Tandis qu'en Iran, notamment, on assassine les "mal voilées", tandis que partout dans le monde sous le joug de la domination masculine qu'il représente, le voile sous toutes ses formes - et qu'on ne vienne pas m'emmerder avec les nuances "grille ou sans grille", "noir ou couleur", "court ou long" - est courageusement combattu par des femmes au péril de leur vie, la Grande-Bretagne cède au chantage des ultras. Vu les problèmes récurrents qui se posent dans les hôpitaux de France lorsqu'ils reçoivent des musulmanes et leurs garde-chiourmes, ces maris pour qui l'acte de poser un regard sur elles vaut déclaration de guerre, et après la loi sur le voile à l'école qui a été tellement controversée, va-t-on devoir communautariser les services de santé publique au nom du respect de l'islam ? Déjà, des étudiantes infirmières refusent de retirer cette abjection dont il faudra enfin un jour cesser de proclamer qu'il s'agit d'un signe religieux.
Commençons par la base. Moi, en tant que locuteur, on va dire. De notoriété publique agnostique, certes. Cela m'ôte-t-il le droit de penser les croyances, mœurs et coutumes d'autrui ? Ensuite, non arabophone, à mon grand regret, ce qui me vaut de me manger l'argument selon lequel, et à tout jamais, les subtilités théologiques du Coran me sont inaccessibles. Ma réponse : ainsi en va-t-il de tous les discours cryptés à l'usage de leurs seuls zélateurs. Cela m'ôte-t-il le droit de juger du voile islamique et des conséquences de son port dans les services publics ?
Terminologie, maintenant. Vaste débat qui oppose les exégètes, jouant à coups d'interprétations interminables le devenir bien réel de femmes et de jeunes filles en danger de mort ici, en situation d'être vitriolées, battues et violées là. Qu'il s'agisse
du hijab, du
khimar, de la
milaab, du
ridaa, du
izar et autres
burqhas, le problème est unique. Selon l'historien égyptien Mansour Fahmy, qui a consacré une thèse au sujet, "le voile est l'œuvre des mœurs", non du précepte religieux. Son étude de la mode vestimentaire depuis l'Hégire jusqu'au début du XXe siècle est à cet égard édifiante : la relation entre voile et claustration y est clairement établie, ainsi que ses diverses fonctions sociétales selon les lieux et les époques. Il faut être aussi lamentable que l'universitaire François Burgat dans
L'Islamisme en face, pour prôner la tolérance et considérer que le voile est une liberté choisie par celles qui le portent. Oui, on le sait, révolution iranienne, cache-amant, protection vitale sous le règne des caïds... Mais enfin, c'est une "loi" édictée par des hommes, et quels hommes !
Ethocentrisme ? On me l'a reproché mille fois : "Toi, en tant qu'Européenne, évidemment...", blablabla. Même remarque que précédemment : je ne vois pas en quoi le fait d'être Européenne, et Française en l'occurrence, m'ôterait le droit de condamner les violences faites aux femmes. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'il n'existe aucun rapport entre le port du voile et la répression sexuée ! Intolérance ? Oui, et je le revendique, au nom de la laïcité, valeur que partagent, au demeurant, bien des humains sur terre, de tous pays et toutes confessions, pour qui le savoir vivre ensemble et en paix, dans la dignité, se situe largement au-dessus des particularismes quels qu'ils soient, religieux ou pas. Et De Villiers peut aller se rhabiller, pour le coup, lorsqu'il exploite le filon pour renforcer ses troupes. Il n'a pas le monopole de l'attachement à la laïcité, ni celui de la défense des opprimées.
Transformer une patiente en pingouin, au prétexte que son mâle attitré est susceptible des couilles, ou au prétexte qu'elle considère son corps comme un sanctuaire que seule une femme, voire seule une musulmane, saurait soigner, est-ce faire preuve de respect envers l'ensemble des femmes, encore une fois, et de toute éternité ? Et que dire de la République, une fois de plus, dont les institutions devraient se soumettre à la loi de la burne ?
Pleurons, citoyennes, car la lâcheté condamne les femmes à n'être que le résidu de leur état civil.
AJOUT tardif. Et bienheureuse de l'avoir découvert, à l'instant. Bonne lecture.
Oui ?