Eh oui, c'est ce que j'apprends en lisant la quatrième de couverture de Jusqu'où va-t-on descendre ?. Cet ouvrage est dédié aux "petites gens". Par la taille ? le salaire ? la misère culturelle ? Des deux premières hypothèses, je peux me revendiquer. Cet ouvrage m'est donc adressé. En tant que lectrice, je suis petite gens. Mais j'ai droit à une grande colère.
C'est sur le mode voltairien remis au goût du jour par Philippe Murray avec son Portatif qu'AS a bâti les deux opus qui semblent constituer son petit dictionnaire socio-politique à l'usage des mal-comprenants (l'autre s'appelle Socrate à Saint-Tropez). Il le dédicace "aux petites gens, aux braves gens". Entre bravoure et bonnasserie, j'avoue que mon coeur balance. Dois-je entendre "Mon brave, faites-moi le plaisir de compulser la somme en question" ou dois-je préférer "Toi, courageux lecteur, tu sauras me comprendre et seuls les couards ne le pourront" ? Mystère. Toujours est-il que je comprends une chose : lui et moi sommes faits du même bois, le bois des braves et des petits, le bois des petits braves, des braves petits. C'est toujours bon, de rejoindre une communauté, surtout celle qui entend dénoncer le communautarisme et lui opposer la solution JMPL qui, nous le savons, sait parler aux petits braves de la République en déroute.
"Abécédaire de la bêtise ambiante". C'est le sous-titre. Rien que ça. D'un côté on a notre JT télévisuel quotidien qui en incarne la quintessence, et voici que surgit son double obscur et dénonciateur : la face et l'autre d'un masque vénitien sur une même tête. Celle de la France qui fait grise mine et triste gueule au recto. Et AS au verso, proclamé visionnaire par son directeur de collection pour son Vers la féminisation (que je recherche activement, également), ce Chevalier blanc de l'Hexagone qui tend un doigt accusateur et a choisi le camp qu'il faut, selon lui, je ne le redirai pas. Le Révolutionnaire nouveau est arrivé, et si ce n'est dans toutes les chaumières, c'est dans les pires chaudières, avec une force de conviction dont je n'imaginais pas la puissance dévastatrice. La brûlure se répand comme une poudre. Il est plus que temps de comprendre comment l'écrivain de talent, ancien communiste, à partir de constats objectifs, se déclare aujourd'hui tout au service du FN. Car il a des émules, certainement moins armés verbalement, mais qui reconnaissent en lui "celui qui dit tout haut ce que tout le monde pense tout bas". Alors disons-le, haut et fort, que tout le monde ne pense pas tout bas ce que proclame cette âme perdue.
Deux citations en exergue attirent l'oeil. La première est un proverbe persan (manière de dire qu'AS est un homme de culture et qu'il n'est pas raciste) : "Même un âne peut donner un coup de pied à un lion mort". Traduction : Même toi, ô plèbe de France victime des élites manipulatrices et passées maîtres dans l'art du mensonge ; même toi, l'âne, dans l'imagerie populaire le plus méprisé des quadrupèdes apprivoisés, toi qui es à l'origine du bonnet des cancres, les bannis de la classe ; même toi, l'âne, que l'on prétend à tort idiot autant qu'obstiné, et que l'on charge de tous les poids en jouant du bâton et de la carotte ; même toi tu peux ruer et frapper. Et pas n'importe qui : le Roi de la jungle - ce pouvoir républicain et démocratique confisqué par les traîtres. Le Roi est mort : l'âne peut enfin saboter.
(à suivre)
Oui ?