"I got blasted in my fingers !"
"It's been a long long time"
- C'est quoi, l'amour ?, je lui demande parce qu'elle vient de souffler sur sa mèche et de m'embrasser en avalant ses mots. Je soupçonne que la question l'embarrasse, mais en m'y prenant bien, je parviendrai peut-être à lui faire avouer ce qu'elle refuse catégoriquement de reconnaître. J'ai rien contre qu'elle préfère le geste à la parole, mais quand même. En posant la question comme ça, je tente la fibre maternelle, je deviens minot, faut qu'elle m'apprenne. Au fond, je m'en fous, la réponse est sans importance, mais j'aimerais quand même qu'elle me dise, je voudrais la sentir succomber pour la recueillir dans mes paumes. J'ose imaginer que la plate-forme de la tour Lu, qui tourne parce que je suis vaillant au gouvernail, va l'enivrer suffisamment pour qu'elle abdique, ma tendresse n'en est que plus forte. Puisqu'elle s'éloigne, je la dessine en contre-jour, sa silhouette fière, j'ai les yeux rivés sur ses reins.
- J'm'en fous. Et la voilà qui se retourne, j'ai les yeux rivés sur ses seins.
- Tu penses quoi ? Je sens que je serre le gouvernail un peu plus fort, et la contemplation de sa bouche m'affame. Je tremble, mais je maintiens le cap. Je la ferai tourner toute la journée si nécessaire.
- Je ne pense pas, qu'elle murmure, la mutine, en se dirigeant droit sur moi, et si je ne la connaissais pas, je me dirais qu'elle se fout de ma gueule.
- Tu r'ssens quoi, alors ?
Je m'amuse autant qu'elle, elle aime mes interrogatoires, et nous adorons nos ellipses, je sens qu'elle va m'objectiver, je le sens à ses mains fébriles qui évaluent mon pantalon, soudain un peu serré pour moi, alors que son visage est devenu impassible, comme si je n'existais pas. Moiteur de mes mains, je garde le cap.
- Je sais pas, je comprends pas. C'est comme ça.
Elle contemple le ciel de Nantes tout en débouclant ma ceinture. Son visage est si près du mien. Ces sourires perpendiculaires, un coup de lumière par dessus. La terre est plate.
- Comment, comme ça ? Ce souffle, je ne peux plus le retenir, mais mes mains, ne me trahiront pas. Je m'agrippe. Je m'agrippe car noyade en vue, elle s'agenouille en face de moi, je me retrouve cul nu.
- Un instant, sans doute, en deux temps sa réponse, entretemps, c'est l'émoi radical pour moi. Plus d'horizon, mon cœur chavire.
- C'est quoi, l'instant ?, en trois temps, je gouverne encore, articuler, plus délicat.
- C'est l'éternité, tu sais bien.
Oui, j'sais bien, c'est délicieusement polyglotte, c'est plus Lu, c'est Babel Tower, je vais imploser au creux du ciel.
- Tu aimes ?, je veux qu'elle le dise, ah, je veux qu'elle le dise, ah, pourtant elle le dit, c'est comme ça que j'aime qu'elle l'énonce, la bouche sur mon système solaire, j'ai plus de repères, je me sens le fourreau d'un capitaine, un costard flottant par dessus, homme à la mer, je suis perdu.
- Bah ouais, la voilà qui marmonne, trop occupée à me faire sombrer, je n'en peux plus, elle se dandine et se délecte, je tiens plus la rampe, la barre s'emballe, faut que j'l'emballe, mon radeau va dégringoler.
- Tu aimes et tu sais pas ce que ça veut dire ? Penché sur elle, j'effleure ses lèvres, je voudrais qu'elle vienne me sauver.
"Sexy Sadie you broke the rules"
C'est fou ce que les Beatles m'ont toujours inspirée.