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Ordonnances - By WIL | 24 février 2007
WIL ayant encore commis un excellent texte, je profite de son talent et de ma pause pour vous le faire partager.
L'armée israélienne annonce que le Hezbollah n'a jamais été aussi fort.
Olmert assure que ça reste une bande de tafioles. Pendant ce temps, le
Golan semble être le futur champ de bataille des guerres
israélo-arabes. Sans parler de l'Iran qui risquerait d'être bombardé
par les Etats-Unis avant la fin du mandat de George Bush. Et au Liban
on a inventé une nouvelle expression, "la guerre civile froide", pour
décrire le climat exécrable entre les différentes communautés qui ne se
mettent pas sur la gueule mais laissent traîner des explosifs de-ci de-là, en attendant une vraie bonne occasion de se retaper dessus.
Mais vous allez vous calmer un peu les gars ?
Cet
après-midi, j'ai subi le dernier film de Clint Eastwood, celui où il
décrit les dernières heures des troupes japonaises à Iwo Jima durant la
deuxième guerre mondiale. Je dis subir, car Eastwood a réalisé des
films extraordinaires, que ce soit Bridges of Madison County, Midnight in the Garden of Good and Evil, Million Dollar Baby,
la liste est longue mais là, non. Plus de deux heures pour nous
expliquer que les Japonais étaient gentils comme les Américains, qu'ils
avaient le sens de l'honneur mais simplement qu'ils étaient dans
l'autre camp... bref, l'idée qu'il existe un code de chevalerie des
guerriers qui permet de les hisser du rang de la brute sauvage à celui
de défenseur de la patrie, pitié... On est en 2007, je ne suis pas du
tout antimilitariste et je suis heureux de savoir qu'il existe des
forces armées qui nous protègent de la barbarie pure. Mais qu'on pense
encore qu'il y a de la noblesse dans la guerre, et que cela excite
encore les jeunes générations qui rêvent d'en découdre pour prouver
leur courage, c'est déprimant.
Je vais être naïf et prétendre
que je ne connais pas du tout le Moyen-Orient : est-ce que cela ne
profiterait pas à tous qu'il y ait la paix entre les peuples ? Est-ce
que le besoin de se réfugier dans la religion et la violence n'est pas
motivé par la détresse matérielle qu'on déguise sous de plus nobles
motifs ? Le problème c'est que le bonheur sur terre n'est pas
l'objectif de tous. L'Europe y a relativement accédé en arrachant la
religion du pouvoir temporel. Les religions monothéistes promettent le
paradis après la mort, à condition qu'on vive l'enfer sur terre. En
refusant de croire à une vie meilleure dans l'au-delà, l'homme a réussi
à transformer sa vie pour en faire parfois une quête frustrante de la
félicité permanente, mais le plus souvent une prise en main responsable
de sa destinée. Mais certains ont fait le choix de ne considérer leur
passage sur terre que comme une expérience transitoire destinée à
montrer leur loyauté à un dieu hypothétique, ce qui explique qu'ils
accordent à leur existence et à celle des autres une importance minime.
Même dans un Etat prétendument laïc comme la Syrie, la notion de
bonheur est supplantée par l'aliénation des foules qui suivent un leader
qui les mène à leur perte, faute de réaliser qu'un autre régime est
possible. A force de manger de la propagande expliquant que le régime
syrien est un incompris, que le voisin libanais est un ingrat et
l'Israélien un cancer à éradiquer, j'imagine sans peine que le citoyen
lambda en Syrie, comme dans 1984, ne parvient pas à imaginer autre chose que son quotidien misérable.
On
a cru les idéologies mortes avec la chute du mur de Berlin ; elles sont
au contraire vivaces comme jamais. Qu'elles s'appellent religions,
baasisme ou sionisme dans sa forme de reconquête de terres
"historiques", elles continuent de pourrir la vie des peuples qui n'ont
pas réussi à parvenir au stade où ils pourraient s'affronter sur des
questions consensuelles. Je l'ai déjà dit, je le répète : je me réjouis
de l'élection présidentielle française, malgré ses candidats
folkloriques d'extrême-gauche, elle met aux prises deux choix de
société assez semblables, deux petites options qui jouent à se faire
peur avec l'ogre Le Pen. La France est peut-être vieille, usée,
fatiguée et sur le déclin ; mais elle n'a plus cette maladie de
jeunesse, peut-être parce qu'elle a été vaccinée en 1789 avec une
piqûre de rappel en 1848, qui lui ferait résoudre ses problèmes par la
violence. Espérons qu'elle aille dans le bon sens, et ne rejoigne pas
le Moyen-Orient qui, lui, continue d'avoir la rage.
Encore une
preuve de cette fièvre de la punition : le blogueur égyptien Abdel
Karim Suleiman a été condamné à trois ans de prison pour avoir insulté
l'Islam et un an pour avoir diffamé le "président". Pour avoir subi
pareilles menaces jadis, sans qu'elles aient été mises à exécution, je
suis marqué par le sort de ce jeune étudiant qui pour avoir cru
qu'Internet était un instrument de libération, va croupir dans les
geôles du pharaon, avec de vrais criminels, mais aussi avec des
homosexuels dont le seul crime est d'aimer différemment. Cette peur de
la différence est un symptôme d'une société bien malade. Je ne pense
pas qu'en tant que Français je sois finalement si bien placé pour juger
un pays comme l'Egypte. J'espère juste qu'Abdel Karim Suleiman ne sera
pas oublié, et qu'une prise de conscience mondiale des blogueurs pourra
faire fléchir la "justice" égyptienne. Je compte une fois de plus sur
vos suggestions.
Allez, une blague pour finir, elle circule de
façon virale (quand je vous parlais de vaccins....) : Les chrétiens du
Liban ont deux leaders, un médecin qui n'a jamais vu de malade, et un
malade qui n'a jamais vu de médecin. Je vous laisse deviner qui est
qui, et j'arrête pour aujourd'hui les analogies médicales. Dans
quelques années, vous pourrez les retrouver dans mes annales.
Publié par Cosmic Dancer à 15:32:37 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie
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