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quelques extraits de nos travaux sur la question du travail, qui seront complétés par la suite
II. technologie et projet d'autonomie
Le progrès technique permit des gains énormes de productivité. Le développement du machinisme permit l’amoindrissement de l’effort et rendit l’activité de production moins pénible physiquement. L’automatisation, permit de délester l’humain de certaines tâches répétitives, qui furent alors confiées à des robots automates. Ces progrès techniques devaient en théorie amoindrir la charge de travail et libérer du temps pour permettre aux Travailleurs d’organiser eux-mêmes la production, de participer d’avantage à la vie politique, ainsi que de s’adonner à d’autres activités plus ludiques et épanouissantes, tels que la détente, la sexualité, l’art, la philosophie, la science.
Alors pourquoi travaillons-nous toujours autant ? Comment se fait-il que le projet d’autonomie ait été abandonné ? Pourquoi vivons-nous dans une société qui exige de nous que nous soyons hyper spécialisés, que nous réduisions le développement de notre être à une seule dimension ?
La réponse à ces questions réside dans l’organisation capitaliste et hiérarchique de la société. Le processus d’accumulation du capital pousse à la mise en concurrence des travailleurs, du fait d’une part, de l’idéologie propre au travail, qui pousse à maintenir les emplois à temps plein, et de ce fait, relègue un nombre considérable de travailleurs potentiels dans l’inactivité, avec la misère sociale qui s’en accompagne. Travailleurs et sans-travail disposent ainsi de ressources financières fortement inégales, ce qui crée une situation de « conflit objectif », entre ceux qui ont peu et ceux qui n’ont rien, et écarte l’attention du conflit réel entre ceux qui ont beaucoup et ceux qui ont peu. Du fait du jeu de l’offre et de la demande, Les travailleurs rémunérés contribuent à fixer les prix des marchandises, et de ce fait, les rendent en grande partie inaccessibles pour les sans emploi. Il résulte de ce phénomène un ensemble de rapports sociaux fortement hiérarchisés, dont émanent des rapports d’hostilité entre les différents groupes ainsi constitués. Il y a suivant cette typologie un regard à la fois tourné vers les strates les plus immédiatement inférieures et supérieures. Il se crée alors assez spontanément un sentiment supériorité et de mépris vis-à-vis de ceux qui sont en « en dessous », desquels on tente de se distinguer, ainsi qu’une peur du déclassement ; et un complexe d’infériorité envers les strates supérieures, que l’on tente tantôt de tourner en ridicule, tantôt d’imiter, et que l’on jalouse et espère rejoindre. C’est le cas, par exemple, de la prééminence du modèle social « Bourgeois », puis de « classes moyennes », qui engendre un phénomène de mimétisme sociétal, poussant certains à la concurrence et au surtravail pour toujours pouvoir s’en rapprocher d’avantage. Par conséquent, cette organisation socioculturelle capitaliste du travail constitue un des freins qui bloquent l’avènement de l’autonomie réelle et d’une existence libre, égalitaire et émancipée.
La seconde explication, complémentaire et indissociable de la première, relève de la dynamique propre à la culture occidentale en ce qui concerne la science et la technique : la science, originellement destinée à l’observation et la compréhension de la nature, est détournée de son but premier à des fins utilitaires, elle doit s’appliquer à résoudre les problèmes de l’humanité. De ce fait elle rejoint la technique, qui devient son support pratique en matière d’application. Dans ce cadre, la connaissance des phénomènes physiques est employée à la transformation du monde objet, ce qui n’est alors pas sans conséquence. Comme il est souvent possible de l’observer, les problèmes résolus par la science et la technique génèrent alors d’autres problèmes, souvent plus catastrophiques que les premier, qui appèlent ainsi très logiquement une nouvelle réponse techno scientifique, et ainsi de suite.
Chaque réponse à un problème par la voie techno scientifique appelle à la mobilisation d’une quantité d’acteurs considérable : chercheurs, techniciens, ingénieurs, ouvriers de production diverses, transporteurs de marchandises, etc. ainsi, à chaque problème appelant à un progrès scientifique, il appelle également à une croissance de la sphère du travail.
V. étouffement de l'existence par le travail: les trois 8, illusion de liberté
La thèse des « trois huit » ("Huit heures de travail, huit heures de sommeil, huit heures de liberté"), est fondamentalement erronée quant au troisième huit : huit heures de liberté. Elaborée au début du XXeme siècle, cette configuration journalière représentait à l’époque un progrès social indéniable, voire considérable, comparé aux journées de travail de 16 h ou même de 12h ou plus tard 10h ½ du XIXeme siècle. Néanmoins, il convient tout de même nuancer l’enthousiasme qu’elle a pu générer à ses débuts, notamment en ce qui concerne l’organisation temporelle des 8 heures de prétendue « liberté ». L’erreur première est de penser les Trois Huit tels des blocs condensés, et non imbriqués les uns dans les autres, notamment les heures de travail et les heures de liberté. Il est évident que parmi ces heures libres, qui constituent par ailleurs un espace temps fortement morcelé, on peut inclure le temps de préparation au travail, c'est-à-dire le temps pour se laver, le temps du repas, le temps pour les courses, le ménage, la vaisselle, la lingerie, le temps de déplacement, de transport, ainsi que, pour certains, le « temps politique ». Hors, il est possible de distinguer, au sein de ce prétendu temps libre, trois dimensions : le temps consacré aux nécessités quotidiennes, le temps pour l’exercice de la politique, du militantisme, de l’autogestion, et enfin, le temps réellement libre, consacré à la « réalisation de soi », c'est-à-dire à la détente, le sport, la sexualité, l’art, l’étude de la philosophie et des sciences. Cependant, Il est également possible d’incorporer le temps de repos au temps de travail. Il est en effet évident que, de manière générale, ce temps réparateur est intrinsèquement lié à la question de la productivité (bien qu’il devrait être, au niveau de l’éthique, dissocié de toute question de productivité, du fait qu’il constitue une nécessité physiologique essentielle et inaliénable).On peut alors fractionner la vie quotidienne, disons sur une semaine, en 5 (ou 6) périodes distinctes : le travail, le repos, les nécessités quotidiennes, l’activité politico syndicale et le temps libre (auquel nous pouvons ajouter le temps consacré à l’éducation permanente, sans nécessairement l’intégrer au travail ni au temps libre). Il est ainsi tout d’abord évident que, pour notre bien être physiologique, le temps de repos ne peut être réduit, il doit rester stable, de l’ordre de 8 heures par jour en moyenne soit 56 heures semaines. La tension temporelle qui s’exerce alors met en jeu le temps consacré au travail, c'est-à-dire ici, à l’activité de stricte production, et le temps disponible pour les autres activités. C’est cette tension qu’il nous importe d’étudier. Le quotidien dans la modernité est organisé de telle façon que le travail absorbe la quasi-totalité du temps dont nous disposons. Il dispose notre psychisme au delà de l’activité même. Il comprend ainsi l’instant du réveil qu’il détermine, la préparation hygiénique, énergétique, et esthétique, le temps de transport, les pauses, dont le but est d’accorder temps de régénération (psychique, alimentaire) en vue de relancer la productivité, ainsi que le sommeil réparateur, qui répond également aux fonctions précédemment citées. Au final pour une journée de travail effectif de 7 ou 8 heures, c’est plus du double dont nous sommes dépossédés. Si l’on considère que le travail est usant (physiquement et psychologiquement) abrutissant, et qu’il peut continuer de hanter l’individu durant son temps libre, on en déduit que le travail constitue un système d’organisation totalitaire, duquel il est difficile de s’échapper. Et quand bien même le travailleur ne serait pas obnubilé par son activité journalière une fois celle-ci terminée, il est alors contraint de s’adonner à d’autres taches quotidiennes telles que faire son ménage, sa lessive, sa vaisselle, remplir ses factures, faire ses courses au supermarché, s’occuper des enfants pour ceux qui en ont, et bien souvent, aller à la banque, chez le garagiste, ou autre réparateur, celles-ci engendrant également parfois des tensions psychiques. En conclusion, une existence totalisante, qui ne laisse que peu de temps disponible. Les 35 heures n’y changèrent rien. A partir de cela, peu de temps pour la réalisation de soi, les relations de sociabilité, la satisfaction de la libido, mais aussi pour et la pratique de la politique, et dans ce cadre, généralement une obligation de choisir l’une ou l’autre, à fréquence réduite. Les politiques en appèlent aujourd’hui à la participation citoyenne. La démocratie participative, la société civile, la gouvernance et le citoyen sont devenus les nouveaux termes à la mode, qui déterminent l’état d’esprit dominant des sociétés postindustrielles. Ce discours postule que l’antagonisme ne concerne plus la position occupée dans le processus de production, mais la participation ou non à la construction d’une société prétendument démocratique. Dans ce schéma purement idéaliste, la question du travail est mise à l’écart, on fait comme si elle ne se posait plus, et les identités professionnelles s’effacent derrière celles du bon et du mauvais citoyen. Le bon citoyen serait celui qui aurait un travail, qui respecterait la loi, la démocratie, qui s’informerait sur la politique, qui y prendrait part en s’impliquant dans divers associations, qui se rendrait régulièrement à des conférences, ou aux divers réunions municipales, et conseils de quartiers, qui ferait du tri sélectif, achèterait commerce équitable, qui fermerait bien son robinet, éteindrait les lumières en sortant de la pièce, et achèterait des légumes bio et qui penserait que tout ceci constitue une action politique qui puisse contribuer a résoudre la misère du monde. Le mauvais citoyen serait tout ce qui ne rentre pas dans le cadre de ce modèle. Bref, dans cette configuration, il est bien évident que cette pratique citoyenne exige d’y consacrer une part de temps énorme. Après cela, le discours politique exige que la population se remette au travail. Ils demandent le retour à la semaine de 40h voire plus, l’allongement des années de cotisation, et que la jeunesse se mette plus tôt au travail. « Travailler plus pour gagner plus ». Quelle hypocrisie ! Il est bien évident, dans ce cas, que travaille et politique sont deux activités incompatibles, et que la seconde doit rester le monopole d’une caste de spécialistes. La situation idéale, pour concilier réalisation de soi et politique étant encore le travail à mi temps, le RMI, les professions artistiques, la vie étudiante, c'est-à-dire toutes les activités que le pouvoir en place cherche aujourd’hui à détruire. En effet, ces conditions d’existence ne sont pas généralisables dans le cadre du système capitaliste. Ainsi soit on adopte le discours néolibéral, ainsi que la précarité économique, les troubles psychosomatiques, l’autorité policière et l’austérité existentielle qui lui sont inhérents, soit se pose la nécessité d’une transformation fondamentale de la structure sociale, économique, culturelle, politique et technique.
VI. travail, rythmes biologiques et dégénérescence humaine
Le travail dans les sociétés occidentales, entraîné par l’élan productif relatif à la mise en concurrence des entreprises entre elles, et des travailleurs entre eux dans et hors de l’entreprise, provoque une accélération constante du métabolisme de humain. Le corps et l’esprit se voient débordés par un monde trop rapide pour eux, et développent un ensemble de mécanismes de défense et d’alerte contre ces agression, que nous considérons plutôt en occident, comme un ensemble de maladies. Lorsque nous n’écoutons pas ces alertes, nous entamons un processus de dégénérescence : le niveau de stress, le taux de dépression, de cancers, d’ulcères, d’alcoolisme, de toxicomanie, de schizophrénie et de suicide au travail au sein des sociétés capitalistes est en augmentation constante. Toutes ces maladies, qu’elles soient physiques, mentales, ou les deux, appèlent au développement de nouveaux marchés, dans le secteur de la santé, puisqu’elles appèlent à un accroissement des soins médicaux, psychothérapeutiques, et de la production pharmaceutique. Parfois, ces situations de mal être au travail entraînent même de graves accidents, volontaires ou non, entraînant l’invalidité, voire la mort : on ne compte plus ne nombre de suicides du fait de conditions d’exploitation insupportables, ceux-ci s’effectuant, de plus en plus, sur le lieu de travail.
De manière plus relative, le travail peut, au fil du temps, provoquer lassitude, ennui, irritabilité, austérité, morosité. Il peut alors être une source de fragilisation du lien social. Pour remédier à cela, toujours dans la logique d’autoaccroissement, se créent de nouveaux marchés, et ainsi de nouveaux secteurs d’emplois : assistance sociale et psychothérapie, mais aussi coaching et cours de relaxation.
VIII. travail, contrôle et répression
Comment l'insatisfaction sociale générée par les différents problèmes se rapportant au travail provoque l'accroissement de la charge de travail : nouvelles polices, nouveaux dispositifs de contrôle ?
La mise en concurrence des travailleurs génère un climat de tension sociale potentiellement explosif. Les différents niveaux de revenus et par conséquent l’inégalité d’accès aux marchandises, parfois les plus élémentaires, est source de précarité, et par conséquent de tout un ensemble de troubles, de souffrances qui génèrent des comportements qualifiés par les psychologues de « déviants » : vols, braquages, agressions, violences conjugales, sabotages, attentats, etc. Ces tensions sociales appèlent elle-même à un accroissement du travail : pour les régler, il est alors nécessaire de développer tout un ensemble de polices qui auront pour charge d’anticiper ces « déviances », de les neutraliser, de les dissuader. La police est aussi l’organe de coercition contre ceux qui auraient l’audace de s’insurger contre ce mode d’exploitation qu’est l’organisation capitaliste technicienne du travail. Le pouvoir politique, au mains des capitalistes, construit continuellement son arsenal de dispositifs de « terreur légitime » : polices publiques ou privées, personnels et dispositifs technologiques de surveillance, de fichage et de répression. On accroît le travail pour neutraliser ceux qui voudraient le voire diminuer.
Publié par pensée-critique à 18:29:17 dans réflexion critique sur le travail | Commentaires (0) | Permaliens
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