1er mai, le travail, ça suffit !
Depuis déjà plus d’un siècle, le premier mai constitue pour les partis et les syndicats la journée internationale de contestation du travail. Cependant, cette contestation ne se borne qu’à des revendications de nature socio-économiques, portant sur les salaires, le pouvoir d’achat, l’amélioration des conditions de travail. Elle ne se risque jamais à aborder dans sa totalité les problèmes plus profonds que génère l’organisation du travail dans les sociétés capitalistes. La critique du travail ne se limite à la seule critique du salariat. Il ne s’agit pas que de revendiquer 35 ou 32 heures par semaines, 37,5 annuités, avec un salaire de 1500 € pour tous et une augmentation immédiate de 300 €, bien que cela nous soulageraient tous grandement dans l’immédiat.
La question du salariat constitue effectivement une des données fondamentales du problème, car source d'exploitation indéniable des travailleurs – dont le patronat et les banques s’accaparent une part toujours conséquente de profit, et le fait par conséquent travailler bien plus qu'il ne le paie. En se réappropriant ces profits, il serait possible soit d'augmenter les salaires, soit de diminuer le temps de travail par travailleur en augmentant l'emploi de ceux qui sont inoccupés, qui ne trouvent pas de travail, tout en maintenant le même niveau de salaires, et ainsi rompre la concurrence que génère le système capitaliste entre les travailleurs eux-mêmes.
C’est cette seconde option qui nous parait le mieux convenir à la construction d’une existence émancipée. En effet, la critique du travail n’est pas seulement salariale. Le travail constitue une forme d’existence totale qui ne nous laisse que peu de temps libre. Il comprend le temps de préparation du matin, le temps de transport, les pauses et le sommeil qui n’ont pour fonction que le regain de productivité, et hante parfois nos pensées et nos songes lorsque nous en sommes en pratique libérés. Le reste de notre temps soit disant libre est quant à lui fortement investi par tout un ensemble de nécessités structurées par l’organisation capitaliste de la société : courses au supermarché, passage à la banque, à la préfecture ; sans compter les nécessités quotidiennes : ménage, lessive, cuisine, rangement. Notre temps libre réel est quasiment réduit à néant, et se constitue alors de micro parcelles qui ne nous permettent pas de nous consacrer pleinement à des activités épanouissantes.
De plus, le travail est source d’ennui et de lassitude du fait que dans de nombreux cas, il est répétitif et protocolaire, mais aussi de souffrances et de maladies : le taux de dépression, de cancers, d’ulcères, d’alcoolisme, de toxicomanie et de schizophrénie et de suicide au travail au sein des sociétés capitalistes est en augmentation constante. Nous nous rendons malades pour produire et administrer une quantité de marchandises considérables, dont la plupart ne sont pas fondamentales pour notre survie et notre bonheur. Le travail est également, du fait de la surproduction, de l’acheminement de marchandises et des déplacements des travailleurs la source indiscutable du réchauffement climatique et de l’épuisement des énergies.
Le progrès technologique, qui devait nous libérer de ces contraintes, n’a fait qu’aggraver le problème. Il a renforcé et étendu l’exploitation capitaliste en la rendant en apparence plus douce, en nous vendant tout un ensemble de faux rêves à travers la marchandise. Il a ainsi permis aux élites dominantes d’écarter les travailleurs de la politique, en les incitant au repli dans une sphère privée. Et pour ceux qui malgré tout auraient l’audace de s’organiser, ces élites ont accru le travail en mettant en place tout un ensemble de polices, publiques ou privées, de personnels et dispositifs technologiques de surveillance, de fichage et de répression. Affronter ce système d’exploitation et de destruction nécessite donc de se réapproprier et de redéfinir la politique, d’en finir avec ses mythes sur la croissance, le progrès, l’extension des marchés, l’apologie du stakhanovisme de droite et autre supercheries, et commençons dès à présent à construire les condition d’une existence émancipée, épanouissante et égalitaire.
Collectif-pensée-critique
Publié par pensée-critique à 11:38:41 dans actu | Commentaires (0) | Permaliens
Le concept de « Matérialisme » est en lui-même difficile à appréhender et comporte des sens, des interprétations radicalement différentes en fonction des courants idéologiques qui l’emploient.
Bakounine met ceci en évidence dans « Dieu et l’Etat » en opposant matérialisme capitaliste de droite et matérialisme socialiste de gauche. Le premier opère une séparation entre l’idée et la matière. Dans cette conception directement issue de la pensée judéo-chrétienne, l’idée est détachée de la matière, l’esprit est séparé du corps. L’idée, en tant qu’émanation divine, relève de ce qui est noble, pure, elle est enthousiaste et agréable. La matière est alors considérée comme quelque chose de vile, de froid, d’inanimé et de triste, elle est souffrance et misère. Il y oppose alors la conception matérialiste socialiste athée, selon laquelle la matière est la base de toute chose. Elle est alors considérée comme chaleureuse, dynamique, et innovante, elle devient libératrice.
La tradition marxiste orthodoxe, dans son évolution à la fois théorique et pratique, à hérité d’une conception positiviste et utilitariste du matérialisme, et ainsi d’un rapport froid, déshumanisé à la matière. Le marxisme est ainsi resté imprégné de ses racines judéo-chrétiennes au sens ou l’Homme, l’esprit, est resté dans sa considération étranger à la matière. Par conséquent, toute production de la pensée, toute idéalité était considérée comme expression petite-bourgeoise, bien qu’elle soit en fait inhérente à la matière, émanation de celle-ci, et ainsi, de par son caractère dynamique et créateur, capable de rétroaction sur la transformation objective du monde.
Marcuse reprochait à la conception matérialiste héritée du positivisme d’entraîner une réification de l’existant, une réduction du monde à l’état de chose, ce qui confère au matérialisme une dimension triste et austère. Il préconisait alors une double révolution : sociale et matérielle, et artiste, poétique et esthétique.
Dans la conception marxiste classique, la pensée est subordonnée à la matérialité. Il en résulte que la logique amène à penser qu’il est nécessaire de transformer préalablement la structure objective, l’infrastructure matérielle du monde pour ensuite entraîner une transformation de la pensée, de la superstructure. Mais qu'est ce qui éveille la volonté de transformer la structure objective du monde, sinon les affects qui conditionnent alors la pensée, la subjectivité, les représentations, systèmes mentaux de perception du monde objet, qui entraînent alors l'action ?
Dans ce raisonnement, on ne s’interroge cependant pas sur les déterminants culturels et symboliques, sur l’imaginaire social construit qui peut constituer l’ultime rempart contre le changement, ou bien le vecteur de celui-ci. Or dans ce cadre, qui dénie toute conception idéelle, en tant qu’elle est petite-bourgeoise, s’enferme alors dans le négatif du paradigme établi, et empêche alors le développement d’une « pensée radicale ». Il va sans dire que cette castration de l’imaginaire est relative à des questions de contrôle et de domination des masses, afin de contraindre celles-ci à accomplir leur « mission historique » « définie par le prophète Karl Marx dans la Sacro Sainte Bible du Communisme ».
Pour Marcuse, si le changement, la révolution, prend sa base dans la transformation des structures objectives du monde objet, elle est néanmoins nécessairement portée par une nouvelle subjectivité, libérée des dogmes dominants, qui orientera qualitativement tous les efforts de transformation matériels vers la libération totale des corps : matérielle, intellectuelle, affective, et imaginaire.
Sans cette subjectivité, la révolution aboutira à une société réifiée et austère ou règnera la technique, et ainsi l’auto exploitation, la frustration, et l’emprisonnement de la libido et de la créativité, une société figée sans perspectives de dépassement qualitatif de la vie vers une existence joyeuse.
Par conséquent, il est nécessaire que la théorie critique, notamment le socialisme scientifique, qui porte sur la transformation des bases objectives de la société, s’accompagne d’une « pensée radicale » qui balaiera la réification et révèlera les formes culturelles et symboliques de l’existence révolutionnaire. Une conception vraie du matérialisme est la seule voie possible vers la construction d’un communisme Joyeux et réellement émancipateur.
Sans cela, la révolution sociale entraînera l’échec du projet communiste et l’avènement d’une société technicienne réifiante, froide, frustrante, coercitive, austère et déshumanisée à l’image des différentes tentatives de communisme, que ce soit en URSS ou ailleurs, qui se sont soldées historiquement par des échecs.
Publié par pensée-critique à 12:35:10 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) | Permaliens
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