Le capitalisme ne s’est toujours pas effondré du fait de sa capacité de mutation et d’intégration. Ce fait découle en partie de la capacité du groupe dominant à mobiliser les capitaux nécessaires et de l’habileté de ses réformateurs à modifier et à adapter la structure économique, sociale, psychologique et idéologique de la société afin de stabiliser l’ordre établit : il s’agit de modifier un ensemble de conditions qui n’affectent en rien la structure fondamentale de l’édifice, mais transforme un ensemble de composantes de celui-ci.
Les processus de modification et d’intégration sont en partie liés. Le système tolère l’ouverture en acceptant de reconnaître, sous certaines conditions, un ensemble d’interlocuteurs privilégiés, qui deviennent dans le cadre de la négociation, co-gestionnaires de l’ordre établit. Ce phénomène se constate dans les modèles de négociation syndicale entre patronat et ouvriers, mais également dans l’acceptation de certains partis politiques à la base anticapitalistes dans l’arène politique de la démocratie, sous condition d’en accepter les règles de fonctionnement.
L’opposition est absorbée sous certaines condition dans la structure de l’ordre établi, pour devenir partie de celui-ci et contribuer, intentionnellement ou non, à sa pérennité. Pour se faire, l’opposition doit accepter un ensemble de règles édictées par l’ordre établit, et renoncer, en partie ou totalement, à son radicalisme, afin de se poser en tant qu’institution représentative d’une fraction ou de l’ensemble des dominés, et donc en tant qu’interlocuteur privilégié du groupe dominant. La tolérance du radicalisme par le groupe dirigeant ne tient qu’à s capacité de mobilisation de capitaux (économiques, humains, matériels et intellectuels) contre l’éventuel triomphe de ce groupe antagoniste, sans quoi, il n’hésiterait pas à le détruire.
On distingue plusieurs formes d’intégration, que l’on peut regrouper en deux catégories : intégration économique, et intégration idéologique, qui se recoupent mais peuvent également se dissocier.
Les trente glorieuses furent la période phare de l’intégration économique. De manière stratégique, le groupe dirigeant concéda à la classe ouvrière une partie des avantages matériels et culturels issus des progrès techniques et d’organisation en terme de productivité. Cette concession avait en partie pour but de limiter, voire de briser l’influence des partis communistes sur le prolétariat, et à, en effet, permit la démobilisation généralisée de la classe ouvrière, la dissolution du mouvement ouvrier, et favorisa la montée de l’individualisme et de l’atomisation.
L’intégration idéologique, ensuite, consiste en l’adhésion des dominés à la cause des dominants. Elle se construit par l’emprise constante d’un ensemble d’institutions chargées des fonctions de contrôle et de reproduction de l’ordre social. Ces institutions sont, en général la Famille, l’Ecole, le Travail, (jadis l’Eglise et l’Armée, parfois le Parti et le Syndicat), bien qu’il puisse y avoir un ensemble d’éléments subversifs ayant échappé à ce conditionnement et au contrôle institutionnel dans les structures pré-citées. Ces institutions on en général la charge de construire la servitude volontaire, c'est-à-dire l’intériorisation des normes et valeurs émanant du groupe dirigeant par le sujet, et la défense de celle-ci contre toute atteinte à l’ordre établit. Il s’agit ainsi de construire la mobilisation du sujet, des sujets, de la société dans son ensemble, contre sa libération.
L’intensité de l’adhésion à l’ordre établit n’est pas la même chez les différents sujets. Elle va de la simple conviction à l’engagement pour sa défense et sa promotion : c’est le cas des mouvances citoyennistes, mais aussi fascistes.
Une crise profonde mettant en jeu la stabilité du système et sa capacité d’intégration (économique et sociale) peut briser cette adhésion chez de nombreux sujet constatant que ce système n’est plus en mesure de garantir les conditions d’un bonheur minimal. Cependant, pour éviter cela, outre la manipulation idéologique, il existe un certain nombre d’institutions et de dispositifs techniques de coercition et d’intimidation dont la fonction est de disposer le sujet à la servitude, contre sa volonté. C’est à se moment que le capitalisme finit d’opérer son glissement vers le fascisme.
Les intentions philanthropes de certains policiers ne doivent ainsi pas nous berner en ce qui concerne la fonction réelle de la police dans la société capitaliste. Cette fonction se révèle davantage lorsqu’elle est dépersonnalisée, lorsqu’elle est confiée des systèmes automatisés. La fonction principale de la police est de garantir la pérennité du processus d’appropriation, d’accumulation, de conservation et de redistribution du capital, suivant les règles édictées par l’ordre établit, la classe dirigeante. La protection des êtres n’intervient, dans la fonction de police, que dans la mesure où ceux-ci ne nuisent pas à ce processus. La police, dans le capitalisme, constitue ainsi le dernier rempart du groupe dirigeant contre sa destruction, mais ne peut suffire à elle seule à empêcher cette destruction, d’où la nécessité d’intégration idéologique et matérielle d’une importante part de la population dans l’économie capitaliste.
Publié par pensée-critique à 17:37:51 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
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