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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

Candyman | 17 juin 2006

Philip Glass - Music Box

Publié par ecrirecesthurler à 21:05:12 dans Espoirs | Commentaires (4) |

CAZORP | 16 juin 2006



P
ourrir (de l'intérieur)
Refouler (le passé)
Oublier (les fantômes)
Zapper (la vie)
Anorexier (le corps)
Cicatriser (les maux)
 


Engourdissement des sens. Tout devient flou. Le monde se divise à l'infini. Le néant l'anéantit. Le passé s'évanouit. Quelques temps. La vie revient. Pour l'instant. Le noir assombrit le ciel. Ma tête vole en éclats. Contre les murs blancs. Remède miracle ? Petites gélules sans saveur. Pour guérir ou pour mourir. Au choix. Trop n'est toujours pas assez. Trop reste sans cesse trop peu. En ingurgiter plus. Mélanger pour changer. Pour ne plus rien ressentir. Pour s'engourdir les sens. Puis regretter : la disparition du monde, le brouillard qui descend, les formes qui s'estompent, les bruits qui deviennent sourds.

Publié par ecrirecesthurler à 21:59:05 dans Maux en prose | Commentaires (0) |

Enfermement | 15 juin 2006


Enfer. Enfermement. Avoir attendu si longtemps pour dire et se voir refuser ce droit. Devoir se taire. Cacher. Hurler en silence. Ecrire. Et, par-dessus tout, se dire que plus rien ne sera comme avant. Mais, cependant, étrangement, continuer à espérer cet avant. Aller de l'avant : impossible.  Qui sait m'écouter sans me juger, me parler sans me condamner, me comprendre en me devinant ? Séquestration hier. Enfermement aujourd'hui. Où est la différence ? Je reste prisonnière. De mes maux. De mes mots. Oui ils sont difficiles à entendre. Oui c'est épuisant de les écouter. Mais c'est encore plus terrible de les contenir à l'intérieur.  Enfouis entre les entrailles. Viciés. Souillés. Meurtris. Ecartelés parmi les côtes.

Alors je les vomis, chaque jour, seule, en silence, mais avec une telle douleur que les muscles en restent tétanisés. Avec une telle violence que les larmes ne suffisent plus pour pleurer.

Enfermée. Liée, agonisante. Détenue. Depuis 185 jours.

Publié par ecrirecesthurler à 21:25:28 dans Maux en prose | Commentaires (15) |

Chapître 2 : Le palimpseste du masculin (2ème partie) | 14 juin 2006


Il ne faut pas se laisser tenter par la mort qui paraît douce sous prétexte qu'elle n'est qu'un mauvais moment à passer.

Réginald ne supporte plus le bruit, la foule, les nuées d'individus qui papillonnent autour de lui. Il arpente sa cage de droite à gauche. Homme-lion dans une cage de verre, qui peut se rompre à tout moment, laissant ainsi s'échapper celui qui cherche sa liberté et sa voie, loin de l'ordre du monde. De la cage de verre, il ira vers la cage de cristal. Fragile, docile, prisonnier d'une liberté dont il ne sait que faire. Il est trop seul et refuse pourtant le contact. Tant de paradoxes en un seul être. Il vacille entre les murs. Il contemple, écoute, écrit et puis pense, à tout et à rien, à celui qu'il attend et qu'il aime. Il pense qu'il est heureux mais qu'il lui manque malgré tout ce petit rien pour que son bonheur, leur bonheur, soit complet. Homme-coquillage toujours enfermé dans ses rêves, sous un monticule de livres relus maintes et maintes fois, de pages volages qu'il connaît déjà par coeur, sous un monticule de vie. Il attend la prochaine station où il ne descendra pas encore. Trop de liberté, il se perd et nous perd avec lui. Ce serait si facile de dire oui, de se laisser tenter, apprivoiser, approcher, approprier. Mais il réfléchit trop, trop longtemps et c'est la fuite irrémédiable hors du réel.

H
omme énigmatique et froid tout comme la neige de ses montagnes, homme brûlant de passions inconnues parce que trop dissimulées, trop profondément et trop vite enterrées. Comme les morts, elles dorment les unes à côté des autres, sans pour autant se connaître, en longues files interminables. Cimetière de passions empoisonnées, bien à l'abri sous la terre, sous la vie, à l'abri de tout regard humain, de tout contact avec ce qui leur est extérieur. Comme ces morts qui se parlent entre eux et que personne ne pourra jamais entendre ni comprendre. Il entraîne avec lui les autres, dans ce jeu du mensonge insoutenable et imbécile. Il aime faire souffrir les autres, les voir souffrir.

Homme monstrueux dans son sadisme revendicateur et perfide. Oserait-on pervers ? Désormais, elle n'a plus envie de savoir. Ce qu'elle sait lui suffit. Trop savoir, trop connaître, c'est déjà trop juger, trop condamner. Et ce n'est pas à elle de le condamner ; sa façon de vivre ou de penser ne la regarde en rien, tant qu'elle ne sera pas réellement, directement impliquée dans leur jeu. Il est des hommes que l'on ne peut apitoyer d'un regard ou d'une parole sincère. Il est des hommes trop libres et trop fiers de cette liberté qu'ils utilisent pourtant à mauvais escient. A des fins scabreuses et maladives, à des fins désespérées et désespérantes pour ceux qui les observent en silence, en secret. Ceux qui restent dans le noir, la peur et le doute. Seul, il a tracé sa voie et seul il la suit. Cette voie menant jusqu'à Stefan et jusqu'à l'autre monde. Celui qui récuse la morale, qui revendique le plaisir au détriment de la raison et qui, par conséquent, ne peur engendrer que contestation, incompréhension et effroi.

La chose que personne ne peut nommer, condamnée comme une perversion, une maladie mentale du ressort de la psychanalyse, une monstruosité insignifiante et impardonnable à jamais rayée des mémoires puritaines et réalistes. Un concept rejeté en un seul mot de treize lettres : l'homosexualité. Limpide dans sa prononciation et dans sa graphie, ce mot est pourtant lourd de signification, de préjugés et d'horreur. Un mot qui porte en lui tout le poids de sa faute et qui résume ainsi la voie que ces deux hommes ont choisie de suivre seuls. Ensemble, ils ont décidé de tenir à leur rêve. Pourquoi ne pas simplement fermer les yeux et les ignorer ? Faire comme s'ils n'existaient plus ou comme si tout était normal ? Mais fermer les yeux, n'est-ce pas fermer son coeur ? Est-ce possible qu'un homme puisse se vouloir femme pour appartenir à un autre homme ? Est-ce réellement possible qu'un jour le masculin rencontre le féminin si précisément qu'ils décident de fusionner, de se confondre dans l'absurdité du non-être, de la non-personne née des rôles échangés ?

Dans l'éviration, on ne sait plus qui est qui, qui fait quoi et surtout pourquoi ? Absurdité des choses qui dérapent parfois de leur trajectoire initiale. Absurdité des êtres quand l'amour s'en mêle, quand l'amour s'emmêle et que la conscience se perd à jamais dans les replis des draps et des bras. Tour à tour, le dit et le non-dit des apparences sont révélés. Le dit est le non-dit. Qu'en dire ? Si ce n'est qu'on ne comprend pas ou bien qu'on ne cherche par réellement à éclaircir ce mystère de la métamorphose interne. Intense comme la chaleur des regards qu'ils s'adressent dans l'intimité que leur réserve la neige et le froid, la nuit et la peur.

Elle aussi a rencontré la peur en plus de la peine. C'était un jour où le temps était particulièrement beau. Elle se disait d'ailleurs qu'il était bien trop beau, bien trop chaud aussi. Elle aurait préféré comme eux la première neige, la première bise que l'hiver dépose sur les joues des enfants, la première étreinte des flocons et du vent. Mais c'était un jour indéniablement, irrémédiablement beau et gai. Un jour pendant lequel les gens en profitent pour s'embrasser sous le soleil, pour rejoindre la mer ou pour bavarder depuis les balcons aux rideaux multicolores. Elles, elle n'avait pas envie de bavarder et la mer l'attirait trop pour qu'elle ne se laisse de nouveau tenter. Car ensuite, il faut pouvoir s'y arracher, ne plus courir jusqu'au bout de cette ligne imprécise où se brisent les vagues, ne plus entendre sa voix se mêler à l'appel des goélands survolant le flot. Et puis le mer est trop proche de la mère et elles sont amères.

L
a peur l'a frappée comme la foudre abat un petit arbre encore fragile et délicat. Un petit arbre tendant ses quelques branches vers le ciel en espérant qu'au moins une fois dans sa courte vie, un oiseau viendra s'y nicher. L'oiseau apportant une petite touche de beauté, de vie et d'amour à l'arbre. Un regain de vitalité. La peur et l'angoisse l'ont frappée en plein coeur, là où elle était le plus sensible. Alors la nausée s'est installée et il leur a fallu apprendre à vivre ensemble, à s'adapter l'une à l'autre puisque aucune des deux ne voulait céder. Le combat fut long et douloureux car la nausée frappait plus fort de jour en jour, appelant pour tout renfort, l'angoisse qui fait palpiter le coeur, les convulsions qui agitent le corps dans son sommeil pour le rendre encore plus vulnérable. Mais ce combat n'était ni logique ni loyal ; elle n'avait que peu de force pour résister aux assauts des crises inattendues. Anéantie par le féminin, la femme ne croit plus en rien.

Si les valeurs qu'elle pensait stables se sont effondrées, si l'homme n'est plus l'homme et s'il aime un homme au lieu d'une femme, à quoi peut-elle alors se raccrocher pour ne pas tomber dans ce piège ignoble que lui tendent l'abîme et l'absurde ? Mais, il faut pourtant qu'elle continue à vivre car un jour, peut-être, elle écrira l'histoire de cet homme qui aimait un homme et qui devînt son semblable pour l'amour de lui. Elle décrira sa progressive transformation en cette monstruosité : un homme qui se fait femme. Un jour, elle écrira une histoire d'amour avec les mots de Réginald : « Voici l'humain dans ses figures inouïes, le flux femme et la virginité de l'homme, l'éternellement ouvert du maternel et le père errant, fuyant ; la monstruosité d'un couple cédant à l'identité plurielle de l'homme et de la femme. Comprenne qui pourra, la vie est incompréhensible. »

Publié par ecrirecesthurler à 22:34:38 dans Un roman | Commentaires (7) |

Chapître 2 : Le palimpseste du masculin (1ère partie) | 14 juin 2006


Lorsque Réginald a rencontré Stefan, il avait changé. Il avait quitté ses parents et l'atmosphère sinistre du petit atelier. Il vivait seul et de son mieux dans un vaste et clair appartement. Et surtout, il était professeur de littérature. Depuis, il attend. Il attend et est heureux d'attendre un homme qui lui ressemble, auquel il peut parfaitement s'identifier, une sorte de calque de lui-même. Il se voit lui, tel qu'il est, dans ce corps autre et pourtant semblable. Il cherche cet autre qui est le même, qui ne fait qu'un avec lui. Il attend cet homme et il l'aime. J'ai bien dit : il l'aime. D'un amour brûlant, confiant, mais qui dérange la morale. Un amour d'autant plus brûlant qu'il est interdit. Un amour secret qu'ils déguisent en amitié pour les autres. Pour ceux qui ne savent pas ou qui feignent de ne pas savoir. Ceux qui ne veulent pas entrer dans leur jeu, dans leur monde. Ceux qui restent à la frontière de l'hétérosexualité et qui ne les comprennent pas toujours.

Il attend cet homme qui l'aime et qui vit pourtant loin de lui. Il est bien trop loin de lui, trop loin. Dans un pays froid et blanc. Un pays situé par-delà les mers et les continents. Loin de ses yeux mais toujours dans son coeur. Un pays qui dort sous la neige purificatrice et pacificatrice. Neige pure et stérile recouvrant tous les éléments de la nature et de la vie. Neige signifiant Noël pour les uns, amour pour les autres. Pour ces deux hommes la neige signifie rencontre, amour et plaisirs. Plaisirs des sens en éveil, de la voix que l'on entend à nouveau et qui réconforte le coeur meurtri par la trop longue absence. Amour amer mais tellement sincère. Amour qui réunit deux pigeons sur une branche, deux hommes dans la blancheur et le silence. Sous la table, ils se tiennent la main lorsqu'ils sont seuls et qu'ils n'ont rien à perdre. Puis la main ne leur suffit plus, alors on imagine le pire.

Il  s'approche enfin. L'odeur de la cigarette se mêle à celle des parfums. La cigarette qui, comme le temps, se consume et file à toute allure entre les doigts. Leurs yeux se rencontrent avec insistance. Ces yeux qui savent et qui peuvent nommer la vérité dans toute son horreur. Ces yeux qui ont peut-être frémi ou pleuré durant l'absence, face aux adversités que leur réserve la vie. Régi est si différent des autres. Homme à la voix douce et à l'allure affectée, aux manières précieuses et au timbre de voix féminin, au comportement androgyne et à la démarche légère, presque féminine. Quelques fois, emporté par l'enthousiasme, un rire lui échappe et c'est merveilleux. La distance qui les sépare ne met pas fin à leur amour. Bien au contraire, elle le ravive et l'entretient. Il lui écrit des lettres enflammées, comme le font les amants, des phrases instantanées, éparpillées, désordonnées mais sincères. Des phrases qui l'entraînent jusqu'à la nuit trop noire. La nuit durant laquelle il se réveillera, pour ne plus se rendormir ensuite. Trop noire, trop longue, trop seul.

Adieux. La neige, le vent, l'atmosphère inoubliable, le temps passé auprès de celui qui l'aime, l'amertume des regrets, des adieux sur les quais, dans les aéroports, les bras qui s'étreignent une dernière fois, les coeurs qui se déchirent.
Réginald l'aime et l'attend de nouveau. La douleur du souvenir et la nostalgie se font alors plus fortes que jamais, l'appartement lui paraît austère, vide et calme. Les rires ont disparu, la solitude peut reprendre sa place parmi les meubles et les photographies. Le corps est torturé par l'absence ; il n'est plus qu'un pantin sanguinolent et le coeur qui lui donnait toute sa vie, toute sa chaleur n'en est pas moins mutilé, déchiré par les mots qui font mal, qui tranchent comme des couperets, qui cinglent comme les bises d'hiver, qui claquent comme des vérités jetées au visage ; Vérités qui reviennent en force, implacables, avec les souvenirs et la ranceur.

Il lui dit : « Tu es l'unique et le préféré », propos qu'une femme est seule à pouvoir tenir. Ils restent là, les yeux dans les yeux, à se fasciner à longueur de jour, à longueur de nuit. Ils se murmurent des paroles tendres mais leur amour est mortifère, pathogène. Il paraît qu'on en guérit, qu'on oublie. Mais eux, veulent-ils guérir et oublier, ou simplement en rire ?
Il attend et il reste là. Le vent l'emporte dans sa course folle avec les dernières feuilles. Il entraîne avec lui ses souvenirs, ses douleurs, son amour. Il s'envole avec les feuilles, avec les flocons étoilés qui dansent autour de lui. Pour lui. Rien que pour eux. Il faut la voir la danse de la neige ! Le ciel se fait tout blanc, le sol se fait tout blanc, la rivière gelée brille de mille éclats d'argent la première neige qui scintille.

Comme sa mère, il aime les hommes-femmes. Il ne voulait pas d'un père trop doux, trop modeste, trop opprimé. Il ne voulait pas non plus d'un père mort, divorcé, détaché de son enfant par une attitude froide et distante. Il aimait sa mère et aujourd'hui, il aime Stefan, comme sa mère l'aimait, lui, lorsqu'il était enfant. La même relation symbiotique s'est installée entre ces deux hommes.
Féminin certes, Réginald est pourtant dur comme l'acier et repousse volontairement les femmes de son destin. Il introduit en toute conscience une distance morale et physique entre lui et ces créatures frivoles. Ces créatures qui l'effraient, l'intriguent et le fascinent en même temps. Ces créatures qui représentent un véritable danger, un piège pouvant se refermer sur sa liberté à tout moment. Et peut-être celui où il s'y attend le moins. Il les méprise, détourne son regard. Et si par hasard ou par envie, l'une d'entre elles essaie de percer à jour son secret, il prend la fuite. Il ne leur offrira rien. Rien de ce qu'elles peuvent attendre ou demander en tout cas. Rien qui ne les intéresse vraiment. Il ne leur prêtera pas un regard, pas un sourire, pas un brin d'attention. Il préférera tout conserver pour Stefan, pour eux.

Comment accorder sa confiance à une femme ? A un être entêté et profond comme le plus noir des gouffres. Un être attachant mais bien trop différent, trop insondable dans sa féminité.
Peut-être que l'une d'entre elles parviendra un jour à le sonder. A le reconnaître parmi les autres et à se l'approprier. Comme un animal que l'on trouve, que l'on soigne et que l'on ne relâcherait pour rien au monde. Que l'on continue d'aimer malgré lui, malgré sa volonté de partir trop loin, de nous fuir à jamais. Que l'on continue de soigner, de supplier en pleurant, malgré son empressement à nous repousser, à se détacher de nous, et à nous faire du mal, peut-être sans le vouloir réellement, ou bien sans le savoir. Et ç chaque fois qu'il nous repousse, c'est comme un peu de notre coeur qu'il arrache et qui part en lambeaux.

Mais la femme est forte. Elle se tait et se contente de l'apercevoir, même rarement, pour entendre sa voix, pour lui dire quelques mots et surtout pour penser, penser toujours à la même chose jusqu'à la prochaine fois. Elle l'admire en secret même si c'est défendu. Elle le suit comme une ombre qu'elle est devenue. Il occupe toutes ses pensées, le jour comme la nuit, tous ses désirs et tous ses rêves. Il partage sa vie dans l'absence. L'absence amère et lourde à supporter. La présence ne suffit plus. Un regard dérobé, un mot échappé, tout cela ne reste que discours. Elle veut tout lui donner mais il refuse tout d'un seul regard désarmant mais charmant. Elle le trouve merveilleux et ne sait pourtant rien de lui. Il ne comprend pas sa peine et elle non plus, ne le comprend pas. Il reste ambigu, impénétrable et impassible. Elle s'en remet à lui, implore son appui car sa raison défaille et elle ne sait pas ce qu'il lui arrive. D'un seul regard, elle voudrait qu'il ranime l'espérance de son coeur ou qu'il déchire ce lourd cauchemar par un reproche hélas ! mérité.

Mais il attend toujours, à l'affût de tout de qui bouge autour de lui, de tout ce qui fait changer le monde et qui ne le fera pas changer, lui. Il y a des jours qui sont encore plus longs que les nuits d'attente et d'angoisse. Les jours, puis les semaines et les mois, elle ne l'oubliera pas. Lui, il retrouvera bien vite Stefan et ils recommenceront la même folie. La neige en plein visage, les flocons s'attacheront à leurs vêtements de la même façon qu'il s'était attaché à lui et non à elle. Pourquoi lui préférer cet homme qu'elle ne connaît pas encore, qu'il cache au plus profond de lui, dont il ne révélera jamais l'existence ni l'amour qu'il lui porte ? Pourquoi ne pas lui céder et oublier le passé ? Guérir avec la volonté que cela suppose, avec toute la patience et tout l'amour nécessaires. Guérir et oublier. Surtout ne pas décider de mourir, ne pas décider de mettre fin à une vie bien trop précieuse même si elle est pleine de remords, de douleurs et de désespoirs. Surtout ne pas se laisser tenter par l'arme encore chaude. L'arme qui déchirerait les chairs en leur permettant de se cautériser lentement durant la longue vie qu'est la mort. L'arme qui ferait jaillir le sang donné par la vie et donnant la mort. La neige rouge et tiède qui délivre en fin des tourments de l'amour, de l'amer, de la mère... Qui apaise les coeurs oppressés. Les larmes sont comme ce sang, elles sont chaudes et réconfortent lentement. Elles coulent en silence, comme le temps, comme la haine.

Publié par ecrirecesthurler à 21:57:16 dans Un roman | Commentaires (9) |

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