Le capitalisme ne s’est toujours pas effondré du fait de sa capacité de mutation et d’intégration. Ce fait découle en partie de la capacité du groupe dominant à mobiliser les capitaux nécessaires et de l’habileté de ses réformateurs à modifier et à adapter la structure économique, sociale, psychologique et idéologique de la société afin de stabiliser l’ordre établit : il s’agit de modifier un ensemble de conditions qui n’affectent en rien la structure fondamentale de l’édifice, mais transforme un ensemble de composantes de celui-ci.
Les processus de modification et d’intégration sont en partie liés. Le système tolère l’ouverture en acceptant de reconnaître, sous certaines conditions, un ensemble d’interlocuteurs privilégiés, qui deviennent dans le cadre de la négociation, co-gestionnaires de l’ordre établit. Ce phénomène se constate dans les modèles de négociation syndicale entre patronat et ouvriers, mais également dans l’acceptation de certains partis politiques à la base anticapitalistes dans l’arène politique de la démocratie, sous condition d’en accepter les règles de fonctionnement.
L’opposition est absorbée sous certaines condition dans la structure de l’ordre établi, pour devenir partie de celui-ci et contribuer, intentionnellement ou non, à sa pérennité. Pour se faire, l’opposition doit accepter un ensemble de règles édictées par l’ordre établit, et renoncer, en partie ou totalement, à son radicalisme, afin de se poser en tant qu’institution représentative d’une fraction ou de l’ensemble des dominés, et donc en tant qu’interlocuteur privilégié du groupe dominant. La tolérance du radicalisme par le groupe dirigeant ne tient qu’à s capacité de mobilisation de capitaux (économiques, humains, matériels et intellectuels) contre l’éventuel triomphe de ce groupe antagoniste, sans quoi, il n’hésiterait pas à le détruire.
On distingue plusieurs formes d’intégration, que l’on peut regrouper en deux catégories : intégration économique, et intégration idéologique, qui se recoupent mais peuvent également se dissocier.
Les trente glorieuses furent la période phare de l’intégration économique. De manière stratégique, le groupe dirigeant concéda à la classe ouvrière une partie des avantages matériels et culturels issus des progrès techniques et d’organisation en terme de productivité. Cette concession avait en partie pour but de limiter, voire de briser l’influence des partis communistes sur le prolétariat, et à, en effet, permit la démobilisation généralisée de la classe ouvrière, la dissolution du mouvement ouvrier, et favorisa la montée de l’individualisme et de l’atomisation.
L’intégration idéologique, ensuite, consiste en l’adhésion des dominés à la cause des dominants. Elle se construit par l’emprise constante d’un ensemble d’institutions chargées des fonctions de contrôle et de reproduction de l’ordre social. Ces institutions sont, en général la Famille, l’Ecole, le Travail, (jadis l’Eglise et l’Armée, parfois le Parti et le Syndicat), bien qu’il puisse y avoir un ensemble d’éléments subversifs ayant échappé à ce conditionnement et au contrôle institutionnel dans les structures pré-citées. Ces institutions on en général la charge de construire la servitude volontaire, c'est-à-dire l’intériorisation des normes et valeurs émanant du groupe dirigeant par le sujet, et la défense de celle-ci contre toute atteinte à l’ordre établit. Il s’agit ainsi de construire la mobilisation du sujet, des sujets, de la société dans son ensemble, contre sa libération.
L’intensité de l’adhésion à l’ordre établit n’est pas la même chez les différents sujets. Elle va de la simple conviction à l’engagement pour sa défense et sa promotion : c’est le cas des mouvances citoyennistes, mais aussi fascistes.
Une crise profonde mettant en jeu la stabilité du système et sa capacité d’intégration (économique et sociale) peut briser cette adhésion chez de nombreux sujet constatant que ce système n’est plus en mesure de garantir les conditions d’un bonheur minimal. Cependant, pour éviter cela, outre la manipulation idéologique, il existe un certain nombre d’institutions et de dispositifs techniques de coercition et d’intimidation dont la fonction est de disposer le sujet à la servitude, contre sa volonté. C’est à se moment que le capitalisme finit d’opérer son glissement vers le fascisme.
Les intentions philanthropes de certains policiers ne doivent ainsi pas nous berner en ce qui concerne la fonction réelle de la police dans la société capitaliste. Cette fonction se révèle davantage lorsqu’elle est dépersonnalisée, lorsqu’elle est confiée des systèmes automatisés. La fonction principale de la police est de garantir la pérennité du processus d’appropriation, d’accumulation, de conservation et de redistribution du capital, suivant les règles édictées par l’ordre établit, la classe dirigeante. La protection des êtres n’intervient, dans la fonction de police, que dans la mesure où ceux-ci ne nuisent pas à ce processus. La police, dans le capitalisme, constitue ainsi le dernier rempart du groupe dirigeant contre sa destruction, mais ne peut suffire à elle seule à empêcher cette destruction, d’où la nécessité d’intégration idéologique et matérielle d’une importante part de la population dans l’économie capitaliste.
Publié par pensée-critique à 17:37:51 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
Le concept de « Matérialisme » est en lui-même difficile à appréhender et comporte des sens, des interprétations radicalement différentes en fonction des courants idéologiques qui l’emploient.
Bakounine met ceci en évidence dans « Dieu et l’Etat » en opposant matérialisme capitaliste de droite et matérialisme socialiste de gauche. Le premier opère une séparation entre l’idée et la matière. Dans cette conception directement issue de la pensée judéo-chrétienne, l’idée est détachée de la matière, l’esprit est séparé du corps. L’idée, en tant qu’émanation divine, relève de ce qui est noble, pure, elle est enthousiaste et agréable. La matière est alors considérée comme quelque chose de vile, de froid, d’inanimé et de triste, elle est souffrance et misère. Il y oppose alors la conception matérialiste socialiste athée, selon laquelle la matière est la base de toute chose. Elle est alors considérée comme chaleureuse, dynamique, et innovante, elle devient libératrice.
La tradition marxiste orthodoxe, dans son évolution à la fois théorique et pratique, à hérité d’une conception positiviste et utilitariste du matérialisme, et ainsi d’un rapport froid, déshumanisé à la matière. Le marxisme est ainsi resté imprégné de ses racines judéo-chrétiennes au sens ou l’Homme, l’esprit, est resté dans sa considération étranger à la matière. Par conséquent, toute production de la pensée, toute idéalité était considérée comme expression petite-bourgeoise, bien qu’elle soit en fait inhérente à la matière, émanation de celle-ci, et ainsi, de par son caractère dynamique et créateur, capable de rétroaction sur la transformation objective du monde.
Marcuse reprochait à la conception matérialiste héritée du positivisme d’entraîner une réification de l’existant, une réduction du monde à l’état de chose, ce qui confère au matérialisme une dimension triste et austère. Il préconisait alors une double révolution : sociale et matérielle, et artiste, poétique et esthétique.
Dans la conception marxiste classique, la pensée est subordonnée à la matérialité. Il en résulte que la logique amène à penser qu’il est nécessaire de transformer préalablement la structure objective, l’infrastructure matérielle du monde pour ensuite entraîner une transformation de la pensée, de la superstructure. Mais qu'est ce qui éveille la volonté de transformer la structure objective du monde, sinon les affects qui conditionnent alors la pensée, la subjectivité, les représentations, systèmes mentaux de perception du monde objet, qui entraînent alors l'action ?
Dans ce raisonnement, on ne s’interroge cependant pas sur les déterminants culturels et symboliques, sur l’imaginaire social construit qui peut constituer l’ultime rempart contre le changement, ou bien le vecteur de celui-ci. Or dans ce cadre, qui dénie toute conception idéelle, en tant qu’elle est petite-bourgeoise, s’enferme alors dans le négatif du paradigme établi, et empêche alors le développement d’une « pensée radicale ». Il va sans dire que cette castration de l’imaginaire est relative à des questions de contrôle et de domination des masses, afin de contraindre celles-ci à accomplir leur « mission historique » « définie par le prophète Karl Marx dans la Sacro Sainte Bible du Communisme ».
Pour Marcuse, si le changement, la révolution, prend sa base dans la transformation des structures objectives du monde objet, elle est néanmoins nécessairement portée par une nouvelle subjectivité, libérée des dogmes dominants, qui orientera qualitativement tous les efforts de transformation matériels vers la libération totale des corps : matérielle, intellectuelle, affective, et imaginaire.
Sans cette subjectivité, la révolution aboutira à une société réifiée et austère ou règnera la technique, et ainsi l’auto exploitation, la frustration, et l’emprisonnement de la libido et de la créativité, une société figée sans perspectives de dépassement qualitatif de la vie vers une existence joyeuse.
Par conséquent, il est nécessaire que la théorie critique, notamment le socialisme scientifique, qui porte sur la transformation des bases objectives de la société, s’accompagne d’une « pensée radicale » qui balaiera la réification et révèlera les formes culturelles et symboliques de l’existence révolutionnaire. Une conception vraie du matérialisme est la seule voie possible vers la construction d’un communisme Joyeux et réellement émancipateur.
Sans cela, la révolution sociale entraînera l’échec du projet communiste et l’avènement d’une société technicienne réifiante, froide, frustrante, coercitive, austère et déshumanisée à l’image des différentes tentatives de communisme, que ce soit en URSS ou ailleurs, qui se sont soldées historiquement par des échecs.
Publié par pensée-critique à 12:35:10 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
Il y a tout un discours aujourd'hui sur la réalité objective. On nous présente le capitalisme, le marché, l'économie, l'entreprise, la concurrence, la démocratie républicaine et l'intérêt général, comme une réalité indépassable, dont il est nécessaire de s'accommoder, à la quelle il faut même participer activement. On nous présente alors la réalité comme une création spontanée, un ordre naturel des choses. Ce discours, qui a tendance a proclamer la fin des idéologies, occulte par là même, et paradoxalement, que la réalité est le produit de l'action humaine, de l'exercice de la volonté. En outre, ce qui a façonné les sociétés du XIXeme du XXeme siècle ne sont autres que la confrontation de deux grands types de volontés particulières, la base exploitée et l'élite dominante de la société. La réalité objective vécue par chacune de ses sphères donne lieu à des rapports aux mondes antagoniques, fruit de leurs positions sociales. Le réel ne peut ainsi être perçu dans sa totalité, mais est appréhendé en fonction de positions dans la société qui donnent lieu à des représentations subjectives particulières, des fragments de celle-ci. Le discours dominant n'échappe pas à cette règle, et constitue un système de représentation propre à ceux qui dirigent, façonnent la société. Ce discours dominant est assuré dans sa médiation par tout un ensemble de dispositifs tels que l'école, les médias, ou la publicité, chargés d'assurer la transmission de ces idées à l'ensemble de la population.
Ce discours qui se masque derrière la structure établie du monde, se confond avec celle-ci, et constitue alors une totalité convergente. Cependant, il écarte de fait toute possible évolution divergente, toute contestation, de cet ordre ainsi établi, puisqu'il place alors le possible, l'abstraction en marge. Hors, l'abstraction est le processus nécessaire à tout changement, tout dépassement historique. Sans cette abstraction, il n'y aurait pas eu de Révolution Scientifique, de Révolution Française, d'évolution de la condition ouvrière.
L'abstraction est ainsi l'étape première dans la lutte contre l'obscurantisme, l'idéologisme. Le discours dominant est ainsi idéologique puisqu'il nie l'abstraction, la reléguant à l'idéalisme, la rêverie, par opposition au concret, à ce qui est. Cette idéologie moderne, nous l'appelons Rationalité Technicienne, instrumentale, ou en finalité : elle prend appui sur la logique propre à la science et la technique, et s'impose aux esprits dans leurs lecture du monde Humain. La puissance de ce discours est son pragmatisme, il s'appuie sur ce qui est, ce qu'il produit pour se justifier, et engendre ainsi un univers totalisant, clos sur lui-même. Il n'y a plus ici de volonté à exercer pour transformer celui-ci, mais simplement à gérer ce qui est.
De plus, ce discours, dans sa négation des idéologies, se nie lui-même comme idéologique. Le réel n'est ainsi pas le conflit entre la réalité objective, et les différentes subjectivités, mais le conflit entre ces subjectivités mêmes, dont il faut rappeler qu'elle sont elles même produit de positions objectives, dans la société.
Le fait qu'une subjectivité s'impose aux autres entraîne de fait une disharmonie entre positions objective et représentation. Il s'agit ici d'une situation d'aliénation, et de domination.
Ainsi le discours dominant, de nature idéologique, s'impose par son apparente objectivité, aux différentes couches du social et de la pensée et annihile par la même le processus intellectuel qui fut la source de son développement, figeant ainsi le présent dans un cycle répétitif indéfini, ou l'histoire ne serait plus, car l'histoire est produit de l'exercice de la volonté humaine.
Il en résulte que la destruction progressive de la pensée critique, dans la logique de rationalisation économique, constitue le parachèvement d'un système total clos sur lui-même, ayant éliminé les derniers résidus d'autonomie intellectuelle, pouvant s'opposer à son bon fonctionnement. Ce qui se joue aujourd'hui dans le sauvetage de la pensée abstraite, c'est l'accessibilité pour tous à son contenu critique, qui constitue le dernier rempart à la domination d'un obscurantisme technico-economique.
Publié par pensée-critique à 17:22:05 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
Intro
De nombreux auteurs se sont essayés à définir la structure sociale et les enjeux propres à la modernité. Qu'il s'agisse de fragmentation sociale, de multitude, de gauchisme moderne, de progressisme, de citoyennisme, de libéralisme existentiel ou d'unidimentionnalité, ceux-ci, au-delà de leurs orientations respectives, tentent de décrire à peu près le même phénomène. Nous nous sommes intéressés à ces auteurs principalement du fait de leurs orientations politiques fortement divergentes, afin de confronter leurs analyses sur la structure socio-politique de la Modernité, et plus spécifiquement en ce qui concerne la transformation des forces d'opposition au modèle dominant.
Ces analyses ont en commun qu'elles traitent d'un même phénomène, partent d'une même période historique, définissent un même contexte global : la seconde moitié du XXeme siècle, notamment les 30 glorieuses, la mise en place de l'Etat Social/Providence, et des politiques Keynésiennes après la seconde guerre mondiale, puis les années 80 a 2000, le démantèlement du modèle social, le retour à une économie libérale.
C'est de ce contexte global, dont nous tenterons de présenter les principaux aspects, qui constituera l'objet premier de cette analyse. Nous reprendrons également l'analyse de Louis Chauvel sur « le retour des classes sociales ? », qui nous parait hormis quelques oublis la plus complète a notre connaissance pour traiter de la question.
Les 30 Glorieuses
Cette période peut se définir en ce qui concerne ses traits principaux par : une forte croissance économique, de nombreuses luttes sociales, notamment dans les années 60 et 70, pour l'acquisition de droits et d'avantages sociaux pour les couches de population les plus défavorisées, mais aussi par le contexte de guerre froide américano-soviétique, les avancées scientifique sen matière d'automatisation, et leur application entraînant d'une part une augmentation considérable du taux de productivité, et d'autre part une diminution démographique de la classe ouvrière, et une forte croissance de la population de cadres et des professions du tertiaire, et enfin la mise en places de politiques Sociales, et une amélioration globale du niveau de vie, permettant l'avènement de la société marchande. C'est aussi a cette période, surtout en Europe, suite au traumatisme de guerre, que se constitue une idéologie de la Paix, un refus du conflit, et un modèle de contestation basé dorénavant sur la négociation.
On assiste ainsi à cette période à un amoindrissement relatif des inégalités de salaire, permettant un accès plus grand à la consommation, notamment pour la classe ouvrière (les « ouvriers de l'abondance »), et un assouplissement en terme de mobilité sociale, une démocratisation de l'enseignement supérieur.
Tandis que la classe ouvrière tend a s'affaiblir numériquement, du fait de l'automatisation et de l'explosion du tertiaire, mais aussi idéologiquement, en terme de sentiment d'appartenance, d'identité collective, apparaît dans le discours, les consciences, l'expression de « nouvelles classes moyennes », auxquelles s'identifient tant les ouvriers qualifiés, les employés, les enseignants, et autres professions intellectuelles.
Celles-ci sont à distinguer de la désignation classe moyenne issue de la pensée Marxienne, désignant les classes du milieu, les cadres, situé entre la Bourgeoisie et le Prolétariat.
On assiste alors à une multiplication des sentiments d'appartenances, s'accompagnant d'une multiplicité d'enjeux symboliques, de genre, d'ethnie, d'orientation sexuelle, de religion, mais aussi concernant la reconnaissance des spécificités locales suite à l'effacement des Etats Nations dans la mondialisation.
Le tournant des années 80
Les années 80 furent marquées d'une part par la récession économique, qui voit alors l'idéal du modèle de l' Etat Social s'effacer, et par la chute du Bloc Soviétique. Le capitalisme libéral restant seul vainqueur tend à s'imposer de nouveau.
Les transformations idéologiques sont ainsi importantes. En effet, tandis que les inégalités resurgissent, l'idéologie de la moyennisation, de la fin des classes, de l'inter compétitivité, et de la collaboration de classe sur le modèle de la négociation tend à s'imposer, tandis que l'idéologie Marxiste connaît son déclin, que le « Prolétariat » se désorganise.
Cette période voit aussi l'expansion d'une catégorie sociale fortement hétérogène, dont il n'existe pas de terme fédérateur dans le langage, le discours politique qui puisse les structurer en tant que classe sociale. Souvent appelés les exclus, les marges, les outsiders, ou encore le lumpen prolétariat, cet ensemble social se retrouve mise hors jeu sans possibilité de se structurer idéologiquement, et matériellement, et ne se manifeste que lors de mouvements sporadiques incapables de se lier les uns aux autres et souvent même, mis en compétition les uns avec les autres.
Il y a ainsi disharmonie, décalage temporel entre conditions objectives et condition subjectives, entre situation et représentation, qui brouille la mise a jour des enjeux réels propres aux groupes sociaux.
Synthèse des analyses sur la modernité
Nous avions ainsi dit que les analyses sur la modernité et les forces d'opposition décrivaient le même phénomène, nous allons alors tenter de discuter sur le fait qu'elles partagent le même pessimisme.
L'ensemble des analyses sur la modernité décrivent celle-ci comme l'ère de la fin des classes et de l'intégration du prolétariat, de l'unidimensionnalité, du consensus autour du capitalisme, de la démocratie, de la république, mais aussi, conjointement, comme une société multiplen divisée, atomisée, fragmentée, ou l'opposition politique ne se constituent plus sur des enjeux relatifs à une position économique et sociale dans le processus de production, à un antagonisme de classe. L'illusion des 30 glorieuses en ce qui concerne la moyennisation de la société à fait disparaître l'antagonisme de classe et démobilisé le mouvement ouvrier, et les avancées de la mondialisation on eu tendance a effacer les identités nationales, à diffuser la conscience d'une citoyenneté mondiale. Les enjeux politiques se sont alors constituées sur tout un ensemble de luttes parcellaires, relatives a des appartenances symboliques, religieuses, de genre, ethniques, régionales, d'orientation sexuelle, ainsi qu'un ensembles de risques transcendantes aux classes sociales, notamment en matière d'énergie, et d'environnement.
Ces analyses qui dominent la scène intellectuelle depuis une 20 aine d'années, tendent aujourd'hui, à décrire le présent comme un univers pétrifié, inerte, immuable, indépassable, dans lequel la lutte de classe a laissé place à l'inter compétitivité au sein d'un ensemble convergeant vers un but commun. Cependant, cette analyse si elle est objective, n'en est pas moins contestable. En effet, ces théories ne reflètent qu'une représentation d'un état antérieur de la société projeté entièrement dans le présent, sans analyse critique plus fine de la situation, constituant alors un discours politico-idéologique allant dans le sens du pouvoir dominant. Cette analyse n'est pas vraie car elle n'est que partielle, car d'une part, elle ne prend pas en compte que les conditions objectives qui constituaient la base de la moyennisation de la société ont changées, et d'autre part, elle ne reflète pas la dynamique des forces sociales en œuvre, la conflictualité croissante qui se dessine, les opposition au consensus global, qui même si elles ne sont que peu structurées, pourraient à l'avenir donner naissance à une force nouvelle, qui réactiverait alors sur des bases plus avancées la lutte de classes.
Nous estimons ainsi que les luttes pour l'acceptation des différences - en ce qui concerne les différences fondamentales constituant de réelles formes de négation de la vérité établie, de l'idéologie dominante sont en train de s'imposer. Ces luttes pour la démystification du mensonge social sont toutes celles qui s'opposent à l'idéal type de l'homme blanc chrétien hétérosexuel, à sa posture dominante : la luttes pour l'émancipation des femmes, les différents ethnies, les orientations sexuelles. Ces luttes sont vraies car elles balayent les fausses consciences et les théories naturalistes légitimant la supériorité génétique d'une fraction de l'humanité sur l'ensemble.
Les luttes religieuses, quant à elles ne constituent que les derniers élans de résistance de l'ordre ancien face à la rationalité technologique la où celle-ci fait la preuve de son irrationalité. Enfin les luttes de types régionalistes ne sont que le symptôme d'une perte de pouvoir et d'identité liée à l'entrée des Etats Nation dans la mondialisation. Ces deux derniers types de luttes contrairement aux premières sont fausses de part leur caractère conservateur, car elles se basent sur un ordre social et des instituions, dont le caractère mystifiant à été démasqué et démenti intellectuellement depuis déjà longtemps. Leur victoire ne constituerait alors pas un dépassement du présent, un avancement dans le dévoilement de la vérité, mais un retour à l'aliénation de la conscience, un blocage de l'histoire.
Il est ainsi possible que dans les démocraties occidentales, le triomphe des luttes pour l'acceptation des différences, dans le cadre de la logique d'égalité, remette alors au goût du jour, la question des classes sociales, du fait de la remontée croissante des inégalités économiques. Cette lutte pour l'égalité constitue en effet une lutte pour la vérité dans la mesure où elle est la négation de l'idéal type de l'homme occidental dominant, qui est également bourgeois capitaliste. Elle se révèle alors lutte de classes.
Enfin, pour clôturer cette partie en ce qui concerne les erreurs d'analyse de la structure sociale, nous opposerons que l'ensemble des analyses sur la moyennisation de par leur cadre trop anthropocentrique, ne peuvent être que réductrices et fausses, si elles ne prennent pas en compte le phénomène de la mondialisation, et la manière dont ce processus influe sur l'organisation géo-économique du monde. En effet, c'est comme si on avait analysé la société française et ses mutations en se centrant exclusivement sur les grandes villes et en excluant les campagnes, ou les banlieues. Il est ainsi nécessaire, dans le cadre de l'économie mondialisée, de la délocalisation de l'industrie, de repenser les inégalités, les classes sociales sur une base mondiale afin de mettre à jour la profondeur des inégalités qui n'apparaissent pas dans la structure sociale nationale des Etats occidentaux.
Classe Bourgeoise et fin des classes : une confusion dans l'analyse...
Les analyses sur la fin des classes ne font que traiter de l'endormissement de la lutte de classe, du fait de la dissolution du mouvement ouvrier. Elles ne s'intéressent qu'a une seule classe : le prolétariat. Cependant, elle ne traite pas de l'autre classe antagonique : la bourgeoisie. Ici réside l'erreur d'analyse fondamentale de la théorie de la fin des classes, qui l'invalide instantanément. En effet, la bourgeoisie, la vraie, la haute bourgeoisie aristocratico financière, dynastique, n'a jamais cessé d'être, d'avoir conscience de ses intérêts en tant que classe, de s'organiser. Cercles de réflexion, syndicats, lobby de pression, rallyes mondains, homogamie et reproduction sociale, capital financier et patrimoine démesuré, élitisme, on voit bien que la structure sociale n'a guère évolué depuis le XIXeme siècle (voire antérieurement). Qu'elle s'affirme ouvertement dans un système libéral, ou concède des formes hybrides de social libéralisme, d'Etat social à économie de marché, la bourgeoisie n'a cessé d'être, de dominer socialement, économiquement, matériellement, symboliquement, et idéologiquement.
... Qui tient du discours idéologique sur la démocratie
Le discours idéologique sur la démocratie se fonde sur plusieurs présupposés source de confusion. Le premier concernerait la notion d'intérêt général, qui tient de l'amalgame entre intérêt du peuple/de la nation et intérêt de l'Etat, d'où la notion d'Etat Nation.
La notion apparaît suite à la Révolution Française et l'avènement de la démocratie, et définit l'intérêt général comme intérêt supérieur aux intérêts particuliers, transcendant la nation. Ainsi, suivant cette définition, les classes dominantes et dominées agiraient de concours pour l'intérêt de la collectivité, pour un progrès global dont tous bénéficieraient à des échelles différentes. L'Idéal républicain nous décrit une société à la fois homogène et atomisée dans laquelle l'individu-citoyen contribuerait a son échelle au bien commun. La République et ses institutions constitueraient ainsi un dispositif de contrôle social dont l'objet serait la création d'un consensus. L'idéal Républicain s'oppose à la reconnaissance des opinions politiques hors de ce consensus, et par la même la possibilité d'auto détermination du peuple, il est par essence anti-démocratique.
Le second présupposé est en partie la conséquence du premier : au XIX eme siècle, lorsque les luttes sociales s'accentuèrent, le pouvoir dû concéder tout un ensemble d'avancées sociales afin de justifier la démocratie. S'en suit une seconde définition de la démocratie et de l'intérêt général : le paternalisme, pouvoir bienveillant, ou socialisme bourgeois (Marx) : le Bourgeois agit au nom du peuple, pour le bien de celui-ci, mais toujours en tant que bourgeois. Cette dimension philanthropique constitue certes une avancée puisque le pouvoir est ici exercé pour le peuple, mais toujours pas par celui-ci. Il ne s'agit pas là réellement d'une démocratie.
S'en suit tout au long du XIX et XXeme siècle un ensemble de luttes politiques aboutissant à l'apparition dun pluralisme politiques, plus ouvert à gauche, dans lequel il est plus ou moins admis que l'intérêt général se joue dans un rapport de force, essentiellement numérique en terme de légitimité, entre les différents intérêts de classe. Cependant, les années 60 à 80 marquent un tournant déterminant dans l'histoire politique moderne, ou la reconnaissance d'intérêts spécifiques indépendants des classes sociales entraînent l'amoindrissement de l'antagonisme premier, et provoquant le retour à l'acceptation initial d'intérêt général.
La démocratie ainsi fondée sur le consensus républicain, tolérant le pluralisme (bipartisme officieux) dans la mesure ou celui-ci ne remet pas en cause, ou n'as pas la force effective de remettre en cause l'ordre établi, mais aménage celui-ci en fonction des tensions relatives au sein de la société, dont l'Etat est l'appareil de régulation, bloquant par là même toute potentielle transformation fondamentale de la structure sociale. Le paradoxe du pluralisme républicain réside ainsi dans une tolérance relative de la pensée, si celle-ci s'incorpore au consensus, est précédée par l'idéologie du pouvoir.
Le consensus républicain basé sur la libre entreprise, l'égalité des chances, le mérite, la reconnaissance de l'individu, est ainsi la condition de la liberté pour ceux qui disposent de conditions sociales favorables, c'est-à-dire de la culture, du capital économique, du patrimoine, des réseaux, pour atteindre les positions sociales avantageuses. Mais il résulte de la contrainte pour ceux qui n'en disposent pas. Pour ceux-ci s'en suit une situation d'aliénation entre condition objectives d'existences et idéologie du système, entraînant une incapacité individuelle d'en jouir, une disposition à la soumission, à la dépréciation de soi, à défaut d'outils théoriques pour penser la réalité et la déconstruire, la révéler en tant qu'elle est idéologie.
La Démocratie vraie ne peut être la démocratie du consensus Républicain, car a ce moment là, elle est pénétrée par une idéologie qui se masque derrière le réel et qui cherche à s'imposer à la conscience comme système rationnel, bridant alors toute émancipation, toute autodétermination du peuple.
Elle ne pourra devenir vrai qu'à partir moment ou l'idéologie Républicaine se sera effondrée et où les positions idéologiques (subjectives) émanant des conditions matérielles (objectives) d'existence pourront s'affirmer clairement en tant que tel, et ou l'endoctrinement laissera place à l'autodétermination et l'expression des rapports antagoniques. A ce moment là il sera possible de distinguer les idéologies fausses des idéologies vraies, et de déterminer un intérêt général qui sera l'expression des conditions objectives d'existence du plus grand nombre, un consensus vrai et dynamique, à tout moment redéfinissable, car autoproduit par l'expression du rapport entre les différentes forces composant le social.
Mais là encore, la Démocratie ne constitue pas un système abouti, du fait qu'elle se fonde sur un principe implicite amalgamant le nombre et le vrai, sur la « tyrannie de la majorité ». Or historiquement, il est rare que le plus grand nombre ait été porteur de vérité de manière initiale, et celle-ci émergea bien d'avantage par la pression constante de minorités agissantes. Il en résulte alors que la démocratie devient le lieu d'affrontement entre le vrai et les faux, et laisse alors libre cours à toute sorte de courants politiques en quête de pouvoir, car constituant le courant d'expression privilégié de la démagogie ce qui bloque alors l'avènement du vrai et proclame le triomphe de la fausse conscience, l'expression de l'opinion.
La démocratie véritable ne pourrait alors se fonder sans un esprit critique poussé global et avéré, une norme sociale de déconstruction/reconstruction constante des idéologies, détruisant les fausses consciences, affirmant les vraies jusqu'à ce que celles-ci soient réfutées à leur tour, et dont l'aboutissement ultime, l'utopie résiderait dans la formulation d'un consensus indiscutable signifiant la mort de la politique et de la démocratie.
Il est cependant bien évident qu'a cet instant, l'aboutissement du processus démocratique ne constitue qu'une utopie chimérique, et que de plus la mort de la démocratie, tel que nous l'entendons, constituerait un état final de l'humanité, , une structure pétrifiée dans laquelle l'histoire ne serait plus.
A l'instar des démarches scientifiques et philosophique, où la quête de la vérité réside dans la déconstruction perpétuelle du faux, la quête de destruction de la démocratie telle que nous la présentons constitue un processus dynamique de dépassement constant du présent, , qui en tant qu'idéologie dominante, serait le moteur d'une société plus juste et satisfaisante pour le plus grand nombre.
Retour des classes sociales, retour de la démocratie ?
Il ne fait nul doute que le consensus produit de l'idéologie du groupe dominant bloque aujourd'hui possibilité de la démocratie. En effet, si celle-ci était l'expression du peuple, elle serait l'expression de la position du groupe dominé, non celle du pouvoir. Le retour des classes sociales et leur autodétermination politique, c'est-à-dire l'auto organisation, pourrait alors signifier la naissance de la démocratie, au sens étymologique du terme, c'est-à-dire non comme une fiction, un mythe transcendant reflétant de manière théâtrale la structure d'une société basée sur un modèle hiérarchique de domination, mais comme mode d'organisation réel, vivant, conflictuel et dynamique.
Publié par pensée-critique à 10:30:06 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
Nous publions cet article suite aux remarques apportées par "colinmaillard" dans un précédent commentaire ou il nous posait une question en ces termes: "dire que la société est aliénée, c'est lui supposer une fonction, un état passé, une nature, une pureté, en tout cas un état non aliéné. Quel est il?"
Tout dépend de la manière dont on envisage la société. Si l'on pose la société comme l'agrégation de l'ensemble des individus en un tout cohérent, la société est aliénée car l'ensemble des individus pour faire société, doivent se contraindre à répondre à la structure et ses exigences, c'est-à-dire son mode de domination, qui est déterminé à la base par une minorité détenant le pouvoir de façonnement des êtres, par le biais de ses institutions intégratrices et coercitives, par exemple la noblesse dans la féodalité, la haute bourgeoisie dans la modernité. Si l'on pense au contraire, que la société constitue une externalité, une structure, elle est dans ce cas aliénante pour les mêmes raisons, mais également du fait qu'elle constitue un construit social, une représentation, une fiction transcendante, qui se pose comme réalité.
Il est possible de dire que les évolutions techniques et organisationnelles de l'humanité constituent une réponse à des contraintes naturelles ou structurelles, et que ces évolutions ont été le moyen contextuel de dépasser certaines formes d'aliénation. Cependant, à chaque étape, chaque dépassement, la société révèle une nouvelle forme de contradiction, de négativité, qui pose les conditions d'un nouveau dépassement historique. En cela il n'y a pas de pureté, de passé idéal, mais un mouvement constant d'évolution sociale et technique pour dépasser les contraintes du présent. Cependant la majeure partie de ces évolutions constitue le fruit de l'exercice d'une volonté, dans un rapport de force, face à la nature, ou entre groupes humains antagonistes.
Les notions passé idéal et de pureté sont généralement le fruit des mouvement conservateurs et régressistes, nostalgiques d'un ordre des choses révolu. C'est le cas des conservateurs de droite, notamment les monarchistes, royalistes, fascistes, ou autres qui souhaitent le retour de la morale et des valeurs d'autorité. C'est aussi le cas de certains primitivistes qui souhaitent un retour à la nature vierge, ou l'humain n'est plus soumis aux contraintes de la structure sociale, bien qu'il soit soumis alors à d'autres dangers. En somme les questions de passé idéal, de pureté ne nous intéressent pas en tant que telles. Il y a un contexte, la modernité, la société capitaliste et technologie, avec ses contraintes et ses possibles, ses modes d'aliénation et ses perspectives d'émancipation.
Dans ce contexte, La société moderne, avec l'évolution croissante de la technologie et du processus d'industrialisation, développe des formes d'aliénation nouvelles, multiples. Celle dont nous parlons ici est propre à la structure elle-même. Le système social, économique, technique, constitue une forme d'aliénation particulière, ou l'humain doit d'avantage répondre aux besoins de la structure que la structure ne répond a ses besoins. Il y a ici soumission de l'humain à sa création, celle qui était censée lui permettre de s'autonomiser. Le système est devenue semi autonome, et renverse donc la logique initiale de contrôle de l'humain sur le système en contrôle du système sur l'humain. Semi autonome parce qu'une minorité de la population tiens les rennes du système et peut ainsi le faire évoluer, bien que celui-ci soit préalablement déterminé par ce même système. Le système ne se reproduit pas à l'identique, mais ne change pas fondamentalement, les principes restent les mêmes, seul le mode de domination évolue, et à la rigueur, la fraction dominante de la population. L'aliénation persiste donc. Cependant, le système comporte certaines zones troubles, certaines brèches à exploiter. Ce qui est envisagé ici consisterait à défaire le mode de domination qui bloque la possibilité de conditions matérielles et existentielles émancipatrices dans le présent.
Publié par pensée-critique à 16:03:06 dans analyses et essais politiques | Commentaires (2) | Permaliens
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