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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Foulard sanglant | 13 janvier 2007



La question du port du hijab en Tunisie a porté ses fruits amers, et il paraîtra toujours plus abstrait le temps où les femmes apprenaient à vivre face au ciel. Rivées, rigides, entre l'effigie du tyran et celle du salafiste.

Ce pays est volontiers considéré comme exemplaire d'une libéralité musulmane, où le principe de l'égalité entre hommes et femmes est expressément garanti par les textes constitutionnels et législatifs - 1956 : abolition de la polygamie, suppression de la répudiation et instauration du divorce judiciaire ; 1959 : droit de vote et éligibilité ; contraception dans les années soixante. Il brandit avec fierté l'expression de son progressisme, arguant de sa supériorité en la matière sur les autres pays du Maghreb.

Pourtant, l'essence même de la loi - inféodée à "l'identité arabo-musulmane" du pays - et le conservatisme patriarcal de la société tunisienne engagent à relativiser sérieusement les progrès (réels) et les discours (doucereux) du pouvoir en place. Juste un exemple parmi tant d'autres, l'interdiction faite aux musulmanes tunisiennes d'épouser un non-musulman. Voir à ce sujet le lumineux article de l'historienne Sophie Bessis.

La société tunisienne reste profondément conservatrice. Dans les faits, le quotidien des femmes est un enfer que je ne peux personnellement créditer d'aucune douceur. La virginité est une exigence réelle avant mariage, aussi les jeunes femmes pratiquent-elles la sodomie quand elles ont une relation amoureuse. Les jeunes hommes, tout aussi concernés, explorent leur vie sexuelle entre cousins et amis avant de négocier l'acte secret avec l'une de leurs premières belles. Célibataires et divorcées y sont absolument sous surveillance du voisinage, tout comme les couples mixtes et les croyants qui manquent de zèle. Impossible de s'y promener seule sans courir le risque d'être poursuivie par un essaim d'excités clamant que la femme européenne vient pour baiser. Ce qui, hélas, est une vérité et une violence : pauvres et sans possibilité de faire l'amour, de nombreux jeunes gens qui travaillent dans les grands hôtels et les magasins d'artisanat font commerce de leur virilité, au moins autant que les jeunes filles de leur beauté.

J'écrirai bientôt sur le corps de la femme tunisienne, que j'ai vu meurtri et mourant. Et sur la perpétuation sans nom de l'insoutenable violence que la lecture la plus archaïque du Coran leur réserve en réalité.


- Lorsque je prends ton visage entre mes mains pour embrasser ta joue brûlante, l'étoffe étouffe tes larmes.



Ajout tardif, à lire. Extrait : "Les Tunisiens ont été étonnés à la lecture des chiffres récents publiés par le ministère de la Condition féminine et de la Famille, montrant que 20 pour cent des femmes tunisiennes sont soumises à des violences physiques, tandis que 50 pour cent d'entre elles font l'expérience de violences verbales. Cette surprise est d'autant plus grande que la Tunisie est généralement considérée comme un pays pionnier en matière de droits des femmes parmi les pays arabes et que le taux d'éducation de sa population est très élevé.
Cette étude révèle que la violence envers les femmes au sein de la famille n'épargne aucune couche sociale, mais est particulièrement sensible dans les milieux défavorisés.
Elle note aussi que les violences sur le lieu de travail concernent essentiellement des violences verbales, l'exploitation des enfants et le harcèlement sexuel."

Publié par Cosmic Dancer à 10:54:05 dans Il n'y a pas que la littérature dans la vie | Commentaires (49) |