La douceur érotique des palmiers s'inclinant, le glissement silencieux de nos pas sur la poussière, cette poussière tangible dont les rues sans confort s'embellissent étrangement - ocres goûteux à l'orée de toutes les tempêtes -, beauté rude un instant volée au réel où la magnificence de l'arbre bâillonne le dur dans les chaumières. Poussière aimée comme furent aimés les grains de sable en bord de mer crissant sur les carrelages dans l'indifférence domestique. Même regard et même corps, trimballés, éphémères, d'hôtel de luxe en bouge tremblant. Ces rues vraies enfin, avec de vraies maisons pas conventionnées par le Patrimoine, portes ouvertes sur le passage, avec de vraies échoppes où se fournir en eau et en cordonnerie, où manger une chorba et fumer le coude sur une vieille toile. Marcher la plante du pied sur un sol scabreux comme les chemins de l'enfance, anéantis, où l'on allait se perdre en recueillement, les narines exaltées par l'épicement des herbes, abandonnés au sort. Ces envahissements de nature qui violentent les lois post-urbaines. Et toi Atitiets, splendide fille au prénom improbable, le soleil sur ta peau tel une furie de cuivre. Cette cascade arrogante de cheveux libérés à l'heure de la promenade, à l'heure des confidences, bouche humide dont la coquetterie se faisait un honneur d'épiler le duvet brun, ombre sous tes narines telle celle de tes cils noirs sur tes joues adorables, bombance adolescente appelant tous les reflets. Tes princes sodomites t'avaient fait des promesses, et au souvenir tendre des instants de langueurs dans les chambres climatisées, certaine encore que l'un d'entre eux t'emporterait pour te couvrir d'or et d'amour, du moins essayais-tu de l'être, tu souriais, les lèvres taiseuses. J'imaginais ton corps sublime, paré d'une élégance nature, accoudé au bar chic où des ersatz de plantes agrémentaient le décor. Puis désignant ton trou du cul, ce rire atroce. Quelques instants plus tard, tu m'offrais ces sandales.