<< Attente... | L'équilibriste | Vous ne pouvez pas... >>
Pourquoi ses pas l’avaient ils dirigés dans cette rue ? Il ne passait jamais par là, en fait avait il vraiment marché, il ne se souvenait même pas par où il était passé.
La rue n’avait rien d’attirant, de longues façades grises, des balcons où pendaient lamentablement les dépouilles de plantes qui depuis longtemps ne savaient plus ce qu’était la chlorophylle, des cordes à linge pliant sous le poids du ciel gris qui s’y accrochait pour ne pas racler les trottoirs. Comme un naufragé son instinct de survie le tira vers le seul point de lumière dans cet océan blafard. L’équilibriste café bar, la vitrine était une carte postale à elle seule. Grande portes de bois à la peinture délavée avec des vitres qui se donnaient un genre avec des arabesques peintes.
De cet océan on ne pouvait voir l’intérieur ou est ce l’intérieur qui ne voulait pas voir l’extérieur ? Sa main franchit la limite et poussa la porte. Les regards se dirigèrent automatiquement sur le nouvel intrus, comment ? Qui vient nous déranger dans notre monde ? Toutes ces vies tournées vers lui semblaient lui dire : va t'en, ne reste pas là, regarde ce que nous sommes devenus, il y avait juste ces regards pas un mot. Ils n’avaient plus la force ou le courage, peut être les deux… déglutissant difficilement il commanda un cognac. Le patron qui un instant eut le secret espoir que celui là repartirai, quitterait ce navire en perdition baissa les yeux et comme s’il coupait l’amarre, fil d’Ariane fragile, il posa un verre sur le comptoir en zinc et versa l’élixir. Que cherchaient ils tous, à noyer leur chagrin, noyer leur colère et lui ne faisait pas exception. « E pericoloso sporgersi » il glissa en se penchant sur sa vie et tomba au fond de ce verre, et plus il buvait plus il se noyait dans sa haine de lui-même. Portant à ses lèvres le poison de ses peurs, de ses colères, de sa vie gâchée, il aimait cette brûlure lui parcourant l’intérieur du corps comme une coulée de lave dévastatrice.
Le regard, un instant, quitta son verre, regarda à la ronde et s’arrêta sur un homme assis à une table. On l’aurait cru sorti du mur crasseux, vêtu de nuit ou la lumière était proscrite. Leurs âmes se croisèrent et le volcan vomit ses entrailles…
- Qu’est ce que t’as à me regarder ? Hein ? Je te choque, oui je bois et alors je t’emm…
L’homme assis, le regard fixe ne disait mot…
- Qui tu es d’abord pour me juger ? Et comme pour le provoquer il avala encore cette lie nauséabonde qu’était la photographie de sa vie, d’un seul trait…l’agression laissa la place au récit sans gloire d’une vie dans laquelle il n’avait jamais voulu prendre place, sa place…
- Tu vois, regarde moi bien et bien tu as devant toi le prince, que dis je le prince, le roi, l’empereur du ratage de vie. Oui mon gars, dans toute sa dégringolade. J’ai d’abord cru que c’était pas de ma faute, que c’était les autres, la famille, les amis, l’entourage, la lune, le soleil a force je ne savais plus quoi inventer, pire mon père , ma mère et enfin j’ai compris que c’était moi. Le froussard de la vie dans toute sa magnificence pour vous servir…
L’homme se taisait…
- Et puis pourquoi je te raconte tout ça , tu veux me dire, pour ta compassion mais j’en ai rien à foutre…
Pierre claqua le verre sur le comptoir, paya et sorti en titubant.
Le bar portait bien son nom, "l’équilibriste", lorsque ces damnés de la vie quittaient leur antre on aurait dit qu’ils marchaient sur un fil cherchant un appui illusoire dans l’air pour ne pas se retrouver au fond du caniveau. Il rentra avec peine chez lui ou à part son ombre qui avait bien eut du mal à faire le chemin en sa compagnie, personne ne l’attendait. Les jours passèrent et chaque soir il réintégré le navire amiral, comme il disait.
Chaque soir il retrouvait l’homme assis, toujours à la même table, avec ces habits sombres. Comme chaque soir il gardait le silence et Pierre exécutait son one man show. Plus il vidait son sac, plus il devenait triste, et puis il aperçut une lueur dans le regard de l’homme. Il y avait tellement longtemps qu’il n’en avait pas vu qu’il ne la reconnut pas tout de suite, on aurait dit mais oui, c’était de l’amour. Malgré toutes ses insultes, ses mises en cause, ses grondements, l’homme semblait lui dire je t’aime.
Déstabilisé, Pierre s’assit en face de lui, plus aucun mots ne sortaient, une douleur atroce le saisit à l’estomac, comme quelqu’un qui n’a plus rien a vomir. L’air s’habilla de silences, parfois pesant, parfois plus léger, Pierre était là devant un lac sans en connaître les fonds, il sentait qu’il pouvait avoir confiance, qu’il pouvait faire ce pas, et se laisser glisser dans les eaux sombres. Trop tôt sans doute, sa bête intérieure ne lâchait pas si facilement, il se remit debout…et puis à quoi bon… il paya et partit.
Le lendemain, il préféra regarder de l’autre côté, délaissant l’homme assit. Deux jours passèrent, la porte du café s’ouvrit et insidieusement un rayon de soleil se faufila venant jouer avec les miroirs de la salle. Pierre entra, l’homme était là, il souriait, non pour se moquer, ni pour lui dire … "je savais bien que tu reviendrais me voir". Non un sourire qui disait, "je suis heureux de te voir".
Était ce rayon de soleil mais Pierre trouva que les habits de l’homme n’étaient pas aussi sombres que d’habitude. Sans rien commander Pierre s’assit en face du sourire. Les habitués tournèrent leurs regards, attendaient, la main autour du verre, comme suspendue…Le patron regardait la scène. Puis Pierre se tourna vers le comptoir…
- un café s’il vous plait…
Le patron sourit et s’empressa. Quelque chose d’imperceptible brillait dans les yeux des compagnons amarrés au comptoir. Ils baissèrent la voix, chuchotant presque, tant cet instant était magique. Ce soir là, Pierre sortit du café debout, il prit une grande inspiration et rentra chez lui.
Le jour suivant personne ne put se rendre au café, en effet celui-ci était fermé pour travaux. Les navires esseulés ne pouvant plus accoster au comptoir en fur quitte pour trouver un port de transit.
Ce fut un mardi que le café rouvrit ses portes. Le premier client à s’y rendre dut se reprendre à deux fois avant d’entrer, la grisaille avait fait place à un bouquet de couleurs. Tous avaient été invité à l’inauguration du nouveau café. Le patron était fier, les murs étaient repeints ainsi que les boiseries avec des teintes chaleureuses. La façade elle-même narguait les immeubles alentours. Pierre avait proposé au patron de repeindre le café, il était peintre de métier. Cette magie qu’il avait au fond de lui, devenue fleurs fanées au fond d’un cœur sec s’était tue. Son choix de l’arroser avec cet alcool, avait brûlé son cœur d’homme de ses larmes acides. Pierre était là, souriant à tous déversant un regard d’amour dans tous ces cœurs oubliés. Il se retourna pour regarder à la table où cet homme assis, silencieux, l’avait écouté pendant de long mois, se dénigrer, s’agresser, se désaimer.
Cet homme qui par ces silences lui disait simplement de laisser jaillir son cœur, de s’aimer tel qu’il était, qu’il n’y avait pas de temps perdu, qu’il n’y avait pas de faute à chercher mais comme une plante cherche le soleil laisser son cœur aller vers la lumière. Petit à petit l’épidémie gagna du terrain et des immeubles s’essayèrent à la couleur. Pierre fut demandé et dans chaque tache il y mettait tout son cœur. Le soir au café l’équilibriste, des hommes souriaient, discutaient, devant un café, un jus de fruit, bien sur, certains continuaient à se noyer mais ils n’étaient plus seuls, ils trouvaient en face d’eux de l’amour.
Le patron s’adressa à Pierre…
- je ne croyais pas que cela arriverait, quand je te voyais parler à ce miroir …
Pierre savait qu’il n’avait pas changé il était ce même homme sombre, assit en face de lui, silencieux, mais plein d’amour. Juste son image dans un miroir qu’il avait apprit à aimer, à s’aimer, à se pardonner. Il n’avait pas changé, il avait comprit et était simplement lui…
En vous souhaitant une belle soirée, pleine d'étoiles dans les yeux et dans le coeur.
Serge
Publié par swadisthana à 12:45:24 dans Les Contes de Serge.... en cadeau (Tout plein de sourires et d'émotions) | Commentaires (3) | Permaliens
04-11-2009 13:06
De swadisthana
Sujet:
☼ Pour uneNINIE (merci) Url: [Liens]
04-11-2009 10:29
De uneNINIE
Sujet:
merci Url: [Liens]
02-11-2009 13:01
De swadisthana
Sujet:
☼ Pour Serge (l'équilibriste) Url: [Liens]
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Nous avons chacun un rôle à jouer pour instaurer un climat de paix authentique. Si, en tant qu'individu, on parvient à désamorcer ses bombes intérieures - en neutralisant ses pensées et émotions négatives et en cultivant ses qualités positives -, on créé les conditions favorables au désarmement extérieur.
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Lorsqu'on agit en se souciant d'autrui, notre comportement à son égard est automatiquement positif. En effet, lorsque notre coeur est rempli d'amour, il n'y a pas de place pour la suspicion. C'est comme si une porte intérieure s'était ouverte pour nous permettre de tendre la main vers l'extérieur.
Le Dalaï-Lama

Notre capacité innée à l'empathie est la source de la plus précieuse des qualités, celle que les Tibétains appellent nying je, ou compassion.
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