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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Notre île, ton île, mon île | 08 avril 2007


Eruption de La Fournaise, 2005 - © Reagan Pannell


La Réunion est une île en conflit avec les éléments. C'est un volcan qui plonge dans les abysses. J'y vivais, baigné dans le sacré. Une île, c'est à la fois un monde clos et ouvert. Rien n'y est banal. Les faits divers y sont le début de mythes. Je pourrais vous parler des heures d'Agamemnon Casanova, un fugitif assassin qui fit couler beaucoup d'encre, mais aussi de Sitarane, de Calendrin, de Tchang, des histoires de grand-mère Kal, du sacrifice du taureau Adam, ou encore de monseigneur Aubry, un évêque qui s'était fait une canne téléscopique pour mieux conduire une décapotable. La Réunion est théâtrale, chacun y est acteur et spectateur. Enfant, les histoires passaient d'une bouche à l'autre et la terre écoutait.

La terre écoutait, elle parlait aussi. J'ai passé beaucoup de temps à courir pieds nus dans les champs ou à creuser des petits trous dans la terre pour lui confier des secrets. Je suis pétri par cette terre qui m'a vu naître. Je vous parle et pourtant je ne sais pas comment vous parler. Ici, mes mots sont fragiles. Si je vous dis que ma bouche est pleine de cette terre ; si je vous dis qu'elle chante et crie en moi ; si je vous dis qu'enfant, je voulais m'unir à elle, qu'elle fut à l'origine de mes premiers émois érotiques, que pouvez-vous entendre ? Si je vous dis que la terre en métropole est si triste qu'elle est muette, que je dois m'enfoncer profondément dans les bois pour l'entendre murmurer ; si je vous dis que dans une ville comme Paris ou Lyon ou Marseille, dans ces cités hautaines, je suis perdu et tourmenté, agressé par le vide, agressé par le plein, que je suis obligé de me réfugier dans les cathédrales pour poser ma tête contre une colonne et respirer un peu. Que pouvez-vous entendre ? Je marche le ventre vide loin de ma maison et pour me consoler du silence de la terre, je suce des pierres. Les gardiens volcans i oublient pas son carré de terre.

Jean Lambert-wild - Se tenir debout - Ed. Les Solitaires Intempestifs, 2005.

"P'tite fleur fânée, p'tite fleur aimée, dis à moin toujours kouk cek l'amour..."

Publié par Cosmic Dancer à 20:13:42 dans Ce goût des autres | Commentaires (18) |