Les anarchistes italiens sont très susceptibles parce qu'ils sont très présomptueux : ils ont toujours été convaincus d'être les dépositaires de la vérité révolutionnaire révélée ; cette conviction est devenue « monstrueuse » depuis que le Parti socialiste, sous l'influence de la révolution russe et de la propagande bolchévique, s'est emparé de quelques points fondamentaux de la doctrine marxiste et les divulgue sous une forme élémentaire et pittoresque parmi les masses ouvrières et paysannes. Depuis quelque temps, les anarchistes italiens ne font que se gargariser, satisfaits, de cette constatation : « Nous l'avions toujours dit ! C'est nous qui avions raison ! » sans jamais essayer de se poser ces questions : pourquoi, ayant raison, n'avons-nous pas été suivis par la majorité du prolétariat italien ? Pourquoi la majorité du prolétariat italien a-t-elle toujours suivi le Parti socialiste et les organismes syndicaux alliés du Parti socialiste ? (Pourquoi le prolétariat italien s'est-il toujours laissé « tromper » par le Parti socialiste et par les organismes syndicaux alliés du Parti socialiste ?) A ces questions, les anarchistes italiens ne pourraient donner une réponse exhaustive qu'après un grand acte d'humilité et de contrition ; après avoir abandonné le point de vue anarchiste, le point de vue de la vérité absolue, et avoir reconnu qu'il ont eu tort quand... ils avaient raison ; après avoir reconnu que la vérité absolue ne suffit pas pour entraîner les masses à l'action, pour verser dans les masses l'esprit révolutionnaire, mais qu'il faut une « vérité» déterminée, après avoir reconnu que pour atteindre les fins de l'histoire humaine, est « vérité » seulement ce qui s'incarne dans l'action, ce qui gonfle de passions et d'impulsions la conscience actuelle, ce qui se traduit en mouvements profonds et en conquêtes réelles de la part des masses elles-mêmes. Le Parti socialiste a toujours été celui du peuple travailleur italien : ses erreurs, ses insuffisances sont les erreurs et les insuffisances du peuple travailleur italien, les conditions matérielles de la vie italienne se sont développées, la conscience de classe du prolétariat s'est développée, le Parti socialiste a acquis une plus grande originalité politique, il a tenté de conquérir une doctrine bien à lui. Les anarchistes n'ont pas bougé, ils continuent à ne pas bouger, hypnotisés par la conviction d'avoir été dans le vrai, d'être toujours dans le vrai. Le Parti socialiste a changé en même temps que le prolétariat, il a changé parce qu'a changé la conscience de classe du prolétariat - c'est dans ce mouvement qui est le sien qu'est la profonde vérité de la doctrine marxiste, devenue aujourd'hui sa doctrine, dans ce mouvement est aussi contenue la caractéristique « libertaire » du Parti socialiste, qui ne devrait pas échapper aux anarchistes intelligents, et devrait les porter à la réflexion. Les anarchistes pourraient, en réfléchissant, arriver à la conclusion que la liberté, entendue comme développement historique réel de la classe ouvrière, ne s'est jamais incarnée dans les groupes libertaires, mais a toujours pris parti pour le Parti socialiste.
L'anarchisme n'est pas une conception qui soit le propre de la classe ouvrière et de la seule classe ouvrière. Voilà la raison du « triomphe » permanent de la « raison » permanente des anarchistes. L'anarchisme est la conception subversive élémentaire de toute classe opprimée et il est la conscience diffuse de toute classe dominante. Puisque toute oppression de classe a pris forme dans un État, l'anarchisme est la conception élémentaire qui pose dans l'État en soi et pour soi le motif de toutes les misères de la classe opprimée. Toute classe devenue dominante a réalisé sa propre conception anarchiste, parce qu'elle a réalisé. sa propre liberté. Le bourgeois était anarchiste avant que sa classe ait conquis le pouvoir politique et ait imposé à la société le régime étatique capable de protéger le mode de production capitaliste, le bourgeois continue à être anarchiste après sa propre révolution parce que les lois de son État ne sont pas pour lui des contraintes ; ce sont ses lois à lui, et le bourgeois peut dire qu'il vit sans lois, peut dire qu'il vit en libertaire. Le bourgeois redeviendra anarchiste après la révolution prolétarienne : c'est alors qu'il s'apercevra de nouveau de l'existence d'un État, de l'existence de lois étrangères à sa volonté, hostiles à ses intérêts, à ses habitudes, à sa liberté ; il s'apercevra que l'État est synonyme de contrainte parce que l'État ouvrier ôtera à la classe bourgeoise la liberté d'exploiter le prolétariat, parce que l'État ouvrier sera le rempart d'un nouveau mode de production qui, en se développant, détruira toute trace de propriété capitaliste et toute possibilité qu'elle renaisse.
Mais la conception propre à la classe bourgeoise n'a pas été l'anarchisme, elle a été la doctrine libérale, de même que la conception propre à la classe ouvrière n'est pas l'anarchisme mais le communisme marxiste. Toute classe déterminée a eu une conception déterminée, propre à elle seule et à aucune autre classe. L'anarchisme a été la conception « marginale » de toute classe opprimée, le communisme marxiste est la conception déterminée de la classe ouvrière moderne, et d'elle seule ; les thèses révolutionnaires du marxisme deviennent des formules cabalistiques si on les pense hors du prolétariat moderne et du mode de production capitaliste dont le prolétariat moderne est la conséquence. Le prolétariat n'est pas ennemi de l'État en soi et pour soi, pas plus que n'était ennemie de l'État en soi et pour soi la classe bourgeoise. La classe bourgeoise était ennemie de l'État despotique, du pouvoir aristocratique, mais elle était favorable à l'État bourgeois, à la démocratie libérale ; le prolétariat est ennemi de l'État bourgeois, est ennemi du pouvoir entre les mains des capitalistes et des banquiers, mais il est favorable à la dictature du prolétariat, au pouvoir entre les mains des ouvriers et des paysans. Le prolétariat est favorable à l'État ouvrier comme phase de la lutte des classes, phase suprême dans laquelle le prolétariat a le dessus comme force politique organisée ; mais les classes subsistent encore, subsiste la société divisée en classes, subsiste la forme propre à toute société divisée en classes, l'État, qui est entre les mains de la classe ouvrière et des paysans, qui est utilisé par la classe ouvrière et les paysans pour garantir leur propre liberté de développement, pour éliminer complètement la bourgeoisie de l'histoire, pour consolider les conditions matérielles dans lesquelles aucune oppression de classe ne pourra plus s'établir.
Est-il possible de parvenir à un compromis dans le différend polémique entre communistes et anarchistes ? C'est possible pour les groupes anarchistes formés d'ouvriers ayant une conscience de classe ; ce n'est pas possible pour les groupes anarchistes d'intellectuels, professionnels de l'idéologie. Pour les intellectuels, l'anarchisme est une idole ; c'est une raison d'être de leur activité particulière présente et future : l'État ouvrier sera effectivement pour les agitateurs anarchistes un « État », une limitation de liberté, une contrainte, tout comme pour les bourgeois. Pour les ouvriers libertaires, l'anarchisme est une arme de lutte contre la bourgeoisie ; la passion révolutionnaire dépasse l'idéologie, l'État qu'ils combattent est vraiment et seulement l'État bourgeois capitaliste et non plus l'État en soi, l'idée d'État ; la propriété qu'ils veulent supprimer n'est plus la « propriété » en général, mais le mode capitaliste de propriété. Pour les ouvriers anarchistes, l'avènement de l'État ouvrier sera l'avènement de la liberté de la classe et donc aussi de leur liberté personnelle, ce sera la voie ouverte à toute expérience et à toute tentative d'actualisation positives des idéaux prolétariens ; le travail de création révolutionnaire les absorbera et fera d'eux une avant-garde de militants dévoués et disciplinés.
Dans l'acte positif de création prolétarienne, aucune différence ne pourra subsister entre un ouvrier et un autre ouvrier. La société communiste ne peut être construite d'autorité, avec des lois et des décrets : elle découle spontanément de l'activité historique de la classe travailleuse qui a acquis le pouvoir d'initiative dans la production industrielle et agricole et est portée à réorganiser la production sous des modes nouveaux, avec un ordre nouveau. L'ouvrier anarchiste appréciera alors l'existence d'un pouvoir centralisé lui garantissant en permanence la liberté acquise, lui permettant de ne pas interrompre à chaque instant l'œuvre entreprise pour courir à la défense révolutionnaire ; il appréciera alors l'existence d'un grand parti formé de la meilleure part du prolétariat, d'un parti fortement organisé et discipliné capable de stimuler à la création révolutionnaire, de donner l'exemple du Sacrifice, d'entraîner par l'exemple les grandes masses laborieuses et de les conduire à dépasser toujours plus vite l'état d'avilissement et de prostration à quoi les a réduites l'exploitation capitaliste.
La conception socialiste du processus révolutionnaire est caractérisée par deux traits fondamentaux que Romain Rolland a résumé dans son mot d'ordre : « Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté. » Les idéologues de l'anarchisme déclarent au contraire « avoir intérêt » à répudier le pessimisme de l'intelligence de Karl Marx (cf. L. FABBRI : Lettres à un socialiste, Florence, 1914, p. 134) « dans la mesure où une révolution provoquée par l'excès de misère ou d'oppression exigerait l'institution d'une dictature autoritaire qui pourrait nous conduire au besoin (!) à un socialisme d'État (! ?), mais en aucun cas au socialisme anarchiste ». Le pessimisme socialiste a eu une terrible confirmation dans les événements : le prolétariat a été précipité dans le plus pur abîme de misère et d'oppression qu'un cerveau humain puisse imaginer. Tout ce que les idéologues de l'anarchisme savent opposer à une telle situation, c'est une phraséologie pseudo-révolutionnaire extérieure et vide, tissée des Plus vieux thèmes d'un optimisme bon pour la foule et la populace ; ce qu'y opposent les socialistes, c'est une énergique action organisatrice des éléments les meilleurs et les plus conscients de la classe ouvrière ; les socialistes s'efforcent par tous les moyens de préparer, à travers ces éléments d'avant-garde, les plus larges masses à conquérir la liberté et le pouvoir capable de garantir cette liberté elle-même.
La classe prolétarienne est aujourd'hui disséminée fortuitement dans les villes et les campagnes, autour des machines ou sur la motte de terre ; elle travaille sans connaître le pourquoi de son travail, contrainte à l'œuvre servile par la menace toujours suspendue de mourir de faim et de froid ; elle se regroupe aussi dans les syndicats et les coopératives, mais par nécessité de résistance économique, non par choix spontané, non selon des impulsions nées librement de son esprit. Toutes les actions de la masse prolétarienne ont nécessairement cours sous des formes établies par le mode de production capitaliste, établies par le pouvoir d'État de la classe bourgeoise. Attendre qu'une masse réduite à de telles conditions d'esclavage corporel et spirituel exprime un développement historique autonome, attendre qu'elle commence et poursuive spontanément une création révolutionnaire, c'est pure illusion d'idéologues ; compter sur la seule capacité créatrice d'une telle masse et ne pas travailler systématiquement à organiser une grande armée de militants disciplinés et conscients, prêts à n'importe quel sacrifice, éduqués à mettre en oeuvre simultanément un mot d'ordre, prêts à assumer la responsabilité effective de la révolution, prêts à devenir les agents de la révolution : c'est vraiment, c'est proprement trahir la classe ouvrière, c'est inconsciemment se faire contre-révolutionnaire par avance.
Les anarchistes italiens sont susceptibles parce qu'ils sont présomptueux. Ils se cabrent facilement devant la critique prolétarienne : ils préfèrent être adulés et flattés comme champions de révolutionnarisme et de cohérence théorique absolue. Nous sommes persuadés, nous, que la révolution en Italie exige la collaboration entre socialistes et anarchistes, collaboration franche et loyale de deux forces politiques, basées sur les problèmes concrets du prolétariat ; nous croyons pourtant nécessaire que les anarchistes aussi soumettent leurs critères tactiques traditionnels à une révision, comme l'a fait le Parti socialiste, et qu'ils justifient par des motivations actuelles déterminées dans le temps et dans l'espace, leurs affirmations politiques. Les anarchistes devraient devenir plus libres spirituellement : c'est une prétention que ne devraient pas trouver excessive ceux qui prétendent vouloir la liberté et rien d'autre que la liberté. (O.N. pp. 396-401.)
L'Ordine Nuovo du 3-10 avril 1920.
I, nº 43, non signé.
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Theodore Adorno était un théoricient de l'Ecole de Frankfort qui réalisa en outre uen étude sur la "personalité autoritaire", en constatant notamment la montée du fascisme en Europe et aux Etats Unis. à travers cette étude il réalisa une échelle métrique qui permet d'évaluer "degré de fascisme" de chaque individu. Il étudie notamment le rapport aux valeurs (le conservatisme), l'ethnocentrisme, et les tendances répressives des personnes qui semblent adhérer ou tolérer l'autoritarisme et le fascisme.
Il élabore ainsi un "idéal type" de la personalité fasciste qui pourrait se résumer de la manière suivante:
Cette théorie démontre non que les personnes possédant ce type de caractère sont des fascistes (des fascistes actifs, qui prennent acte de ce qu'ils pensent), mais que celles ci possèdent dans ces caractères une certaine disposition a l'acceptation du fascisme (fascisme passif).
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Le terme Démocratie vient de démos (le peuple) et cratos (le pouvoir). C'est ainsi le pouvoir du peuple, exercé pour et par lui même. Cependant, la notion de peuple porte en elle une certaine ambiguïté. Bien qu'il puisse y exister des hétérogénéités, Elle présuppose une identité, des pratiques, un mode de vie, des évidences et un idéal partagé. Il existe ainsi des mondes sensibles conciliables, qui coexistent, et des mondes en guerre parce qu'ils ne sont pas conciliables. La démocratie prend ainsi son sens dans un certain rapport de force, de puissance dans la capacité des mondes à matérialiser leur existence.
Analyse socio historique de la Lutte des classes
la notion de lutte des classes posée par le marxisme, décrit assez bien cette guerre des mondes, et prenait encore sens avant les dérives totalitaires en URSS (Marx comme Kaczynski s'accordent d'ailleurs sur le fait que la révolution ne pouvait se faire qu'a l'échelle internationale, ou du moins dans les états nations les plus puissants, car le pouvoir y serait assez déstabilisé pour permettre une révolution, et que si cette révolution n'était pas coordonnée dans les états socle du pouvoir mondial, celle ne pourrait aboutir du fait des déséquilibres internes et externes qu'elle engendrerait, et basculerait alors assez facilement dans l'autoritarisme) et l'instauration de l'État social en France. Les politiques sociales d'inspiration Keynésiennes on eu pour but assez évident de faire taire ce conflit, cette lutte potentielle entre le monde prolétaire, et de la classe bourgeoise capitaliste, libérale, bref de l'élite, du pouvoir, pour diffuser de manière douce et insidieuse, non par la force, son idéologie, et ainsi tenter de mettre fin a cette guerre des mondes, a endormir un rapport de force qui commençait à émerger. En effet, la sortie de la guerre permettait un nouvel essor du capitalisme préalablement en crise (crise de 1929) et donc une opportunité pour la classe bourgeoise de maintenir son pouvoir et même de l'accroître au niveau mondial. C'est ici que se pose la fin amorcée des états nation, le nationalisme local perdurant, tandis que l'état commença a se constituer sur une base mondiale. Ceci permettait à l'élite, dans une vision à long terme, de se réaggréger aisément ailleurs en cas de crise locale (actuellement, émergence de l'Asie, et signes de déclin américain). Il ne fait nulle doute que la démocratie constitue pour le pouvoir un dispositif de contrôle (coordonné avec les médias, la formation scolaire républicaine (nous verrons dans le paragraphe suivant en quoi), la technologie policière et marchande, les politiques de développement durable)
1/le système d'organisation des corps via le système démocratique républicain
Pour qu'un État soit démocratique, une pacification et une uniformisation sont nécessaires. Pour s'imposer au(x) monde(s), sur un territoire donné (local, national, continental, mondial) une idéologie doit briser les communautés, les mondes, les pratiques et les modes de vie de ceux ci, pour imposer le sien. Elle doit diviser pour reigner, et ainsi isoler, individualiser, pour que ne restent que des corps atomisés, affaiblis et donc plus facilement contrôlables. Elle doit briser les solidarités mécaniques, les liens d'entraide directe, pour poser la solidarité organique, les institutions de l'état comme nécessité entre les individus (durkheim). D'ou le négationnisme de la république en ce qui concerne les communautés et la lutte des classes, dans le fait de poser le citoyen, l'individu abstraction faite de son monde. Ainsi isolé, il est quasi impossible pour cet individu qui adopte cette logique libérale, de constituer une puissance qui puisse faire jouer avantageusement son rapport de force face au système. L'individu, ainsi affaiblit tombe assez aisément dans une position d'attentisme et de soumission, donc de désengagement politique.
2/La pacification via la présupposée nécessité de la société
la logique marchande, et la mode convergent dans cette logique d'atomisation et d'affaiblissement des mondes, du fait qu'ils véhiculent dans leurs discours cette idée de l'altérité normative, c'est a dire le fait que chacun doit être différent, qu'il faut mettre en avant ces différences individuelles, placées au dessus des liens, des similitudes, et non les poser dans une perspective dialectique dynamique individu/communauté. Plus généralement, l'être se retrouve désenchassé de son monde, étranger à celui-ci, incapable de le gérer(giddens), son processus de pouvoir et d'autonomie sont alors enrayés, celui-ci se retrouve donc pris totalement dans un processus de dépendance, de nécessité du système (kaczynski). La stratégie du système se constitue donc sur deux niveaux : le contrôle individuel via le processus de dépendance, et la libre circulation des flux et des marchandises. De plus, le systèmes doit, pour éviter les situation de crise, et garder la population sous contrôle, éviter les situations anomiques, c'est à dire de toujours veiller à ce que le niveau de stress, et d'insécurité n'atteignent pas un seuil critique, c'est pour cela qu'au delà des dispositifs policiers et sécuritaires, celui-ci présente toujours ses marchandises sous un jour positif (bonheur, divertissement, facilitation de la vie pratique et quotidienne, tabac et alcool marchands, nourriture marchande, altérée, aseptisée, ou génétiquement modifiée donc affaiblissante) (kaczynski)
suivant ce qui vient d'être présenté, nous pouvons affirmer que le système politique démocratique-républicain se pose sur la même logique, présentant un idéal positif, accompagné d'un code moral humaniste, et posant depuis l'après guerres, comme seule autre éventualité un idéal négatif : le Fascisme. Nous ne sommes pas de cet avis. Le fascisme comme système politique totalitaire dénie aussi bien la communauté que la république, puisqu'il s'appuie sur le principe de nationalité et la présupposée homogénéité de la nation, et peut aisément émerger au sein des sociétés démocratiques (1936, élection du parti NAZI en Allemagne). La différence qu'il existe entre le système actuel et le fascisme réside dans une stratégie plus élaborée, plus fine et insidieuse de contrôle des masses, ne consistant pas en l'élimination pure et simple de la population potentiellement insurrectionnelle, mais par sa pacification en amont : reproduction sociale via la socialisation primaire dans la famille, école républicaine, l'armée (ce n'est plus d'actualité; de plus, les dispositifs sont assez nombreux pour se substituer les uns aux autres, et la formation militaire outre l'idéologie avait comme effet de former la population à la guerre et donc à l'insurrection potentielle), les marchandises, le vote, la santé via les industries pharmaceutiques de la médecine scientifique... et en aval : la répression policière, la vidéosurveillance, les nanotechnologies, la biométrie, les RG, la carte d'identité... mais le système porte tout de même en lui les « gènes » du fascisme (forte répression, suprématie de l'état, négationnisme des hétérogénéité, des appartenances communautaires, et donc affaiblissement et isolation de l'être, mise sous contrôle de la population), qui constitue une de ses mutations logiques potentielles.
Cependant, le système se camoufle plus aisément, car les dirigeants des états nations ne sont que les médiums des décisions POLITIQUES* (au sens gestionnaire du terme), c'est à dire de directives prises en amont par des organismes méta-étatiques en ce qui concerne l'économie, l'écologie, la santé, l'armée (Europe, ocde, Onu...) sur lesquels les dits citoyens n'ont aucune prise
La notion de pluralisme issue du libéralisme politique constitue un dispositif stratégique, de contrôle et de pacification, du fait qu'il donne au « citoyen » l'illusion d'un choix dans l'expression de ses opinions politiques, de sa pensée, et d'un triomphe, ou dans la reconnaissance, la prise en compte de celle-ci via le vote. Cependant, la philosophie libérale (le libéralisme existentiel) tend à accepter l'expression de toute pensée, de toute opinion, à condition que celles-ci ne s'exprime pas en acte, ne se matérialise pas, ou que cette pensée ne porte pas à conséquence en ce qui concerne la structure sociale, l'ordre établi.
De plus le pouvoir dispose également de dispositifs de neutralisation en amont, qui sont :
Le stigmate historique porté par les partis affiliés aux régimes totalitaires, ce qui réduit considérablement leurs potentialités de victoire.
Le pragmatisme, la logique de rationalité instrumentale, entraîne le citoyen, formé dans ce prisme intellectuel depuis l'enfance, à penser de manière calculatrice. Il se prononce donc lors des élections pour le parti et le candidat qu'il juge le moins pire.
Le dispositif médiatique, qui permet d'influer fortement sur l'opinion publique, et qui est majoritairement investi, hors élection par le pouvoir, ou les partis dont l'idéologie consiste en une extension, une complétude de celui-ci (la gauche sociale démocrate par exemple, dont l'idéologie consiste en l'intégration des minorités dans le pouvoir, via la discrimination positive).
Les inégalités financières entre les différents partis, qui brident ou dopent les capacités de victoire via l'usage de techniques de médiatisation.
Enfin, le système des 500 signatures, qui favorise l'énarcho-technocratie, c'est à dire que les candidats aux élections sortis de l'ENA disposent de plus de capitaux relationnels, symboliques et financiers, et ont donc plus de chances d'obtenir les 500 signatures, et même de manière coordonnée, d'empêcher un candidat d'avoir les siennes, via les réseaux de connaissances, et les pressions mafieuses. Ce qui s'exprime donc dans le pluralisme, c'est un choix qui n'engage qu'à peu, entre l'idéologie de la classe dominante (la droite), et l'idéologie dominante intégratrice (la sociale démocratie) ou conservatrice (l'extrême droite).
Critique de la démocratie directe et participative
Cette idée de la démocratie est absurde pour deux raisons majeures au vu de ce qui a déjà été explicité précédemment : d'une part parcequ'elle s'exerce sur une population déjà majoritairement traversée par le prisme idéologique du pouvoir en place (au moins par certains de ses travers), d'autre part parce que les décisions politiques réellement importantes sont prises sans consultation du peuple. La démocratie directe, que prônent les libertaires, ne peut donc pas exister au sein du système capitaliste, puisque ce qu'il en ressort constitue l'expression de l'idéologie du pouvoir et de ses dérivées complémentaires.
L'abandon du concept de démocratie
On pourrait dire que théoriquement la démocratie est la condition nécessaire tout groupe humain constitué, de toute communauté, dans la mesure ou ces groupes partagent un monde, un mode de vie, un idéal commun, et que la liberté des uns s'arrête là ou commence celle des autres dans la mesure ou les rapports de force s'expriment de manière directe, dans la négociation commune au sein d'une existence partagée, et non par la médiation d'un code moral et d'un dispositif policier de contrôle extérieur à ce groupe, ainsi s'exerce la tyrannie de la majorité telle que la décrit tocqueville.
Cependant, se réaproprier une définition de la démocratie, se dire démocrate, ne fait qu'ajouter a la confusion, (théorique ainsi que dans les pratiques), et nous propulse ainsi dans un débat philosophique interminable entre prodémocrates et anti-démocrates, entre démocrates théoriques, et démocrates représentativistes, instrumentalistes (le pouvoir). La démocratie dans la mesure où elle est une condition nécessaire n'a ainsi pas besoin d'être posée comme cadre conceptuel dans la vie quotidienne des groupes humains. Cette idée pourrait par ailleurs devenir intéressante et réapropriable dans la mesure ou comme l'idée du communisme, elle aurait été abandonnée, invalidée par le pouvoir
n'oublions pas que la république démocratique fut remise au goût du jour lors de la révolution française, orchestrée d'ailleurs par la classe bourgeoise, après avoir été abandonnée pendant une période de 2000ans, et n'oublions pas non plus que ce système avait été pensé et établit dans la Grèce antique, dans un contexte citadin, pré sociétal ou déjà les groupes humains avaient atteint une telle densité que le fonctionnement communautaire devenait impossible, ce qui impliquait de fortes inégalités et des rapports de forces de pouvoir considérables, la rendant écrasante et inhabitable pour une part de la population, en ce qui concerne la prise de décisions collectives.
Dans une certaine mesure, la démocratie en son sens philosophico-éthymologique se révèle alors invalide sous sa dimension sociétale, et ne peut s'appliquer qu'aux bandes, et aux communautés réduites. La démocratie en société, de par sa tendance à doper le pouvoir individuel et de classe, via la représentativité, et la pacification qui l'accompagne, consiste alors en un système idéal de contrôle, de gestion des masses. C'est ici que se trouve l'antinomie, dans le fait que le pouvoir est exercé pour la classe dirigeante et par la classe dirigeante, sur et malgré le peuple (nous avons déjà discuté cette notion au début du texte). La démocratie ne prendrait donc sens qu'à une échelle locale, constituée d'êtres et de groupes qui coexistent, non à l'échelle d'une société qui n'en est même plus, tant elle constitue un vaste chaos atomique de liens faibles et d'étrangeté.
ce texte ayant dépassé son état embryonnaire n'en est néanmoins qu'a un état foetal avancé, il n'est par conséquent pas arrivé a sa pleine maturation, et sera redéveloppé plus tard...
Publié par pensée-critique à 16:03:56 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
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