J'avais un truc à fêter, l'autre soir, alors je suis sortie explorer la ville, une bonne grosse ville belle comme une carte postale. Au point que je me suis demandé si j'allais pas déménager, m'extraire, me soumettre au défi, à l'inconnu. Sur une place arborée, des joueurs de pétanque, une odeur de pain, une belle lumière du soir, un goût de vie doucereux comme une enfance mythique. J'interroge mes voisins sur le prix des loyers. Verdict sans appel. Un petit restaurant, pas trop cher. Non fumeur. Mais parfumé à l'eau de Javel, à tel point que je dois fuir, le diamètre du cou dangereusement démultiplié.
Et puis un premier bar. Match. Des dizaines de mecs accoudés, l'œil morne, sans un mot, la face aussi plate que l'écran. Alors un autre, jazzy, presque vide. Réunion de cinq ou six comédiens satisfaits, je me souviens tout à coup pourquoi j'ai tourné le dos aux planches, à une époque. Je m'asseois à une table à côté, je sirote, j'ai beau chercher, y'a pas de regard. Oui, c'est possible et ça fait terriblement peur.
- Dites, est-ce qu'il y a un bar un peu festif, dans le coin, un peu rock ?
J'ai dû dire des choses sales. Sourires condescendants. Comme un flottement.