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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Un oeil à ma place | 08 mai 2008

Il fallait absolument que je fixe sur un support quelconque ces éclairs de lucidité qui me foudroyaient mollement pendant que je me faufilais entre les invités et leurs verres de sangria. Comme c'était déjà arrivé à une époque qui me paraissait lointaine, il me semblait qu'une lévitation affectée me protègerait de toute tentative d'intrusion d'un corps étranger dans mon espace nerveux. Peine perdue. Maître Poupinot en personne me gratifia d'un premier regard furtif quand je tournai sur moi-même en quête d'un terrier relatif, puis d'un second, plus languide, quand je souris à M.
Tiens, tiens, je pensais, Maître Poupinot, inénarrable Maître Poupinot, je vous imaginais bien ainsi, repus, le renflement de vos succès en voie d'exploser dans vos joues bombées comme des fesses. Face de fesse, c'est tout à fait vous.
Pourquoi des pensées si méchantes, je pensais aussi, Maître Poupinot n'est qu'un homme et il mérite en tant que tel toute l'empathie convalescente des rescapés de l'amour universel. Mais l'amour universel, Maître Poupinot s'en soucie comme d'une guigne, je me répondais, t'as qu'à voir ses manières de poussah, encore un révolutionnaire amoureux de sa seule cause, et d'ailleurs, je me continuais, pourquoi émettre des ondes cérébrales négatives en direction de Maître Poupinot si tu le méprises à ce point. Et si Maître Poupinot était l'Emouvant ? Et l'amour universel, qu'en as-tu fait, toi, entre tes mains qui ne caressent plus, ta bouche qui n'embrasse plus, tes pas effacés, tes bras immobiles ? Tu n'es plus qu'un œil paresseux. Au moins, Maître Poupinot paraît bénéficier de toute sa joie de vivre. Il affiche la saine corpulence des bons vivants. Il rit haut et fort. Il bouge ses petits yeux dans tous les sens quand il parle. N'a-t-il pas un droit légitime à porter sur lui la satisfaction de l'honnête homme qui accomplit son petit travail d'homme ? Tu as été élevée chez les franciscains ou bien, toi ?
Accablée, je choisis de m'asseoir comme on se noie sur un tabouret au bar. (C'est la vie ?)

Je ne sais pas si c'est la vie. J'ai honte d'en oublier parfois le goût, repliée comme un origami raté dont la forme impossible s'enivrait de varier entre la douceur des hauts cèdres, le silence des sables et la beauté violente de l'horizon, éternel horizon coûte que coûte, épaules droites et rondes en avant dans le vacarme, joie dans les hanches, un feu dans l'âme. Oui, la solitude abîme l'amour dont on se sait plein et capable - comme s'il avait été, de toute éternité, la mission autant que le salut.

Que pouvais-je objecter ensuite à la gentillesse de cet homme qui s'inquiétait de mon sort, sinon un air maussade et des réponses laconiques entrecoupées de silences suffisamment longs pour qu'une ombre oscillante assombrisse son visage. C'est alors seulement que je trouvais le courage de répondre que oui, le courage de répondre à cette sympathie ostensible - je l'avais déjà croisé, je ne souhaitais pas qu'il s'intéresse à moi, je ne souhaite pas qu'un homme à qui je n'ai rien à dire s'intéresse à moi, je ne souhaite pas qu'un homme me contraigne en manifestant un intérêt relatif à ma robe parce que ces temps-ci je ne supporte pas ma robe et que selon toute probabilité, elle non plus. Oui je me sentais bien merci, tout en pleurant de savoir qu'il me serait définitivement impossible de lui dire vraiment à quel point il me serait à jamais impossible de lui dire vraiment à quel point.

Les yeux dans les siens, je ne pouvais que me désoler, le feu me ravageant le corps ne lui étant pas destiné.
- Cède. Profite. Tu es vivante, tu es belle, profite.
- Non, je ne peux pas.
- C'est maladif.
- Possiblement.

Au bar je me serais sinon penchée et ce chambardement vital qu'on appelle le désir m'aurait certainement animée sans que la volonté de mon gré n'y puisse mais, j'aurais comme dans des souvenirs trop lointains certainement dégainé ce sourire mi-tendre mi-carnassier annonciateur de fête, humé immédiatement l'odeur de peau dont le pH colle à la mienne, transformée tout à coup en pluie animale torrentielle prise de visions avant le vertige.

Publié par Cosmic Dancer à 19:02:06 dans Petites histoires | Commentaires (1) |