Je vous expose ici quelques éléments de mon humble existence, mes études de droit et de sciences politiques ne suffisant pas à me protéger de l'oisiveté, mère de tous les vices. Je tâcherai d'étoffer ce blog de mes réflexions, tombant systématiquement dans le préjugé et les poncifs. Pour vous mes amis, j'ai même décidé de vous faire partager mes goûts : retrouvez certaines de mes expériences culinaires les plus farfelues, coups de coeur littéraires, télévisuels (...), cinématographiques, sportifs etc...
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Frère Anthony Berget
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Publié par anthoto à 02:19:17 dans Encycliques, paraboles et bons mots | Commentaires (3) | Permaliens
Le succès monstrueux des Particules élémentaires ne vous a pas écrasé? Vous n'avez pas eu de mal à vous remettre au travail?
Michel Houellebecq. Euh... Euh... Normalement ça aurait dû... Mais non, ça ne m'a pas paralysé. Je me suis remis à écrire quand je l'ai décidé. C'était au tout début 2000, à l'occasion d'un séjour en Thaïlande. En fait, je ne me déplace pas spécialement pour écrire... j'écris sur des endroits où je suis déjà allé avant. Je ne sais même pas à quoi ça me sert d'y retourner, puisque je ne visite rien. Je ne sors pas de ma chambre. Mais le fait d'être sur place m'aide... Il y a un dépaysement fort, une relativisation certaine des enjeux.
Aujourd'hui, avec votre notoriété, vous ne pouvez plus vous inscrire dans un voyage organisé comme celui que vous décrivez dans Plateforme.
M.H. Si, je vais retourner dans un club Eldorador la semaine prochaine... mais je pense que ce sera la dernière fois. Effectivement, il arrive que des touristes me reconnaissent à l'étranger. Ça me surprend toujours... Je ne dois pas avoir une mémoire visuelle extrêmement forte. Ma femme reconnaît souvent des acteurs dans la rue. Moi, jamais. La seule personne que je reconnaisse, c'est Patrick Poivre d'Arvor. Mais je m'aperçois que la plupart des gens sont plus doués que moi. Enfin... ça va... ça reste à un niveau raisonnable.
Quoi qu'il en soit, vous allez désormais avoir du mal à observer les gens autour de vous, à noter leurs conversations. Vous n'êtes plus protégé par l'anonymat.
M.H. Oui... C'est peut-être pour ça que je suis obligé d'écrire des livres qui se passent à l'étranger. C'est une raison mesquine, mais réelle.
Plateforme, donc, est situé en partie à l'étranger et traite à la fois du tourisme sexuel et de l'Islam. Vous cherchez franchement les sujets qui fâchent?
M.H. Je ne les cherche pas, je tombe dessus. A l'intersection de ces deux sujets, il y a quelque chose qui m'a beaucoup frappé: c'est de voir des touristes arabes à Bangkok. Je ne m'y attendais pas du tout... Je m'imaginais bêtement que les musulmans étaient tous de bons musulmans. Quand on parle de l'Islam, on pense toujours au sort des femmes. Et tout à coup je me suis aperçu qu'il y avait aussi beaucoup d'hommes qui se faisaient horriblement chier dans les pays arabes. Contrairement à l'image qu'on en a, beaucoup d'entre eux n'ont pas la foi et vivent dans la plus totale hypocrisie. Quand ils viennent en Thaïlande, ils sont encore beaucoup plus frénétiques que les Occidentaux dans leur quête du plaisir. Ça a été le point générateur du livre.
Et puis je me faisais une idée tout à fait fausse du tourisme sexuel. Je croyais que c'était surtout de gros Allemands âgés, et j'ai découvert qu'il y avait beaucoup d'Anglo-Saxons jeunes. J'ai eu une espèce d'intuition... à savoir que pour les Anglo-Saxons, la sexualité est une activité réservée aux vacances. Le reste de l'année ils travaillent beaucoup... ils n'ont pas le temps... et puis c'est trop difficile avec les Anglo-Saxonnes. Elles sont tellement chiantes, tellement compliquées. Si ces gens n'arrivent plus à faire l'amour, c'est parce qu'ils sont trop prisonniers de leur individualité. Un élément de méfiance s'est installé, et avec lui une espèce d'impossibilité.
Il y a trois ans, lors de la sortie des Particules élémentaires, vous aviez pourtant déclaré à Lire que vous en aviez fini avec le sexe.
M.H. Ah oui? Eh bien je m'étais trompé... C'est un peu dommage, parce que je comptais vous dire la même chose cette fois-ci!
Le sexe, en somme, est votre marque de fabrique? Et vous, vous réussissez à faire scandale, bien que les notations d'une extrême crudité soient devenues monnaie courante dans les romans français? Comment faites-vous?
M.H. J'ai une hypothèse immodeste: je suis meilleur que les autres dans les scènes de sexe. Les miennes paraissent plus vraies. A mon avis, c'est lié au fait que je décris les sensations et les émotions, alors que les autres se contentent de nommer différents actes. Chez mes collègues, c'est plus fantasmatique. Chez moi, on a une impression de réalité retranscrite.
En général, ce sont les femmes que vous choquez le plus. Est-ce dû à votre approche masculine de la sexualité?
M.H. Euh... Je crois que les femmes sont plus faciles à choquer, de toute façon.
Au fond, vous êtes un provocateur?
M.H. Je ne sais pas si c'est une bonne chose de choquer... En tout cas, c'est une source d'emmerdements. Mais je me suis plutôt calmé...
Vous trouvez! Plateforme est tout de même une apologie de la prostitution!
M.H. Ah oui! Mais ça, j'assume à fond parce que je sais que j'ai raison. La prostitution, je trouve ça très bien. Ce n'est pas si mal payé, comme métier... En Thaïlande, c'est une profession honorable. Elles sont gentilles, elles donnent du plaisir à leurs clients, elles s'occupent bien de leurs parents. En France, je sais bien qu'il y a des oppositions, mais je suis pour une organisation rationnelle de la chose, un peu comme en Allemagne et surtout en Hollande. A mon avis, la France a une attitude stupide.
Vous êtes tout de même partisan de certaines barrières? Contre la pédophilie, par exemple?
M.H. Oui, oui, bien sûr. Je n'ai jamais été pour. Mais j'ai pourtant bien cherché en Thaïlande, et je n'ai rien trouvé. Je crois d'ailleurs que le pays n'est pas conseillé aux pédophiles, ou qu'il ne l'est plus.
Les massages thaïlandais sont un moyen d'analyser ce que vous appelez la «névrose occidentale». Michel, votre personnage principal, parle à un moment de son «immense mépris pour l'Occident».
M.H. C'est ce que je ressens depuis deux ans... Ça m'a pris d'un seul coup. En observant le tourisme sexuel en Thaïlande, compte tenu de l'opprobre qui entoure cette activité en Europe, on se dit que les Occidentaux sont vraiment des cons!
Pour l'Islam, ce n'est plus du mépris que vous exprimez, mais de la haine?
M.H. Oui, oui, on peut parler de haine.
Est-ce lié au fait que votre mère s'est convertie à l'islam?
M.H. Pas tant que ça, parce que je ne l'ai jamais prise au sérieux. C'était le dernier moyen qu'elle avait trouvé pour emmerder le monde après une série d'expériences tout aussi ridicules. Non, j'ai eu une espèce de révélation négative dans le Sinaï, là où Moïse a reçu les Dix Commandements... subitement j'ai éprouvé un rejet total pour les monothéismes. Dans ce paysage très minéral, très inspirant, je me suis dit que le fait de croire à un seul Dieu était le fait d'un crétin, je ne trouvais pas d'autre mot. Et la religion la plus con, c'est quand même l'islam. Quand on lit le Coran, on est effondré... effondré! La Bible, au moins, c'est très beau, parce que les juifs ont un sacré talent littéraire... ce qui peut excuser beaucoup de choses. Du coup, j'ai une sympathie résiduelle pour le catholicisme, à cause de son aspect polythéiste. Et puis il y a toutes ces églises, ces vitraux, ces peintures, ces sculptures...
Votre personnage principal en arrive à prononcer cette phrase: «Chaque fois que j'apprenais qu'un terroriste palestinien, ou un enfant palestinien ou une femme enceinte palestinienne, avait été abattu par balles dans la bande de Gaza, j'éprouvais un tressaillement d'enthousiasme...»
M.H. La vengeance est un sentiment que je n'ai jamais eu l'occasion d'éprouver. Mais dans la situation où il se trouve, il est normal que Michel ait envie qu'on tue le plus de musulmans possible... Oui... oui, ça existe, la vengeance. L'islam est une religion dangereuse, et ce depuis son apparition. Heureusement, il est condamné. D'une part, parce que Dieu n'existe pas, et que même si on est con, on finit par s'en rendre compte. A long terme, la vérité triomphe. D'autre part, l'Islam est miné de l'intérieur par le capitalisme. Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est qu'il triomphe rapidement. Le matérialisme est un moindre mal. Ses valeurs sont méprisables, mais quand même moins destructrices, moins cruelles que celles de l'islam.
Vous n'avez donc aucune aspiration spirituelle?
M.H. Honnêtement, le désir de transcendance ne doit pas être très violent chez moi. J'ai été fortement marqué par ma formation scientifique. Je crois à l'importance de la preuve.
L'explication scientifique des mystères de la vie vous suffit?
M.H. Elle est désagréable, mais elle est tellement convaincante. D'ailleurs, mes romans ont en commun avec la méthode scientifique leur côté expérimental. Mes personnages sont un peu des expériences que je fais avec mon cerveau, il y en a qui marchent, qui se développent bien, et d'autres qui ne marchent pas. Là, dans ce roman, je trouve que Valérie est plus intéressante que les autres. Je l'aime... j'ai eu beaucoup de mal à la quitter...
Valérie et tous vos personnages sont des gens ordinaires, des salariés comme il y en a des millions en France.
M.H. Les gens que j'ai fréquentés depuis que je suis devenu connu m'ont moins intéressé que les gens moyens. De toute façon, même si j'avais eu envie d'écrire sur le monde fashion, Bret Easton Ellis m'en aurait détourné. Il a fait ça très bien, ce n'est pas la peine que je répète la même chose. De même, je ne me suis jamais passionné pour les marginaux. A mon avis, c'est une insuffisance de ma part: un écrivain idéal, comme Balzac, va partout. Mais... mais... à un moment donné, il m'a paru spécialement opportun de m'intéresser aux classes moyennes. Age moyen, situation sociale moyenne... Une opinion majoritaire me paraît toujours intéressante, quelle qu'elle soit. Dès que je vois un sondage avec des pourcentages, je saute dessus! C'est presque une maladie, quoi...
On a du mal à vous croire quand vous écrivez: «Les questions politiques [...] ne sont pas mon fait.» Non seulement vous prenez systématiquement le contrepied des idées dominantes, mais vous attaquez nommément certains journalistes.
M.H. Cela va dans le sens de l'effet de réel, que j'ai énormément travaillé dans ce bouquin. J'adore quand Dostoïevski mentionne tel ou tel publiciste complètement oublié dans ses romans. J'aime beaucoup lire les notes en fin de chapitre, j'ai l'impression de plonger dans un univers que je ne connaîtrai jamais: la Russie en 1864.
Et puis, c'est vrai, j'aime bien me foutre de la gueule de certains journaux... Au nom de quoi les journalistes de gauche peuvent-ils parler de politique, eux qui n'ont jamais rien produit? Ils ne savent rien faire, ils sont incapables de fabriquer une table. Leurs positions politiques sont non seulement ridicules mais agaçantes.
On peut donc vous classer à droite?
M.H. Oh non... Je ne me sens pas non plus de droite, parce que les gens de droite que j'ai rencontrés ne m'ont pas convaincu du bien-fondé de leur supériorité naturelle. Enfin... je suis peut-être de droite au fond. Mais je la trouve trop insolente avec les producteurs. Je n'ai jamais vraiment dépassé cette constatation qu'il y a des gens qui travaillent et d'autres qui ne font rien.
Tout de même, vous tapez davantage sur les idées de gauche que sur les idées de droite.
M.H. Mais il n'y a pas d'idées de droite!
Vous écrivez aussi: «L'humanitaire me dégoûte.»
M.H. Bien sûr qu'il y a des victimes dans les conflits du tiers monde, mais ce sont elles qui les provoquent. Si ça les amuse de s'étriper, ces pauvres cons, qu'on les laisse s'étriper. Les nationalistes sont des primates. Si les gens sont suffisamment cons pour rêver à une Grande Serbie, qu'ils meurent, c'est ce qu'ils ont de mieux à faire. Et les coupables ne sont pas les dictateurs, ce sont les individus de base qui ne pensent qu'à se battre. Ils aiment avoir un fusil entre les mains, ils aiment tuer, ils sont mauvais. Quelqu'un qui prend une arme pour défendre une cause, quelle qu'elle soit, me paraît essentiellement méprisable. J'ai une grande admiration pour les Thaïs qui ont évité de se mêler de toutes les guerres qui les entouraient.
Parfois, il faut bien se défendre?
M.H. Moi, je dirais non. Enfin, oui... oui... il faut bien se défendre. Mais aucun belligérant n'aura jamais ma sympathie. Il y a chez eux un tel plaisir de tuer. Ils sont essentiellement grotesques.
Quand vous décrivez la violence des banlieues, et en particulier la ville nouvelle d'Evry, cernée par des hordes de barbares, vous tenez un discours «sécuritaire».
M.H. Oh ça, ce n'est pas nouveau... c'est mon côté chevénementiste! Evidemment que la police doit agir quand des gens ont un comportement qui n'est pas conforme à la morale. Le maintien de l'ordre est une chose normale. Il n'y a pas de raison d'être menacé dans la vie quotidienne. Dans le roman il y a cet aphorisme que j'aime bien: «La gendarmerie est un humanisme.» Cela dit, je ne suis pas très répressif, comme garçon. L'abolition de la peine de mort, c'est plutôt bien... mais je n'en fais pas une question de principe.
Partagez-vous l'admiration des Français pour le général de Gaulle?
M.H. Euh... quand j'étais jeune, il m'énervait beaucoup. Non... finalement... j'ai plus de sympathie pour Pétain! Je trouve ça facile d'aller faire le malin à Londres sans affronter les difficultés réelles du pays. Je n'aurais certainement pas été collaborateur, mais pas du tout pour des raisons idéologiques. La moitié de mes amis sont juifs, et je pense qu'il en aurait été de même à l'époque, parce que les juifs sont plus intelligents et plus intéressants que la moyenne. Je ne sais pas à quoi c'est dû, mais c'est comme ça. Non, au fond, je crois que j'aurais été un collaborateur essayant de sauver des juifs, mais je n'aurais pas été à l'aise... Je ne suis pas plus courageux que les autres... même plutôt moins.
On croise beaucoup d'Allemands dans Plateforme, comme dans Lanzarote, le récit que vous avez publié l'an dernier. On dirait que c'est le peuple qui vous est le plus sympathique?
M.H. Oui... oui... nettement. Ils sont vraiment intéressants. Ce sont les plus tristes, ce qui doit sans doute dater du nazisme. Je vais employer un cliché, mais après tout les clichés sont souvent vrais: il y a chez les Allemands une réelle inquiétude métaphysique à laquelle je suis sensible, jointe, ce qui est moins connu, à un réel goût pour la vie. Ils sont très sexuels, mais pas égrillards. C'est quelque chose qui m'a toujours exaspéré chez les Français: cette passion pour les conversations sexuelles. Les Allemands agissent plus.
Ah bon?
M.H. Si, si, croyez-moi! Et puis ils aiment beaucoup rire. Ils n'ont pas d'humour du tout, mais ils ont une tradition burlesque. En discutant avec eux, j'ai des bribes d'allemand qui me reviennent. C'était ma première langue au lycée, mais j'ai arrêté pour les mêmes raisons que tout le monde: il faut bien dire que ça ne sert à rien. Enfin... oui, j'ai un goût pour l'Allemagne... et ils me le rendent bien, d'ailleurs.
Vous les préférez aux Français?
M.H. Bof... oui... Les Français m'énervent un peu avec leur volonté d'être à la mode. En fait, je trouve qu'ils sont encore plus soumis aux Américains que les autres pays d'Europe. Par exemple, j'ai été frappé de voir que les élections américaines... Bush-Gore... étaient beaucoup plus couvertes en France qu'en Irlande, alors que les Irlandais ont tous de la famille là-bas. Les Français se comportent vraiment comme les valets d'une portion de l'Empire. Une autre initiative m'a plongé dans la stupéfaction: ces pétitions faites en France contre la peine de mort aux Etats-Unis. C'est hallucinant! Les Français sont si vaniteux qu'ils ne veulent pas être en dehors de ce qui se passe, et aujourd'hui tout se passe aux Etats-Unis.
Vous n'avez pas l'air d'apprécier ce pays! Pourtant, on vous imagine assez bien leur consacrer un roman.
M.H. Oui, je m'imagine bien aussi. Si j'étais courageux, effectivement, j'irais vivre aux Etats-Unis puisque c'est le pays qui me déplaît le plus. C'est très désagréable... je m'y sens mal tout le temps. Mais vous avez raison. Après l'Irlande, j'irai peut-être m'installer à Los Angeles. Il faudrait que j'en parle à ma femme...
Depuis Extension du domaine de la lutte, vous jouez sur la ressemblance entre l'auteur et le personnage principal. Pourquoi tous ces Michel, tous ces alter ego?
M.H. On peut s'en servir pour des choses opposées. C'est amusant... Par exemple ce passage à la première page de Plateforme: «C'est ce qui m'a toujours retenu d'acheter un animal domestique. Je ne me suis pas marié, non plus.» En fait, j'ai écrit ça peu après avoir acheté un chien, alors que j'étais déjà marié. Ça permet de donner une image négative de soi: ce qu'on pourrait être et qu'on n'est pas. Ça marche aussi très bien pour décrire des choses qui ne vous sont pas arrivées mais dont vous auriez bien aimé qu'elles vous arrivent.
Les indignations de Michel sont aussi les vôtres? Comme ce fameux «travail de deuil», le nouveau poncif freudien à la mode?
M.H. Les gens fortement psychanalysés que j'ai rencontrés étaient une catastrophe. Pour un esprit scientifique, ce n'est vraiment pas sérieux. Non seulement je suis impitoyable avec toutes ces conneries, mais ça me choque. Je ne vois pas pourquoi on ferait un travail de deuil, pourquoi on essaierait de se consoler. Non... on ne se console pas de la mort de quelqu'un qu'on aime.
Et le Guide du routard, que vous assassinez à longueur de pages?
M.H. C'est une lecture exaspérante! Et là, cette sensation d'exaspération est très autobiographique. Je ne peux pas supporter les gens qui adoptent une attitude jeune et rebelle alors qu'ils sont la norme. Le Figaro Magazine est plus sympathique du fait de son honnêteté: il ne se cache pas d'être ce qu'il est.
Vous citez beaucoup d'écrivains dans ce roman, un peu comme si vous vouliez vous inscrire dans une lignée littéraire. On croise Chateaubriand, Conan Doyle, Georges Perec...
M.H. Ah oui! c'est très bien, Georges Perec... Je crois que c'est pratiquement mon écrivain français préféré du XXe siècle. Pour ce qui est de ma lignée littéraire, j'ai souvent cité Baudelaire, Dostoïevski et Thomas Mann, qui ont été des lectures très marquantes. Depuis la dernière fois que j'ai parlé à Lire, j'ai davantage lu Balzac, que je connaissais moins bien.
Le seul auteur auquel vous ayez consacré un essai, c'est Lovecraft, avec qui vous n'avez guère de point commun.
M.H. Lovecraft, c'est plutôt une passion de jeunesse. Je me suis beaucoup écarté de lui. Un jour, il a décidé héroïquement de ne pas du tout parler du sexe et de l'argent. Le plus bizarre, c'est qu'il n'était même pas impuissant! Simplement, il ne s'est pas intéressé au sexe jusqu'à son mariage, ensuite il a eu une vie sexuelle normale avec sa femme, et puis il a arrêté après leur séparation.
Il existe des gens pour qui ça ne compte pas tellement. C'est peut-être vous qui y attachez une importance exagérée?
M.H. Non, je suis plutôt plus proche de la moyenne que Lovecraft! Et puis c'est intéressant à écrire, les scènes de sexe... Par exemple, quand j'ai retravaillé sur les épreuves de ce roman, j'étais assez en forme et j'ai changé pas mal de choses. Mais bon... je ne vis pas pour écrire. Honnêtement. Jusqu'à présent les sujets s'imposent à moi. La question que je me pose, c'est de savoir si je serais capable de décrire l'harmonie et le bonheur de manière convaincante. Peut-être, en fait... C'est un sujet plus difficile, mais pas forcément inaccessible à la littérature. Un livre nageant dans le bonheur du début jusqu'à la fin est peut-être possible. Je fabule, je théorise! Ce n'est pas le sujet de Plateforme, mais j'ai quand même essayé de retranscrire cette sensation du bonheur que j'avais quand j'étais enfant. Je pouvais chercher des trèfles à quatre feuilles pendant des heures sans jamais m'ennuyer. Et ça, je l'ai complètement perdu. On sait également que les enfants aiment qu'on leur raconte éternellement la même histoire. Sur cette question du bonheur de la répétition, j'ai aussi l'exemple de mon jeune chien. C'est un Welsh corgi, un chien très populaire dans les pays anglo-saxons. Un peu comme un renard... mais roux et blanc. Il peut aller rechercher la balle que je lui lance pendant trois heures avec une joie intacte. Pourquoi est-ce que moi, je m'amuse moins? Ce n'est pas seulement la taille du cerveau... Il y a aussi cette idée qu'il faut absolument que des choses nouvelles et merveilleuses vous arrivent. Ça donne à penser...
Publié par anthoto à 12:16:30 dans Les bibles du Frère Berget | Commentaires (0) | Permaliens
Je commence cette rubrique par une recette simple, que même vous messieurs, profanes de la cuisine, ignares en gastronomie, vous pourrez réaliser, à condition de posséder un four… J’utilise les tomates confites dans tout un tas de préparations. Elles ont un goût légèrement sucré dû à leur lente déshydratation. Ces petites merveilles peuvent accompagner les viandes, en compagnie d’autres légumes, être servie à l’apéritif sur des petits toasts à la brandade ou réalisée en tarte sur une pâte feuilletée…
Ingrédients :
- De grosses tomates mûres mais assez fermes de façon à ce qu’elles ne s’abîment pas lorsqu’on les manipule.
- Quelques gousses d’ail
Réalisation :
- Dans un premier temps vous devrez peler les tomates… Rien de plus simple, plongez-les 30 secondes dans de l’eau bouillante puis mettez l’eau dans de l’eau froide pour éviter qu’elles ne cuisent. Une fois bien froide, vous pourrez les manipuler, la peau s’enlèvera très facilement !
- Otez le pédoncule des tomates. Coupez les tomates pelées en quartiers, enlevez toutes la pulpe et les pépins, c'est-à-dire l’intérieur des tomates, que vous pouvez conserver pour une autre préparation.Publié par anthoto à 06:49:22 dans Victuailles et sang du Christ : les recettes de Frère Berget | Commentaires (7) | Permaliens
La doctrine progressiste, déformée par le socialisme, assimile depuis cent ans la réduction du temps de travail à une libération de l’individu. Si je puis éventuellement concevoir que cela fût le cas si ne serait-ce que 10% de la population consacrait son temps libre à la lecture des philosophes, l’examen des loisirs des Français rend ce postulat hilarant. Le réactionnaire bon teint que je suis aurait tendance à penser que la télévision d’aujourd’hui, devant laquelle les Français passent environ deux heures par jour, s’apparente plutôt à une régression. Que TF1 et M6 fasse de la merde passe encore : après tout, ce sont des entreprises commerciales privées dont le but est la réalisation de profits. Mieux, elles ont acquis une certaine expertise dans leur domaine, et force est de constater qu’ils produisent une merde de grande qualité, ce qui prouve s’il en était besoin qu’on peut réellement exceller en tout domaine. Que le service public imite ces chaînes, cela est en revanche insupportable. J’ai dû louper un épisode de l’histoire de France pour ne pas comprendre que l’émission de l’obscène sieur Ardisson concourût à l’intérêt général des citoyens de notre grand et beau pays. Il fut un temps où l’on avait l’humilité, la pudeur, de croire que l’acquisition de toute forme de culture n’était pas tout à fait vaine. Certains, même à gauche (surtout à gauche !) eurent même l’audace de s’imaginer que l’on pouvait s’accomplir par l’instruction. Lévi-Strauss, Jean-Paul Sartre et quelques autres trous du cul de la même veine, sont depuis passé par là pour nous expliquer qu’au fond, toutes les formes de culture se valait, et sous prétexte que tous les êtres humains naquirent égaux, il fallût désormais considérer avec le même égard Mr R. et Shakespeare.
Mais revenons plutôt à nos moutons et puisqu’on m’accusera sans doute de dénigrer toute forme de culture populaire, mettons tout de suite les choses au point : je conçois très bien que des personnes puissent avoir un QI trop faible pour s’adonner à des activités à haute valeur intellectuelle. Ce que j’ai en revanche du mal à accepter, c’est que l’élite de la nation se complaise avec condescendance, avec cynisme même, à laisser ces gens-là baigner dans l’ignorance. Huxley l’avait bien compris qui décrivait dans le Meilleur des Mondes l’abrutissement collectif d’une population que l’on abreuvait de sexe pour mieux qu’elle oublie la culture. Le bougre était visionnaire et ne s’étonnerait pas de vivre l’âge de la pornographie reine. Qu’en ce domaine la parole se soit libérée, que les pratiques, quoiqu’il fût permis avec Houellebecq d’en douter, se soient débridées, cela a sorti notre génération de l’hypocrisie générale. Que l’on intellectualise le sexe au point d’ériger la pornographie en culture subtile et la fréquentation de backrooms en art de vivre, pourra en revanche laisser pantois. Cette apologie de la jouissance s’inscrit dans une tendance plus générale : celle du devoir de bonheur. De nos jours, il est devenu suspect de ne pas s’éclater : être heureux ou ne pas être, telle pourrait être notre maxime. La recherche du bonheur n’a en elle-même rien de condamnable, quoique les quelques présomptueux qui s’autodéclarent benoîtement hédonistes seraient bien en peine de trouver une quelconque définition à la notion même de bonheur. Le réel danger réside dans l’univocité de cette quête. Le bonheur ne se conçoit qu’entre jeunes, sous fond de musique techno bien loin de toute prise de tête. Ne nous méprenons pas, c’est bien à dessein que l’élite de notre pays diabolise toute activité de réflexion, qu’elle nous invite à trouver le salut dans l’ignorance. S’ils ont évacué la culture de nos vies, s’ils l’ont assimilée à de grotesques processions de chars sur lesquels des imbéciles proclament fièrement leur prétendue subversion, c’est pour faire de leurs citoyens des éternels adolescents à l’esprit malléable, toujours plus faciles à escroquer. Force est de constater qu’en cela, ils ont parfaitement réussi leur coup…
Publié par anthoto à 05:00:10 dans Encycliques, paraboles et bons mots | Commentaires (15) | Permaliens
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