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Synthèse du livre Rules for radicals de Saul Alinsky, un manuel pour les révolutionnaires made in USA | 25 mars 2011

Dans la revue La Traverse #1

 

Rules for radicals, Saul Alinksy, éditions Random House, 1971. Ce livre a été traduit en français sous le titre Manuel de l’animateur social : une action directe non violente, éditions Seuil, 1976. Cette édition française est épuisée, mais disponible d’occasion ou dans certaines bibliothèques.

 

Comment combattre efficacement les inégalités sociales, les discriminations, le capitalisme ? Que faire pour surmonter la résignation et le fatalisme ambiants ? Par où commencer ? Nous vous proposons quelques réponses à travers l’expérience et la pensée d’un militant états-unien méconnu en France, Saul Alinsky. De 1940 à 1970, cet activiste a semé la révolte dans les taudis et les quartiers pauvres de Chicago, de New York, de Boston ou de Los Angeles. Son objectif ? Aider les personnes les plus démunies à s’organiser pour améliorer leurs conditions de vie et combattre les méfaits du capitalisme. Ses méthodes ? Le travail de terrain, la patience, la ruse et l’action directe, de préférence non violente et ludique. En 1971, dans Rules for radicals, un livre-testament principalement destiné aux jeunes révolutionnaires, il décrit ses expériences, ses stratégies, sa vision du changement social. Quarante ans plus tard, découvrons ou redécouvrons la “méthode Alinsky’’.

 

Biographie

 

Qui est Saul Alinsky ? Né en 1909 de parents immigrés russes, Saul Alinsky grandit dans un quartier pauvre de Chicago, au plus près de la misère sociale. En 1927, plutôt bon élève, il intègre l’Université et débute des études de sociologie. Passionné de criminologie, il se lance en 1930 dans une thèse sur les gangs urbains de Chicago. Pendant plusieurs années, en pleine période de crise économique, Saul Alinsky étudie la mafia, approchant de près le réseau d’Al Capone. De cette plongée dans la “face obscure’’ de la ville, Alinsky aboutit à une conclusion qui le suivra toute sa vie : les principales causes de la criminalité sont les mauvaises conditions de vie, le chômage, la discrimination raciale, et de manière plus générale l’organisation capitaliste de la société. Pour affaiblir les gangs, il faut avant tout lutter contre une système social et économique injuste, raciste et inégalitaire.

Nommé criminologue dans une prison d’État de l’Illinois, Saul Alinsky s’engage de plus en plus dans la lutte politique. Il organise des collectes pour les travailleurs saisonniers de Californie, soutient financièrement la Brigade internationale en Espagne, rejoint le CIO, le plus grand syndicat ouvrier des États-Unis. Toutes ces années, plusieurs questions l’obsèdent : comment lutter plus efficacement ? Comment surmonter le climat de passivité, de divisions fratricides et de fatalisme qui règne la plupart du temps dans les milieux sociaux les plus exploités ? Comment réduire l’asymétrie entre, d’un côté, une population pressurisée, précarisée et inorganisée, et, de l’autre, des autorités, une administration et des organisations patronales solidement structurées ?

Au fil de ses expériences, Saul Alinsky imagine une stratégie possible : pour aider les personnes les plus opprimées à s’organiser, à construire des luttes autogérées, radicales et efficaces, pourquoi ne pas implanter des “animateurs politiques’’ dans les quartiers pauvres, des organizers, des spécialistes de l’organisation populaire ?

En 1939, à 31 ans, Saul Alinsky décide de mettre ses idées en pratique.  Il quitte son travail et s’installe dans Back of the Yards, le quartier le plus misérable de Chicago. Au milieu des chômeurs, des ouvriers sous-payés, des baraquements sales, du climat de haine entre immigrés polonais, slaves, noirs, mexicains et allemands, Saul Alinsky commence par écouter et observer. Patiemment, il s’intègre à la vie du quartier, tisse des liens amicaux, identifie les rapports de force, cerne les principaux problèmes et des solutions possibles. Peu à peu, il suggère des rencontres entre habitants, encourage les uns et les autres à prendre la parole, à exprimer leur colère face aux propriétaires, aux autorités ou aux patrons locaux, puis à définir des revendications et imaginer des stratégies de victoire. Parmi ces stratégies, Alinsky appuie fortement les propositions d’actions directes non violentes et ludiques, et participe activement à leur organisation. Bientôt, les premières actions s’organisent : sit-in festif devant la villa d’un propriétaire véreux qui refuse de rénover un immeuble, boycott d’un magasin pour exiger des prix plus bas, lâcher de rats au conseil municipal pour obtenir la mise aux normes sanitaires de logements sociaux, auto-réduction collective des loyers, occupations d’usines, manifestations, pétitions... De luttes en luttes, les succès s’accumulent, la participation des habitants s’intensifie, les actions prennent de l’ampleur.

Trois ans plus tard, les améliorations du quartier Back of the Yards sont nettement visibles et font la une des médias locaux : de nombreux loyers ont été réduits, des bâtiments réhabilités, les services municipaux améliorés, les salaires de certaines entreprises locales augmentées, tandis que plusieurs collectifs autonomes d’habitants maintiennent une forte pression populaire. Pour Alinsky, le bilan de ces trois années d’engagement est largement positif : il a le sentiment d’avoir expérimenté une stratégie efficace et reproductible.

Pendant plus de trente ans, il va sillonner les États-Unis pour diffuser ses méthodes, former des centaines d’organizers, proposer ses talents de stratège et sa notoriété croissante au service des saisonniers mexicains en Californie, des ouvriers de l’entreprise Kodak de Rochester, des populations noires de New York, et plusieurs dizaines d’autres luttes dans tout le pays. Si Saul Alinsky déménage régulièrement, les cibles de ses actions restent généralement les mêmes : des propriétaires véreux, des maires racistes, des patrons cupides, la police...

Dans le contexte de répression politique du maccarthysme, Alinsky est plusieurs fois emprisonné. À la fin des années 60, alors que les luttes étudiantes, les mouvements civiques et les manifestations contre la guerre du Vietnam sont en plein essor, Saul Alinsky s’intéresse à l’organisation politique des classes moyennes. Dans quelle mesure ses méthodes sont-elles pertinentes et transposables dans des milieux sociaux plus aisés ? En 1971, un an  avant sa mort soudaine, il publie Rules for radicals, un manuel principalement destiné aux jeunes révolutionnaires. Saul Alinsky y décrit sa vision de l’activité politique, ses réflexions et ses expériences sur les conditions du changement social.

 

La méthode Alinsky

 

Rules for radicals part du constat suivant : les populations les plus opprimées des États-Unis sont piégées dans un quotidien de survie. Elles vivent le plus souvent au jour le jour, sans grande perspective, sans assez de temps, de recul et d’énergie pour s’organiser politiquement, pour s’engager dans des stratégies de luttes, encore moins pour imaginer un bouleversement radical du système capitaliste. Des appuis extérieurs peuvent contribuer à briser cette spirale de contraintes et de résignation : les organizers. Leur but n’est pas de diriger des luttes, mais de stimuler leur essor, d’accompagner la création d’organisations populaires, les plus autogérées, indépendantes et radicales possibles vis-à-vis des pouvoirs publics, des propriétaires et des patrons.

 

Pour atteindre cet objectif, Saul Alinsky propose plusieurs étapes :

 

1/S’intégrer et observer

 

Une fois choisi un quartier ou un secteur de la ville particulièrement sinistré, les organizers s’y installent à plein-temps, en se finançant par des petits boulots ou par du mécénat. Dans un premier temps, leur tâche est de s’intégrer lentement à la vie du quartier, de fréquenter les lieux publics, d’engager des discussions, d’écouter, d’observer, de tisser des liens amicaux. Il s’agit de comprendre les principales oppressions vécues par la population, d’identifier leurs causes et d’imaginer des solutions. Les organizers doivent également repérer des appuis locaux possibles en se rapprochant des organisations et des personnes-clés du quartier : églises, clubs, syndics, responsables de communautés, etc. Par cet effort d’observation active, les organizers doivent en particulier déchiffrer les intérêts personnels des différents acteurs en présence. Cette notion d’intérêt personnel est récurrente dans la pensée stratégique de Saul Alinsky, pour qui l’intérêt constitue le principal moteur de l’action individuelle et collective, bien plus que les idéaux ou les utopies. Pour favoriser l’émergence de luttes sociales, Rules for radicals conseille aux organizers de concentrer leurs efforts sur les questions de logement, de salaire, d’hygiène ou de reconnaissance sociale, et voir dans quelle mesure ces problèmes peuvent faire émerger des communautés d’intérêts à l’échelle du quartier. Dans la vision d’Alinsky, les réflexions globales sur la société de consommation, sur le capitalisme ou sur le socialisme naissent dans un second temps, lorsque les personnes ne sont plus piégées dans un quotidien de survie, lorsqu’elles ont atteint un meilleur niveau d’organisation et de sécurité matérielle.

 

2/Faire émerger collectivement les problèmes

 

Lorsque les organizers ont suffisamment intégré la vie du quartier et compris ses enjeux, leur tâche est de susciter, petit à petit, des cadres propices à la discussion collective. Cette démarche peut commencer très lentement : un échange improvisé entre quelques habitants dans une cage d’escalier, au détour du marché, dans un bar... Les organizers doivent saisir toutes les occasions de créer du lien entre les habitants, et les amplifier. Il s’agit de permettre aux exaspérations, aux colères et aux déceptions de s’exprimer collectivement, afin que les habitants réalisent combien, au-delà de leurs divergences, ils partagent des préoccupations, des problèmes et des oppresseurs communs.

 

3/Commencer par une victoire facile

 

Dans l’idéal, la première action collective suggérée ou soutenue par les organizers doit être particulièrement facile, un combat gagné d’avance permettant de faire prendre conscience à la population de son pouvoir potentiel. Dans la pensée de Saul Alinsky, la recherche du pouvoir populaire est centrale : quand des personnes se sentent impuissantes, quand elles ne voient pas comment changer le cours des choses, elles ont tendance à se détourner des problèmes, à se replier sur elles-mêmes, à s’enfermer dans le fatalisme et l’indifférence. A l’inverse, quand des personnes ont du pouvoir, quand elles ont le sentiment qu’elles peuvent modifier leurs conditions de vie, elles commencent à s’intéresser aux changements possibles, à s’ouvrir au monde, à se projeter dans l’avenir. « Le pouvoir d’abord, le programme ensuite ! » est l’une des devises récurrentes de Rules for radicals. Créer une première victoire collective, même minime comme l’installation d’un nouveau point de collecte des déchets ou l’amélioration d’une cage d’escalier, permet d’amorcer une passion du changement, une première bouffée d’oxygène dans des vies asphyxiées de résignation. Les organizers doivent par conséquent consacrer un maximum de soins aux premières petites victoires, ce sont celles qui conditionnent les suivantes.

 

4/Organiser et intensifier les luttes

 

Une fois quelques victoires remportées, le but des organizers est d’encourager et d’accompagner la création de collectifs populaires permanents, afin d’élargir et d’intensifier les actions de lutte. La préparation des actions doit être particulièrement soignée et soutenue par les organizers. Les recettes d’une mobilisation réussie ? Élaborer des revendications claires et crédibles ; imaginer des stratégies inattendues, ludiques, capables de mettre les rieurs du côté de la population ; savoir jouer avec les limites de la légalité, ne pas hésiter à tourner les lois en ridicule, mais toujours de manière non-violente afin de donner le moins de prise possible à la répression ; mettre en priorité la pression sur des cibles personnalisées, aisément identifiables et localisables, un patron plutôt qu’une firme, des responsables municipaux plutôt que la mairie, un propriétaire plutôt qu’une agence immobilière ; tenir un rythme soutenu, maintenir une émulation collective ; anticiper les réactions des autorités, prévoir notamment des compromis possibles ; et, enfin, savoir célébrer les victoires par des fêtes de quartier mémorables !

Tout au long de ce processus, s’ils sont interrogés, les organizers ne doivent pas cacher leurs intentions. Ils doivent se présenter tels qu’ils sont, avec sincérité, expliquer qu’ils souhaitent soutenir la population, qu’ils sont révoltés par les injustices et les oppressions subies dans le quartier, qu’ils ont des idées pour contribuer au changement. Dans l’idéal, les organizers ont tissé suffisamment de liens avec des organisations locales, des églises, des syndics ou des communautés, pour être soutenues voire recommandées par elles. Cette phase d’expression et d’indignation collective doit rapidement s’accompagner de perspectives d’action concrètes. Si celles-ci n’émergent pas directement de la population, les organizers peuvent faire des propositions. Par contre, ils ne doivent pas prendre des décisions à la place des habitants. Dans les premières étapes de ce processus, la radicalité des revendications ne doit pas être l’obsession première des organizers. Par expérience, Alinsky constate que la radicalisation des luttes découle généralement des politiques répressives des autorités, qui supportent très mal les contestations, aussi minimes et partielles soient-elles. Les réactions de l’État, des patrons et des propriétaires, parce qu’elles dévoilent au grand jour les rapports de domination et d’injustice, durcissent et éduquent davantage la population que les grands discours militants. Par ailleurs, Alinsky constate que la majorité des personnes à, dans son for intérieur, une grande soif d’aventures collectives, une envie de bousculer l’ordre existant, de maîtriser ses conditions de vie et son destin. Une fois la première brèche ouverte dans une vie de résignation et d’impuissance, l’ardeur révolutionnaire peut se propager bien plus vite qu’on ne l’imaginait. Tout au long de cette présentation stratégique, on voit combien les organizers doivent faire preuve de qualités assez exceptionnelles : curiosité et empathie, pour comprendre la dynamique d’un quartier et tisser des liens de sympathie avec de nombreuses personnes ; ténacité et optimisme, pour ne pas se décourager face aux multiples obstacles, considérer son action sur la durée et cultiver une assurance communicative ; humilité et conviction autogestionnaire, pour savoir se mettre en retrait, ne pas prendre la tête des luttes, accepter de vivre chichement et sans grande gratification politique ; humour et imagination, pour inventer des actions ludiques et surprendre l’adversaire ; organisation et rigueur, pour savoir tenir des délais et gérer des informations multiples ; et, enfin, un talent de communication. Rules for radicals insiste longuement sur ce dernier point, qui constitue, selon Alinsky, l’un des piliers de l’activité révolutionnaire : savoir communiquer. S’exprimer clairement, utiliser un vocabulaire approprié, faire appel aux expériences et au vécu de ses interlocuteurs, être attentif aux réactions, savoir écouter, fonctionner davantage par questions que par affirmations, éviter tout moralisme, toujours respecter la dignité de l’autre, ne jamais humilier... A l’inverse, certains défauts sont éliminatoires : l’arrogance, l’impatience, le mépris des personnes jugées trop peu “radicales’’, le pessimisme, le manque de rigueur et autres comportements rapidement sanctionnés par la population. De fait, pour intervenir dans un quartier pauvre, Alinsky constate que les meilleurs organizers sont souvent ceux qui, ayant grandi dans des milieux populaires, en maîtrisent spontanément les codes de communication.

 

5/Se rendre inutile et partir

 

La méthode proposée par Saul Alinsky, répétons-le, ne vise pas à prendre la tête des luttes d’un quartier, mais à les servir, à créer de l’autonomie et de la souveraineté populaire. En conséquence, les organizers doivent savoir s’effacer à temps, transmettre leurs compétences, se rendre progressivement inutiles, puis quitter le quartier afin de rejoindre d’autres aventures politiques...

Cette brève synthèse de la “méthode Alinsky’’ est forcément incomplète. Vous trouverez dans Rules for radicals de nombreuses précisions et, surtout, des exemples concrets. Insistons sur le fait qu’il s’agit moins d’une recette prête à l’emploi que d’une démarche générale, une manière de faire qui dépend ensuite de chaque situation, de chaque quartier, nécessitant des efforts constants d’improvisation et d’adaptation.

 

Un appel aux jeunes révolutionnaires des classes moyennes

 

Rules for radicals s’intéresse également de près aux nombreux mouvements contestataires qui, depuis le milieu des années 60, agitent les États-Unis. Après la période difficile des années 50, marquée par la répression maccarthyste et l’agonie de la gauche américaine, Saul Alinsky s’enthousiasme de voir autant de monde, et surtout des jeunes, s’opposer à la guerre du Vietnam, exiger la fin des discriminations raciales, critiquer radicalement le système capitaliste, fustiger l’oligarchie au pouvoir et affirmer une soif de paix, d’égalité, de liberté et d’entraide. Dans le même temps, se basant sur son expérience politique, Alinsky exprime ses inquiétudes face à certaines tendances des nouveaux mouvements radicaux, en particulier ceux portés par les jeunes générations :

 

- Le morcellement des luttes : les mouvements radicaux ont de grandes difficultés à s’unir et s’élargir. En plus de la répression gouvernementale, ils semblent dévorés de l’intérieur par les querelles idéologiques, les carences organisationnelles, les ambitions personnelles ou les rivalités narcissiques. Trop souvent, ils ont tendance à se fragmenter en groupuscules en concurrence les uns avec les autres.

 

- Une communication médiocre : les textes radicaux sont souvent illisibles, truffés de théories complexes, coupées de la réalité et trop éloignées des préoccupations concrètes de la population. On retrouve ici l’un des leitmotivs de Saul Alinsky : « Partir de là où en sont les gens », c’est-à-dire s’intéresser au quotidien de la population avant de diffuser de grandes analyses sur la société de consommation, la démocratie représentative ou l’écologie libertaire.

 

- Une tendance à l’entre-soi : prôner une rupture radicale avec l’ordre établi conduit de nombreux militants à fuir les contacts avec les “gens normaux’’, jugés toujours trop matérialistes, pollueurs, sexistes, racistes, soumis et conformistes. Une culture de l’entre-soi se met progressivement en place, marquée par des attitudes, des expressions et des codes vestimentaires communs, doublée parfois d’attitudes hautaines et méprisantes vis-à-vis du reste de la société. Alinsky s’insurge contre cette tendance à consacrer davantage de temps et d’énergie à célébrer la radicalité et la “pureté’’ d’un groupe militant plutôt que de réfléchir aux stratégies pour réellement transformer la société. Rules for radicals insiste au contraire sur l’importance, pour les révolutionnaires, de s’intégrer au plus près de la population. Cette démarche politique suppose de respecter la dignité des personnes que l’on côtoie, de ne pas faire de jugement moral hâtif sur leurs idées ou sur leurs modes de vie, ou encore de savoir remettre en question ses apparences : « S’il s’aperçoit que ses cheveux longs sont un handicap, une barrière psychologique pour communiquer et s’organiser avec les gens, un authentique révolutionnaire les fait couper. »

 

- Un manque de réflexion stratégique : la plupart des radicaux veulent “tout, ici et maintenant’’. Ils ont du mal à inscrire leurs luttes dans la durée, à prendre en compte la nécessité de transitions, à imaginer des étapes sur plusieurs années. Ce désir d’un changement rapide et spectaculaire s’accompagne généralement d’une passion pour les grands leaders charismatiques, le romantisme révolutionnaire ou les dogmes messianiques marxistes et maoïstes, autant d’indices qui, pour Alinsky, semblent le signe d’une « recherche de révélation plutôt que de révolution ». A l’inverse, Rules for radicals envisage la révolution comme un processus lent et progressif, nécessitant un long effort d’organisation, en partant du niveau local.

 

- Un nihilisme désespéré : une grande partie des jeunes générations ne semble nourrir aucun espoir dans un réel changement de société par l’action politique, elle envisage l’avenir du monde sous l’angle du désastre inévitable. C’est pourquoi, à la protestation désespérée, elle a tendance préférer des “stratégies de fuite’’.  Certains se replient dans des communautés coupées de la société, d’autres dans un nomadisme permanent, dans la drogue, le développement personnel ou l’ésotérisme, autant de voies qui, le plus souvent, aboutissent à des échecs personnels, à la solitude, au désespoir, à l’égocentrisme ou à la dépression. Pour Alinsky, la lutte armée s’inscrit dans cette tendance nihiliste : il s’agit d’un combat perdu d’avance qui ne peut aboutir qu’à un suicide politique. Non seulement la répression gouvernementale, féroce et disproportionnée, finit inexorablement par disloquer ou décourager les luttes clandestines, mais cette répression est acceptée par la majorité de la population qui, face à la violence, prend peur et préfère « un mauvais système qu’une bande de fous violents ».

 

Ces analyses critiques ont suscité, on l’imagine, de vives réactions lors de leur publication. Lucidité ou divagation d’un vieil activiste qui, au soir de sa vie, observe avec intérêt les luttes de ses contemporains ? Rules for radicals est un livre volontairement polémiste, qui, à tort ou à raison, cherche à bousculer certaines évidences portées dans les milieux radicaux. Notons qu’à l’inverse, de nombreux militants critiquaient sévèrement les méthodes de Saul Alinsky, jugées trop réformistes, trop peu révolutionnaires, trop centrées sur l’amélioration des conditions de vie des classes populaires, ce qui, sur le fond, aboutit à les intégrer davantage à la culture capitaliste dominante. Dans Rules for radicals, Alinsky répond à certaines de ces critiques. Il reconnaît que la plupart des valeurs dénoncées par la jeunesse en colère sont justement celles auxquelles les pauvres pour lesquels il a milité toute sa vie aspirent de plus en plus. Il constate que ses méthodes sont efficaces pour améliorer les conditions de vie des classes populaires, mais le sont nettement moins pour grossir les rangs des révolutionnaires anticapitalistes : même si des luttes sont très intenses pendant plusieurs années dans un quartier, seule une minorité de la population s’engage durablement, la majorité cesse de militer dès qu’elle atteint de meilleures conditions de vie. Au final, si Alinsky ne regrette pas d’avoir consacré sa vie à lutter du côté des opprimés, il exprime cependant son amertume de ne pas avoir vu les mouvements populaires auxquels il a contribué s’amplifier et se radicaliser davantage. C’est en grande partie ce constat qui conduit Alinsky à nourrir de grands espoirs dans l’activisme des classes moyennes. Celles-ci, contrairement aux classes populaires, sont moins piégées dans une précarité matérielle quotidienne. Leur contestation porte davantage sur le sens de la vie, sur les finalités de la société moderne, ce qui, pour Alinsky, semble porteur d’une grande richesse révolutionnaire. D’où ses interrogations : dans quelle mesure ses méthodes sont-elles pertinentes et transposables pour les révolutionnaires des années 70 ? Que conseiller aux radicaux d’aujourd’hui ?

 

Si Rules for radicals ne fournit pas de recettes politiques précises, il propose cependant quelques pistes, à travers un appel aux jeunes révolutionnaires des classes moyennes. Le contenu de cet appel ? Ne vous découragez jamais, l’histoire de l’humanité est pleine de surprises et de rebondissements ; ne fuyez pas la réalité, regardez là bien en face, étudiez-là pour trouver des brèches subversives ; prenez conscience de vos atouts : issus des classes moyennes, vous êtes les mieux placés pour comprendre leurs préoccupations, leurs langages, leurs aspirations ; rapprochez-vous des organisations existantes, les associations de consommateurs, les mouvements féministes, écologistes, civiques ; aidez ces organisations à acquérir davantage de pouvoir, utilisez aux maximum cette possibilité que nous avons encore, dans nos démocraties restreintes, de pouvoir nous organiser, de repousser les limites de la loi, d’obliger les autorités à composer avec vous ; n’oubliez jamais qu’une fois que les personnes sont organisées pour lutter sur un problème aussi banal que la pollution, elles peuvent ensuite s’attaquer à des questions beaucoup plus importantes ; augmentez patiemment la radicalité des actions, appuyez-vous sur les réactions répressives des autorités pour remettre en question tous les systèmes d’oppression qui affectent l’ensemble de la société ; unifiez les organisations locales au niveau national et international ; construisez patiemment les bases d’une organisation politique solide, autogérée et durable ; n’oubliez jamais qu’une vraie révolution commence quand elle est dans le cœur et l’esprit de la population ; les classes moyennes sont engourdies, désemparées, épouvantées, stressées, introduisez de l’action et de l’aventure dans cet univers morne et triste ; et, enfin, insistez inlassablement sur le fait que l’entraide est raisonnable et subversive, qu’on ne peut plus vivre sa vie dans son coin, ne se préoccuper que de son bien-être personnel sans se soucier de celui des autres, que si nous ne nous saisissons pas collectivement des problèmes mondiaux, nous allons vers la barbarie.

 

Quarante ans après, cet appel nous parle- t-il encore ? Nous le pensons, et c’est pourquoi nous recommandons Rules for radicals, un ouvrage stimulant, souvent agaçant et discutable, mais toujours espiègle, à l’image de son auteur qui, quelques mois avant sa mort, déclarait dans le magazine Playboy : « Un jour j’ai réalisé que je mourrai, que c’était simple et que je pouvais donc vivre chaque nouvelle journée, boire chaque nouvelle expérience aussi ingénument qu’un enfant. S’il y a une survie, de toute façon j’irai en enfer. Mais une fois que j’y serai, je commencerai à organiser là-bas les have-nots que j’y trouverai. Ce sont mes frères. »

Publié par pensée-critique à 09:05:08 dans Réflexions Philopolitiques | Commentaires (0) |

Sur la question des retraites... | 02 octobre 2010

Deux manifestations d'ampleur nationale ce mois-ci, un gouvernement qui ne lâche pas prise, des directions syndicales qui utilisent la combativité de leur base pour aller négocier des miettes à l'assemblée, bref rien de bien nouveau pour quiconque connaît un tant soi peu l'histoire des luttes sociales en France depuis plus d'un siècle ! Et pourtant, derrière cette impression de déjà vu se dissimule les enjeux fondamentaux de la modernité.

 

Il ne servirait à rien de reprendre ici les innombrables exposés des Gauches à ce sujet. Le report de l'age à la retraite n'est pas affaire de rationalité économique et technicienne, c'est une question socioculturelle. Si ce n'était qu'une question de budget et si le maintient (ou l'abaissement) de l'age de la retraite constituait une priorité pour les dirigeant et les aspirants dirigeant de ce pays, alors, il suffirait, par exemple, de diminuer le budget colossal attribué aux secteurs policiers et militaires, et de puiser les profits du capital et dans les fortunes abyssales de la grande bourgeoisie Française.

 

C'est une question socioculturelle au sens ou elle implique bien plus la mise en question du type de rapport aux autres que nous voulons développer : voulons nous être considérés comme des ressources énergétiques pour alimenter "la machine" ou voulons nous adapter les savoirs et les technologies dont nous disposons à construire une existence au maximum libérée de la contrainte du travail ? Voulons nous l'égalité et la solidarité, ou voulons nous l'individualisme sauvage et la guerre économique et institutionnelle de tous contre tous ? Est-on libre lorsque l'on abandonne son existence au travail, ou l'est on lorsque l'on est au maximum déchargé de la contrainte travail ?

 

Les progrès technologiques réalisés depuis les années 50 permettaient une existence requérant de moins en moins de labeur, cependant, elle fut bloquée par la domination capitaliste, qui aurait à ce moment subit son effondrement. La réponse du capitalisme à la menace d'émancipation contenue dans l'automatisation fut le développement de la société marchande, de services, de consommation, du travail et de l'économie "immatérielle", ainsi que la précarisation par maintient d'une durée d'activité entretenant inéluctablement le chômage de masse.

 

Ce qui se pose face à nous aujourd'hui, c'est la perspective d'une civilisation individualiste, atomisante, violente et fragilisante, soumise au bon vouloir d'une poignée de capitalistes et de leurs laquais, et au contrôle de leurs "expert" en management social ; mais c'est aussi la possibilité d'une révolte contre cet état des choses, d'une prise en main collective de nos existences, de nos réalisation, de notre devenir.

 

La Gauche politicienne et syndicale, trop attachée à défendre ses intérêts et son petit pouvoir, ne se rend pas assez compte que ce qui est en jeu, ce n'est pas la survie d'un système économique, mais l'existence réelle de millions de personnes !

 

N'attendons pas après eux, organisons nous directement !

 

Aujourd'hui, défendons nos retraites, demain, changeons ce système !

 

Réinvestissons nos quartiers, nos usines, nos hôpitaux, nos associations, nos écoles et tous les lieux où nous trouverons des camarades prêts à lutter!

 

Publié par pensée-critique à 08:25:32 dans Actualité | Commentaires (0) |

Travail et exploitation | 02 octobre 2010

Sur la réduction du Travail

 

Selon les dires de certains, seulement 5 à 50% du travail réalisé dans les sociétés technologiquement avancées est nécessaire à garantir l’existence humaine. Il n’est pas question d’entrer ici dans le débat absurde de la quantification du travail socialement inutile. Le degré d’utilité du travail dépend avant tout des finalités sociales dominantes au sein de groupements humains organisés.

 

Ce qui est néanmoins certains, d’un point de vue écologique, c’est que l’activité industrielle des sociétés technologiquement avancées à depuis longtemps dépassé les limites des capacités de production de la planète, et que cette suractivité provoque des dégâts considérables au niveau de la biodiversité. La réduction des activités humaines d’intervention sur la matière relève de la nécessité. Il est néanmoins difficile de quantifier, a partir de bilans écologiques généralement contradictoires, jusqu'à quel point il est nécessaire de faire décroître ces activités de production matérielle.

 

Mais la question de la diminution des activités humaines ne se pose pas uniquement sur le plan écologique. Cette intensité de l’activité productive, pas seulement matérielle, pose problème d’une part au regard de la manière ou elle est aménagée socialement, mais aussi vis-à-vis de ses conséquences sur l’organisme.

 

Organisation de la rareté de l’offre de travail et domination capitaliste

 

Depuis ses débuts, le capitalisme s’est organisé et a prospéré sur une logique de rareté de l’offre par rapport à la demande. Ceci est également vrai à propos de la question du travail. La répartition du temps de travail répond à une double logique de mise sous pression : d’une part au niveau de la main d’œuvre salariée, qui se trouve contrainte à l’exploitation, dans la mesure ou elle peut très bien être remplacée par un main d’œuvre non employée plus docile, d’autre part, la condition de demandeur d’emploie pousse à l’acceptation de n’importe quelle tache, à un prix généralement inférieur au travail effectué. Cette logique de la rareté de l’offre mets en œuvre une logique de guerre de tous contre tous pour l’accès à la société d’exploitation. Le report de l’age de départ à la retraite participe également de ce processus dans la mesure ou il ne libère pas de postes pour les demandeurs d’emplois, et reporte leur entrée dans la sphère du travail, mais aussi leur propre age de départ à la retraite.

 

Progrès technique et Quasi-Abolition du travail

 

L’évolution des forces productives, notamment le développement de l’automatisation, devaient selon la théorie Marxienne conduire à l’effondrement de la nécessité de travail et à la diminution du taux de profit. C'est-à-dire qu’elle devait entraîner la fin du capitalisme et laisser place à un autre type d’organisation sociale basée sur l’abondance et le partage équitable. Pour Lénine, le déclin du capitalisme devait se manifester par le développement et l’intensification des guerres inter-impérialistes. Cependant, la réponse apportée par entre autre par les Roosevelt, Schumpeter et Keynes à l’effondrement probable du capitalisme fut tout autre. On la nomma New Deal. Cette nouvelle donne consista d’une par dans une logique de destruction/ reconstruction, d’amorçage financier et d’extension quasi illimitée des marchés.

 

Stratégies capitalistes face à la diminution du temps de travail

 

La stratégie capitaliste qui accompagne celle de l’extension des marchés sur le plan technique consiste, quand ceux-ci arrivent à saturation, c'est-à-dire quand la majorité de la population est équipée, à jouer sur l’obsolescence programmée, et l’incompatibilité des interfaces. L’obsolescence programmée consiste en ce que dans un bien produit, une ou plusieurs composantes sont volontairement de moins bonne qualité, afin que le produit soit plus rapidement hors d’usage, généralement quelques temps après la garantie. L’incompatibilité des interfaces consiste quant à elle à produire des interfaces qui ne seront compatibles qu’avec un modèle unique, ce qui implique que le renouvellement d’un bien nécessite simultanément de renouveler toutes les interfaces permettant de le faire fonctionner. Tout ceci implique à la fois un immense gaspillage de matière, mais aussi pour la population, des frais supplémentaires liés à ce besoin de renouvellement constant. L’autre grande restructuration des sociétés productivistes technologiquement avancées,  développement massif du secteur tertiaire, c'est-à-dire des activités d’administration, et de services durant la période d’après guerre. Il est possible, parmi ces activités de services, de distinguer les services socialement utiles généralement, ceux qui ne sont utiles socialement que dans la mesure ou il compensent les effets destructeurs du capitalisme, et les services socialement inutiles, qui ne servent qu’a distraire et défouler une population en compensation de la frustration souvent engendrée par l’activité salariée.

 

Les problèmes du travail « immatériel »

 

On parle bien souvent de la pénibilité et des effets destructeurs du travail physique, mais on parle peu de certains problèmes existants au sein du travail dit « immatériel ». Le problème des salariés exerçant dans le domaine de l’immatériel réside dans la difficulté de prise en compte des heures de travail. Ainsi, il arrive fréquemment que ces personnes soient employées officiellement pour 35heures hebdomadaires, tandis qu’ils en travaillent 50 à 70. Relativement bien rémunérés, un bon nombre de ces salariés ne revendiquent pas un salaire évalué sur 35heures, mais une diminution du temps de travail. De plus, ces salariés sont généralement soumis à des contraintes temps qui génèrent stress, dépression et maladies chroniques, et poussent parfois, du fait de l’exigence qui est imposée en matière de rendement, à l’alcoolisme et à la prise de drogue.

 

Perte de sens de la solidarité dans la société du travail

 

Le déclin de la solidarité dans les sociétés occidentales est lié à la désymbolisation, ou perte de réciprocité, du fait que la solidarité ne s’exerce plus directement entre les hommes, mais s’éloigne dans des canaux techniques et institutionnels, des abstraction déshumanisées dans lesquelles nous oublions le sens réel de la solidarité. Nous avons affaire à des formulaires, des administrateurs, à un discours dépersonnalisé, rigide, autoritaire et contraignant, et pas à des êtres humains, des pairs, des êtres sensibles. Atomisés et éduqués à l’individualisme, nous ne percevons plus ce que peut être la vie des autres, en l’occurrence, des personnes âgées, malades, handicapées, ou sans emploi. Nous ne développons plus alors une solidarité qui serait le produit d’une relation d’empathie, qui s’inscrirait dans  les affections, dans les corps. C’est pourtant avec cette base de solidarité qu’il nous faut renouer afin de rompre avec l’indifférence généralisée et pouvoir nous libérer de l’emprise de la domination capitaliste

 

Alourdissement de la réciprocité dans la société du travail

 

Le discours sur la solidarité n’est employé qu’a titre instrumental par ceux qui régissent ou prétendent régir ce système. Il s’inscrit dans une logique de croissance illimitée des activités humaines salariées, et d’assujettissement à l’impératif idéologique de rendement qui consiste à justifier davantage l’exploitation au nom d’une nécessité sociale ou systémique. Ce discours n’est vrai que dans la mesure où l’on accepte le système capitaliste, productiviste, sa structuration et les contraintes qui en découlent, dans la mesure ou l’on ne remet pas en cause la logique de circulation et de concentration du capital dans les mais de quelques uns, que l’on accepte le vol organisé et légitimé, que l’on accepte de vivre dans une société d’abondance en bien de luxes et dont le prix est le surtravail, que l’on accepte pour cela la paupérisation généralisée des pays en voie de (sous-)développement, et la nécessité du système de défense policier et militaire afin de garantir l’ordre établit, etc. Le discours sur la solidarité dans une configuration systémique (faussement) inébranlable est employé par la droite afin de disposer la population au « principe de rendement » afin de ne jamais remettre question la logique capitaliste et garantir la domination de classe. La contradiction de ce discours reste que ceux qui disposent de plus de moyens financiers sont nettement moins mobilisés en matière de solidarité que le reste de la population. Cette population capricieuse qui fait peser menace de délocalisation est pourtant la même qui invoque sans vergogne les valeurs de la République pour demander aux ménages disposant de revenus médians de se sacrifier, organisant par là les conflits entre pauvres et moins pauvres. La première étape dans l’allègement de la charge de solidarité consiste ainsi à se défaire de la domination capitaliste, pour autant, cette démarche nécessaire n’est pas suffisante. Quand bien même on résoudrait le problème de la concentration du capital, il n’en resterait pas moins qu’au niveau environnemental comme au niveau social, la réalisation d’une existence plus sure et plus heureuse passe par une diminution radicale des activités humaines. Le problème de la transition environnementale est que se pose la possibilité de maintenir (plus ou moins) en état la structure du salariat et du temps de travail par le surdéveloppement des activités « immatérielles », ce qui implique que si les activités de production matérielles diminuaient, la part de l’existence consacrée au travail ne diminuerai pas pour autant. On passerait ainsi du productivisme total au productivisme immatériel, ce qui voudrait dire moins de biens de confort et de luxe mais pas plus de temps libre. Ce serait une dégradation conséquente de la qualité de l’existence, sans aucune compensation. La nouvelle solidarité implique par conséquent une logique qui inclut de manière indissociable la diminution globale, la répartition équitable du temps et des revenus du travail.

 

La question du temps libre

 

L’obtention de plus de temps libre ne conduit pas nécessairement à l’inactivité et à l’oisiveté, aux loisirs et à la consommation de masse. Ce temps est certes la proie des marchands et arnaqueurs en tout genre qui désirent s’enrichir par le divertissement. Mais il ne faut pas pour autant renoncer au temps libre. Dire que la colonisation capitaliste du temps libre contribue à la pacification de masse est une chose, mais dire qu’il ne sert à rien de dégager du temps libre par la réduction du temps de travail en est une autre. L’usage du temps libre dépend de la formation sociale et culturelle dans lequel il prend forme. Ainsi, il peut très bien être employé à l’autoformation, à la connaissance approfondie du monde physique, social et politique, et servir à agir sur celui-ci. Il peut être le moteur d’une transformation socioculturelle sans précédent

 

 

Publié par pensée-critique à 08:23:45 dans Travail&émancipation | Commentaires (0) |

Définir un sujet révolutionnaire aujourd'hui ? | 04 juin 2010

Avant Propos

Au regard de la situation présente, il apparaît clairement que la notion de prolétariat à été évidée de son sens et incroyablement réduite à la seule classe ouvrière; que la classe ouvrière ne constitue plus véritablement une classe pour soi, mais un ensemble fragmenté et atomisé idéologiquement et culturellement, implacablement soumis à la dictature du capital qu'elle ne perçoit que sous sa forme spectaculaire; que les marges ne constituent pas une entité suffisante pour entraîner un mouvement révolutionnaire ; et que la multitude pêche par imprécision, contradiction et inconsistance. Par conséquent, nous tenterons d'esquisser quelques analyses afin de tenter de reposer la question du sujet révolutionnaire sous une forme couplant postures sociales, type de pratiques, analyse réseau et intentionnalité.

I Perspectives et intentions: Quelle Révolution?

Le terme Révolution en soi ne veut rien dire. C'est un concept à nu. Il ne révèle rien en ce qui concerne les formes sociales et les types de rapports envisagés à travers ce processus. Par conséquent, le cas qui nous intéressera ici sera celui de la Révolution Socialiste/Communiste. Il convient ainsi de définir ce que nous entendons pas Socialisme et Communisme. Tout d’abord, Socialisme et Communisme sont ici entendu dans un sens qui ne renvoie nullement au Parti Socialiste et au Parti Communiste, ni aux dictatures Staliniennes et Maoïstes. Nous partons de la dimension étymologique des deux termes : ils renvoient à l’association des hommes entre eux et à la mise en commun, ils impliquent une logique de réciprocité ainsi qu’une existence qui soit orientée vers le partage et la solidarité. Nous gardons de Marx l’idée que le Communisme implique la diminution du règne de la nécessité sur le plan de la vie matérielle, mais nous rompons cependant avec certaines tendance prométhéennes de la théorie marxienne, c’est à dire sur la question de la croissance illimitée des forces productives, au profit d’une logique sélective visant une forme d’équilibre dans la relation Homme/Nature. Nous rompons également avec les tendances à la réification et à l'exploitation humaine caractéristiques des vieilles orthodoxies marxistes.

II Brève généalogie des concepts en matière de sujets révolutionnaires

1-Marx et le prolétariat

Marx définit le prolétariat comme le sujet révolutionnaire qui s’oppose à la classe capitaliste, et tend, par son action révolutionnaire, à s’abolir en tant que classe en abolissant, dans le même temps, toutes les autres classes. Le prolétaire marxien est, au sens le plus strict, celui qui ne possède pas les moyens de production et qui doit vendre sa force de travail pour survivre, et qui, dans le cadre de la concurrence capitaliste, de la course au profit, se fait voler une partie de son temps et de son travail (voir par exemple : Marx, Salaires, prix, profits). De ce qui s’apparentait à une définition de rapports de type socioéconomique, la définition du prolétariat à ensuite été remaniée à plusieurs reprises.

2-Marxisme orthodoxe : classe ouvrière, parti et syndicat

Elle fut d’abord réduite par le marxisme orthodoxe à la classe ouvrière, (et étendue par Lénine à la paysannerie), ceci pour des raisons principalement démographique : le travail en usine et dans les champs représentait en effet l’écrasante majorité du travail social accompli jusqu'à l’ère de l’automatisation. Les ouvriers n’étant pas tous révolutionnaires, le sujet révolutionnaire des partis communistes était bien plus son "avant garde", la classe ouvrière marxisée, inscrite au parti.

3-Herbert Marcuse : les mutations du capitalisme et l’engourdissement du mouvement ouvrier, les marginaux comme catalyseurs, la place centrale de la classe ouvrière et les crises futures du capitalisme

Ensuite, le développement de l’automatisation entraîna le passage à la postindustrialisation, c’est à dire la diversification des activités socioéconomiques caractérisé par le développement de « l’économie immatérielle », de la production de services. Cette évolution intervint dans le cadre des 30 glorieuses, ou l’on constata « l’engourdissement de la critique du système capitaliste » et l’embourbement du « mouvement ouvrier » dans le syndicalisme et le réformisme. Certain penseurs ont alors suggéré que la révolution pourrait venir d'autres catégories sociales : tiers-monde, ghettos, étudiants, hippies, émigrés, chômeurs, sans-papiers, artistes, c’est à dire de catégories en marge du processus de production premier, permettant la reproduction stricte de l’existence sur le plan matériel. Ce fut entre autre le cas de Marcuse qui développa une analyse articulant classe ouvrière et ce qu’il nomme groupe catalyseurs (Herbert Marcuse, Vers la libération : au delà de l’homme unidimensionnel, III une période de transition pour les forces subversives, 1969). Si Marcuse continuait d’attribuer une place centrale à la classe ouvrière en ce qui concerne la question de fond, c’est à dire le passage du capitalisme au socialisme, puis au communisme, Il se retrouvait également face à une classe ouvrière qui, bénéficiant des progrès de la technique et des fruits de la croissance économique (notamment grâce aux luttes sociales, et à la pression « socialiste » exercée par le bloc de l’Est), commençait à perdre de sa combativité et à s’accommoder à l’existence dans les sociétés capitalistes. Marcuse remettait surtout en cause le rôle hégémonique des organisation politiques et syndicales de la classe ouvrière dans ce processus de résignation, plus que la classe ouvrière elle même. Il considérait en effet celle-ci sous sa dimension interactive, c’est à dire affectée par un ensemble d’influences multipolaires (mass médias, libéraux, organisations réformistes) à la source de son engourdissement. Les organisation politiques et syndicales ne jouant plus leur rôle émancipateur, Marcuse à cherché parmi les groupes sociaux lesquels pouvaient alors apporter et répandre ce souffle émancipateur qui faisait défaut aux organisations de gauche. L’agitation politique sur les campus, les mouvement noirs américains, les mouvement hippies, les mouvements de libération dans le tiers monde, les mouvement des femmes, attirèrent ainsi son attention. Il envisagea ces mouvement comme étant potentiellement émancipateurs. Même si ceux si ne s’orientaient pas (de manière primordiale) vers une transformation fondamentale des rapports socioéconomiques, il pouvaient néanmoins diffuser un certain nombre d’élément qui définiraient la forme, une forme alternative du socialisme à venir. Ces mouvements étaient ainsi envisagées comme un ensemble de luttes périphériques qui pouvaient influer sur la subjectivité de la classe ouvrière, et modifier ses aspirations. Marcuse n’ignorait cependant pas la difficulté de la tache, et ne pensait pas qu’un changement social conséquent puisse advenir sur le court terme. Il soulignait ainsi que tant que les systèmes capitalistes demeureraient stable, les classes ouvrières demeureraient agents de cette stabilité, et leur rôle social ne diffèrerait que si le capitalisme commençait à entrer en crise. A ce moment là, il se référait aux thèses marxistes sur la différence entre intérêt réel et intérêt immédiat, et léninistes sur l’impérialisme, pour souligner que face à la crise, deux voies se dessinaient : la voie socialiste, et la voie impérialiste-fasciste. Tandis que la voie du socialisme sous tendait un processus à long terme, l’impérialisme constituait la solution immédiate de sauvetage du capitalisme. L’enjeu était donc de savoir si les classes ouvrières préfèreraient garantir leur intérêt immédiat et s’allier à leurs bourgeoisies ou si celles-ci s’orienteraient vers la solidarité avec l’ensemble des forces socialistes dans un processus à long terme.

4-Negri et Hardt : la Multitude, forces et faiblesses du concept

La dernière trouvaille en date en matière de sujet révolutionnaire fut bien sur la Multitude, proposée par Negri et Hardt. L’usage de ce concept à soulevé bien des débats et continue d’interroger ceux qui se penchent sur la question. Les auteurs d’Empire (2001) et Multitudes (2004), définissent la multitude comme l’ensemble des forces qui subissent la dictature du capital et s’y opposent. Ils se débarrassent ainsi des notion de classe (sous prétexte que la société et devenue plus complexe qu’une adjonction de groupes socioéconomiques nivelés par le capital, que ces groupes ne s’affirment plus en tant quel tels, mais sont fragmentés de l’intérieurs par tout un ensemble de distinction socioculturelles) et de peuple (le peuple étant une entité assujettie à l’Etat, au gouvernement qui le fabrique), et considèrent les partis et les syndicats comme des outils de lutte obsolètes. Ils décrivent la multitude comme ensemble auto-organisé sous la forme de réseaux, comme ensemble innovant en matière de formes de lutte, ouvert et dynamique. Cependant, ce concept de multitude pose quelques problèmes :

Premièrement, il manque de concrétude sur le plan de l’analyse empirique : il postule que tout le monde peut être révolutionnaire à condition de subir la dictature du capital et de s’y opposer ; cependant, il y a des secteurs d’activités, des terrains de luttes qui sont malgré tout plus efficients et d’autres qui le sont moins. Ce n’est pas la même chose de bloquer une gare, ou une raffinerie de pétrole et de bloquer une administration publique, un guichet de banque, ou encore le service et la plonge dans un restaurant. En gros, les secteurs d’activité primaires et secondaires présupposent des luttes dans le cadre du travail qui sont d’une toute autre dimension que celles possibles dans le tertiaire : il s’agit de reproduction et de transformation matérielle de la société et pas immatériels. Or bien évidemment il ne peut y avoir d’immatérialité sans supports matériels. Ensuite, dans le domaine de l’immatériel, on peut distinguer d’une part le service, et d’autre part, la communication, dans lesquels la production et la diffusions de concepts, de représentations, d’idéologies jouent un rôle prépondérant dans la manière dont les rapports sociaux vont se produire, se reproduire, se transformer. Ce qui veut dire qu’au niveau du travail, il y a des secteurs qui se prêtent directement à la lutte politique, et d’autres qui ne s’y prêtent pas. Pour ceux qui travaillent dans ces secteurs, la lutte politique tend ainsi à être dissociée du travail, à se pratiquer en dehors (militantisme, activisme, associations, forums, etc.).

Secondement, le concept de multitude n’est pas très clair en ce qui concerne la question de la subjectivité et de l’intentionnalité. Negri et Hardt parlent de production du communisme par la multitude, cependant, il est étrange que l’ensemble des forces qui composent cette multitude refuse le communisme et s’y opposent même radicalement. Comment un sujet révolutionnaire qui est censé réaliser quelque chose peut-il y être subjectivement opposé ? Il y a en effet une multiplicité de formes d’opposition à la dictature du capital, ou, surtout, de l’Empire. Et ces formes d’opposition tendent généralement à se combattre mutuellement et à se neutraliser les unes les autres. On peut prendre pour exemple présent le discours sur la « division de la gauche », mais pas seulement, la critique écologique également participe de ce même processus de fragmentation de l’opposition. Le jeu de l’Empire, dans le cadre de la gouvernance, est ainsi d’articuler ces oppositions et de les faire jouer les unes contre les autres à l’avantage de l’ordre capitaliste, des classes dominantes. Negri et Hardt son bien au courant de la capacité d’absorption par l’Empire, le capitalisme, des innovations critiques émergeant dans le champs social, et par conséquent de neutralisation de la subversion, mais entretiennent malgré tout l’espoir que la multitude finira par triompher. Néanmoins, leur réponse n’est pas clair, et l’action de la multitude ressemble bien plus à une forme de réforme interne de l’Empire, du capitalisme, qu’a une transition révolutionnaire vers le communisme.

L’apport essentiel de Negri et Hardt fut malgré tout de mettre en avant la dimension multiple des sujets révolutionnaires face à une théorie des classes (classe ouvrière, parti et syndicats) devenant excluant et de moins en moins en prise avec la réalité de l’action politique, et d’y substituer un autre type de dispositif plus ouvert et créatif. Néanmoins face à l’imprécision du concept de multitude, il apparaît nécessaire, d’un point de vue stratégique, d’explorer de manière plus approfondie le champ social, d’un point de vue empirique et fonctionnel, tout autant que sur le plan de la subjectivité, afin de déterminer différents sujet potentiellement révolutionnaire, ainsi que les différents types d’interaction qui les structurent aujourd’hui.

5-Prolétariat, théorie des classes, quel avenir ?

Pour conclure cette Introduction, nous avons décidé de revenir sur les premiers concepts de prolétariat et sur l’analyse en terme de classes. L’analyse en terme de classe ne constitue plus aujourd’hui et depuis disons les années 80, une catégorie affirmative, une identité aussi structurante que durant la fin du XIXeme siècle et la première moitié du XXeme siècle. Le concept de classe sociale recouvre essentiellement une fonction analytique critique sur le plan de l’analyse empirique des disparités socioculturelles et socioéconomique, mais ne permet pas de rendre compte sur le plan de la stratégie de la manière dont peut s’opérer un changement social qui permettrait le basculement vers le socialisme et le communisme. Le concept de prolétariat peut garder un certain degré de pertinence à condition de prendre en compte les mutations sociales liées à la postindustrialisation et de ne pas le réduire exclusivement à la classe ouvrière. La période présente de récession et de crise économique démontre de plus en plus une fracture de cet ensemble artificiel que l’on à nommé classe moyenne, et pourrait ainsi fort bien redonner de la vigueur aux concepts de prolétarisation et de prolétariat, que ce soit sur le plan de l’analyse empirique que sur celui de la subjectivité. Mais quoi qu’il en soit, que l’on parle de prolétariat ou de multitude en tant que sujet central de la révolution, Il convient malgré tout, sur le plan de la stratégie, de penser ces entités comme hétérogènes et de comprendre ce qui dans le champ social, permettrait de réaliser la transition vers le socialisme. En effet, la révolution est un processus complexe qui implique à la fois de garantir la possibilité de production de l’existence ainsi que la possibilité de son amélioration. Par conséquent, cela suppose que les révolutionnaires disposent de la capacité d’opérer tout un ensemble de changements culturels et techniques qui permettent le passage au communisme.

6-Lutte des classes : actualité et mutations

Ce n’est pas parce que la classe ouvrière ou plus largement le prolétariat ne s’affirme plus en tant que tel que la lutte des classes est terminée. La lutte des classes, en tant que processus d’émancipation d’une fraction dominée de la population vis-à-vis d’une fraction dominante reste d’actualité tant que le rapport structurant cette domination continue de s’appliquer. La lutte des classes subit des phases de sommeil et d’éveil en fonction des variations d’intensité des rapports de domination. Ainsi, en ce qui concerne la question du renversement du capitalisme, la lutte de classe reste vraie dans la mesure ou les classes capitalistes, les forces capitalistes, continuent d’influer sur les rapports sociaux, de les structurer. Tant que ces rapports n’auront pas été transformés, la lutte des classes restera la question centrale de la problématique révolutionnaire, et les classes subissant ces rapports resteront le sujet central de la révolution socialiste et communiste. Simplement, ce que nous tenons à souligner, c’est que pour abolir ces rapports, il ne suffit pas de s’emparer des centralités du pouvoir et des moyens de production. Cette stratégie ne peut être valable que dans la mesure ou ceux qui l’entreprennent se sont émancipés des anciens rapports de domination et sont en mesure de produire de nouveaux rapports, en l’occurrence, dans ce cas précis, réciprocité, solidarité, partage. Or l’abolition de ces rapports est principalement le but de la révolution, ainsi, on ne part jamais de groupes affirmatifs, initialement émancipés qui n’auraient qu’à démettre les anciennes structures du pouvoir pour produire totalement leur existence. Nous pensons ainsi que les classes dominées sur le plan socioéconomique et socioculturel ne peuvent à elle seules renverser l’ordre capitaliste sans reproduire ces mêmes rapports qui les assujettissaient. Pour se produire en tant que sujet révolutionnaire, elles nécessitent l’interaction avec d’autres sujets émancipateurs. Ceci fut jadis le rôle officiel du Parti Communiste, bien qu’en certains points, il soit officieusement contestable. La théorie de la multitude est aujourd’hui intéressante, mais comme nous l’avons souligné, ce concept manque énormément de précision, et ne permet pas de comprendre les systèmes d’interaction qui opèrent à l’intérieur de la multitude, ni d’aborder la question de la cohérence ou de la discordance des différentes intentionnalités qui la compose. La manière dont Marcuse posa son analyse des groupes sociaux, en système interactionnel multipolaire – composé d’une classe sociale centrale, la classe ouvrière (c’est à dire ceux qui sont à la base du processus de reproduction physique de la société et qui peuvent créer le rapport de force en enrayant cette reproduction), et d’une constellation de groupes catalyseurs qui influent potentiellement sur les formes et les contenus des aspiration des autres groupes sociaux, et donc de la classe ouvrière – nous apparaît ainsi plus intéressante sur le plan de la stratégie, à condition d’en saisir les limites et les contradictions possibles, comme il le fit lui-même. C’est à partir de cette première analyse, datant des années 60/70, qu’il nous faut commencer. La situation que décrivit Marcuse en 1969 a certes évoluée, mais un certain nombre de traits significatifs de son analyse perdurent inexorablement. Par exemple, les rapport ouvriers/outsiders, ouvriers/étudiants, ghettos/étudiants, ouvriers/intellectuels. Un des fait marquants depuis les années 80 fut certainement l’amorce de la réalisation d’une hypothèse, que Marcuse espérait et préconisait dans l’homme unidimensionnel, à savoir le développement du processus de politisation des sciences et techniques, que l’on peut constater avec le développement massif de la contre-expertise, notamment militante (Tchernobyl, AZF, Monsanto, etc.). Ce processus, bien que loin d’être achevé, marque la fin d’une science monolithique au service du pouvoir en place et le début d’un lutte dans laquelle science et politique sont ainsi entremêlés. La technoscience devient ainsi parti prenante de la lutte politique, et ses acteurs prennent une place de plus en plus importante dans la détermination du réel et du possible, dans la reproduction et la transformation de la vie matérielle et socioculturelle. Ce que cela implique, c’est que, et Marx l’avait déjà souligné dans le cadre de l’élaboration d’un socialisme scientifique, c’est que l’avancée des sciences et techniques nous donne l’horizon des formes de vies encore possibles et détermine ainsi la forme des finalités politiques possibles. Dans le contexte présent s’opère de plus en plus la reconnaissance d’une lutte pour la vérité admise qui est indissociable de la lutte politique. Ce que cette lutte implique, en partie, c’est que les idéaux productivistes, d’abondance matérielle illimitée du marxisme orthodoxe et d’une partie de la classe ouvrière ont été réduits à néant. La lutte de classe pour le socialisme et le communisme, s’ils adviennent, devra tenir compte de la nécessité de la finitude de la matière, et donc de la nécessité de réduire la production de biens de confort et le gaspillage, et de s’orienter vers une logique de durabilité.

7-En finir avec les abstraction capitalistes et technocratiques : critique du Fétichisme de la marchandise, de la Réification et du Spectacle

Mais ce n’est pas tout, la lutte des classes implique également l’abolition du fétichisme de la marchandise (Marx, le capital, livre I, le caractère fétiche de la marchandise et son secret), de la Réification (G.Lukacs, Histoire et conscience de classe), et du Spectacle (G.Debord, la société du spectacle). Pour le dire simplement, le fond commun de ces trois critiques s’inscrit dans une critique de la dé-symbolisation, c'est-à-dire du processus d’abstraction constate des représentations, dans lequel le virtuel apparaît de plus en plus comme une réalité autonome. Par exemple, la politique, l’économie, le marché, et l’homme lui-même, sont de plus en plus présentés sous un jour technoscientifique, comme des choses mécaniques répondant à des lois concrètes, sur lesquelles il est possible d’intervenir. L’économie, prise sous l’angle de la finance, nous parle de capital fixe, capital variable, dividendes, flexibilité, flux tendus, de taux à x%, de cotation boursière, de subprimes, de trou de la sécurité sociale, de bouclier fiscal, etc., tout un jargon abstrait, qui ne nous dis rien (et pour cause !), sur les rapports réels qui sont en jeux derrière ce vocabulaire technocratique crypté au service de la domination capitaliste, tout un discours qui ne permet pas de parler réellement de politique. De même, on a beaucoup tendance à se représenter la monnaie comme une chose possédant une valeur inhérente, ce qui est faux : Marx l’a démontré depuis longtemps, la valeur de la monnaie n’est qu’abstraction. La monnaie n’est qu’un médiateur de l’échange, ainsi à travers la monnaie c’est bien plus le pouvoir de disposer des choses, de dominer qui est recherché. La valeur accordée aux choses n’est pas non plus propre à elles-mêmes, elle est le reflet des représentations et de besoins sociaux. Les discours politico-économiques sur la délocalisation des entreprises et des travailleurs ou sur l’immigration, reflètent aussi ce même processus d’abstraction : on nous considère comme des nombres, des choses quantifiables qui sont déplaçables à gré, en fonction des besoins des pouvoirs (officiellement et officieusement) en place. L’expression même de ressources humaines nous montre que nous sommes considérés comme des choses, des ressources, c'est-à-dire des formes d’énergie qu’il est possible d’exploiter à gré. Comme l’a démontré Marcuse il y a déjà 60 ans, ce phénomène de réification constitue ainsi le point de jonction entre le socialisme technobureaucratique et le capitalisme postindustriel. La réalisation du socialisme et du communisme passe ainsi par le dépassement de ce type de représentations aliénantes, de ce type de rapports objectivants. Elle implique une re-symbolisation des rapports (entre les hommes, entre l’humain et le non humain), c'est-à-dire la réintroduction de la notion de réciprocité. Plus largement, elle implique une conception alternative de la matière, qui ne serait plus considéré comme une chose froide, morte et vulgaire, dont l’homme pourrait disposer à sa guise, mais comme entité interactive et chaleureuse qui donne et reçoit en permanence (sur ce point, on ne peut que remercier des auteurs comme Bakounine, Benjamin, Marcuse et Deleuze). La réalisation du socialisme et du communisme passe ainsi par la reconnaissance des entités de matière en tant que « formes de vies » se composant et se décomposant constamment les unes avec les autres. Elle implique ainsi le déclin du paradigme écologique et environnemental, en tant que discours sur les choses, au profit du paradigme éthologique, discours sur les rapports, les comportements interactifs*(l’hypothèse éthologiste sera développée dans un prochain article).

III Postures subjectives et postures empiriques

1-Postures subjectives

Nous définissons sur le plan de la subjectivité comme révolutionnaire tout sujet ayant comme désir, comme besoin, comme intention de transformer radicalement les rapports sociaux, au niveau de la pensée, de la culture, de la production, de la répartition et des échanges tant sur le plan matériel qu'immatériel. Simplement, la seule subjectivité, volonté, intention ne peut suffire au processus révolutionnaire, par conséquent une analyse plus approfondie en ce qui concerne les positions objectives occupées dans le système s'avère nécessaire.

2-postures empiriques : plusieurs dimensions

-sujets développant des pratiques qui tendent vers le but Révolutionnaire, directement ou non (agitation, révolte, dénonciation, pratiques protocommunistes)

-sujets produisant une théorie (critique et affirmative) tendant vers ce but, directement ou indirectement

-sujets dont la posture peut entrainer un élargissement et une prise de consistance du mouvement global : sujet diffusant

-sujet occupant une place dans le processus de production/reproduction de la base physique de la société, et qui peuvent ainsi prendre une place conséquente dans le rapport de force en bloquant sa reproduction.

-sujet occupant une place dans le processus de production/reproduction et en mesure d'opérer une transformation/adaptation des structures physiques de la société de manières à ce que celles-ci soient conformes au projet révolutionnaire.

3-qui sont ces sujets empiriques ? comment interagissent ils aujourd'hui ?

Ci-dessous, un petit schéma sous forme d'analyse réseau

chaque catégorie est présentée sous une dimension unique, fonctionnelle, elles représentent sutrout une activité donnée. Ainsi une personne peut très bien participer de plusieurs postures à la fois. (voire explication ci dessous)

 

 

-Les ouvriers constituent une entité incontournable, puisqu'ils sont à la base de la reproduction physique de la société, et par conséquent, possèdent, s'ils s'organisent collectivement, le pouvoir de bloquer cette reproduction.

-la plèbe est une notion que nous préférons à la notion de peuple. Cette dernière permet de dissocier au sein d'un groupement de population donné la base de élite, tandis que la notion de peuple couple base et élite dans une entité qui se prétend idéologiquement cohérente (contre les autres peuples). la plèbe permet ainsi de penser un ensemble plus vaste que le monde de l'usine et englobe ainsi une partie du tertiaire, dont l'activité professionnelle ne se prête pas directement à une pratique potentiellement révolutionnaire, mais qui peut rejoindre cette pratique dans l'"espace publique".

-Technoscientifique: la technique et la science sont deux éléments essentiels du processus de reproduction et de transformation physique du monde social. De plus, en tant que discipline d'explication du monde la plus efficiente, la technoscience jouit d'un certain ascendant dans la prise de décision politique, ainsi que sur les représentations, l'imaginaire socioculturel.

-Intellectuels : les intellectuels sont ceux qui permettent de dénaturaliser l'idéologie capitaliste, de dévoiler sa contingence, ainsi que de penser et de produire des outils pour penser le monde et la lutte, mais aussi de tenter différentes synthèses et de faire le lien entre différents domaines (Technosciences, industrie, plèbe, militants, marges)

-Marges: les marges sont un peu tout ce qui est exclu, que ce soit au niveau de la production ou vis à vis des normes dominantes.(Ghettos, cités, étrangers, sans papiers, chomeurs, RMIstes, squatteurs, hippies, artistes...). C'est le plus souvent au niveau de ces groupes que l'on déclèle les premières expérimentation protocomunistes, ainsi que les éléments qualitatifs qui détermineront les formes sociales à venir. L'analyse des points forts, points faibles, points de blocages, de ces différents mouvement permet de parfaire la stratégie.

-Militants: militter peut se résumer à diffuser un type de compréhension du monde, des perspectives politiques, des conseils pratiques, dans le but de faire avancer le mouvement révolutionnaire. Il existe bien entendu diverses formes de militantisme, le problème n'étant pas au niveau de la forme mais de la finalité.

 

(explication plus détaillée à venir)

Nous pensons ainsi qu'un mouvement révolutionnaire victorieux ne pourra advenir que dans la mesure ou:

-chacune de ces postures parviendra à agir de concours avec les autres

-nous serons assez nombreux parmis ceux qui occupent ces fonction, a désirer construire le communisme.

 

Publié par pensée-critique à 17:40:49 dans Réflexions Philopolitiques | Commentaires (0) |

Retour sur les élections régionales | 16 mars 2010

52 % d’abstentions au premier tour ! Voici le résultat principal de ces élections. Un taux d’abstention record, historique ! De ce fait, le débat politique à pour l’essentiel tourné autour de l’interprétation de ce chiffre. Comme à chaque fois, ont fusé les interprétations politiciennes classiques autour du vote protestataire, de la crise de confiance envers le corps politique dans son ensemble, de son incapacité à faire face à une situation, un contexte global face auquel il n’a aucune prise. Nous décernons sans conteste la palme d’or à Jean-Luc Mélenchon qui a qualifié de résultat de « score insurrectionnel » ! Sans doute Jean-Luc n’est il pas resté sourd aux nombreux débats suscité par l’entrée de « l’insurrection qui vient » dans le top10 des ventes en 2009 !

Quoi qu’il en soit, ce ne sont pas les discours populistes de Rama Yade, qui relèvent soit de la naïveté profonde, soit de la plus manipulatrice des mauvaises fois politiques, pas plus que les critiques amères Xavier Bertrand adressées à la gauche, qui soient en mesure de faire face à « la crise ». Non, on ne nous fera pas croire que la droite puisse un jour être philanthrope. Les rappels à l’ordre de Fion sont assez claires : il ne s’agit pas prendre l’échelon régional comme contre-pouvoir face à la politique de l’Etat ou face à la mondialisation, mais de faire comprendre au Français la nécessité de modernisation du fonctionnement administratif des régions. En l’occurrence, modernisation n’est qu’un artifice vide de sens pour parler d’atomisation et d’entrée dans le marché de la concurrence mondiale. Mais peut-être ne voulons nous pas entrer dans une situation de concurrence mondiale, peut être voulons nous tout simplement en finir avec cette logique de concurrence capitaliste. Dans sa défaite et face au constat de son impuissance, la droite essaie de semer le zèle au sein des partis à gauche qui affichent déjà une volonté de conciliation, d’opposer les Verts et le PS, de les opposer avec le Front de Gauche. Cependant, nulle n’est plus dupe, l’écologie n’est pas « ni de droite ni de gauche », il y à bien une écologie sociale et une écologie du capital. Le projet sur la taxe carbone est assez clair à ce propos : faussement écologique, et faussement social. Certes, la droite à fait passer les lois Grenelle, mais il faut voir la tronche de ces lois grenelles ! Leur seule fonction est de trouver un mode durable de prolonger ce désastre qu’est la civilisation occidentale. En l’occurrence, la droite s’en vante alors qu’elle n’a fait preuve que d’opportunisme, elle à simplement surfé sur une mode en cours. Il y a fort à parier qu’un gouvernement de gauche aurait fait de même, sinon mieux. Bref, les critiques à propos des divergences programmatiques entre Verts, Front de Gauche et PS sont assez risibles, comme si la droite, qui est et restera le parti des riches, était en mesure de remédier à une situation dont elles et responsable et profite grassement. Pour autant, il ne faut pas attendre grand-chose de cette « union providentielle » de la gauche plurielle. Il s’agit d’une alliance qui, si elle à pour objectif de se poser en bouclier face à la politique de droite, ne sera pas plus en mesure d’ouvrir des perspectives de « sortie de crise », tout au plus, il s’agira de prendre le pouvoir national d’ici deux ans pour gérer moins brutalement ce désastre, quand bien même se dégagerait une majorité de gauche au niveau continental et intercontinental.

La prétendue « remontée du FN », voici le second fait marquant de cette élection. Malgré un score relativement élevé dans les pourcentages, on sait très bien que le FN polarise généralement, plus que les autres partis, les votes protestataires. Mais au regard des résultats rapportés en nombre effectif, on s’aperçoit qu’il ne s’agit que de l’électorat souche du FN depuis bien des années et rien de plus. Mais peut être faut il encore une fois insister sur la profonde bêtise de ses perspectives affirmatives. Face au développement du capitalisme monopolistique à l’échelle mondiale, le FN ne sait que proposer la fermeture des frontières et préférence nationale. C’est sur, il est préférable que ce soit un Français plutôt qu’un arabe qui ramasse les poubelle, balaie les parking, nettoie les chiottes pour un salaire de misère. La préférence nationale ne concerne en effet généralement les emplois dont personne ne voudrait, sans même se poser la question de savoir si ces emplois devraient exister. Le problème, ce n’est pas non plus « l’islamisation », ou quoi que ce soit d’autre. Le problème réel n’est pas le port du voile ou de la bourca. La soutane et le chapelet ne nous sauveront pas non plus de la concurrence internationale et de l’atomisation, ni même du réchauffement climatique. Le problème réel du FN c’est la perte de pouvoir d’une vieille bourgeoisie nationale déclassée par la concertation du capital dans des grandes unités de production transnationales, qui cherche désespérément à restaurer sa souveraineté perdue depuis déjà longtemps. Mais que le capital soit concentré par des raclures internationales ou des raclures françaises nous importe peu. A partir de là, la seule critique intéressante posée par le FN, portant sur la technobureaucratie Française, tombe à l’eau lorsque l’on sait que l’ensemble des mouvements conservateurs et néo-conservateurs se sont justement appuyés sur cette technobureaucratie pour installer et consolider leur pouvoir. Bref ne reste que l’insécurité qui n’est pas un problème en soi mais la conséquence du développement du capitalisme, de la lutte pour l’existence de tous contre tous à l’échelle mondiale. La solution n’est pas dans la multiplication de systèmes de contrôle et de surveillance, dans le fait de mettre des flics à chaque coin de rue. La solution aux problèmes de l’insécurité réside dans la sortie de la logique de la mise en concurrence de tous contre tous, de l’économie de marché, du capitalisme.

Ainsi, il convient certainement de parler du NPA. Son faible score s’explique d’une part par le développement du Front de Gauche qui à bien su investir un espace politique laissé vacant par le PS, (et s’est également adonné à une joute de collage des plus puériles en recouvrant régulièrement les affiches de campagne du NPA par les leurs). La tentative d’ouverture du NPA a échoué, ce qui a en outre permis de se débarrasser des éléments parmi les plus puant, repartis dans les PG, PCF, LO ou encore au PS et chez les Verts. Un peu moins de nombre donc, mais la constitution du Front de Gauche a au moins permis au NPA de clarifier ses positions, encore fort mal connues. D’abord, le projet du NPA n’est pas une nouvelle URSS, quand bien même elle serait « retouchée sur photoshop ». Le NPA n’est pas un parti de cadres gestionnaires, mais un parti visant l’autonomie politique, l’auto-organisation par la base de la société civile et politique. C’est ensuite un parti fondamentalement plus écologique que les Verts, plus socialiste que le PG ou le PCF, et plus démocratique que le reste de la gauche, tant dans son fonctionnement interne que dans ses perspectives politiques. Le NPA souhaite faire tendre l’ensemble de la société vers le démocratisme radical et direct, ce qui signifie la suppression des « élites politiques », des « spécialistes de la gestion territoriale » et leur remplacement par un mode collectif d’organisation démocratique. La pratique de la démocratie directe suppose du temps pour se former et délibérer collectivement, aussi bien, le NPA développe également la question de la diminution et de la répartition équitable du travail, également reliée à la question environnementale. Néanmoins, nous émettrons également quelques critiques à propos du NPA. D’une part, sa posture de parti institutionnel/non-institutionnel est pour le moins gênante et le pousse bien souvent à des prises de position contradictoires : critique d’une démocratie bourgeoise à laquelle il participe et critique moralisatrice des mouvement radicaux qui s’opposent à l’ordre établit. Ensuite, le NPA parle d’intervention dans les luttes, mais ne parvient pas à en appeler à des formes de résistance, de solidarités, qui s’inscriraient dans le quotidien, ce qui suppose bien d’avantage un changement des structures institutionnelles plutôt qu’un changement au niveau des modes de vie, des rapports sociaux. Enfin, le NPA manque de clarté sur la manière dont il est possible d’atteindre l’autonomie politique dans une société technologique hautement spécialisée ou s’impose en apparence une double nécessité : se soumettre aux impératifs de gestion des appareils, et aux impératifs d’innovation relatifs à la problématique environnementale. En effet, l’impératif technologique impose une nécessité de travail toujours plus croissante allant à l’encontre de la tendance à la diminution du travail nécessaire à l’autonomie politique. Ce manque de clarté tient certainement à une interprétation Marxiste erronée du phénomène technique, qui est incapable de saisir la dissonance possible entre développement technologique et autonomie politique. C’est ici, après notre désaccord sur l’impératif de politiquement correct induit par son insertion dans l’arène démocratique, et la question de la nécessité d’organisation de solidarités directes hors des luttes, notre troisième différence avec le NPA. (Ainsi nos recherches sur la question de la technologie ont pour objet de comprendre comment dépasser ce dilemme et développer une attitude vis-à-vis de la technologie qui permette la réalisation du projet d’autonomie politique).

Néanmoins, le problème de l’abstentionnisme reste l’enfermement dans la passivité politique, ce qui est compréhensible dans un contexte de ce que les sociologues nomment « société du risque », c'est-à-dire une situation ou chacun, seul et sans protection, est soumit à l’incertitude, à la peur et aux dangers. Cette situation est la conséquence d’un contexte général de lutte pour l’existence de tous contre tous sur le plan de la concurrence économique, dont les conséquences sont le chômage massif, l’exclusion, l’agression, la maladie, et la dégradation de l’environnement, face auquel le politique, l’Etat, demeure nécessairement impuissant, subordonné aux intérêts des industriels. Qui a dit renaissance du prolétariat ? Quoi qu’il en soit, et pour relativiser l’optimisme contenu dans l’appellation de « score insurrectionnel » de Mélenchon, on pourrait parler « d’impasse abstentionniste ». En effet, le refus général de la politique classique s’inscrit dans une situation d’inertie et ne s’accompagne ainsi pas d’une perspective globale de dépassement. Ce mouvement d’abstention, de « grand refus », ne permet pas de dégager un horizon qui se situerait au-delà de lui-même, au delà de la simple révolte, du soulèvement insurrectionnel.

La grande leçon à tirer de « l’insurrection qui vient » – dont le message à si souvent été mal compris – est bien celle des perspectives de dépassement, de ce qui peut se construire au-delà de l’insurrection. Une insurrection se prépare. Que ses auteurs y participent ou non, cela importe peu. Elle est en germe dans de nombreux foyers, dans les quartiers, les cités, les usines, les bureaux, dans les pensées les plus secrètes et inavouées de nombreuses personnes. Elle sera le fruit de beaucoup plus que quelques radicaux cagoulés. Ainsi la question posée dans ce texte n’est pas de préparer une insurrection, mais bien plutôt de développer des formes de solidarités affectives et matérielles nécessaires pour que de cette insurrection puisse naître des potentialités révolutionnaires. La vie dans une société du risque n’est pas une situation tenable et durable. Cette situation doit cesser, et ce ne sont pas les politiques, que ce soit à l’échelon local, régional, national ou international qui seront en mesure de nous en sortir. La seule manière de s’en sortir est de faire la politique nous même, de redéfinir ce qu’est faire de la politique de fond en comble, de nous organiser collectivement pour vivre et lutter ensemble, redéfinir de nouveaux rapports de confiance et de partage, redéfinir une nouvelle solidarité, une nouvelle manière de vivre.

 


Second Round

 

Nous décernons la palme d'or de ce second tour à Georges Frêche pour ses déclarations :"j'observerais d'abord une minute de silence pour les partis politiques tels qu'on les a connu au XXème siècle. (...) Les partis politiques sont devenus comme des étoiles, ce sont des étoiles mortes. Ils continuent de briller, mais ils sont morts depuis longtemps. (...) J'appelle à faire de la politique autrement en France."

Si cette déclaration mérite d'être saluée, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit là d'une évidence banale retranscrivant l'idée que les "structures politiques officielles" ne sont plus en mesure de faire face à l'économie capitaliste, que le "Politique" n'est plus en mesure de faire de la politique. Que l'Etat n'a quasiment plus pour fonction que d'organiser la police et défendre les intérêts du capital, bref qu'il ne sert plus à rien. Ce sur quoi il conviendra de discuter alors, sera ce que l'on entend par faire de la politique autrement, et bien évidemment pas qu'en France. Nous avons déja esquissé quelques pistes à ce sujet dans l'article précédent, aussi bien, nous ne préférons pas nous répéter.

Amusante aussi fut la réaction de MG Buffet, suite à ce discours, qui s'empressa de défendre son bout de gras, en affirmant directement le contraire, alors que tout démontre, effectivement, que le PCF, plus que tout autre parti, est une étoile morte, qui d'ailleurs ne brille quasiment plus.

Il fut également amusant d'entendre encore une fois la pure mauvaise fois, sous couvert de pseudo-rationalité technocrate, de Xavier Bertrand, à propos de la question du "Bouclier Fiscal". La droite qui ne cesse de pleurer sur la "France divisée", qui appelle à une Unité des Français, à se dévouer pour la France, à se restreindre et se sacrifier, qui fait tout un foin de son identité nationale, est prête à offrir des cadeaux aux industriels pour qu'ils ne se tirent pas ailleurs. Faudrait il rappeler que Sarko disait : "la France, tu l'aimes ou tu la quittes", pour dire que "si t'aimes pas la France, alors dégages". Mais il n'en va pas de même pour ces riches qui, s'ils font du boudin et sont prêts à se tirer parce qu'ils ne se font pas assez de thunes, n'aiment manifestement pas la France. Ces riches à qui on ne demande jamais de participer à ce que les politicards appellent l'effort social, la solidarité. Sarko et sa clique sont prêts à appliquer des mesures fascistes de rétention, de travail forcé et d'expulsion des immigrés, mais quand ça concerne les riches, ils n'envisagent bizarrement pas la fermeture des frontières, le pillage des fortunes, la réquisition et la nationalisation (sans parler de socialisation) des usines. Idem, bien évidemment pour le FN. Normal, favoriser les riches, désigner des ennemis intérieurs et extérieurs, monter le reste de la population contre ces prétendus ennemis, et l'embobiner à travailler ardemment pour "l'intérêt général", au fond, c'est bien ça être de droite!

 

 

Publié par pensée-critique à 09:52:55 dans Actualité | Commentaires (0) |

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