne veux plus vivre auprès de toi dans la crainte. J'ajouterai à cela que j'ai besoin d'un homme qui soit uniquement à moi et que je puisse trouver chez moi à toute heure. Je suis désespérée de solitude. Je ne peux plus rentrer le soir, dans une chambre, seule, et sans aucune des facilités de la vie à portée de ma main. Il me faut un intérieur, et il me le faut tout de suite, et un homme qui s'occupe sans cesse de moi qui suis incapable de m'occuper de rien, qui s'occupe de moi pour les plus petites choses. Un artiste comme toi a sa vie, et ne peut pas faire cela. Tout ce que je te dis est d'un égoïsme féroce, mais c'est ainsi. Il ne m'est même pas nécessaire que cet homme soit très joli, je ne veux pas non plus qu'il soit d'une intelligence excessive, ni surtout qu'il réfléchisse trop. Il me suffit qu'il soit attaché à moi.

Enfin, en écrivant ces lignes (les autres, en dessous) Antonin Artaud fit preuve d'une forme de grâce en sa lucidité et son aveu.

Quant à toi, l'homme en question, si tu pouvais être fonctionnaire ou bénéficier d'un cédéhi dans une entreprise qui n'entend pas délocaliser, être propriétaire également, et assurer la gestion des papiers administratifs, ce serait un petit plus en ta faveur.
Si en outre tu savais cuisiner des couscous dignes de ceux de Jeep, voire agrémenter mes repas de sensuelles trouvailles culinaires (sans faire preuve pour autant d'une imagination
suspecte), construire une maison comme mon père mais selon mes plans, bricoler comme mon frère et laver la voiture pendant que je crée, suivre scrupuleusement les conseils des magazines pour hommes dans lesquels on t'explique comment m'apporter le café au lit le dimanche matin (avec une rose fraîchement acquise sur le marché) et comment m'envoyer au septième étage du ciel au moins cinq fois par semaine (beaucoup plus serait un gros plus en ta faveur), tu peux postuler.
Et évite de perdre du temps, je languis de n'avoir rien à me mettre sous la main ni sous la dent.

Publié par Cosmic Dancer à 14:34:49 dans Inaimables humeurs | Commentaires (6) |

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