L'Idée n'a pas mes yeux, mon visage et mon corps jetés en pâture au vacarme.
Je t'aime ma bête. Dans tes terminaisons verbeuses, nerveuses, l'instinct sauvage qui t'électrise du bas des reins à l'encéphale, forêt bruissante, muette et diserte et bavarde et je vous emmerde. Dans tes narines le goût de l'odeur, larges comme des baies, une fragrance primesautière. Ta nonchalance est éternelle, avec elle tes sens aux aguêts, sniffe, sens. Panse tes plaies en fuyant la meute - l'humain en toi donnera spectacle, ô charme de l'indiscernable. Panse tes plaies, marche. Du désert tu connais l'absence et la bonté anthropophage.
Mon tapis de jeu vous plaît ? L'empathie est sa douce fringale, péché mineur et chérissable. Venez à lui tandis que moi égoïstement je sirote un vin, slurp, slurp, et je fume mes mains, tsouin tsouin.
Je t'aime ma bête avec ta gueule de tragédie inconséquente et ton appétit insatiable. L'hiver est rude, je te cède la place. Renifle, cherche, cherche une trace sur le bitume, plus loin, dans les champs sertis de forêts, jouis de la pluie cinglant sur ta peau, frémis silence en ta fourrure, ta peau, ton suprême canular, luisant. C'est moi ma bête, moi qui baise de mes doigts ton poil, qui l'entretiens, le fouille, le lustre en son soyeux. Ouvre ta gueule sous la fougère, je sniffe le goût du gland amer, l'emprise du chêne.
- Salut P., tu me sers un verre ?
- Salut toi ! Ça va ?
- Super !
C'est pour vous qu'on se bat, camarades.
Bien sûr, of course, certo, siguro, natürlich, z'êtes trop bons, je récite le credo annuel.
Je t'aime ma bête. Le passé, l'avenir tu t'en fous. Le présent n'a pas d'existence.
- Tu es tellement jolie.
- Ça me fait une belle jambe.
- Te plains pas, t'as de la chance.
- Ah ouais, c'est si fondamental. Support, surface, ma superficie ne va pas crier scandale. Planeur dans le vide, ça plane.
- Pourquoi les gens se rencontrent pas ?
- Parce qu'ils le veulent pas, quelle question.
Je t'aime ma bête, solitaire majeure, intouchable.
Ça sent la terre humidifiée quand l'air se charge de cyclones et que ton corps entier l'avale, feuilles pourrissantes, vers à l'ouvrage, atomes de morts, j'ai pas compris la fin de l'histoire selon Muray, l'heure du diable et l'heure de ma bête ne sont pas à philosopher.
L'homme au comptoir - un bon sauvage - me prend l'œil d'un œil solitaire et en partant me dit bonsoir.
Bonsoir ma bête. A la revoyure dans les naufrages.
Tu te souviens, toi, tu te souviens d'une main de femme. Ma bête a l'adresse sans mémoire.
Go working Babe
Go working Babe
Shut up and work and.