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Cosmic Dancer

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De Festivus le mal-lecteur ? | 18 décembre 2006

N'étant pas spécialiste de Philippe Muray et de la complexité de sa pensée, je m'autorise cependant à signaler à quel point Eric Zemmour s'y réfère, et avec quelle absence d'esprit.

Finissons-en avec la lecture d'Homo festivus par Zemmour. Car à y bien regarder, c'est de Philippe Muray qu'il s'est largement inspiré, déviant les propos du penseur dans la misère de son caleçon, sans prendre jamais la peine de le citer.

L'opuscule est de fait largement émaillé, sinon de concepts, du moins d'expressions directement empruntées à Festivus festivus, et Zemmour de prétendre apporter aux constats de Muray sur le monde d'aujourd'hui la résolution de la source (les femmes et les homosexuels), ainsi que la solution miracle (l'islam et "le jeune Arabe" couillu, j'y reviendrai). Avec le fléau de l'égalitisme de Muray, que pointe d'ailleurs également l'écrivain Mona Ozouf, Zemmour se targue de débouter l'une des plus grandes inventions philosophiques, au nom de laquelle, précisément, se sont battues les premières féministes lorsqu'elles ont engagé les femmes à trouver le chemin de leur simple dignité, et au nom de laquelle s'élèvent aujourd'hui les voix de la raison contre celles du tout-relativisme : la transcendance de la morale universelle, dont il ne cesse de prétendre qu'elle fut l'invention de nos sociétés prétendument féminisées et athées qui auraient mis à mort les valeurs judéo-chrétiennes permettant toutes les distinctions. "D'abord, on ne parle plus que de grands principes, d'universel, d'humanité : il n'y a plus d'hommes, il n'y a plus de femmes, rien que des êtres humains égaux, forcément égaux, mieux qu'égaux, identiques, indifférenciés, interchangeables." Qu'il aille donc raconter ses sornettes aux jeunes filles des banlieues en lutte quotidienne pour leur survie, en cela fort heureusement soutenues par un certain nombre de leurs "frères". Qu'il aille raconter cela aux Saoudiennes, aux Iraniennes, ou encore aux Chinois et aux Coréens du Nord, aux victimes de Pinochet, aux homosexuels égyptiens...

Naturaliste, Zemmour accorde ses violons avec ceux de guides psychologistes au succès retentissant : ainsi de John Gray et son épouvantable Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus. Où la fatalité d'une vie s'abat sur le nouveau-né selon qu'il en ait ou pas entre les jambes. Où rien ne saurait déterminer un être et une existence en dehors de ce signe d'appartenance à l'un ou l'autre genres qui composent l'humanité et les vouent par essence, selon ces zélés expliciteurs, à un éternel conflit. Mais c'est finalement un tout autre sujet, que je reprendrai aussi.

Cet Homo festivus "bobo" coupable de la relégation des classes populaires dans les périphéries des métropoles et insensible au principe de réalité, que l'humanité régressive méconnaît, tel un enfant capricieux dans l'expression de sa toute-puissance tant que l'autorité parentale ne désigne ni les limites, ni la loi, cet Homo festivus institutionnel qui réclame à l'Etat toutes ses becquetées ludiques et tous ses particularismes, Zemmour le désigne, bien sûr, sous les traits du combat des féministes et celui des homosexuels pour avoir le droit d'exister sans risquer l'opprobre des temps jadis – mais lesquels, encore une fois, pour ces derniers, si ce n'est un âge d'or fantasmé qui ferait fi de la culture grecque !

Empruntant à Muray, encore, sa déploration d'une culture de la transparence, Eric l'associe au matriarcat, le patriarcat ayant, selon lui et durant des siècles, cultivé l'art du secret : "Le matriarcat, c'est la transparence, la mise à mort de tous les secrets, la fusion placentaire. Comme dans tout régime totalitaire, le secret, voilà l'ennemi." Comment le contredire sur ce dernier point, qu'avant lui George Orwell avait annoncé et que le succès de la télé-réalité, suivi de celui des blogs et autres myspaceàmoi (!) ne peut que confirmer ? Mais une fois encore, s'il reconnaît le syndrome, il diagnostique l'origine du mal avec mauvaise foi, et sans le moindre humour. Et quelle étrange idée que celle de la transparence associée au "caractère féminin" dont les grands auteurs ont toujours admiré ou honni l'art de la dissimulation et du mensonge, de la duperie et de la duplicité...

"L'homme finit par s'y résoudre", enchaîne-t-il, "c'est lui qui doit guérir. Qui doit se transformer. Qui doit lier désir et sentiment, sexe et famille, pulsion et fidélité. C'est l'homme qui doit devenir une femme." On lui conseillerait là volontiers de relire l'admirable Elisabeth Badinter, qui dans Fausse route rappelle comment les femmes et les filles d'aujourd'hui jettent celui qui se montre, pour une nuit, inapte à les faire jouir.

Citant encore silencieusement Muray, il s'afflige à juste raison de la fabrique gigantesque d'individus festifs, "légers comme des bulles, qui s'éclatent, achètent des images". De ces crétins que dénonce Jean-Paul Brighelli, de cette armée d'esclaves enrôlés dans l'enfer d'un système économique dément, et que les femmes auraient bâti ! Quelles sorcières, décidément, que ces femmes qui ont le tort d'exister et dont le pouvoir sans limite est responsable de tous les fléaux ! Et quelle logique implacable, le rôle de la mère se bornant à ouvrir, sous la bienveillante et complaisante surveillance de son Grand Vagin, le bal infernal du Jeu, et du Je...


(à suivre)

Publié par Cosmic Dancer à 19:19:06 dans Le Zemmour en zigzag | Commentaires (5) |

22-12-2006  17:42  22-12-2006 17:42
@ Brigitte again  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  @ Brigitte again Url: [Liens]
Mail peut-être pas aujourd'hui : j'écris de travers et n'importe comment :)
22-12-2006  17:40  22-12-2006 17:40
@ Brigitte  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  @ Brigitte Url: [Liens]
J'ai trouvé "Le premier siècle après Béatrice" somptueux, apaisant, et d'une inteeligence que j'envie à l'auteur. Celle qui permet d'être tout à la fois lucide sans hurler de révolte en permanence, d'être généreux dans l'écriture, chaudement colorée et vivante, et qui plus est d'aborder beaucoup de thèmes avec une telle fluidité. Dès que possible, je poursuis cette découverte, et je te remercie d'être venue d'en enquérir. Sinon, étant une spécialiste du lapsus, j'ai écrit "L'amour de loin" au lieu de "L'amour au loin", qui est un livret d'opéra, en fait, et qui m'a énormément étonnée. Je t'écrirai un mail, aujourd'hui ou plus tard. Cordialement.
22-12-2006  03:51  22-12-2006 03:51
Hum Cosmic  De  Brigitte  Sujet:  Hum Cosmic
Contrairement à moi tu es rapide!bravo! et "l'amour de loin" est un de ceux que je n'ai pas lu,j'espère que tu as aimé ces écrits...Bises.
18-12-2006  19:44  18-12-2006 19:44
@ Martin et Brigitte  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  @ Martin et Brigitte Url: [Liens]
Mission accomplie. Lu, ainsi que "L'amour de loin".
18-12-2006  19:42  18-12-2006 19:42
Donc, pour ne pas oublier,  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  Donc, pour ne pas oublier, Url: [Liens]
pense-bête : parler du naturalisme et ses conséquences chez Zemmour avec l'ordre du patriarche tayloriste et celui du "jeune Arabe" ; et parler de sa citation de Balzac sur l'amour, ainsi que de son inaptitude à ne pas comprendre qu'à Don Juan répond la Nourrice. Ce sera les deux prochains. Thanks, lecteurs préférés.

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