"On croyait justement être sorti depuis trente ans de cette image 'traditionnelle' de la femme. On avait lu Catherine Millet", renifle Eric, fustigeant ces "jeunes générations (qui) sont les plus réactionnaires, les plus révoltées contre les leçons libertaires données par leurs mères". Ces fameuses soixante-huitardes, donc, qu'il accuse pourtant d'avoir véhiculé les qualités supposément féminines de romantisme et d'amour, mais étant donné qu'il n'est pas à une contradiction près, poursuivons.
Quand Zemmour brandit la figure de l'innocente enfoutrée (expression de l'excellent Philippe Muray), Laurent Guimier et Nicolas Charbonneau, les auteurs décevants de Génération 69, lui opposent Virginie Despentes et Claire Castillon. Et mettent un point d'honneur à prouver que la jeunesse de leur âge est plus "libérée" que celle de la génération précédente puisqu'elle est très à l'aise avec les sex-shops, les sex-toys, les soirées porno en couple et les clubs échangistes qui, il est vrai, se sont multipliés comme des petites pines - pardon, des petits pains.
Et les deux comparses ont tout intérêt à se montrer libéraux sur la question, et mieux armés que leurs géniteurs à qui ils reprochent de leur piquer leurs adorables copines, qui ont une propension tellement romantique à préférer les tempes grises et les bourses pleines aux porte-monnaie vides. Mais l'amour tarifé étant réservé aux hommes, et condamné par les femmes, comme Eric s'égosille à le rappeler, il ne saurait évidemment être question de vénalité quelconque, quitte à sacrifier la ride, après tout charmante à y bien regarder. Et il reste toujours l'adultère - ah non, c'est une caractéristique masculine, qu'il dit, Eric - car les chevaliers servants prêts à lever leurs troupes à l'appel larmoyant de la belle que son légitime n'embrasse/ne flatte/n'écoute/ne complimente/ne promène/ne couvre pas assez de cadeaux constituent une légion jamais à cours de réservistes.
"Je baise plus et mieux que papa", un nouveau leitmotiv ?
Une vraie guerre testiculaire, à en croire Zemmour : "Jadis, il y a encore trente ans, nous vivions sans le savoir en des temps archaïques : le chef de meute, le père, se voulait la puissance, le seul pénis bandant, le seul phallus de la maison. C'était la loi du père qui obligeait le fils à bander et baiser ailleurs." Alors ce fils qui, toujours selon Zemmour, aurait baisé sous la "domination-protection" de la mère dans une maison sans père, rétorquerait avec ses complices des temps modernes au moyen de sa sexualité affichée dans toutes les vitrines, sur tous les écrans, et sur les pages des magazines, dans le même temps qu'il est censé n'avoir aucune activité libidinale, si ce n'est la plus banale et affligeante lorsqu'elle est monogame, comme Eric le signale sans citer ses sources.
Mais où ces mecs en appelant à leurs archétypes générationnels de divas du sexe (il n'est aussi que de songer aux vieux cons précédents qui s'en réfèrent sénilement à l'âge d'or d'Emmanuelle) lisent-ils du sexe et de l'érotisme dans les pages de La vie sexuelle de Catherine M. ou dans celles de Baise-moi, qui, bien autrement que d'enchanteurs brasiers ou d'impertinents brûlots, ne reflètent de l'époque que ce qu'elle aime entendre ?
Ca va pas fort, au royaume des hommes...
(à suivre)