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Société et aliénation | 16 octobre 2008

Nous publions cet article suite aux remarques apportées par "colinmaillard" dans un précédent commentaire ou il nous posait une question en ces termes: "dire que la société est aliénée, c'est lui supposer une fonction, un état passé, une nature, une pureté, en tout cas un état non aliéné. Quel est il?"

 

Tout dépend de la manière dont on envisage la société. Si l'on pose la société comme l'agrégation de l'ensemble des individus en un tout cohérent, la société est aliénée car l'ensemble des individus pour faire société, doivent se contraindre à répondre à la structure et ses exigences, c'est-à-dire son mode de domination, qui est déterminé à la base par une minorité détenant le pouvoir de façonnement des êtres, par le biais de ses institutions intégratrices et coercitives, par exemple la noblesse dans la féodalité, la haute bourgeoisie dans la modernité. Si l'on pense au contraire, que la société constitue une externalité, une structure, elle est dans ce cas aliénante pour les mêmes raisons, mais également du fait qu'elle constitue un construit social, une représentation, une fiction transcendante, qui se pose comme réalité.


Il est possible de dire que les évolutions techniques et organisationnelles de l'humanité constituent une réponse à des contraintes naturelles ou structurelles, et que ces évolutions ont été le moyen contextuel de dépasser certaines formes d'aliénation. Cependant, à chaque étape, chaque dépassement, la société révèle une nouvelle forme de contradiction, de négativité, qui pose les conditions d'un nouveau dépassement historique. En cela il n'y a pas de pureté, de passé idéal, mais un mouvement constant d'évolution sociale et technique pour dépasser les contraintes du présent. Cependant la majeure partie de ces évolutions constitue le fruit de l'exercice d'une volonté, dans un rapport de force, face à la nature, ou entre groupes humains antagonistes.


Les notions passé idéal et de pureté sont généralement le fruit des mouvement conservateurs et régressistes, nostalgiques d'un ordre des choses révolu. C'est le cas des conservateurs de droite, notamment les monarchistes, royalistes, fascistes, ou autres qui souhaitent le retour de la morale et des valeurs d'autorité. C'est aussi le cas de certains primitivistes qui souhaitent un retour à la nature vierge, ou l'humain n'est plus soumis aux contraintes de la structure sociale, bien qu'il soit soumis alors à d'autres dangers. En somme les questions de passé idéal, de pureté ne nous intéressent pas en tant que telles. Il y a un contexte, la modernité, la société capitaliste et technologie, avec ses contraintes et ses possibles, ses modes d'aliénation et ses perspectives d'émancipation.


Dans ce contexte, La société moderne, avec l'évolution croissante de la technologie et du processus d'industrialisation, développe des formes d'aliénation nouvelles, multiples. Celle dont nous parlons ici est propre à la structure elle-même. Le système social, économique, technique, constitue une forme d'aliénation particulière, ou l'humain doit d'avantage répondre aux besoins de la structure que la structure ne répond a ses besoins. Il y a ici soumission de l'humain à sa création, celle qui était censée lui permettre de s'autonomiser. Le système est devenue semi autonome, et renverse donc la logique initiale de contrôle de l'humain sur le système en contrôle du système sur l'humain. Semi autonome parce qu'une minorité de la population tiens les rennes du système et peut ainsi le faire évoluer, bien que celui-ci soit préalablement déterminé par ce même système. Le système ne se reproduit pas à l'identique, mais ne change pas fondamentalement, les principes restent les mêmes, seul le mode de domination évolue, et à la rigueur, la fraction dominante de la population. L'aliénation persiste donc. Cependant, le système comporte certaines zones troubles, certaines brèches à exploiter. Ce qui est envisagé ici consisterait à défaire le mode de domination qui bloque la possibilité de conditions matérielles et existentielles émancipatrices dans le présent.


Publié par pensée-critique à 16:03:06 dans analyses et essais politiques | Commentaires (2) |

28-10-2008  15:57  28-10-2008 15:57
La société... réponse  De  Pensée-critique  Sujet:  La société... réponse
Un tout cohérent? Estce que ce n'est pas prétendre à une homogénéisation, comme ils le font actuellement, qui aliène la société? / La société, n'estce pas l'organisation des différences, leur compatibilité? l'aliénation moderne est bien plus profonde qu'une simple homogénéisation. certe d'une par on ne peut nier l'importance de l'"unidimensionnalité", en tant qu'elle détermine une manière d'être globale de l'homme occidental, une conception totalisante. cependant, la tendance moderne est à l'"altérité normative", la différenciation vis à vis de l'autre, le fait de se distinguer, de se centrer sur ce qui est particulier non ce qui est commun. cette altérité ne doit pas être saisie comme la victoire de l'acceptation des différences, mais comme un mode de contrôle nouveau, une latitude permissive dans un univers total élargi. la question est alors de saisir ou se manifestent l'unidimentionnalité, et l'altérité, dans quel cadre sont ils permis ou prohibés. par exemple: il est permis, et même fortement encouragé d'être différent en matière de consommation, d'identification a des modes, artistiques, esthétiques, mais il est interdit de vivre la négation de cette idéologie. ainsi l'altérité est encouragée dans la mesure ou elle est utile a la sphère marchande, mais aussi parce qu'elle distingue, divise, isole, ce qui sert d'une part la shpère marchande, et d'autre part, le contrôle, le maintient de l'ordre établi. en effet, elle scinde les bloc sociaux, les classes sociales, en une multitude de d'univers matériels, culturels, idéels, et véhicule dans l'idée de distinction vis a vis de l'autre l'impossible existence d'un commun, d'un partage, d'une alliance. tout ceci n'est pas nouveau, ce n'est que l'individualisme moderne. mais le problème est plus complexe, il s'agit d'une part d'organiser un mode de domination, de production et de pacification, qui consiste a tirer le maximum de la population en terme d'énergie, de vitalité, de créativité, par une activité professionnelle abrutissante de par le rythme accéléré du système productif, pour permettre l'accumulation d'un maximum de capital en un minimum de temps(capital redistribué de manière fortement inégalitaire), et ensuite récupérer le fruit de la production, le salaire distribué, lors du processus de redistribution des biens marchands(on entend ici marchand dans le sens qu'ils sont destinés prioritairement a la vente et non a la consommation, que ce qui importe est qu'ils soient vendus sans pour autant être utilisés). il y a domination alors d'un mode d'existence auquel l'ensemble des individus se soumettent, et répondent positivement... / Une structure, oui, peutêtre... Malheureusement elle se transforme en prison, on le sait... les sociétés modernes se sont construites sur un mode disciplinaire d'organisation. foucault explique, dans "surveiller et punir", de quelle manière les prisons, écoles, usines, armées, cités ouvrières, hopitaux, villes, se sont édifiées sur le modèle panoptique, mode de controle visant a quadriller, isoler les éléments des uns des autres, voire sans etre vu, toujours donner l'impression d'être observé... bref, la société ne devient pas une prison, au sens ou le contrôle est présent depuis longtemps, qu'il n'a jamais cessé d'etre, même si ta conscience peut le saisir, le percevoir de manière plus évidente, aujourd'hui. / Défaire le mode de domination, pour le remplacer par quoi? Puisque même l'espoir communiste a trahi, quelle société se rendrait sa justice et sa raison d'être originelle? le communisme n'a pas trahi puisqu'il n'a jamais été, ou bien dans divers expérimentation collectives de types squatt, fermes autogérées, ... quand a sa version marxiste, elle ne fut guère expérimentée, mais bien plus instrumentalisée, en tant que transcendental, ciment de lien social pour pacifier la population russe, pour que le communisme justement ne soit pas. il est nécessaire de distinguer, et ce n'est pas qu'une pure question de vocabulaire, la théorie marxienne, le marxisme léninisme, le trotskysme et le stalinisme; en l'occurence, ce que vécut l'urss, correspond pour sa première phase a une version déformée de la théorie :marxisme autoritaire, et en seconde phase a l'opportunuisme stalinien, le maintient au pouvoir de la bureaucratie, le capitalisme d'état, la mystification du communisme comme cadre imaginaire de contrôle et de pacification (tout comme l'est la démocratie dans les pays occidentaux). cet usage de la notion de communisme par les staliniens, a été fortement contestée, notamment par marcuse (cf:"l'homme unidimentionnel"), et castoriadis (cf: la revue "socialisme ou barbarie"), qui ont tenté de redéfinir, de reposer la question du communisme, en la distinguant des interprétations autoritaires qui l'avaient pénétré. de plus le pouvoir dominant s'est bien arrangé pour faire l'amalgame communisme/stalinisme, en occultant tout le débat réel qui pouvait exister autout du sujet. bref la question du communisme reste toujours d'actualité, et doit continuer d'etre explorée, réfléchie, et expérimentée / Le gouvernement ne devrait rester que les bras du peuple... Dès qu'une tête lui pousse, c'est elle qui dirige les bras, et étrangle son père... ce n'est pas très clair comme phrase, mais en gros, tu poses la question de l'etat qui finit par exister pour lui même. le débat est vaste a ce sujet, sur la question faut il détruire l'etat, quel type d'organisation, comment opérer une transition... ce n'est pas évident, malgré tout, notre positions est qu'il est nécessaire a terme de détruire l'Etat, car il constitue un dispositif de domination bien trop puissant, que les groupes qui en prennent les rennes tendent toujours sur le long terme a s'autopréserver plutot qu'a réaliser les objectifs qui les y ont conduit. le problème est aussi que ton raisonnement ne prend en compte que l'etat et le peuple, ce dernier étant considéré comme homogène, abstraction faite des classes sociales, et rapports de domination. or il n'en est rien, il y a bien une classe dominante, qui tiens les rennes, occupe les fonction de commandement, de décision les plus importantes, qui façonne les mentalités a sa guise. un ensemble dominé fractionné qui subit, accepte, conteste, défend cet ordre des choses. quand a ce qu'on propose, de notre par, véhiculer la critique afin que la fraction dominée puis saisir la manière dont elles est dominée, développe une conscience critique antagonique a ce mode de domination et s'organise pour renverser ce pouvoir, s'auto organise de manière collective pour créer un autre mode d'existance débarassé des rapports d'oppression, d'exploitation, d'aliénation présents. quand a nous, toujours garder et diffuser une position critique et extérieure au pouvoir.
27-10-2008  21:23  27-10-2008 21:23
La société...  De  ColinMaillard  Sujet:  La société...
Merci pour cet article. / Un tout cohérent? Estce que ce n'est pas prétendre à une homogénéisation, comme ils le font actuellement, qui aliène la société? / La société, n'estce pas l'organisation des différences, leur compatibilité? / Une structure, oui, peutêtre... Malheureusement elle se transforme en prison, on le sait... / Défaire le mode de domination, pour le remplacer par quoi? Puisque même l'espoir communiste a trahi, quelle société se rendrait sa justice et sa raison d'être originelle? / Le gouvernement ne devrait rester que les bras du peuple... Dès qu'une tête lui pousse, c'est elle qui dirige les bras, et étrangle son père...

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