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Cosmic Dancer

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Notre besoin de consolation est impossible à rassasier | 05 octobre 2007


Je suis dépourvu de foi et ne puis donc être heureux, car un homme qui risque de craindre que sa vie soit une errance absurde vers une mort certaine ne peut être heureux. Je n'ai reçu en héritage ni dieu, ni point fixe sur la terre d'où je puisse attirer l'attention d'un dieu : on ne m'a pas non plus légué la fureur bien déguisée du sceptique, les ruses de Sioux du rationaliste ou la candeur ardente de l'athée. Je n'ose donc jeter la pierre ni à celle qui croit en des choses qui ne m'inspirent que le doute, ni à celui qui cultive son doute comme si celui-ci n'était pas, lui aussi, entouré de ténèbres. Cette pierre m'atteindrait moi-même car je suis bien certain d'une chose : le besoin de consolation que connaît l'être humain est impossible à rassasier.

En ce qui me concerne, je traque la consolation comme le chasseur traque le gibier. Partout où je crois l'apercevoir dans la forêt, je tire. Souvent je n'atteins que le vide mais, une fois de temps en temps, une proie tombe à mes pieds. Et, comme je sais que la consolation ne dure que le temps d'un souffle de vent dans la cime d'un arbre, je me dépêche de m'emparer de ma victime.

Qu'ai-je alors entre mes bras ?

Puisque je suis solitaire : une femme aimée ou un compagnon de voyage malheureux. Puisque je suis poète : un arc de mots que je ressens de la joie et de l'effroi à bander. Puisque je suis prisonnier : un aperçu soudain de la liberté. Puisque je suis menacé par la mort : un animal vivant et bien chaud, un cœur qui bat de façon sarcastique. Puisque je suis menacé par la mer : un récif de granit bien dur.


Mais il y a aussi des consolations qui viennent à moi sans y être conviées et qui remplissent ma chambre de chuchotements odieux : Je suis ton plaisir - aime-les tous ! Je suis ton talent - fais-en aussi mauvais usage que de toi-même ! Je suis ton désir de jouissance - seuls vivent les gourmets ! Je suis ta solitude - méprise les hommes ! Je suis ton aspiration à la mort - alors tranche !


Stig Dagerman - Notre besoin de consolation est impossible à rassassier. Texte ici.

Publié par Cosmic Dancer à 12:11:32 dans Ce goût des autres | Commentaires (7) |

04-10-2007  16:15  04-10-2007 16:15
Salut, MTA,  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  Salut, MTA, Url: [Liens]
c'est vendredi : elle sent le poisson ;)
04-10-2007  14:42  04-10-2007 14:42
bonjour CD,  De  matendreamante identité certifiée Sujet:  bonjour CD, Url: [Liens]
comment va ta muselière aujourd'hui? bizous ici
04-10-2007  14:08  04-10-2007 14:08
J'aime  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  J'aime Url: [Liens]
sa lucidité très vitale.
04-10-2007  14:07  04-10-2007 14:07
Echo  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  Echo Url: [Liens]
Je veux dire que ce qu'il exprime résonne en moi aussi. Je crois que tout être non embrigadé dans des certitudes, allant au-devant de la mort, de toute façon, quoi qu'il en soit et pour tout le monde, et qui, en faiblesse ou force, ne se voile pas la face, ne peut pas être ailleurs que dans la conscience de la vanité de toute chose.
04-10-2007  13:45  04-10-2007 13:45
Je n'avais lu que ce livre  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  Je n'avais lu que ce livre Url: [Liens]
de lui. Echos, ben oui... :)
04-10-2007  13:04  04-10-2007 13:04
Merci de me faire découvrir cet auteur  De  Nuclear  Sujet:  Merci de me faire découvrir cet auteur
ça resonne pas mal en moi
04-10-2007  12:17  04-10-2007 12:17
En 1949,  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  En 1949, Url: [Liens]
dans une lettre qu'il envoie au directeur du théâtre d'Hambourg, Dagerman se présente ainsi : "Le thème central de mon oeuvre est l'angoisse de l'homme moderne face à une conception du monde qui s'écroule (...) et je crois qu'une des possibilités de salut consiste à ne pas se laisser vaincre par son angoisse, ni à fuir devant soi-même, mais à affronter le danger les yeux ouverts."

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