J'expédie le repas, m'affale devant le 13 h, écoute distraitement la ramollo Lucet, défaire puis refaire la monde, qui s'en fout pas mal, puis me rends dans la salle de bains pour ravaler ce qui peut encore l'être. Je maudis mon patrimoine génétique de ne m'avoir donné le physique de Bitt. Prad Bitt. Puis appelle ma délicieuse conquête. Allô, Julie, oui, c'est moi, l'homme du parking, on se voit ? Ah, oui, naturellement, vous aimez la marche ? qu'elle me susurre à l'oreille. Euh, bein, oui, beaucoup, c'est génial la marche, trop bien, je préfère encore plus le vélo, mais bon, m'entends-je lui répondre mécaniquement. On convient d'un lieu de rendez vous. Je prends mes pompes, un sac à dos et ma gourde ne sachant si c'est du lard ou du cochon et file rejoindre ma future ex Dulcinée. Julie m'attend, chaussée de godasses de marche, d'une chemisette et d'un short. Elle porte un chapeau de brousse et tient une carte à la main. Le pire c'est qu'elle porte cette ridicule panoplie avec grâce et naturel. On dirait une exploratrice partant à la découverte des pygmées. Voyant qu'elle n'affiche aucun sourire moqueur ou ironique, j'enfile mes pompes de marche et me tiens à ses ordres. J'ai prévu un circuit de 15 km, qu'elle me fait tout sourire, ça ira ? Super, 16 ça aurait fait trop, mais 15 c'est parfait. Et la voilà qui s'éloigne d'un bon pas. Je la suis non sans mal, à mon âge on a besoin de s'échauffer. Tout en cheminant elle me raconte sa vie. Ça m'a toujours scié ces gens qui arrivent à faire deux choses à la fois. Elle n'est même pas essoufflée et arrive à être drôle en plus. Je réponds par onomatopées en essayant de reluquer tantôt son décolleté tantôt ses fesses qui ondulent dans le short. Je me fais l'effet d'être le chienchien à sa mémère. Jolie mémère toutefois. Elle consulte fréquemment sa carte, semblant prendre son rôle de guide très à cœur. Nous nous arrêtons pour boire. Une goutte coule sur son menton, je l'essuie doucement, presque tendrement. La belle me sourit. Je mate la naissance de ses seins et goûte au spectacle. Elle ne parait pas se douter que je meurs de désir pour elle. Nous repartons. Après environ deux heures de marche, nous arrivons près d'un étang. Elle propose une halte. Déjà ? fais-je mi figue mi raisin, espérant qu'enfin la belle va se lover dans mes bras vigoureux.