Accueil | Créer un blog | Blog Beauté | Blog Séries 247

esprit-critique-révolutionnaire

Collectif Pensée-Critique

Histoire de rue, histoire perdue | 05 mai 2009

Le bar

J’navigue entre deux rues.

J’navigue sur la grande barque du désœuvrement et tout c’que j’vois autour de moi, ce sont des noyés, des rescapés, des survivants. Ils errent et hantent, peuplent l’échine courbée, la tête baissée, ils peuplent ces rues les grands soirs de joie, les grands soirs qui n’arrivent jamais.
Les tatoués de misère, les épaves figées.


Acculé à un mur, un bar se coule dans l’ombre.

Ce soir le flot est trop grand et la houle se brise sur mes sentiments. Le vent brûle et mes désirs font désordre…

J’me laisse échouer dans ce bar pour m’oublier.
Le sang dans la tête et un bâillon sur les yeux.
Les rêves embrumés et une lueur sculptée sur mes iris, je scrute, observe,  remarque et découvre…


Un gars, accoudé sur une table, fumant sa clope, comme on fume sa vie…  
Lentement, il se disperse dans  le vent ennuyé. Silencieux, immobile, statue morte. C’est lui le tas de cendre.  C’est lui l’homme morose… qui se réjouit chaque matin de ses feuilles qui chutent petit à petit, de sa sève qui se corrompt et dégouline, de ses racines qui se raidissent, se flétrissent et se fanent…
Un vieux, assis sur ses rêves, regarde derrière lui, regarde et observe les trésors de son passé, ce qu’il a délaissé à jamais. Constate avec mélancolie que le temps passe souvent avec un rictus en coin, te jette des fleurs en te poussant dans la tombe. Te transforme en simple ombre qui attend son heure.
Sa place dans les flux ? Sa place dans les flux ? Sa place il se la demande, comme on se questionne sur le temps de demain ou sur les souvenirs d’enfance.

Et moi dans tout ça, que suis-je. Un nomade ; sans âme et sans toit. Une coquille fanée…

Putain…

La houle est vraiment trop forte aujourd’hui.

Mais que faire, le courant est si fort, depuis toujours si fort. J’n’ai jamais pus rêver mes pas, ayant toujours une dédale à suivre .Le choix, le choix, le choix...le choix, mais en vérité, c’est uniquement des couloirs que l’on emprunte. Tellement de couloirs, comme un labyrinthe, que l’on y croit à ce choix. Il se colle à notre peau, toute notre vie, toute notre grande marche, on y a crut à cette illusion. Et moi, j’ai trouvé la solution. Ce bar fumant, c’est qu’une impasse parmi tant d’autre.
Les lumières ne viennent jamais ici, les hommes se dépérissent dans leurs frustrations, leurs haines, leurs colères, dorment dans un sommeil d’alcool et de clopes. Ils jouent, pour s’oublier, ils jouent avec leurs vie, car plus rien n’importe.

Ça tangue à l’intérieur.
Tout chavire dans mon rafiot. L’eau mélancolique s’y engouffre sans aide, la coque pourrie depuis trop longtemps s’casse, se fissure et déchire lentement le tapis de souvenir.

Vais- je finir comme les noyés ? Prisonnier des instants passé, accrochés aux barreaux d’un futur ne promettant rien d’autre que le présent...
Nous sommes tous une étoile morte.
 
Nous nous voyons tous, pouvons nous ressentir, nous presser, nous agglutiner, nous sourire, nous respirer, nous vendre…mais c’est une vapeur corrosive, car nous sommes morts depuis longtemps et ce sera seulement trop tard que la vérité se révélera comme lorsque soudainement une étoile disparait et que sa trace nous parvient encore pendant des générations…
 
Je quitte ce monde. Il le faut. Il le faut.  Dehors, les étoiles brillent, brillent,  malgré l’aveuglante lueur, lueur des lampadaires. Même en regardant les astres,  les astres, impossible d’échapper à l’œuvre de l’homme, cet homme. La rue déserte, déserte mais dans quelques heures elle fourmillera, fourmillera.

Cycle  éternel, demain n’est plus un  autre jour. Demain n’est que la répétition de hier. Demain est hier et aujourd’hui. Comment en sortir, comment ne pas revenir pleurer, ivre,  dans ce bar chaque nuit ?

Tsss…
L’espoir, c’est sans doute l’armature qu’il manquait à mon bout d’rafiot… un soupçon de flamme, une légère dose de vie. Un moteur.
Et Pourtant… 

J’en ai croisé des cœurs, par ci, par là, j’en ai croisé des résidus d’amours qui tentent encore de respirer, de prendre des bouffés à la surface de c’monde glace… Des corps fragiles survivants sous les pluies obscures.

J’en ai sentis, des embruns de joies sans rire et de rires sans joie. J’ai humecté cent mille fois les épices d’amours, j’ai gouté les odeurs sans saveurs des colères, j’ai caressé inlassablement les galaxies de douleurs, les univers imaginaires, devenus poussière de rêve, poussière d’être. Oubliés.
J’ai.
J’ai observé les miroirs, les fausses fêlures et les débris d’aventure, que souvent je ressasse. Des scénarios que j’aurais aimé construire, puis vivre, des gerces de spontanéités. Mais non…

Les aiguilles se rouillent plus vite que nos reflets. Bientôt le temps n’aura plus d’emprise sur nos délires et les routes tracés par millier regorgeront de reflets nostalgiques, d’images condamnées et d’enfers revendiqués.
Les aiguilles se rouillent trop vite pour nos larmes.
Nos larmes tombent trop vite pour nos miroirs, se brisant et s’échouant à l’unisson face aux torrents.

Ici fleurissent autant d’enfers que de paradis. Ici fleurissent autant d’enfers que de barrières…
Ici, ça fleurit sur des terrains déserts, ici ça fleurit des airs monotones, des airs gris et sales, sans couleurs et sans courbes.
Ici c’est
 
Des immeubles dont les fenêtres laissent échapper la lueur bleuté des télévisions.
Des trottoirs et des routes, des allées vides de vie, des pavés travestis et des épaves  sans âges… Des rigolos qui pleurent de joie et des tristes qui pleurent leur joie.
Des individus de toute sorte qui brillent là ou l’on n’a pas besoin de lumière, des créatures informes qui vomissent des flots de noyés dont les gémissements  de toutes sortes raisonnent jusqu'à nos plus secrètes portes.


La solitude, voilà ce qu’il me reste, la solitude et le dépit. Le dépit de voir ce vieil homme crever dans son passé, de voir ce mec fumer sa vie, de regarder, impuissant, cette femme aux yeux tristes, flétrie à force de vendre son sexe. Fanée par tant d’abus et de violences. Épuisée, se morfondant et jouant les aguicheuse pour survivre.  Après tout, fané, tout le monde, l’est… Fané, vanné, lessivé, scotomisé, tout le monde le devient….

Tout le monde. Tout le monde. Tout le monde. Tout le monde. Tout le monde. Gronde. Les nuits. Les silences avoués et les hurlements refoulés. Les avoués refoulés et les hurlements silencieux.
Tout le monde, tout le monde, tout le monde et moi, tout le monde et moi qui suis un monde, tout le monde et moi qui brise les ondes, tout le monde, tout le monde, et moi qui suffoque, rauque, et moi qui suis le monde et le monde qui est en moi.
Tout le monde. Les ombres.
Les poussières. Les soleils effacés, des nuages gris, sales, opaques. Et moi, le monde. Notre amour. Sale et opaque. Notre tristesse, sale et opaque.

Putain…

Et les étoiles mortes, souriantes, qui m’ont hurlé, m’ont parlé, m’ont murmuré, m’ont chuchoté :

« Nous sommes là depuis toujours, nous sommes l'essence de l'univers, nous sommes les rêves, nous sommes les passions et les brulures. Les tourments et les désirs.
Les humains, ne sont que des objets distordus par ces éléments que nous lançons, que nous jetons. Nous  les noyons dans les larmes et les rires. »

Le flot est si fort, le flux et si construit. Putain.
Les tombeaux sont ouvert dans c’t’enfer…

Putain…
AZDAR

Publié par pensée-critique à 12:49:59 dans poèmes, pamphlets, expression libre | Commentaires (0) |

L’Ordre n’a pas de but | 05 mai 2009

 L’Ordre n’a pas de but, il veut seulement rester tel qu’il est. A la fois statique dans son appréhension globale, mais sans cesse en gestation, en mutation dans ses moyens de neutralisation.

    L’absence de but est sa raison d’être. Voilà pourquoi tout but est avoué comme marginal. Voilà pourquoi avoir un travail, gagner de l’argent et consommer ne sont pas des buts mais des finalités.
    
    Finalités dépourvues de moyens pour les atteindre car elles viennent à nous comme moyens en même temps.
Le but, le moyen et la finalité se confondent en un pour mieux être neutralisé. Consommer est à la fois un but, un moyen et une finalité. Travailler est à la fois un but, un moyen et une finalité.
    
       Voilà pourquoi l’Ordre s’annonce comme indépassable. Son état englobe, ingurgite et vomis proprement, conformément tout ce qui s’annonce comme but. C’est cela sa force et sa seule arme.




La désagrégation  de l’organisation, sa condition de désordre est nécessaire pour trois raisons :

-Tout ce qui est établit dans une ligne, un couloir, un prisme, un ordre finit inéluctablement par devenir un contre pouvoir usant des moyens que l’Ordre met a dispositions.

-Le désordre est nécessaire pour faire fleurir la spontanéité. L’organisation est nécessaire pour articuler cette spontanéité et la rendre plus vif, plus dangereuse.

-Pour s’organiser concrètement en dehors de l’Ordre, il ne sert à rien de tenter de fédérer, de vouloir rassembler les "masses", les "classes" en partis, en  syndicats, en comité…
Ceci risque simplement de reproduire l’Ordre dans une négation de celui-ci. Ce qui ne ferait que le renforcer tout en pensant l’éloigner.


Par Ordre, j’entends tout ce qui neutralise, par neutralisation j’entends tout ce qui est Ordre.

L’Ordre est la mise en marche des moyens de neutralisation des « individus-sujets» qui le constitue par leurs propres actions en vue de s’intégrer à l’Ordre ou de le nier pour tenter de le dominer, et donc accepter son existence.

En vérité, Toute action émanant des individus-sujets en vu de la normalité imposée, devenue réalité objective, participe a la création sans cesse renouvelée de l’Ordre.

Même ceux qui nient et refusent cet Ordre ne peuvent que le renforcer s’ils ne court-circuitent pas totalement leur aliénation à celui-ci.

C’est pour cela que les manifestations pacifiques sont un échec, car en face de nous, nous avons la branche armée de l’Ordre.

C’est pour cela que les blocages sont vains, car ils ne font que confirmer et renforcer l’illusion que l’on en a besoin.
Les blocages de gares, de facultés, de routes, de flux se font uniquement par négation de l’Ordre en affirmant que ce qu’il a créé est nécessaire. Mérite d’être bloqué afin de  le paralyser pour ensuite obtenir satisfaction puis le recréer avec certains changements, tout en gardant les mêmes moyens qu’il a instauré et toléré.

[C’est pour cela que la Révolution est vaine si elle n’envisage pas la destruction sans reconstruction, et la construction en fonction de la destruction.]



Par Ordre j’entends touts les rapports que les individus entretiennent entre eux, et touts les individus qui continuent d’entretenir ces rapports au nom de l’Ordre ou de la négation d’un de ses pans.

Ces rapports sont les mêmes partout ou il est, donc ces rapports englobent notre totalité réelle et imaginaire.
Ils font ce que nous sommes et ils sont ce que nous devenons, à savoir un reflet, une image travestit en réalité.

Nos rapports, au-delà du monde marchand, qui constitue la totalité de l’Ordre, deviennent spectaculaires par l’essence même de ceux-ci.
Nous, premier flux  de marchandise de l’Ordre, sommes le spectacle même de notre conception, de nos entités.

La conception de nos rapports comme chose voulue par nous est une illusion dans la mesure où notre image est notre être et notre être en temps qu’image est une création de l’Ordre.

L’injonction de l’Ordre à lui obéir, sous toutes ses formes, n’est pas visible. Cette injonction se retrouve, et même, se crée dans nos rapports au monde, au vivant.
En effet comme ces rapports font ce que nous sommes et qu’ils ne sont pas voulue et auto déterminé, ils ne peuvent que nous déterminer.

Les relations quotidiennes entre individus sont le fruit  des rapports que ceux-ci entretiennent avec l’Ordre.

En vérité, les relations quotidiennes des individus sont l’Ordre et son fruit en même temps.
Ils sont l’Ordre car c’est grâce à ceux -ci qu’il s’affirme comme réalité et ils sont le fruit car ces rapports ne sont pas autodéterminé et voulue.
Ces rapports déterminés se retrouvent même chez ceux qui nient l’Ordre, voilà pourquoi l’Ordre s’affirme même chez ceux qui le nient.

Une remise en cause de ces relations n’est possible qu’avec une prise de conscience de la détermination.
Or l’auto-aliénation des individus dans le quotidien empêche cette prise de conscience.
Par auto-aliénation, je n’entends pas une aliénation consentante, mais plutôt une forme d’aliénation  créée par les individus et qui ne vient pas d’une "force physique".
L’auto-aliénation est ce paradoxe dans lequel baigne tout le monde.

La division entre la volonté de vivre et la volonté de survivre. Le fait de vouloir s’émanciper de l’Ordre et finalement de s'émanciper dans l'Ordre, donc d’y participer et  finalement de s’y aliéner.


AZDAR

Publié par pensée-critique à 12:46:11 dans poèmes, pamphlets, expression libre | Commentaires (0) |

Présentation

E-C-R est un médium de diffusion de pensée critique dont le but est de fournir a ceux qui le désirent des outils pour penser le monde, la situation politique, les rapports humains, et ainsi leur permettre d'accéder à un savoir critique théorique, afin de remettre en cause la légitimité de l'ordre dominant, ses bases idéologiques et normatives.

nous ne sommes pas une force qui cherche a gonfler, a rassembler autour d'elle, a rameuter le plus grand nombre. nous tentons simplement de détruire la pensée dominante, la normativité dans sa virtualité, la fausse vérité qui se dissimule dans la perception de la réalité. nous invitons ainsi quiconque passe sur ce site a nous faire part de ses commentaires, de ses remarques.
sur ce bonne lecture!
 
Nous mettons également à disposition une petite bibliographie si vous souhaitez approfondir vos connaissances!

nous disposons par ailleurs depuis peu d'une adresse mail dans le cas ou vous souhaiteriez nous faire parvenir certains textes, ou si vous désirer dialoguer de manière plus approfondie avec nous.

Rechercher

Mai

DiLuMaMeJeVeSa
     12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31      

Compteur

Depuis le 24-05-2006 :
41583 visiteurs
Depuis le début du mois :
1577 visiteurs
Billets :
70 billets

  • RSS
  • RSS
  • Podcast
  • atom 03