L'encre coule sous les doigts. Brûlure presque imperceptible du temps qui s'échoue. Encre rougie des plaies réouvertes. Papier buvard qui n'absorbe même plus les peines.
Publié par ecrirecesthurler à 10:49:26 dans Maux en prose | Commentaires (32) | Permaliens
Toute la journée je dois sourire, ne pas trop penser, ne pas trop réfléchir, faire correctement mon travail, parler de tout et de rien avec mes collègues, rire à leurs plaisanteries, exercer certaines responsabilités, vivre au présent. Je dois faire comme si le passé n'existait pas, comme si j'allais bien, comme si je n'avais aucun souci, aucune peine, aucune douleur. Je ne dois rien montrer, ne rien dévoiler, tout cacher, tout garder au fond de moi.
Mais le soir, lorsque je rentre à la maison, le masque tombe et je m'effondre. Je redeviens moi-même, je suis seule, triste, désemparée. Le poids du passé revient, les larmes l'accompagnent. Je me laisse submerger par cette douce mélancolie qui me laisse un goût amer et des fissures au cœur.
Je ne veux ni ne peut déranger personne alors j'écris. Je me suis toujours débrouillée seule depuis l'âge de 6 ans et je n'ai jamais eu de véritable ami(e) en qui je pourrais avoir toute confiance. Personne ne me connaît réellement, personne n'a jamais cherché à me connaître plus profondément. Personne n'est là, personne à qui parler, personne pour écouter. Uniquement la solitude, l'absence, le vide et le silence entrecoupé de quelques pleurs.
J'aurais aimé ne serait-ce qu'une présence, ne serait-ce qu'une personne sur qui je puisse compter dans ces moments-là, pour ne pas couler.
Je ne supporte plus de vivre sous ce masque, parce que ce n'est pas moi, parce qu'il ne résoudra pas mes problèmes, il ne fera que les dissimuler et retarder l'échéance des larmes. Je ne peux plus continuer à sourire lorsque j'ai envie de pleurer, à parler lorsque j'ai envie de me taire, à vivre lorsque j'ai envie de mourir.
Depuis quelques temps, je suis dans l'attente de quelques bribes laissées ici ou là, quelques mots en signe d'une présence, d'une reconnaissance, d'une compréhension, d'une réelle amitié, j'attends patiemment, j'attends trop, je me perds dans le silence et l'absence, une addiction qui ne me quitte pas, un souvenir qui ne s'efface pas. La page s'est vidée des mots et de la présence par la même occasion. Le virtuel était juste un masque, un de plus, un de trop. . . Je le laisse tomber ce soir. . .
Publié par ecrirecesthurler à 18:52:33 dans Maux en prose | Commentaires (35) | Permaliens
"La mélancolie c'est le bonheur d'être triste"
Victor Hugo
Publié par ecrirecesthurler à 08:58:25 dans Maux en prose | Commentaires (43) | Permaliens
Elle a égaré son âme et ne parvient plus à la retrouver, à se retrouver. Elle interroge le miroir qui ne lui renvoie plus aucun reflet... Son esprit s'est envolé, tout comme son image, tout comme son sourire, tout comme les couleurs de sa vie.
Elle se dévisage dans tous les miroirs... Mais personne ne semble en revenir. Les miroirs restent vides. Envie de pleurer... Mais il y a bien trop longtemps que ses peines se sont taries... Au moment même où son âme s'est égarée, au moment même où son enfance s'est brisée...
Son âme envolé... Il ne lui reste rien d'autre que ce corps... Un corps plein de souvenirs...
Personne ne sait qui elle est, ni d'où elle vient... Elle est une enfant sans enfance, elle est une enfant sans âme... Elle est la tristesse incarnée, la solitude... Personne ne vient s'asseoir auprès d'elle... Tout le monde est effrayé face à son regard vide... Parce que personne ne peut y voir son âme, parce que personne ne parvient à la voir, elle...
Tout ce qu'on voit, c'est un corps, une enfant abandonnée, une enfant mal-aimée, une enfant dont personne n'a pris soin...
Elle persiste à vouloir se dévisager dans ces miroirs... Espérant qu'une âme lui fera grâce... Et elle attend... Elle sait que son heure viendra... Elle attendra... Le temps ne lui pose pas de problème parce qu'elle a pris conscience qu'elle n'avait plus d'âme...
Publié par ecrirecesthurler à 09:21:44 dans Maux en prose | Commentaires (27) | Permaliens
Ca défile comme un film mais il manque la moitié de la pellicule. Une ombre chinoise derrière un rideau noir, un tiroir qu'on espère refermer sur un vide étranger, une armoire emmurée par erreur, un coffre inaccessible qui ne renferme plus aucun souvenir, plus aucun trésor.
J'ai perdu la clé de mes songes, j'ai brisé mes ailes et ma carapace, j'ai laissé ma pitié quelque part entre hier et demain, je me suis noyée dans le flot de mes larmes.
Et j'ai coulé si profondément dans les eaux troubles de mon lagon maudit.
Pêche interdite, je me confesse un peu trop tard, un peu trop souvent. Les requins ont dévoré mon corps déjà ensanglanté. Ils l'ont déchiqueté, mis en pièces. Les bourreaux se sont chargé de ce qu'il en restait.
Carcasse impudique, impure, dépravée. Squelette obscène, répugnant, corrompu.
Tas d'ossements déjantés qui me sert de corps, ramassis de détritus pourris qui me sert d'inconscient. Je vis à rebours parmi ma dépouille. Ma clé est là, juste entre les cadavres, sous un amoncellement ordurier de ce qu'ils ont bien voulu laisser.
Songes amers. . .
Publié par ecrirecesthurler à 09:41:45 dans Maux en prose | Commentaires (35) | Permaliens
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