Le 2 novembre n'étant pas un jour très marrant, mais férié que vous le vouliez ou non dans la mesure où, le plus souvent, il coïncide avec le lendemain du 1er, la vacance appelant la glandouille et un vice en cachant un autre, il va vous falloir l'occuper judicieusement.
Ah, il est loin le temps où l'on se rendait en processions conviviales, le chrysanthème au cœur et le ruban noir à la boutonnière, dans les allées rafraîchies des cimetières.
En effet, la coutume voulut longtemps que l'on se laissasse inhumer, poussière rejoignant la poussière, mais au rythme des temps anciens, lentement et avec certitude, acceptant brave le pourrissoir et la compagnie de divers coléoptères, diptères et acariens dans leur ballet aussi véloce que précis. Les enfants tremblaient mieux qu'en ces soirs d'Halloween à l'évocation de feu follets, ces pets de défunt à faire sursauter les légistes.
Aujourd'hui, que voulez-vous, la surpopulation le disputant au tarif des concessions et au bon goût, les plus humbles joueront les filles de l'air au crématorium et les plus branchés le principe de plastination, voire la cryogénisation.
Que faire alors si le gothisme, le satanisme, le vampirisme et le tourisme vous laissent aussi froid que vos ancêtres ? Surtout, pensons à ceux qui n'en ont pas ici, d'ancêtres. La vie n'est pas toujours très simple, alors la fête des morts !
Que faire ? Pleurer !
Je ne sais pas, moi, regardez un peu autour de vous ! Pour les plus cyclothymiques, un petit coup d'œil au baromètre suffira : en général, les 2 novembre s'adaptent bien aux circonstances, s'habillant d'une brume bien poisseuse et d'une température grippante. Les philanthropes se référeront avec attention à l'actualité (Iran, Darfour, Afghanistan, criminalité, femmes battues, pédophiles, pollution, not' président, choisissez avec soin, vous finirez bien par trouver). Impossible de lui échapper, elle vient à vous bonne comme une sainte. Il sera conseillé aux sensibles d'explorer mentalement la dégénérescence que chaque seconde de vie inflige à leurs intestins et aux coquettes de s'imaginer dans trente ans. Les durs à cuire pourront toujours rater leur œuf mollet du petit déj ou se brûler les doigts au café.
Sinon y'a toujours mes voisins et l'intégrale de Daniel Guichard.