D'abord, notez bien que la publicité qui paraît sur cette page (en haut du titre et sous le dernier billet) est la partie désagréable de la gratuité pour l'hébérgement. Evidemment, elle est automatique et en tant que rédacteurs, nous n'avons aucun moyen de contrôle dessus.
Nous sommes un certain nombre de Rroms qui avons pris l'initiative de parler un peu de nous mêmes. Non pas parce qu'on ne parle pas assez de nous, mais parce que... souvent ce sont les autres qui le font à notre place. Alors, on s'est dit que ce serait peut-être plus normal que nous-mêmes on s'exprime un peu plus. Voilà tout. Nous avons créé l'association "La voix des Rroms" en 2005, puis lancé ce blog en mai 2006, pour vous tenir informés et dialoguer avec vous. Alors, nous vous souhaitons bonne lecture et surtout, n'hésitez pas à nous poser des questions, nous faire des suggestions ou des critiques.
Nous sommes aussi engagés dans différentes associations et intervenons souvent auprès du public sur des sujets concernant les Rroms, en France et en Europe. Si vous avez une demande en ce sens, n'hésitez pas à nous écrire à l'adresse lavoixdesrroms@gmail.com
Vous pouvez écouter notre émission "La voix des Rroms" le troisième dimanche de chaque mois à 13h15 sur "Fréquence Protestante" 100.7
Et pour ceux qui sont un peu pressés, voici ce que vous avez toujours voulu savoir sur nous, sans oser nous le demander 
Qui sont les Rroms ?
Les Rroms sont un peuple européen d'origine indienne, dont les ancêtres sont venus de la moyenne vallée du Gange, en Inde du Nord, il y a environ 800 ans.
Ils sont aujourd'hui dispersés dans le monde entier, surtout sur notre continent. Parvenus en Europe par l'Asie Mineure et le Bosphore, ils se sont installés d'abord dans les Balkans, puis dans les Carpates et petit à petit dans tous pays européens, de la Grèce à la Finlande et de la Russie à l'Europe occidentale (Espagne, Portugal, France, Allemagne et Royaume Uni). On compte environ 12 millions de Rroms en Europe, les deux pays qui en abritent le plus étant la Roumanie et la Bulgarie.
Les Rroms au sens large se subdivisent principalement en Rroms dits "orientaux" (85% du total), en Sintés (souvent appelés Manouches en France ~ 4%) et en Kalés (ou Gitans ~10%), en Gypsies (ou Romanichals en Grande-Bretagne ~ 0,5%) - sans compter divers groupes de moindre importance numérique mais tout aussi Rroms que les autres Rroms. Au niveau européen, ils sont aujourd'hui sédentaires à 96%.
Les Rroms sont un peuple sans territoire compact, qui n'a jamais eu de revendications territoriales, mais qui est lié par une conscience identitaire, une origine, une culture et une langue communes. Ils sont environ un demi-million en France.
Etre Rrom est une valeur positive indiscutable,
tout comme être Chinois, Argentin ou Français![]()
Et les Tsiganes alors ?
Le mot 'Tsigane' vient du grec Atsinganos; c'était le nom d'une secte qui a disparu au XIème siècle: bien avant l'arrivée des Rroms dans l'Empire byzantin, il y vivait cette secte, pratiquant une variante de la religion persane manichéenne (préislamique). Or, ses fidèles refusaient le contact physique avec tous les autres, qu'ils considéraient impurs. Les paysans byzantins les avaient donc appelés Atsinganos ("non touchés", mais ceci dans un sens très différent de la notion d'intouchable en Inde). Quand les Rroms arrivèrent à leur tour, venant d'Asie et gardant une certaine distance, les prirent pour un nouveau contingent de cette secte.
A partir de ce nom, Atsinganoi, les Rroms d'Europe furent diversement appelés en fonction des différentes langues des pays dans lesquels ils arrivèrent ensuite : Zingari en Italie, Tsigani dans les pays slavophones et en roumain, Zigeuner en allemand, Cigane en portugais, Tsigane en français (et Cigains en vieux-français)...
A part son caractère péjoratif (dans de nombreuses langues il véhicule les idées de menteur, voleur, parasite, magouilleur, malpropre ~ la liste est sans fin), ce mot de Tsigane n'a pas de définition réelle. Plusieurs groupes en effet, qui n'ont aucun rapport entre eux de par leur origine, leur culture, leur langue et leur regard sur eux-mêmes sont à l'occasion appelés Tsiganes par les populations environnantes, ignorantes et souvent racistes à leur égard. Ont pu être appelés Tsiganes les Irish Travellers (celtes), les Yéniches (germaniques), les Egyptiens des Balkans, les Rudar (ou Beás - à l'origine Roumains du sud de la Serbie) et bien d'autres, jusqu'aux pillards de la guerre de Bosnie... Dans l'esprit de la pratique désormais universelle, le 1er Congrès International des Rroms (Londres, 1971) a revendiqué le droit légitime de ce peuple à être reconnu sous son véritable nom de « Rrom » pour le désigner. On utilise parfois en France le terme "Rroms, Gitans et Manouches" pour spécifier les trois grandes branches de ce peuple.
De leur arrivée en Moldavie et Valachie au XIV siècle et jusqu'en 1856 les Rroms furent réduits en esclavage - et donc largement sédentaires. A peine 4 % de la population globale des Rroms (environ 15 millions) sont nomades. Ils n'ont jamais été nomades par culture, mais par nécessité : Pendant des siècles, ils ont été chassés de pays en pays, presque partout en Europe, sous peine des pires sanctions, y compris la peine de mort, parce que nés Rroms.... Ils tentaient donc de fuir violences et discriminations avec l'espoir de trouver un pays plus accueillant... Les gouvernements et les Parlements s'empressaient de promulguer des lois à leur encontre. Les états allemands à eux seuls ont voté cent quarante huit lois et décrets les concernant entre 1416 et 1774 ! Dans l'Espagne du 16ème siècle, tout Rrom (Gitan, en ce pays) surpris en train de parler sa langue maternelle était puni de mutilation... ce qui explique que le rromani s'y transforma en ce qu'on appelle le « Kaló », un idiome en fait plus espagnol que rromani...
Repoussés systématiquement, les Rroms d'Europe occidentale ont dû développer des moyens de subsistance adaptés à ce genre de vie : travaux agricoles saisonniers, travaux de réparation notamment de chaudronnerie, vannerie, voyance, maquignonnage, petit commerce ambulant... compatible avec la mobilité, dont certains sont aujourd'hui très fiers et qui constitue un Droit de l'Homme reconnu et pour l'exercice duquel tous les Rroms se battent.
C'est la langue des Rroms ! Elle est indiscutablement indienne et proche du hindi, langue de l'Inde. Son vocabulaire et sa grammaire de base sont indiens aux trois quarts. Le reste est constitué de vocabulaire emprunté principalement au persan, au grec et ensuite aux langues européennes de contact. Malgré sa prétendue diversité dialectale, le rromani est une seule et même langue et les Rroms de Russie, d'Albanie, de Grèce etc. peuvent très facilement communiquer entre eux en rromani - à la seule condition de ne pas l'avoir oublié...
Ecrit depuis le début du 20ème siècle dans des alphabets différents selon les pays, le rromani dispose depuis 1990 d'une écriture commune laquelle permet notamment une meilleure diffusion de la littérature rrom. Dans certains pays, comme la Roumanie, il est enseigné à l'école et, en France, l'INALCO dispense une formation complète en langue et civilisation des Rroms.
Rrom et Roumain, est-ce la même chose ?
Les Rroms sont un peuple européen d'origine indienne, réparti dans l'ensemble de l'Europe et au-delà. Les Roumains sont un peuple de 30 millions d'âmes vivant en Roumanie, en République de Moldavie et dans quelques régions voisines. Leur langue, le roumain, est une langue néo-latine.
Le mot « Rrom» vient du sanskrit « Ḍomba», qui signifiait "artiste, artisan, qui crée de son esprit, de ses mains", alors que « Roumain » vient du nom de la ville de Rome.
Il s'agit donc de deux peuples distincts ayant des origines, langues et cultures différentes. Certes, la Roumanie compte le nombre le plus important de Rroms - près de deux millions, mais c'est un hasard : tous les Rroms ne sont pas Roumains et tous les Roumains ne sont pas Rroms
En rromani, ce mot veut dire veut dire « meurtre collectif total », et il désigne le Génocide du peuple des Rroms, Sintés et Kalés pendant la Seconde Guerre Mondiale.
N'oublions jamais, alors même que les historiens et les medias passent encore trop souvent cette tragédie sous silence, que la population rrom en Europe a perdu plus de 500 000 des siens entre 1933 et 1945. Les Nazis et leurs alliés de tous les pays ont persécuté, stérilisé, emprisonné, torturé, fusillé, et finalement gazé les Rroms dans les camps de la mort ou dans les bois. Etaient considérés comme Rroms ceux qui avaient au moins un arrière grand parent rrom. Les Rroms en tant que peuple étaient condamnés à l'extermination (voir l'ordonnance d'Himmler de 1938) car quoique « aryens » ils étaient considérés par les nazis comme des parias, asociaux, « de sang métissé », donc dangereux pour le "sang pur allemand". Il ne faut pas oublier, au-delà des morts, tous les Rroms restés orphelins, veufs et veuves, stérilisés, traumatisés à vie dans leur corps et leur esprit par la folie nazie.
En 1997, le président des Etats-Unis Bill Clinton a choisi le professeur Ian Hancock, un intellectuel rrom, pour le nommer membre du U.S. Holocaust Memorial Council en tant que représentant du peuple rrom. Au cours des dix-sept ans d'existence de ce Conseil, c'était la deuxième fois seulement qu'un représentant rrom pouvait faire partie des 65 membres qui le composent. Lors du procès de Nuremberg qui jugea les criminels de guerre nazis, aucune déposition de Rrom ne fut entendue. Pourquoi ?????
On vient de commémorer le 60ème anniversaire de la libération des camps nazis, et cependant, la population rromani attend toujours que le monde reconnaisse son martyre sous le régime nazi.
Jusqu'à nos jours, seules les victimes rroms de nationalité allemande ont reçu des « réparations » financières et sur le plan de l'histoire, presque rien n'est fait pour la reconnaissance du Samudaripen.
Le saviez-vous ?
Qu'ont en commun Django Reinhardt, Matéo Maximoff, Yul Brynner, Serge Poliakoff, Otto Müller, Camarón... ? Ils étaient Rroms !
A quoi correspond le 8 avril - journé mondiale des Rroms?
Le 8 avril est une vieille fête des Rroms de Transylvanie - le "jour des chevaux" (sortie festive des abris d'hiver avec les chevaux ornés de guirlandes) mais elle a pris une nouvelle dimension plus récemment et beaucoup de Rroms de par le monde la célèbrent désormais comme la date du premier congrès mondial des Rroms en 1971. En ce jour important pour le peuple rrom, une pensée va tout naturelle-ment aux victimes du Samudaripen, déportés et tués parce qu'ils étaient nés Rroms. Pour que ce chapitre ignoble de l'Histoire ne se répète plus jamais, nous pensons qu'il est important que tous se rapprochent pour mieux se connaître. Si la mère du racisme est l'ignorance, son père est l'égoïsme, et c'est donc en faisant la connaissance de la culture rrom que la méfiance, l'hostilité, la haine et le mépris vis-à-vis des Rroms finiront par devenir un simple sujet d'étude pour les historiens...
SI MAN JEKH SUNO - aurait dit Martin Luther King
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On ne sait plus quoi inventer... un autre amendement à la loi sur l'immigration, permet de recueillir des données sur l'origine ethnique des personnes. Nous ne pourrons pas feindre la mauvaise surprise, puisque:
1. M. Hortefeux l'a dit expressément que rien ne devrait être tabou
2. La collecte d'informations ethniques, contrairement à ce qu'on pense souvent, n'a jamais vraiment été un tabou en France, du moins en ce qui concerne les Rroms. Les "gens du voyage" par la grâce de la cinquième République sont fichés au moins depuis 1912, lorsque le carnet anthropométrique a été mis en place, en tant que "nomades". Ce fichage systématique a permis lors de la Seconde Guerre Mondiale leur assignation à résidence, leur internement dans des camps en France et, pour un certain nombre d'entre eux, la déportation vers les camps de la mort. En 1969, le carnet anthropométrique a été supprimé, et le mot "nomade" a été bani de la législation et pour cause... ils étaient trop chargés historiquement parlant. Mais attention, pas question de supprimer le fichage! On a juste changé les mots: les "nomades" sont devenus "gens du voyage", le carnet anthropométrique est devenu "carnet de circulation", et on continue. Donc, au plus, cet amendement n'est qu'un élargissement de la pratique à d'autres ethnies, mais certainement pas une "rupture"!
M. Sarkozy a fait campagne avec le slogan "ensemble, tout devient possible". Il est peut-être un peu trop tard de se demander qui est dans son "ensemble", puisque de toutes façons les Français lui ont fait largement confiance par leur vote. Ceci dit, il semble quand même urgent de trouver ce que recouvre le "tout" et ne pas attendre qu'il soit trop tard pour ça aussi!
Publié par voxrromorum à 03:20:51 dans Ambiance générale | Commentaires (1) | Permaliens
Publié par voxrromorum à 11:42:17 dans Ambiance générale | Commentaires (0) | Permaliens
Eh bien, si tu ne veux pas avoir des oreilles trop grandes, il faut éviter de devenir préfet!
Ce n'est pas un proverbe rrom, non, quoi que... ça pourrait le devenir. Ensemble, tout devient possible, non?
20 préfets ont été convoqués aujourd'hui par M. Hortefeux, ministre de l'integration, de l'immigration et de l'identité nationale. Ils n'avaient pas fait assez de chiffre avec les expulsions des étrangers. Ils ont du avoir les oreilles plus grandes à la sortie de la réunion qu'à l'entrée, on l'imagine. Et puis, ça doit être un peu le cas de l'ensemble de l'exécutif, avec notre super-président. Vas-y que je te tire les oreilles, et tu tires les oreilles des autres, et ainsi de suite, tout au long de la chaîne hiérarchique de haut en bas.
M. Jégo, lui, porte-parole de l'UMP, s'est excusé sur le plateau télé de ITELE de parler de "'stocks" à propos des étrangers en situation irrégulière. Il s'est excusé, donc voilà. On dit parfois que depuis que l'excuse existe, on peut tout se permettre. Et il a maintenu dur comme fer que le chiffre correspond à l'efficacité de l'action publique! Alors ça, c'est tout nouveau! Dépenser 5 à 10.000 euros pour expulser un Roumain ou un Bulgare tout en sachant qu'il pourra revenir en France à peine reconduit, et répéter ça 3-4 fois dans l'année, c'est de l'efficacité de l'action publique. Tout ça semble bien évangélique: "heureux les simples d'ésprit", parce qu'ils peuvent y croire...
Publié par voxrromorum à 22:16:00 dans Ambiance générale | Commentaires (1) | Permaliens
Nous relayons ici un appel du collectif contre l'immigration jetable, qui nous interpelle notamment avec cette phrase: "Un pays se juge à la façon dont il accueille les étrangers sur son sol !". En effet, et c'est vrai aussi pour les environ un demi million de Rroms français, que la France a baptisé "gens du voyage" et à qui elle applique un régime d'exception, assez proche de celui des étrangers. L'appellation même "gens du voyage" convoie l'idée de gens qui sont là provisoirement, qu'ils partiront quelque part, même si cela fait bientôt 7 siècles qu'ils sont en France! A titre d'exemple, ils n'ont le droit de vote qu'après 3 ans de résidence ininterrompue sur une commune, alors que tous les autres Français ont ce droit au bout de 6 mois de résidence. Ce n'est qu'une des discriminations instituées par la loi à leur égard; il y en a d'autres qui tiennent à toutes sortes de réglementations et de pratiques administratives.
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Uni(e)s contre une immigration
jetable
Publié par voxrromorum à 23:26:28 dans Ambiance générale | Commentaires (0) | Permaliens
Avec le nouveau préfet, qui bénéficie d'une collaboration totale du maire, nous assistons à Saint Etienne à une sorte de « chasse aux Rroms » en vue de leur fichage systématique pour procéder à leur expulsion dans les prochains jours.
Ainsi hier matin, vendredi 7 septembre, la police a encerclé le site de Montplaisir pour procéder à un fichage complet des familles occupant le bâtiment de l'école maternelle (celles installées dans le bâtiment de l'école primaire avait déjà été fichées lors de leur expulsion de Béraud le 8 août dernier).
Je veux témoigner de la façon dont les choses se sont déroulées. Il est important de faire connaître de telles méthodes dignes des plus mauvais moments de notre histoire.
Ce vendredi matin, je suis en voiture. Il est à peut près 8H 30. J'ai rendez-vous avec une famille pour l'accompagner en mairie annexe. Elle désir présenter son projet de vie en France. Mon téléphone portable sonne, c'est un ami roumain : « Je ne sais pas ce qui se passe ils y a beaucoup de policier ici». J'arrive sur le site de Montplaisir. Au portail d'entrée deux policiers m'arrêtent. D'autres sont de l'autre côté de la rue et j'en aperçois plusieurs à l'intérieur aux alentours des bâtiments. Beaucoup de familles sont dehors.
Je demande aux policiers ce qu'ils font là. Pour toute réponse ils me demandent mes papiers. J'insiste :
« Dans quel cadre agissez vous ? Où est votre officier ?
- Là bas à l'intérieur. Vos papiers ! »
J'insiste à nouveau :
« Avez-vous une autorisation d'un juge ou un mandat du procureur ? Je veux le voir ?
- D'abord vos papiers ! »
Je donne ma carte d'identité.
« Non, ce n'est pas un contrôle d'identité. Nous voulons les papiers du véhicule. »
Ils vérifient ma carte grise et mon assurance.
J'aperçois alors un commissaire de police. C'était lui qui était venu constater quand nous avions aidé les familles rroms à s'installer dans l'école maternelle en octobre 2006. Je vais à sa rencontre :
« Qu'est-ce qui se passe ?
- Nous agissons dans le cadre d'une violation de domicile sur mandat du procureur de la république. Nous faisons un contrôle d'identité. »
- Violation de domicile ?
- Oui, la mairie a déposé une plainte sur l'occupation illégale de l'école maternelle par les familles.
- Mais ça fait un an !
- Je sais. »
Il se veut rassurant :
« Nous ne sommes pas venu à 6H, nous sommes venus plus tard. Nous avons garé les voitures à l'intérieur par discrétion. »
Cinq ou six policiers sont dans le hall du bâtiment des anciens logements des instituteurs. Trois ou quatre autres sur le terre plein dehors.
Je vais discuter avec les familles, je commence à leur expliquer ce qui se passe. Il y a deux voitures de police dans la cour du bâtiment de l'école primaire.
Puis je passe dans la cour du bâtiment de l'école maternelle. Plusieurs voitures de police y sont stationnées : au moins quatre. A l'arrière d'une des voitures, des policiers avec des Rroms qui attendent leurs papiers à la main.
Je rentre dans le bâtiment.
Quatre ou cinq policiers sont dans le grand hall d'entrée qui nous sert de réunion pour les rencontres hebdomadaires du réseau. Trois policiers en civil sont assis à une table. De l'autre côté il y a « Yoyo » qui répond à leurs questions et un jeune garçon de 10-11 ans apparemment réquisitionné pour traduire.
« Comment êtes vous entrée ici ? Quel emploi avez-vous ? Depuis quand êtes vous ici ? »
Les réponses de Yoyo semblent amuser beaucoup les policiers. Ils remplissent un formulaire intitulé « Procès verbal ».
Une dizaine de Rroms sont aussi là et attendent. Je commence à comprendre de quoi il retourne. Je tente de répondre à leurs questions. Un policier leur demande de reculer : « Votre conversation gêne l'interrogatoire. Allez discuter plus loin avec Monsieur. » Il y a plusieurs enfants. Bien sûr ils n'ont pas pu aller à l'école.
Je ressors et m'approche de la voiture derrière laquelle attendent plusieurs Rroms. Il y a là un policier avec un appareil photo, deux autres sont devant un ordinateur.
J'ai compris. C'est le même système que celui qui avait été mis en place lors de l'expulsion de Béraud. Un procès verbal est dressé sur la situation de chaque personne, la date de son entrée en France, sa situation au regard de l'emploi, ses ressources. Puis elle est photographiée, et le tout est entré avec son identité dans l'ordinateur. Ils ont trouvé le moyen de ficher toutes les familles de l'école maternelle de Montplaisir. Dans les jours qui viennent ils vont pouvoir établir et distribuer de nouvelles OQTF (Obligation à Quitter le Territoire Français). Déjà une trentaine ont été remises aux familles qui avaient été contrôlées lors de leur expulsion de Béraud.
Je retourne vers le bâtiment de l'école primaire. Je croise le commissaire de police :
« C'est donc la même opération de contrôle que lors de l'expulsion de Béraud ? »
Il confirme.
D'autres membres du réseau de solidarité sont maintenant là. Tout le monde a compris.
Plusieurs doivent accompagner des familles à la mairie annexe pour les aider à expliquer leur projet de vie en France. Je repars en voiture avec la famille que j'accompagne. J'aperçois une nouvelle voiture de police avec deux ou trois autres policiers qui sont sur l'autre côté du site, sur la rue Pierre Loti. Je ne les avais pas remarqué en entrant. Le site est bien encerclé. Il doit bien y avoir au total vingt à trente policiers mobilisés.
Un policier me fais signe de m'arrêter : « Vos collègues m'ont déjà contrôlé à l'aller. » Il me laisse passer.
Marie Pierre est passée avant moi avec une famille. Elle me raconte par la suite qu'un policier a demandé l'identité de la famille : « Il avait une liste, deux feuillets écrits en petits caractères. Quand il a constaté que le nom de la famille était bien sur sa liste il nous a laissé passer. »
Lors de mon retour de la mairie annexe à nouveau contrôle, avec là remarque sur l'état du véhicule.
Cette opération a durée de 8h à 11H du matin.
Des dizaines de personnes supplémentaires ont été ainsi fichées. Il est sûr que des OQTF vont tomber dès ce lundi.
Voilà comment les choses se passent, dans ce camp de regroupement qu'est devenu le site de Montplaisir, une sorte de « Sangatte stéphanois » pour Rroms.
Depuis quinze jours les passages de la police sont quasi quotidiens entre la remise des OQTF et des descentes de police pour on ne sait pas trop quel motif. L'autre jour le directeur de la police est venu accompagné d'une dizaine de voitures pour s'enquérir... « des conditions sanitaires ».
Mardi prochain 11 septembre à 6H du matin un car rempli par l'ANAEM (Agence Nationale d'Accueil des Etrangers et des Migrations) va « rapatrier » des personnes qui ont accepté de repartir. Officiellement c'est volontaire, mais dans une telle ambiance c'est surtout la peur et la panique qui tiennent lieu de réflexion et la pression qui pousse à la décision.
Une ANAEM qui pratique de drôles de méthodes. Ainsi les deux salariées qui sont venues pendant plusieurs jours faire remplir les demandes aux familles ne parlent pas le roumain. Des Rroms qui comprennent un peu plus le français ont fait office de traducteurs. Les personnes qui signent la demande se voient immédiatement prendre leurs passeports et cartes d'identités. On leur laisse en échange de simples photocopies. Nous savons maintenant par une personne de l'ALPIL qui a accompagné un voyage de l'ANAEM en tant qu'observateur, que les papiers d'identités sont rendus aux familles une fois sur place en Roumanie. Ainsi l'ANAEM garde plusieurs jours les papiers d'identités de dizaines de personnes ce qui est à notre avis illégal.
Nous avons demandé que le réseau de solidarité ait un observateur dans le car. Refus du délégué régional de l'ANAEM : « Il n'a pas besoin d'observateur » et puis « vous avez refusé de collaborer avec nous».
Dans le même temps la cellule d'écoute et d'accueil mis en place à la mairie annexe pour que les familles puissent y présenter leurs projets de vie et de travail en France fonctionne dans le plus grand dilettantisme. Ainsi ce vendredi matin 8 septembre, alors que vingt à trente fonctionnaires de police étaient mobilisées pendant plusieurs heures pour l'opération de contrôle à Montplaisir, personne n'était là en mairie annexe pour recevoir les familles. Les agents municipaux ne sont pas au courant. J'ai le secrétaire général de la préfecture au téléphone. Il s'excuse. Normalement « une personne ressource » aurait du recevoir les familles et les orienter. Mais apparemment la mairie de Saint Etienne a oublié de mettre en place le système. Il me dit qu'il va passer des coups de téléphone. Finalement nous obtenons que deux nouvelles matinées d'accueil soient mises en place la semaine prochaine.
Voila comment les choses se passent dans un contexte d'effondrement des valeurs humaines, du sens commun et donc de la vie sociale.
Mais la résistance est là, minoritaire certes mais qui porte du sens, des comportements et des conceptions alternatifs.
Ce mercredi 12 septembre à partir de 13H un premier rassemblement est organisé devant la préfecture pour porter les premiers recours contre les OQTF.
Publié par voxrromorum à 20:53:50 dans Ambiance générale | Commentaires (0) | Permaliens
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