Chut!
Attends moi, et tu verras =)
| Di | Lu | Ma | Me | Je | Ve | Sa |
|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | ||||||
| 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 |
| 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 |
| 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | 22 |
| 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | 29 |
| 30 |
<< Welsh memories. | Pourquoi pas? Pourquoi pas moi? A contrario, pourquoi seulement moi? | Tarbes-Poitiers >>
Mademoiselle ouvre les yeux ; l'impitoyable radio-réveil affiche d'un rouge aveuglant 12 : 45 . Tout ça pour fuir, encore une matinée foutue par le sommeil. Encore une, comme les treize dernières fois. Les treize derniers jours, depuis que.
Depuis quoi, au fait ? Un « vulgaire chagrin d'amour » d'après sa mère, une « crise passagère et nécessaire », d'après sa psy. Avec les trois traits bien gras en dessous de nécessaire. Comme si en plus de la payer trente cinq euros par séance, elle devait accepter d'être considérée comme une enfant. Alors qu'elle fait depuis toujours tout pour ne pas sembler jeune et inutile. Pour eux. Toux ceux qui, depuis cette rentrée orageuse en classe de CP la veulent mieux que ce qu'elle n'est. Plus intelligente que ses petits amis. Plus mûre que ses camarades de jeu. On se réunit, se concerte des heures un soir d'automne, deux petits mois seulement après son entrée à l'école primaire. Et puis le verdict tombe, Mademoiselle ira en Ce1 dès le prochain lundi. Adieu les heures tendres où elle abîmait ses pantalons en roulant sur l'herbe le soir, Mademoiselle doit travailler pour rattraper ces deux mois. Même si la maîtresse ne l'a pas dit, bien entendu. Après avoir tenu la première place du peloton scolaire chaque année depuis ses deux ans, elle doit la récupérer avec ses nouveaux compères du Ce1. « Parce que tu en est capable, juste pour ça, ma chérie. Pour ton bien ».
Qu'importe tout ça ? Pas grand choses à priori, mais elle refusera de vous l'avouer, c'est si bon, Mademoiselle aime trouver un coupable, n'importe qui pourvu qu'elle puisse lui en vouloir le plus possible, le plus longtemps aussi. Histoire de.
La voix d'Anna s'échappant des enceintes, Mademoiselle apprend par cœur les paroles de Mujer contra mujer juste parce qu'elle est décidément trop belle pour ne pas la fredonner à volonté. Et puis Mademoiselle aime à s'attendrir sur ces mélodies un peu trop tristes, un peu trop fausses, mais qui sonnent si bien, juste pour se boucler un peu plus dans la forteresse où elle vient de s'établir depuis que, depuis les treize derniers jours.
Mademoiselle coupe ses cheveux, pas vraiment droit, un peu expré, un peu comme ça. Un peu comme elle qui essaie de rentrer dans le moule depuis toutes ces années, et qui, pourtant, coupe maintenant sa mèche de derrière deux centièmètres au dessus du crâne, juste pour ne pas, juste comme ça, un peu expré.
Demain, Mademoiselle veut pouvoir s'envoler haut, comme si elle et tous, ceux qui, n'étaient plus qu'une simple évidence dont la signification lui avait été masquée jusqu'à présent. Comme si d'en haut, elle voyait sa vie comme elle est, juste là, comme ci et comme ça, mathématiquement rationnelle et logique.
Demain, Mademoiselle veut pouvoir regarder son reflet au dos de la petite cuillère trempant dans son chocolat et se dire : Regarde-toi, tu es belle et bien portante, le monde est à tes pieds, ne l'écrabouille pas, ne le sacrifie pas sans réfléchir ; les trésors qu'il contient valent nettement la peine de pleurer parfois.
Anna toujours au fond du tympan, Mademoiselle a envie de sourire, comme ci elle était ceci ou cela, qu'importe qui qu'importe quoi, juste une petite feuille en plein vol, oubliant qu'elle tombera un jour ou l'autre, juste portée par la jeune brise littorale de cette soirée de Juillet, sans penser aux rêves infâmes et puants de cette nuits, ni à son impudeur chronique, provocatrice ; oubliant les farfadets de la forêt et les cigognes au berceau sur le paillasson, les potions miracles et douloureuses de la vieille bique cachée au fond du bois ; effaçant un temps de son corps l'empreinte écervelée de son amour, de leurs ébats ; repoussant les moustiques acharnés à sa carnation hâlée.
Uniquement l'envol éphémère et le chant des oiseaux,
le parfum des dahlias sur le balcon du voisin d'en face,
et le sel sur sa peau
-futur souvenir odorant de sa folie estivale sur cette indécelable petite crique.
Publié par Positiv'SpiriT à 22:02:29 dans Un brin d'incohérence, un rien d'idioties | Commentaires (1) | Permaliens
23-07-2006 21:06
De K. Sujet:
Url: [Liens]