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ECRIRE EN SILENCE...

Les maux de l'inceste

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Chapître 6 : Réginald, mon chéri | 30 juillet 2006


Réginald ressentit le besoin de s'isoler complètement. Et la petite maison près de la plage, appartenant à sa mère, lui semblait être le cadre idéal. Ses nuits comme ses jours étaient très agités, et bien souvent il restait allongé dans le noir, les yeux ouverts, à écouter sa respiration régulière ou à repenser à Stefan.

Le cri lui échappa mais il était déjà trop tard. Il faisait déjà trop nuit. Au moment même où la voiture quittait la route, il avait ressenti le danger pour sa mère. Cette femme tant aimée et peut-être la seule qu'il aime encore aujourd'hui. Au moment même où elle disparaissait de sa vie, elle n'en était que plus présente en son esprit.

A ses côtés, il revoyait son ami qui dormait paisiblement ; son «chéri » comme il l'appelait. Une main repliée sur la poitrine, ses longs cils blonds lui donnant l'air de l'adolescent qu'il n'était déjà plus. De l'amoureux fou remplacé par le fidèle époux.

Il s'était levé pour prendre un somnifère ; et surtout pour chasser toutes ces visions qui lui mettaient les nerfs à fleur de peau. L'empêchant ainsi de jouir pleinement de sa vie d'homme libre. Assis sur le bord du lit, il se plaisait à contempler Stefan son chéri et à lui caresser tendrement les cheveux. Il dormait toujours sans souci : il se laissait conduire par Morphée, sa muse et le sommeil calmait ses douleurs et ses peines. Le sommeil lui enlevait toute agressivité, tout sentiment ; il était libre.

Réginald tenta de se rallonger quelques heures encore. Au moins jusqu'à sept heures, mais la voiture folle le secouait de nouveau. C'était comme si elle passait et repassait sur son corps meurtri, sur son cœur endolori, pour lui faire comprendre la souffrance qu'une mère peut endurer, et la jalousie. Une mère presque reniée, oubliée. Une mère désarmée devant les arguments d'un fils amoureux, désemparée devant l'intrusion d'une passion rare et virile, d'une passion si forte et si vraie. Une passion soudaine mais non éphémère. Subtile et sincère.

La tête sous l'oreiller, il revoyait de nouveau cette scène dans toute son horreur. Et bien des années après, ce souvenir tant de fois ressuscité le surprenait encore par sa violence et sa réalité. Il le laissait perplexe et nostalgique, irrité contre un destin qui n'en est pas un, qui n'est pas le sien.

Sa mère ouvrait la vitre de son côté, remerciait une dernière fois le seigneur de lui avoir donné un fils et maudissait en hurlant son «chéri » de le lui avoir repris dans de telles conditions. L'air qui s'engouffrait dans la voiture ébouriffait ses cheveux. Ses yeux étaient vides et désespérés. Les larmes entraînaient le Rimmel et ne laissaient pour maquillage que quelques traînées brunâtres le long de ses joues blêmes. Ses lèvres crispées ne réussissaient même plus à murmurer la moindre prière. Ses mains serraient le volant comme elles auraient voulu serrer son fils une dernière fois entre ses bras. Elle avait revêtu sa plus jolie robe, celle qu'il lui avait offerte le jour de son anniversaire. Celle qu'elle n'avait pas encore portée de peur de la tacher ou de la déchirer. Cette robe qu'elle conservait comme une relique sur la plus haute étagère de son armoire. De temps en temps, elle montait sur une chaise, sortait la robe de son emballage de plastique gris, et s'asseyait sur le lit, serrant le tissu fleuri contre son cœur, croyant bercer un bébé. Imaginant son fils, elle la couvrait de baisers et lui parlait presque imperceptiblement.

Aujourd'hui, elle avait également un collier de perles, assorti à la robe, et aux boucles d'oreilles, souvenir des vacances sur la Côte d'Azur. La route défilait derrière le pare-brise. La route grise et humide. Encore gorgée de la dernière pluie. On dit que les fenêtres sont les yeux des maisons, pourquoi les vitres ne seraient-elles pas les yeux des voitures ? Des yeux de tous les côtés pour mieux regarder une dernière fois le paysage vert et gris. Des yeux de toutes les couleurs pour le désert des souvenirs. Des yeux par lesquels on meurt et par lesquels on aperçoit les morts qui ne sont en fait que des vivants jouant à être morts.

Cette nuit-là, Réginald a plongé ses yeux dans ceux de sa mère. Dans ceux de la mort. Il a vu la route glissante, les roues glisser, la voiture entraînée dans une ronde endiablée. Elle n'en finissait pas de tourner sur elle-même, de trembler et de se désarticuler comme un vulgaire pantin de vieux bois. A chaque nouveau bond, elle perdait un élément : un petit quelque chose qui restait accroché à l'herbe et qui tournoyait encore plusieurs secondes avant de s'immobiliser complètement et pour longtemps.

Et puis la voiture a perdu cette mère endimanchée, elle-même perdue parmi ses idées. Elle l'a rejetée de toutes ses pauvres forces avant de se laisser mourir dans le brasier. Elle a voulu lui épargner la dernière épreuve de la danse du feu. Elle a voulu lui sauver la vie mais il était déjà trop tard, il faisait déjà trop nuit. Les vitres regardaient cette femme qui n'en finissait pas de tourner sur elle-même, de trembler et de désarticuler comme un vulgaire pantin de vieux bois. A chaque nouveau bond, elles la voyaient perdre un élément, un petit quelque chose d'elle qui restait accroché à l'herbe et qui tournoyait encore plusieurs secondes avant de s'immobiliser complètement et pour longtemps. Puis la femme s'immobilisait à son tour. Complètement et pour longtemps.

Son visage était tout contre la terre, humide et tiède. Son visage si fin souillé par cette terre fétide. Les yeux ne voyaient plus bien qu'ouverts. La terre les obstruait, empêchant ainsi le passage des larmes. Les traces de Rimmel le long de ses joues n'étaient que terre et sang mêlées ; les cheveux, un peu plus ébouriffés encore, adhéraient au sang, interdisant ainsi toute recherche minutieuse des boucles d'oreilles ou du collier. Un collier sans fil dont il ne reste que quelques perles éparses au fond d'un tiroir de table de nuit. S'il n'y avait plus de collier, il n'y avait plus non plus de robe. Elle qui ne la portait qu'en rêve de peur de la tacher ou de la déchirer, achève aujourd'hui son rêve dans la souillure perpétuelle. La robe rouge, le sang blanc, on ne sait plus tellement où on en est dans ce méli-mélo de matières. Est-ce la mère qui a tué la voiture ? Ou bien la voiture qui a tué la mère ? Ou bien le fils qui les a tuées toutes les deux en même temps ? Pour ne plus avoir à supporter leurs cris et leurs pleurs. Pour ne plus avoir à les entendre ni à les comprendre.

Publié par ecrirecesthurler à 20:51:34 dans Un roman | Commentaires (24) |

17-08-2006  11:20  17-08-2006 11:20
J'essaie toujours  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  J'essaie toujours Url: [Liens]
an tout cas de les faire correspondre aux textex pour qu'elles les illustrent parfaitement et qu'elles illustrent aussi ce que je ressens en moi à un moment précis...
17-08-2006  11:18  17-08-2006 11:18
elles  De  alwaysbarbara identité certifiée Sujet:  elles Url: [Liens]
sont vraiment très appropriées pour illustrer tes écrits... ça donne un sens d'horrible cauchemar
17-08-2006  11:02  17-08-2006 11:02
Je les trouve  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Je les trouve Url: [Liens]
au fil de mes déambulations sur internet. Et puis quelques amis m'en envoient de temps en temps, des photos qui me correspondent...
17-08-2006  10:59  17-08-2006 10:59
merci,  De  alwaysbarbara identité certifiée Sujet:  merci, Url: [Liens]
c'est très gentil à toi de dire ça, même si moi sincérement ... mais tu prends où ces photos "coup dans l'estomac"?
17-08-2006  10:39  17-08-2006 10:39
Oui c'est un roman  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Oui c'est un roman Url: [Liens]
que j'ai commencé à publier ici. Je suis contente que tu aimes... nos écritures sont différentes, c'est tout... mais elles se valent, crois-moi
17-08-2006  10:38  17-08-2006 10:38
je me sens  De  alwaysbarbara identité certifiée Sujet:  je me sens Url: [Liens]
toute petite... ce que tu as écrit est très beau...eh, franchement je ne sais pas quoi dire.... bonne journée à toi aussi! un sourire... :-)
31-07-2006  23:28  31-07-2006 23:28
Bonsoir Dhimwoe  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Bonsoir Dhimwoe Url: [Liens]
Oui, certainement une partie de la mienne qui se cache entre les fils... je pense que l'on met toujours une part de nous dans ce que l'on écrit, même si nos écrits ne sont pas toujours autobiographiques à 100%
31-07-2006  23:25  31-07-2006 23:25
hmm  De  Dhimwoe  Sujet:  hmm Url: [Liens]
Entre le réel et l'imaginaire l'histoire défil entre ses noeuds une partie de la tienne non ?
31-07-2006  00:12  31-07-2006 00:12
Merci de  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Merci de Url: [Liens]
votre passage en tout cas, et bonne nuit à vous deux. Bises.
31-07-2006  00:09  31-07-2006 00:09
Moi je vous laisse aussi.  De  Shoupi  Sujet:  Moi je vous laisse aussi.
Triste soirée, pas tant que ça finalement : un nouveau gourou est né (Frenchmat) :-) Bonne nuit
31-07-2006  00:07  31-07-2006 00:07
J'avais trouvé ça cru  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  J'avais trouvé ça cru Url: [Liens]
alors qu'est-ce que ça pourrait être?! Quel horreur. Désolé si je t'ai replongée dans ces premiers posts douloureux, je m'en veux un peu. Je vais mettre fin à ma journée et te souhaite une bonne nuit.
30-07-2006  23:53  30-07-2006 23:53
Shoupi  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Shoupi Url: [Liens]
je ne connaissais pas ce film mais je te remercie de cette référence, je le regarderais... Oui, un dimanche grisâtre et une soirée si triste...
30-07-2006  23:53  30-07-2006 23:53
Euh...  De  Shoupinette  Sujet:  Euh...
cé sûr que là je passe du coq à l'âne... Désolée de casser ce moment d'émotion. Tous tes textes sont très denses et très forts... Ca me laisse sans voix.
30-07-2006  23:52  30-07-2006 23:52
Bah justement  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Bah justement Url: [Liens]
c'est bien là le problème... ce n'est pas cru du tout, pas assez à mon goût... je ne parviens pas à dire ce genre de choses et je ne réussis même plus à les écrire. Heureusement un ange veille sur moi et écris pour moi, ou avec moi, mais chuttt... Et merci encore de me souhaiter tout plein de bonheurs.
30-07-2006  23:50  30-07-2006 23:50
Sombrement joli,  De  Shoupinette  Sujet:  Sombrement joli,
joliment sombre voilà de quoi bien clôturer un long dimanche grisâtre. Sur le thème de l'homosexualité et des relations familiales, il y a un film québecois génial : CRAZY, un film tendre et amère, triste et drôle.
30-07-2006  23:48  30-07-2006 23:48
j'avais déjà pu lire  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  j'avais déjà pu lire Url: [Liens]
dans ton blog ce que tu avais subie mais je n'avais rien lu d'aussi .... cru et factuel. pffoooooo. Je te souhaite de pouvoir publier ton roman un jour et je te souhaite beaucoup d'autres choses , tu le sais.
30-07-2006  23:41  30-07-2006 23:41
Ne t'en fais  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Ne t'en fais Url: [Liens]
pas pour ça, French, je ne t'en veux pas... Euh... ben, ça me touche beaucoup que tu sois bouleversé à ce point. Maintenant, c'est moi qui ne sais plus quoi dire...
30-07-2006  23:38  30-07-2006 23:38
j'avoue que je n'avais  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  j'avoue que je n'avais Url: [Liens]
pas été lire ces tous premiers post. Toutes mes excuses. Bon, maintenant, je sais quel âge tu as mais ce n'est pas ça qui importe. Je suis bouleversé par ce que je viens de lire. Je ne sais quoi dire. J'ai versé quelques larmes.
30-07-2006  23:25  30-07-2006 23:25
Mon âge, je  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Mon âge, je Url: [Liens]
le donne tout au début de ce blog... ce n'est pas indiscret, non.
30-07-2006  23:22  30-07-2006 23:22
Il y a 15 ans !!  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  Il y a 15 ans !! Url: [Liens]
quel âge as-tu si ce n'est pas indiscret?
30-07-2006  23:18  30-07-2006 23:18
Oui c'est bien  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Oui c'est bien Url: [Liens]
ça, c'est un roman que j'avais écrit il y a 15 ans, je compte le publier entièrement ici avant de le faire éditer ailleurs, pourquoi pas...
30-07-2006  23:16  30-07-2006 23:16
Ca fait partie de  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  Ca fait partie de Url: [Liens]
"viriles passions" c'est bien ça ?
30-07-2006  23:12  30-07-2006 23:12
Désolée French  De  ecrirecesthurler identité certifiée Sujet:  Désolée French Url: [Liens]
pour la longueur du texte. J'ai mis un chapître entier parce que je n'arrive plus à écrire grand chose en ce moment... Bonne nuit à toi aussi. A demain.
30-07-2006  23:10  30-07-2006 23:10
Un peu trop fatigué pour  De  Frenchmat identité certifiée Sujet:  Un peu trop fatigué pour Url: [Liens]
lire un texte aussi long. Promis, je repasserai demain. Bonne nuit à toi. ;-)

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