Publié par ecrirecesthurler à 21:04:10 dans Maux en vers | Commentaires (2) | Permaliens
Voilà... Je ne peux plus te regarder sans avoir des larmes plein les yeux. J'ai peur de les laisser couler, peur que tu les vois, peur que tu les sentes, peur que tu aies peur... Alors, je détourne mon regard. Je contourne le mal. Mais c'est plus fort que moi. J'ai envie de te voir, j'ai besoin de te voir, tel que tu étais avant. J'ai envie de garder ton souvenir intact, ton sourire blanc des jours heureux. Des jours où tu venais m'accueillir en fanfare et farandole et où tes petites dents égayaient ton museau.
Je caresse ton pelage moins que tiède. Ma main hésite. Ma main tremble. Mes lèvres frémissent. Mes lèvres murmurent. Des mots que toi seul peut entendre, peut comprendre. Des mots pour te rassurer. Des mots pour t'aider. Des mots pour t'aimer.
Je m'imprègne des endroits où tu es passé, les lieux que tu as découvert, envahis, possédés. Je refais le chemin de nos tous premiers pas ensemble, je redécouvre tes sentiers, tes cachettes, tes petits secrets.
Douze heures s'égrènent entre les deux gélules. Douze heures d'attente. Douze heures de douleurs. Un intermède de toux, de respiration saccadée, scindée, coupée, de spasmes et de larmes. J'entends ton cœur qui bat si vite. Il va défoncer ta petite poitrine en cognant si fort pour sortir, pour exploser. Ce cœur trop gros qui comprime les poumons effarés, atrophiés, liquéfiés. Tu as le cœur gros, oui. Un cœur rempli d'amour, d'admiration et d'attentions pour moi. Un cœur qui me fait fondre.
Les heures défilent. Peut-être les dernières. Et je redoute ce moment où je devrai t'emmener. Ce moment où tu frétilleras peut-être encore de joie en voyant la voiture, en imaginant la promenade. Puis ta déception, en arrivant dans la salle d'attente, tes regrets, tes peines, ta douleur empirée. J'imagine ta voix étranglée, la mienne muette d'effroi. J'imagine les injections, ton corps encore chaud mais sans vie, dans mes bras, petit poids. J'imagine le retour à la maison, seule avec toi. La maison vide, tes affaires...
Et je n'ose plus lire dans tes yeux ton amour, moi qui ne peux rien faire contre tes souffrances, moi qui ne peux que te regarder souffrir en te disant que je t'aime...
Publié par ecrirecesthurler à 18:32:25 dans Maux en prose | Commentaires (15) | Permaliens
Je marche et le monde alentour me semble si creux, si vide, di discret. Les visages me sourient. Je vois leurs lèvres bouger. Les faces me dévisagent. Je vois leurs bras gesticuler. Tantôt gaies, tantôt sévères. Tantôt stressées, tantôt pressées. Mais toujours à si vive allure.
Les gens me bousculent sans chercher à m'éviter, à me comprendre. Je ne recule. Je ne me déplace. Je reste là. Imperturbable. Indissociable de moi-même. Dans mon monde. Dans ma ronde. Sans main à tenir. Sans rien à venir. Dans ma sphère protectrice et rassurante. Dans mes repères. Impassible aux assauts des autres. Infaillible derrière mes remparts de tendresse. Inaccessible derrière mon rideau de larmes intérieures.
Dans la cohorte, je n'ai plus peur, je suis bien. Dans la cohue, plus rien ne me remue. Des vagues sur moi comme des anneaux de Saturne, me ceinturant. M'entourant. Enrubannant ma tête gelée de souvenirs. Plus rien ne compte. Plus rien ne vibre. Que mon coeur au son des mélodies que j'écoute. Et de mes voix intérieures aux murmures douceâtres.
Plus rien ne vit. Plus rien ne va. Je me laisse vivre. Je me laisse l'ivresse. Je laisse aller. Je laisse rêver. Coupure volontaire avec l'agitation des jours pour prolonger les silences de mes nuits.
Publié par ecrirecesthurler à 21:10:01 dans Maux en prose | Commentaires (6) | Permaliens
Un jour, j'ai vomi très fort, très longuement et très bruyamment. J'ai vomi de longs spasmes entrecoupés de larmes. Ça a commencé avec des bonds et des rebonds dans l'estomac. Du ressac et des lames déferlantes en fientes amères et abondantes. Redondances, relents, regrets. Tout se détraque, plus envie de rien. Tout se détruit, contrarie, éreinte.
Puis on s'habitue à la fracture, la cassure. Les vomissures éclaboussent les murs et maculent la blancheur. Les raclures d'ongles s'enfoncent en travers de la gorge. On devient sale, on devient pâle. On devient aigre, on devient maigre.
Les jours passent, la salive manque, les veines se montrent, le visage se creuse et les rides se marquent de sillons violacés qui creusent des rires en arabesques sur les joues blêmes. Des rires-sorcières blafardes, rictus sur des figures hagardes. Défigures.
On passe son temps à se repaître de ridicules bouchées. On perd son temps en allers-retours entre la cuisine et les toilettes. A se vider. A se délivrer. A se délaver. Le temps de larmes et de dégoûts. Reflux, rebut, repue.
A peine lavées, les mains en tremblent encore. L'odeur les poursuit. La pestilentielle odeur de pourritures acides. L'infect décomposition de nos entrailles. Puis la répugnance s'enfuit. Puis s'installe l'oubli. On vit de nausées en nausées. On reste allongée. Plus de force. Plus de visage. Fantôme, farce, impuissance, répugnance, étourdissement. Plus rien ne passe. On se casse. On se lasse. Les lèvres au bord du gouffre de la cuvette, le front calé sur le froid. Agenouillée comme en prière, les bras enserrant la céramique, les yeux vitreux, le corps en spasmes.
Petit à petit on émiette un peu plus, on trie, on élimine. Les cadavres n'ont pas besoin de se nourrir pour exister. On a peur que ça recommence, que le mélange se balance à l'intérieur, à nouveau. Nonchalance, honte, remord, remontrances, maltraitances de son corps. On a tort. On le sait. On ne fait rien. On ne change rien. La nausée nous secouera encore comme des pantins mort-nés. Elle coule dans nos veines, avec son terrible bruit en écho et saccage nos ventres de son âcreté de sanglots.
Publié par ecrirecesthurler à 21:51:49 dans Maux en prose | Commentaires (7) | Permaliens
Les larmes comme des roulements de tambours qui s'ébattent et s'abattent. Effritées. En lambeaux. En miettes. Comme le fond de mon cœur sensible et fragile.
Elles s'écrasent sans bruit, sans vie. Elles tombent en pluie de perles sur mes papiers épars. Elles me suivent comme le chien aux yeux bruns.
La journée de larmes commence. Il pleut des gouttes de sel. Et sous des crachins de fiel, je m'endors parmi les sanglots, se lamentant sur mes cils d'eau de verre.
Publié par ecrirecesthurler à 09:57:07 dans Maux en prose | Commentaires (11) | Permaliens
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