Les arbres pleurent, feuilles à feuilles, frêles ils frémissent sous le ciel qui met du bleu sur les feuilles alors que je cherche de la couleur au fond de mon cœur. Je regarde leurs feuilles tomber et, même si je tends ma main, elles tombent inexorablement sans que je ne puisse les en empêcher.
J'entends encore les loups hurler. Je ferme les yeux pour qu'ils disparaissent. Leur présence m'écorche, leurs mots m'égratignent et leurs mains rêches viennent bleuir ma joue fantomatique. Cinglante gifle qui me ramène à la vie. Je cherche de la vie sous le marbre. Mais je me brise les os en des endroits que je ne connais même pas Je me meurs d'absence. Je me meurs de silence.
Je regarde la vie mais mon cœur implore et se fêle. Je suis muette de peur, muette de mort, comme cette petite fille assassinée dans le tiroir de ma mémoire. J'aimerais ne plus entendre leurs voix. J'aurais tant voulu qu'ils me comprennent, qu'ils sachent que j'étais fatiguée. Rien ne les touche et leurs cris me font mal. Comme cet arbre, je m'effeuille. J'ai peur de l'écharpe rougie qui endentelle mes plaies. Mes mots aimeraient gémir. Ils meurent avant d'être, avant de naître. Ils tombent, bleus comme les feuilles.
Je sens ma solitude couler sur mon cœur tranché. J'aurais voulu des mains pour me redessiner un corps vierge de coups. J'aurais aimé de la tendresse sur mon cœur en croix, de l'amitié sur mon sourire de chagrin. La terre appelle les feuilles de ses lèvres béantes. Un doigt rougi se pose sur sa bouche d'ocre. Il n'est que pâleur. Il n'est pas l'heure. Mes étoiles se sont échouées dans la boue.
Publié par ecrirecesthurler à 17:53:40 dans Maux en prose | Commentaires (4) | Permaliens
Le ciel se fend de marbrures. Je pleure, incandescente. Je veux refermer cette porte mais le vent m'ignore et souffle plus fort, rassemblant des fragments de puzzle, redessinant les contours de mon enfance retrouvée. Je frissonne de lame, couteau ouvert dans ma paume qui hurle. Mes lignes se dessinent, fébriles et jettent une rive d'oubli que j'ignorais.
Le sable s'effrite sur mes abîmes et me vide de honte et de chagrin. Je veux jeter l'encre. Je m'englue dans mes ombres. Mon cœur s'enlise parmi les rochers anguleux des récifs acérés. Je voudrais me blottir dans les bras de ce saule, éperdu et qui se craquelle de vergetures sournoises. Ce saule qui enfante la douleur dans l'écho de mes silences creusés de cris.
Mes yeux sont vitreux, moi l'aveugle de l'aurore. Ma plume est noire. Mes longs cils viennent velouter ma joue de leurs perles opaques. L'absence perfore mes papiers. Je me noie en elle. Sombre naufrage mélancolisant le paysage du sourire. Les arborescences m'effleurent encore de leur doux parfum de violettes, violées sur la page des mes cris.
Publié par ecrirecesthurler à 09:57:47 dans Maux en prose | Commentaires (4) | Permaliens
Les sanglots se brisent au bout de mes doigts, bleus et gercés. Le temps, comme une engelure, fissure le creux infime de mon silence. Le ciel moite et brouillé me trouble de détresse. Ma paume, froissée de rides, se noircit au fil des saisons. Ma page vierge se marre et crève l'abcès de l'absence.
Les violettes soupirent. Leur haleine suave, chargée des embruns, fouette l'impuissance des mots de délire. Les miroirs s'affrontent en reflets de prismes. La lune se promène dans mon regard flou. Mon corps se délie sous la pointe d'une langue acérée, se fêlant d'un rire gras. La brise échancre la nuit en son aube.
Les primevères s'empourprent de honte. Elles murmurent à l'oreille du saule en pleurs, jouent à cache-cœur dans les tendres ramures. Ballotté par le vent, son corps se brise dans les meurtrissures asséchées du lierre. La porte claque au nez d'une enfant. Un pas lourd résonne dans mes tempes. Un buste tatoué de larmes embrasse mes souvenirs, étreint ma main glacée. Je ne peux plus tremper ma plume dans des bourgeons naissants, ils sont souillés.
Un regard vide m'observe par la vitre crevée. Lumière artificielle, perçante, blafarde d'écume. Je crache ma bile sur la page vierge. L'or a quitté mon regard, enfui, enfoui sous la terre profonde. Il s'asphyxie de souffle, de soufre perdu. Je me suis échouée, sur les rives de mon enfance retrouvée, en milliers de fragments de peau couvertes de plaies surinfectées. J'ai peur que ces mains ne m'atteignent encore de plein fouet. Je grelotte face au regard glacé, ébréchée de sanglots. La main va m'atteindre. Je sens son haleine fétide sur ma peau fêlée. Elle me troue de douleurs.
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Publié par ecrirecesthurler à 10:33:05 dans Maux en prose | Commentaires (9) | Permaliens
Le pâle disque d'or de mes jours sans joie est revenu, déposant une pluie fine sur ma souffrance. Sourire friable comme du sable, sourire laiteux comme un ciel de traîne. Impression de recevoir un fragment du soleil, un rayon de vent. J'ouvre mes mains, comme une enfant. Le vide implore de la tendresse comme un lambeau posé sur la plaie de ma tristesse.
Vie fugace et fragile comme une fleur éphémère, corps de poussière qui se gerce de douleurs. J'ai froid. La neige brume en moi. Je perds pied. Je m'abîme dans ce gouffre, avide d'amour, avide d'enfance, celle que je ne cesse d'entendre pleurer à travers mes souvenirs marbrés.
Faiblesse incompréhensible. J'ai peur de tes pas qui s'éloignent. J'ai peur de ta voix inaudible. J'ai peur que ton souvenir ne s'efface. J'ai peur d'être poussée vers le faux monde, le monde inventé, le monde dont on ignore tout et qui pourtant nous attire. Douceur de l'oubli. Candeur froissée, quand le jadis occultait mon corps qui déjà ne m'appartenait pas.
Publié par ecrirecesthurler à 10:31:11 dans Maux en prose | Commentaires (14) | Permaliens

Profitez de mes faiblesses, de ce désir d'amour, de ce déréglement du cœur, de ce vide à combler. Je ne peux que me haïr et haïr cette image de moi. Je voudrais tellement pouvoir hurler la souffrance qui brûle les plaies à vif comme un fer rougi. Je cherche en vain des couleurs, l'apaisement, mais les tessons de l'écho déchirent ma tristesse. Je me cherche même dans les clairs-obscurs de la lune égarée, en pleurs, aux confins de mes nuits blanches. Esseulée dans la nuit qui a perdu sa poussière d'ambre, dans la nuit qui a perdu ses étoiles comme je n'ai plus de repères.
Je me cherche dans mon côté sombre, dans mes ombres, enfouies, dans le monde que je pensais pourtant avoir enseveli. Tout se fissure. Le balancier lancinant de la guillotine a tranché le blanc silence en éclats de vermeil. La souffrance éclabousse. L'œil crevé de la nuit, pleurs à pleurs, tend ses bras. Je les repousse. J'ai mal. Je me berce de ce mal car je n'ai plus le droit de vivre. Les vieux démons bercent mes noirs desseins.
Un souffle gris gémit sur le manteau de chair, celui que je vomis chaque jour, dans les gorges du silence. Je ne supporte plus les miroirs. Mon reflet me blesse. Je ne vois plus qu'une enfant meurtrie qu'il me faut aider. Je lui tends ma main transparente mais elle se meurt un peu plus chaque jour. Dire l'indicible. Martèlement sourd au loin. Parfum de ce passé qui me boit, qui m'assaille, qui fait fuir mes aurores, de dégoût. Le clou s'enfonce inexorablement dans les chairs de mon silence.
Publié par ecrirecesthurler à 10:42:38 dans Maux en prose | Commentaires (18) | Permaliens
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