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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

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Jeanne, Titi et l'Amérique II | 24 septembre 2006

Mes relations avec Titi étaient étranges. Je le connaissais depuis environ sept ans et on ne s'était rien raconté de très personnel. D'abord gênée par sa prestance et sa manière de ne jamais se taire sans délivrer un mot sur lui, je m'étais finalement accoutumée à ses invectives, dynamic bass boost. Comme si le monde entier était sourd.
- Pourquoi tu parles toujours si fort, lui avais-je demandé un jour, exaspérée, c'est dommage, ça ne donne pas envie de t'écouter. C'est parce que t'as bossé dans le son ou quoi ?
Cinq ans plus tard, il n'était pas peu fier de me faire remarquer qu'il parlait plus doucement. - T'as vu, je progresse ! Titi aimait bien progresser. De fait, il l'avait signifié d'une phrase courte.
Pourquoi il parlait tellement fort, je l'avais su au fil du temps, les années délivrant les mots. Pourquoi il s'appelait Titi et n'avait plus d'autre nom, je l'avais su aussi. Ce grand gaillard costaud comme un ours, avec sa belle gueule d'aventure sortie d'un film américain et ses muscles devant quoi les boys bands jouaient baudruches était né seul. S'était élevé seul dans les rues, adoré par les commerçants du coin sous sa casquette. Titi, le Titi parisien.

On avait débarqué chez moi pour se cuisiner des pâtes. Titi continuait à parler. Il parlait comme il vivait, parfaitement seul. Si bien que je continuais à me taire. Mais après les spaghettis, je lui ai dit "Ecoute, on va regarder un film, un de mes films préférés parmi la centaine que je préfère, Portrait de femme. Je ne parle jamais quand je regarde un film, d'accord ?" "OK", avait-il répondu. Je voyais bien pendant la séance qu'il se retenait d'en balancer. Il aspirait ses cigarettes comme une micheline, en se dandinant sur le fauteuil. "Il te reste un coup de rouge ?" Il avait fini par craquer, mais moi je tenais bon. D'un doigt altier je lui avais indiqué la cuisine, dont il était revenu prestement avec deux verres et une bouteille. "T'en veux un coup ? Il est pas dégueulasse, dis donc..."

A la fin du film, quand Isabel se retourne et que finalement elle va rester en Angleterre et ne pas retrouver à Florence le sale type qui veut la détruire, avant le début du générique de fin, Titi était sur le point d'exploser. Il avait fait un gros effort. Il avait été surhumain. Je sentais qu'il allait palabrer. Ses yeux bleu vif, que n'entachait jamais une onde de méchanceté, lançaient des vagues d'émotion pure. Ça lui sortait par tous les pores, mais ça, jamais il ne le dirait, foi de lui. Sauf à Mick. Mick, il pouvait tout faire et Titi, il lui disait tout. C'est Mick qui lui avait appris à travailler pour de l'argent, à force de persévérance. - Parce que moi, l'argent, tu vois, Jeanne, je n'en veux pas. Je veux qu'une fille m'aime pour ce que je suis.

Uppercut. Œsophage bloqué. Il se tenait maintenant en apnée, la gorge pleine de fumée, l'azur de ses yeux dans les miens, en suspension. On avait souvent eu ce genre de discussion sans qu'il explique pourquoi il refusait l'argent, même celui de Mick pendant longtemps. Putain de romantique, j'ai pensé. J'avais de la buée plein les prunelles, le cœur qui me cognait les côtes et le muscle intercostal crispé. J'ai pris aussi une cigarette. J'ai tiré dessus longtemps, en silence. Qu'est-ce que tu vas devenir, mon gros. Quelle femme pourrait t'aimer, tu revendiques tout le temps et tu te caches parce que t'as peur des émotions. Ça fait mal à tout le monde. J'ai préféré bloquer mes larmes, lâchement, et lui faire un petit discours, la voix pâle.
– Mais je te l'ai dit mille fois, ça ne t'empêche pas de te faire payer quand tu travailles, tu bosses tout le temps. Et tout travail mérite salaire !
- Ouais, mais j'aime rendre service. Je suis un gros romantique... J'ai grossi ces temps-ci, tu ne trouves pas ?... Je ne veux pas d'argent. Je veux qu'une femme m'aime pour ce que je suis. Pas parce que je représente un type qui s'en sort. Je m'en fous, de ça. C'est bidon. Je veux qu'elle m'aime pour mon cœur. J'attends mon heure. C'est ça qui me plaît dans le film. Moi, je suis comme le cousin. Je ferais tout pour elle et elle ne s'en rendrait pas compte.

Publié par Cosmic Dancer à 09:39:16 dans Jeanne de la lune | Commentaires (3) |

25-09-2006  20:47  25-09-2006 20:47
Je  De  AGAINST* identité certifiée Sujet:  Je Url: [Liens]
te rejoins complètement, je suis également pour la gratuité et la libre exposition ici de nos textes, comme des confrontations (against) suspendues là au derrière de l'attente d'un bon mot, ou d'un mauvais, qu'importe, le lecteur fait que l'oeuvre nous échappe et développe son monde, et se constitue ainsi une existence qui nous échappe.
25-09-2006  08:46  25-09-2006 08:46
Fragments,  De  Cosmic Dancer identité certifiée Sujet:  Fragments, Url: [Liens]
oui, sur un ancien tout en chantier, ici. Publier, non. Il y a suffisamment de carnage dans les forêts slaves, suffisamment de pilons, suffisamment de livres qu'on ne relira jamais. Et surtout, suffisamment d'écrivains talentueux auprès desquels je m'incline et me tais. Et j'aime l'accès facile et la gratuité du Net.
24-09-2006  17:50  24-09-2006 17:50
Il  De  AGAINST* identité certifiée Sujet:  Il Url: [Liens]
parlait comme il vivait, parfaitement seul." Tes textes sont toujours aussi "vivants", j'aime vraiment ce que tu écris. Je glane souvent ici nombre d'images qui me poursuivent ensuite. Fantomes du revenir. Je ne saurais te dire combien j'aime ces fragments ? Font-ils partie d'un tout ? As-tu déjà publié certains de tes textes ailleurs qu'ici ? autant d'interrogations curieuses. Et si la curiosité est un vilain défaut, elle est chez moi, constitutivement parlant comme "innée"

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