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Cosmic Dancer

Noir sur blanc et versa vice - Stèle avec des soubresauts

Cosmic Dancer | 06 août 2006

"Vous êtes comme moi, Monsieur Sterny. On a l'impression que chaque jour, on va devoir se battre contre l'humanité entière, alors que personne ne sait qu'on existe."

"Ce que je veux, c'est du temps, que vous me racontiez vos petites histoires ; que je vous raconte les miennes..."

Publié par Cosmic Dancer à 18:17:39 dans Infos à peine pratiques | Commentaires (0) |

Crise de nerfs, parlez-moi d'amour | 06 août 2006


Il m'arrive de creuser un petit trou en forme de cône dans la terre
D'y coller mes lèvres
Et de le remplir de mots.
J'ai enterré comme ça
La plupart de mes souvenirs.

Où ai-je vu le jour ?
Pouvait-on voir le soleil par une fenêtre ?
Qui le premier m'a touché ?
A-t-il chanté ?

Mon chemin est parsemé
De petites tombes bavardes et menteuses
A qui je ne rends jamais visite.

La vie se simplifie
Quand toute naissance a déjà porté son deuil.


Jean Lambert-wild - Crise de nerfs, parlez-moi d'amour - Ed. Les Solitaires intempestifs.

Publié par Cosmic Dancer à 18:11:30 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |

Amnésie | 06 août 2006

L'Homme : Qui es-tu, jeune fille ? Es-tu la mort qui t'en viens me saluer et me conduire outre-terre ?
Elle : Je ne suis ni la mort ni la résurrection ni la vie.
Lui : Tu es belle. Serais-tu ma conscience ?
Elle : Jugerais-tu ton âme à mon image, poète de sept ans qui a rompu le pacte ?
Lui : Es-tu la Postérité qui t'en viens me rassurer, m'offrir le salut de l'aurore qui va naître ?
Elle : Il y a belle lurette que tu as piétiné ce fantôme espéré ! Tu les auras, tes roses blanches, tous les 6 février. Tu l'auras, ton tombeau littéraire au cimetière de Charonne, mais ce ne seront pas seulement des Seurel et des Meaulnes guidés par tes poèmes qui te rendront hommage, mais des militants d'une cause que tu as déshonorée. Crois-tu qu'avec toi va disparaître la France de Clovis à Giraudoux ? Brutaux, pressés, les historiens de la littérature mépriseront ton œuvre, la jugeront insuffisante et presque insignifiante. Tu ne seras que le hérault posthume d'une chimère à laquelle les hommes de ta génération ont donné le nom de fascisme. [...] Je ne dis pas que ton courage devant la mort n'est rien et qu'une âme vaut moins qu'un millier d'âmes, je ne dis pas que la passion littéraire et puérile que tu as vécue à Nuremberg est crime contre l'humanité, ni même que tes appels rhétoriques à la haine méritent châtiment. Ils méritent mépris.

"[...] Le cœur du roman est une rencontre fictive, et un terrible dialogue, entre une jeune femme juive et Robert Brasillach dans sa prison à la veille de son exécution. L'oubli du Mal et ses résurgences dans notre société, tel est le thème et le cri de ce livre où se mêlent habilement le roman policier, la philosophie et l'Histoire, soutenu par un style très personnel à connotation épique. Cette ardente méditation sur le Mal est aussi un hymne magnifique à la littérature française."

Sarah Vajda - Amnésie - Editions du Rocher, 2006.

Publié par Cosmic Dancer à 18:08:38 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |

Exquise rencontre autour de cadavres | 06 août 2006

Pour Nathalie de Vaudois Glagla.

1
Peter Pan, le moitié-moitié, le jour où il perdit sa virginité sur une branche d'arbre inconfortablement assis, dévisagea sa putain de cigarette défraîchie mais néanmoins charmante, dont les volutes lourdes étaient dans le coma capricieusement.

2
Le cuisinier du restaurant commençait à se demander si la grenouille, qui ne disait que des bêtises en comptant les étoiles, allait finir par faire des vers luisants à chaque caprice de l'horloge.

3
Dans les steppes indociles et agressives comme des moustiques, s'accrochent les rêveurs à des papillons de nuit fièrement dressés. Pourtant les statistiques veillent au grain. Elles adorent les gestes agacés qui n'ont peur de rien ni de personne. Mais la Madone vieille et décrépie, affalée sur une chaise électrique, attend toujours les plaisanteries douteuses dont plus personne ne veut infiniment.

4
À l'heure où les vampires se réveillent, sous la clarté obscure d'un soleil épileptique, les jeunes vierges effarouchées qui commandent bière sur bière avalent avec insistance et sans complexe les bougies fulgurantes et néanmoins hilarantes. C'est alors que subrepticement, tous les escargots du pays choisissent d'écraser de vieilles lampes à huile, qui n'ont plus rien à perdre et les regards poilus.

5
Sous le joug violent d'une surprise nue comme un ver, tandis que la jeune femme vole à l'étalage et comptabilise en geignant toutes les armoires de la maison, le diable démonte les convives épuisés qui se trouvent si beaux au fin fond d'une boîte laborieuse.

6
Alors que tout le monde veut aller se coucher sous la glace dure et fragile, la mort, dont les yeux flamboyants respirent difficilement, déguste avidement des cartouches de cigarettes étincelantes qui empilent des conversations écarlates.

Publié par Cosmic Dancer à 18:05:44 dans Jeux de Blogland et d'ailleurs | Commentaires (0) |

Escroc du gouffre | 06 août 2006


The Thinker
(Jeff Walls, mais sans ses couleurs, et dont je n'aime pas le travail par ailleurs).

Et puis, peu à peu, la vie reprendra ses droits.
C'est-à-dire qu'un peu plus tard, le même jour, un autre jour, c'est-à-dire qu'un peu plus loin, dans un autre quartier, dans une autre ville, dans la plaine, dans la montagne, l'homme à la béquille (peut-être alors sera-t-il guéri, ou peut-être aura-t-il insisté pour reprendre la lutte malgré sa blessure ?) se retrouvera allongé derrière son fusil, en train d'abattre posément toute âme qui vive essayant de s'échapper d'une école en flammes.

Jean-Luc Benoziglio - Le jour où nacquit Kary Karinaky - Le Seuil, 1986.

Publié par Cosmic Dancer à 17:58:09 dans Ce goût des autres | Commentaires (0) |