- Combien y a t'il de personnes dans la pièce?
- 7
- Vous les connaissez toutes? Vous pouvez les nommer?
- S. et C., M. et R., F. et L. Et moi
- Pourquoi vous citez-vous en dernier?
- Parce que je suis toute petite, on ne me voit presque pas sous la couverture. Moi, je suis allongée mais eux sont debout autour de moi
- Vous parlent-ils?
- Non, ils parlent entre eux et font comme si je n'étais pas là, mais j'écoute
- Comment vous sentez-vous à ce moment précis?
- J'ai froid parce que j'ai peur. Mes jambes tremblent toutes seules et je ne réussis pas à les contrôler. je sais bien ce qui va se passer, ça finit tout le temps comme ça. Ils ne me regardent même pas mais ça va recommencer
- Vous allez maintenant visualiser toutes ces personnes autour de vous et décrire lentement les gestes de chacune d'entre elle
- Oncle C. est assis par terre, il est adossé à la porte. Tante S. est assise à côté de moi sur le lit. Elle embrasse M. qui lui caresse les cheveux. F. commence aujourd'hui, il retire la couverture et écarte mes jambes. Il met une main sur mon visage et me caresse avec l'autre main. Il s'allonge sur moi et met son sexe dans le mien. Au moment où j'ai mal, j'ouvre les yeux. Tout le monde me regarde. Ils continuent à parler et à rire comme si je n'existais pas. Je me sens seule et sale à l'intérieur du corps mais aussi à l'extérieur parce que quelque chose coule sur ma jambe. Il l'essuie avec le drap puis, c'est Oncle C. qui s'approche. Il fait la même chose que F. mais beaucoup plus violemment. J'ai l'impression d'être toute légère par rapport à eux
- Vous ne pouvez pas résister?
- Non, ils me tiennent les jambes et les bras. Ils m'attachent les mains et me mettent toujours une main sur la bouche pour qu'on ne m'entende pas crier ou appeler
- Donc, ils sont plus forts que vous, plus nombreux, plus grands et vous ne pouvez vous débattre?
- Non, je ne peux plus bouger
- Ils sont en train de vous violer à tour de rôle, vous n'y pouvez absolument rien. Ce sont des adultes, vous avez 7 ans, vous êtes petite, sans défense et attachée
- Non, je ne peux rien faire qu'attendre qu'ils aient terminé de jouer
- Qui décide des règles du jeu?
- Ce sont eux
- Qui débute le jeu?
- Eux
- Alors vous n'avez rien à faire dans ce jeu?
- Non, je suis là simplement et ils m'utilisent
- Ils vous utilisent! On y est enfin! Ils se servent de vous comme d'un vulgaire objet. Ils vous manipulent
- Oui
- Et ça ne vous met pas en colère que des individus se servent de vous dans ce but?
- Si
- Je ne vois pas de colère sur votre visage, vous paraissez sereine, voire résignée
- La colère est à l'intérieur, elle me fait mal au ventre et me donne la nausée. Elle me brûle mais ne sort pas
- Vous seule pouvez la laisser exploser. Pensez à ce qu'ils vous ont fait subir, parce que vous subissiez, vous étiez leur jouet, leur victime
- Je n'arrête pas d'y penser et ça me détruit
- Alors parlez! Explosez! Parlez-moi de ce qu'ils vous inspirent. Que ressentez-vous pour eux?
- De la peur
- Mais encore?
- Du dégoût
- Du dégoût pour eux ou pour vous-même?
- Pour les deux. Eux me dégoûtent parce qu'ils sont chauds et moites, ils me font mal, ne me laissent pas tranquille, je n'arrive plus à réfléchir. Et moi, je me dégoûte parce que je les ai tous vus. Ils étaient nus, et moi aussi
- Vous n'avez pas à avoir de dégoût pour vous-même. Ce sont eux qui vous ont déshabillée, qui vous ont placée dans cette position avilissante
- Oui, ce sont eux, chacun leur tour
CONCLUSION : Mlle... a choisi d'entamer une thérapie comportementale le 13 décembre 2003. Tout au long de cette thérapie, certains signes qui, au départ, paraissaient annonciateurs d'une dépression, tendent à disparaître puis à réapparaître, tels par exemple : les pleurs, la perte d'intérêt ou de plaisir, la perte d'appétit, les insomnies, le sentiment de dévalorisation ou de culpabilité excessive, la difficulté à se concentrer, les pensées de mort.
Parler des abus, pour elle, est une reviviscence insoutenable. Mais, paradoxalement, elle a conscience qu'en se taisant, elle restera dans un processus de victimisation qui nuit à sa restructuration personnelle.
L'image du traumatisme est prisonnière d'un fonctionnement psychique, elle apparaît comme extérieure au corps. Parler, c'est donc faire parler le corps par l'intermédiaire des émotions qui le traversent, afin d'y intégrer l'image traumatique.
Mlle... doit parler et non plus protéger l'accès à cette image mais se la dévoiler. Elle doit aussi accepter l'idée de vivre différemment.
A force de temps, de persévérance, d'écoute et de parole, elle se reconstruira en transformant ses expériences douloureuses en issue positive qu'elle mettra au service de sa vie, et ceci en tirant profit de l'énergie de sa colère, de sa rage et de ses angoisses qui lui font découvrir une face cachée de son inconscient.