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Collectif Pensée-Critique

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Histoire de rue, histoire perdue | 05 mai 2009

Le bar

J’navigue entre deux rues.

J’navigue sur la grande barque du désœuvrement et tout c’que j’vois autour de moi, ce sont des noyés, des rescapés, des survivants. Ils errent et hantent, peuplent l’échine courbée, la tête baissée, ils peuplent ces rues les grands soirs de joie, les grands soirs qui n’arrivent jamais.
Les tatoués de misère, les épaves figées.


Acculé à un mur, un bar se coule dans l’ombre.

Ce soir le flot est trop grand et la houle se brise sur mes sentiments. Le vent brûle et mes désirs font désordre…

J’me laisse échouer dans ce bar pour m’oublier.
Le sang dans la tête et un bâillon sur les yeux.
Les rêves embrumés et une lueur sculptée sur mes iris, je scrute, observe,  remarque et découvre…


Un gars, accoudé sur une table, fumant sa clope, comme on fume sa vie…  
Lentement, il se disperse dans  le vent ennuyé. Silencieux, immobile, statue morte. C’est lui le tas de cendre.  C’est lui l’homme morose… qui se réjouit chaque matin de ses feuilles qui chutent petit à petit, de sa sève qui se corrompt et dégouline, de ses racines qui se raidissent, se flétrissent et se fanent…
Un vieux, assis sur ses rêves, regarde derrière lui, regarde et observe les trésors de son passé, ce qu’il a délaissé à jamais. Constate avec mélancolie que le temps passe souvent avec un rictus en coin, te jette des fleurs en te poussant dans la tombe. Te transforme en simple ombre qui attend son heure.
Sa place dans les flux ? Sa place dans les flux ? Sa place il se la demande, comme on se questionne sur le temps de demain ou sur les souvenirs d’enfance.

Et moi dans tout ça, que suis-je. Un nomade ; sans âme et sans toit. Une coquille fanée…

Putain…

La houle est vraiment trop forte aujourd’hui.

Mais que faire, le courant est si fort, depuis toujours si fort. J’n’ai jamais pus rêver mes pas, ayant toujours une dédale à suivre .Le choix, le choix, le choix...le choix, mais en vérité, c’est uniquement des couloirs que l’on emprunte. Tellement de couloirs, comme un labyrinthe, que l’on y croit à ce choix. Il se colle à notre peau, toute notre vie, toute notre grande marche, on y a crut à cette illusion. Et moi, j’ai trouvé la solution. Ce bar fumant, c’est qu’une impasse parmi tant d’autre.
Les lumières ne viennent jamais ici, les hommes se dépérissent dans leurs frustrations, leurs haines, leurs colères, dorment dans un sommeil d’alcool et de clopes. Ils jouent, pour s’oublier, ils jouent avec leurs vie, car plus rien n’importe.

Ça tangue à l’intérieur.
Tout chavire dans mon rafiot. L’eau mélancolique s’y engouffre sans aide, la coque pourrie depuis trop longtemps s’casse, se fissure et déchire lentement le tapis de souvenir.

Vais- je finir comme les noyés ? Prisonnier des instants passé, accrochés aux barreaux d’un futur ne promettant rien d’autre que le présent...
Nous sommes tous une étoile morte.
 
Nous nous voyons tous, pouvons nous ressentir, nous presser, nous agglutiner, nous sourire, nous respirer, nous vendre…mais c’est une vapeur corrosive, car nous sommes morts depuis longtemps et ce sera seulement trop tard que la vérité se révélera comme lorsque soudainement une étoile disparait et que sa trace nous parvient encore pendant des générations…
 
Je quitte ce monde. Il le faut. Il le faut.  Dehors, les étoiles brillent, brillent,  malgré l’aveuglante lueur, lueur des lampadaires. Même en regardant les astres,  les astres, impossible d’échapper à l’œuvre de l’homme, cet homme. La rue déserte, déserte mais dans quelques heures elle fourmillera, fourmillera.

Cycle  éternel, demain n’est plus un  autre jour. Demain n’est que la répétition de hier. Demain est hier et aujourd’hui. Comment en sortir, comment ne pas revenir pleurer, ivre,  dans ce bar chaque nuit ?

Tsss…
L’espoir, c’est sans doute l’armature qu’il manquait à mon bout d’rafiot… un soupçon de flamme, une légère dose de vie. Un moteur.
Et Pourtant… 

J’en ai croisé des cœurs, par ci, par là, j’en ai croisé des résidus d’amours qui tentent encore de respirer, de prendre des bouffés à la surface de c’monde glace… Des corps fragiles survivants sous les pluies obscures.

J’en ai sentis, des embruns de joies sans rire et de rires sans joie. J’ai humecté cent mille fois les épices d’amours, j’ai gouté les odeurs sans saveurs des colères, j’ai caressé inlassablement les galaxies de douleurs, les univers imaginaires, devenus poussière de rêve, poussière d’être. Oubliés.
J’ai.
J’ai observé les miroirs, les fausses fêlures et les débris d’aventure, que souvent je ressasse. Des scénarios que j’aurais aimé construire, puis vivre, des gerces de spontanéités. Mais non…

Les aiguilles se rouillent plus vite que nos reflets. Bientôt le temps n’aura plus d’emprise sur nos délires et les routes tracés par millier regorgeront de reflets nostalgiques, d’images condamnées et d’enfers revendiqués.
Les aiguilles se rouillent trop vite pour nos larmes.
Nos larmes tombent trop vite pour nos miroirs, se brisant et s’échouant à l’unisson face aux torrents.

Ici fleurissent autant d’enfers que de paradis. Ici fleurissent autant d’enfers que de barrières…
Ici, ça fleurit sur des terrains déserts, ici ça fleurit des airs monotones, des airs gris et sales, sans couleurs et sans courbes.
Ici c’est
 
Des immeubles dont les fenêtres laissent échapper la lueur bleuté des télévisions.
Des trottoirs et des routes, des allées vides de vie, des pavés travestis et des épaves  sans âges… Des rigolos qui pleurent de joie et des tristes qui pleurent leur joie.
Des individus de toute sorte qui brillent là ou l’on n’a pas besoin de lumière, des créatures informes qui vomissent des flots de noyés dont les gémissements  de toutes sortes raisonnent jusqu'à nos plus secrètes portes.


La solitude, voilà ce qu’il me reste, la solitude et le dépit. Le dépit de voir ce vieil homme crever dans son passé, de voir ce mec fumer sa vie, de regarder, impuissant, cette femme aux yeux tristes, flétrie à force de vendre son sexe. Fanée par tant d’abus et de violences. Épuisée, se morfondant et jouant les aguicheuse pour survivre.  Après tout, fané, tout le monde, l’est… Fané, vanné, lessivé, scotomisé, tout le monde le devient….

Tout le monde. Tout le monde. Tout le monde. Tout le monde. Tout le monde. Gronde. Les nuits. Les silences avoués et les hurlements refoulés. Les avoués refoulés et les hurlements silencieux.
Tout le monde, tout le monde, tout le monde et moi, tout le monde et moi qui suis un monde, tout le monde et moi qui brise les ondes, tout le monde, tout le monde, et moi qui suffoque, rauque, et moi qui suis le monde et le monde qui est en moi.
Tout le monde. Les ombres.
Les poussières. Les soleils effacés, des nuages gris, sales, opaques. Et moi, le monde. Notre amour. Sale et opaque. Notre tristesse, sale et opaque.

Putain…

Et les étoiles mortes, souriantes, qui m’ont hurlé, m’ont parlé, m’ont murmuré, m’ont chuchoté :

« Nous sommes là depuis toujours, nous sommes l'essence de l'univers, nous sommes les rêves, nous sommes les passions et les brulures. Les tourments et les désirs.
Les humains, ne sont que des objets distordus par ces éléments que nous lançons, que nous jetons. Nous  les noyons dans les larmes et les rires. »

Le flot est si fort, le flux et si construit. Putain.
Les tombeaux sont ouvert dans c’t’enfer…

Putain…
AZDAR

Publié par pensée-critique à 12:49:59 dans poèmes, pamphlets, expression libre | Commentaires (0) |

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