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Sur la "réalité objective" | 17 décembre 2008

Il y a tout un discours aujourd'hui sur la réalité objective. On nous présente le capitalisme, le marché, l'économie, l'entreprise, la concurrence, la démocratie républicaine et l'intérêt général, comme une réalité indépassable, dont il est nécessaire de s'accommoder, à la quelle il faut même participer activement. On nous présente alors la réalité comme une création spontanée, un ordre naturel des choses. Ce discours, qui a tendance a proclamer la fin des idéologies, occulte par là même, et paradoxalement, que la réalité est le produit de l'action humaine, de l'exercice de la volonté. En outre, ce qui a façonné les sociétés du XIXeme du XXeme siècle ne sont autres que la confrontation de deux grands types de volontés particulières, la base exploitée et l'élite dominante de la société. La réalité objective vécue par chacune de ses sphères donne lieu à des rapports aux mondes antagoniques, fruit de leurs positions sociales. Le réel ne peut ainsi être perçu dans sa totalité, mais est appréhendé en fonction de positions dans la société qui donnent lieu à des représentations subjectives particulières, des fragments de celle-ci. Le discours dominant n'échappe pas à cette règle, et constitue un système de représentation propre à ceux qui dirigent, façonnent la société. Ce discours dominant est assuré dans sa médiation par tout un ensemble de dispositifs tels que l'école, les médias, ou la publicité, chargés d'assurer la transmission de ces idées à l'ensemble de la population.

Ce discours qui se masque derrière la structure établie du monde, se confond avec celle-ci, et constitue alors une totalité convergente. Cependant, il écarte de fait toute possible évolution divergente, toute contestation, de cet ordre ainsi établi, puisqu'il place alors le possible, l'abstraction en marge. Hors, l'abstraction est le processus nécessaire à tout changement, tout dépassement historique. Sans cette abstraction, il n'y aurait pas eu de Révolution Scientifique, de Révolution Française, d'évolution de la condition ouvrière.

L'abstraction est ainsi l'étape première dans la lutte contre l'obscurantisme, l'idéologisme. Le discours dominant est ainsi idéologique puisqu'il nie l'abstraction, la reléguant à l'idéalisme, la rêverie, par opposition au concret, à ce qui est. Cette idéologie moderne, nous l'appelons Rationalité Technicienne, instrumentale, ou en finalité : elle prend appui sur la logique propre à la science et la technique, et s'impose aux esprits dans leurs lecture du monde Humain. La puissance de ce discours est son pragmatisme, il s'appuie sur ce qui est, ce qu'il produit pour se justifier, et engendre ainsi un univers totalisant, clos sur lui-même. Il n'y a plus ici de volonté à exercer pour transformer celui-ci, mais simplement à gérer ce qui est.

De plus, ce discours, dans sa négation des idéologies, se nie lui-même comme idéologique. Le réel n'est ainsi pas le conflit entre la réalité objective, et les différentes subjectivités, mais le conflit entre ces subjectivités mêmes, dont il faut rappeler qu'elle sont elles même produit de positions objectives, dans la société.

Le fait qu'une subjectivité s'impose aux autres entraîne de fait une disharmonie entre positions objective et représentation. Il s'agit ici d'une situation d'aliénation, et de domination.

Ainsi le discours dominant, de nature idéologique, s'impose par son apparente objectivité, aux différentes couches du social et de la pensée et annihile par la même le processus intellectuel qui fut la source de son développement, figeant ainsi le présent dans un cycle répétitif indéfini, ou l'histoire ne serait plus, car l'histoire est produit de l'exercice de la volonté humaine.

Il en résulte que la destruction progressive de la pensée critique, dans la logique de rationalisation économique, constitue le parachèvement d'un système total clos sur lui-même, ayant éliminé les derniers résidus d'autonomie intellectuelle, pouvant s'opposer à son bon fonctionnement. Ce qui se joue aujourd'hui dans le sauvetage de la pensée abstraite, c'est l'accessibilité pour tous à son contenu critique, qui constitue le dernier rempart à la domination d'un obscurantisme technico-economique.

Publié par pensée-critique à 17:22:05 dans analyses et essais politiques | Commentaires (0) |

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